[Chronique] Les carnets d’Eucharis, sur les routes du monde – Volume IV, par Pascal Boulanger

[Chronique] Les carnets d’Eucharis, sur les routes du monde – Volume IV, par Pascal Boulanger

janvier 25, 2026
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[Chronique] Les carnets d’Eucharis, sur les routes du monde – Volume IV, par Pascal Boulanger

Les carnets d’Eucharis, sur les routes du monde – Volume IV, hiver 2025-2026, ISBN : 978-2-491778-05-7. Commander ici.

 

Revue en ligne depuis 2008, Les Carnets d’Eucharis, se sont enrichis, depuis 2013, de volumes annuels. Poésie, prose, arts visuels, Nathalie Riera et son comité de rédaction ne cessent d’ouvrir des perspectives, en s’attachant aux formes, en revisitant des auteurs parfois oubliés et en s’attachant aux écritures nouvelles, sans manifeste ni parti pris mais dans l’ouverture la plus grande et la plus audacieuse possible. Ce travail de longue haleine éclipse d’ailleurs les propres travaux d’écriture et de photographie de Nathalie Riera, je pense notamment à ses Instantanés des géographies de l’amour (L’Atelier les carnets d’Eucharis, collection « Au pas du lavoir »), splendides courtes proses à la bouche l’or roulé par les eaux. Les quelques pages qu’elle publie dans ce numéro de son Journal de Trieste révèlent tout l’intérêt qu’elle porte aux rumeurs du monde et aux témoignages littéraires qui les supportent.

Ce quatrième volume de Sur les routes du monde, mêle des rubriques et des registres d’écriture riches en diversité et qui tous questionnent l’habitation et l’exploration littéraires. Fractionné par séquences : Au pas du lavoir, Par monts et par vaux, Clairvision etc., ce volume – qui propose aussi un cahier visuel – forme un jardin en archipel dans lequel chaque approche et chaque entretien sont porteurs d’enjeux et de paradoxes. Mais ce qui fédère les lignes esthétiques et philosophiques variées, c’est l’amour de la langue et de l’image par la reprise en main d’un paysage dévasté par la fureur du monde.

Il serait fastidieux de citer tous les auteurs, les entretiens et les dossiers de ce volume, mais ceux qui se passionnent pour l’écriture trouveront leur compte. Pour ma part, j’ai apprécié les poèmes de Dominique Quélen, de Bernard Grasset, de Jean-Charles Vegliante, de Iren Mihaylova ou encore de Martine Konorski (1). Chez eux, on entend toujours les cris effacés du silence et on voit des ciels surgir des draps de la terre. Ce sont les oiseaux qui s’abritent dans ces cages en porcelaine qui sont nos sourires (I. Mihaylova), ce sont Une nuit à la dérive / Un souffle de délivrance (M. Konorski) ou bien Une nuit peuplée d’étoiles / de songes et d’oublis (Pierre-Julien Brunet). Dans la rubrique : Par monts & par vaux, je recommande les études de Claude Darras sur Charles-Albert Cingria un des lutins insaisissables de qui on peut toujours attendre de l’inattendu (Claudel), de Peter Handke par Laurent Margantin et je découvre Ella Maillart, étonnante voyageuse et navigatrice. Un entretien avec Gérard Netter par Martine Konorski et la lecture du livre de Marielle Macé : Une pluie d’oiseau (Corti) par Nathalie Riera, précèdent la séquence Clairvision et notamment l’entretien mené par Richard Skryzak avec Jean-Paul Fargier et son concept de film-moins, un des pionniers de l’art vidéo en France, auteur d’essais sur Godard et Jean-Daniel Pollet et à qui on doit Sollers au paradis en 1983, que j’ai eu la chance de visionner dès sa projection. C’est enfin Le labo des langues qui conclut le volume par la publication de poèmes traduits de poètes allemands, anglais et italiens parmi lesquels : Judith Bishop, Anne Seidel et Mara Venuto.

Les pistes d’exploration et de creusement des Carnets d’Eucharis constituent bien un laboratoire essentiel. Le temps des querelles et des oppositions entre avant-garde / arrière-garde, formalisme ou lyrisme est depuis longtemps dépassé. Ce volume, comme ceux qui les précèdent, élargissent le champ d’investigation en intégrant. C’est la notion d’impureté, telle que l’envisageait Guy Scarpetta, qui opère. Il s’agit de saisir, par photographies verbales et visuelles, le monde entier dans son épaisseur et dans sa légèreté. Il n’y a ici aucune mystification idéologique ou philosophique, avec son lexique univoque, aucun manifeste académique ou rebelle. A l’inverse, toutes les esthétiques sont croisées et questionnées, à condition qu’elles se portent sur les ressources du langage et sur une parole qui parle avec le monde.

 

(1) Martine Konorski publie, par ailleurs, un splendide recueil poétique : Amazones, cavalières de l’exil, avec des peintures de Colette Ottmann, dans les élégantes éditions L’Atelier des Noyers.

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