[Entretien] Le Libraire & le Psychopathe, ou la Poétique de la détestation : entretien avec Christophe Esnault par Grégory Rateau

[Entretien] Le Libraire & le Psychopathe, ou la Poétique de la détestation : entretien avec Christophe Esnault par Grégory Rateau

février 28, 2026
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[Entretien] Le Libraire & le Psychopathe, ou la Poétique de la détestation : entretien avec Christophe Esnault par Grégory Rateau

Christophe Esnault, Le Libraire & le Psychopathe, photographie Aurélia Bécuwe, édition Labyrinthes, février 2026, 68 pages, 9 €.

 

Livre-coup de poing, Le Libraire & le Psychopathe (Labyrinthe Editions) déploie une satire féroce, parfois hilarante, du monde du livre, portée par une langue nerveuse.

Christophe Esnault est un écrivain français, longtemps identifié à la poésie en prose, qui explore depuis plusieurs années des formes hybrides (lettres, micronouvelles, fragments, textes laboratoire, textes satiriques). Il a publié dans de nombreuses maisons indépendantes (Tinbad, Æthalidès, Cactus Inébranlable, Milagro, Tarmac, La nage de l’ourse, Ars Poetica, etc.) et développe une œuvre traversée par la critique des milieux culturels, la violence du réel et une ironie radicale.

 

GR : D’où vient chez vous ce moteur de la satire, cette nécessité d’attaquer frontalement les institutions du livre, et en particulier la poésie et ses poètes ?

Tellement ridicule d’écrire et de montrer ses textes en croyant qu’ils ont de la valeur. Ou de se cogner trois fois à des artistes en allant à la boulangerie.

 

GR : Le libraire est ici une figure centrale, presque obsessionnelle. Après avoir beaucoup critiqué les éditeurs dans vos livres précédents, pourquoi ce déplacement de la cible vers les libraires ?

Non, j’ai toujours été très mignon avec les éditeurs, et si les auteurs achetaient seulement 2/10e des livres que je commande (depuis trente ans), le monde éditorial serait très florissant. N’avez-vous pas observé que mon personnage (Le Psychopathe) est très investi amoureusement quand il tourne autour du libraire ?

 

GR : Vous êtes pourtant très publié, même si cela reste pour 90 % de la poésie et des lettres, dans une relative confidentialité. Comment vivez-vous cette tension entre visibilité et marginalité ?

« Plus ils publient et plus ils sont bêtes », je l’éructe debout sur mon tonneau.

 

GR : Votre style repose sur l’attaque répétée, la charge brève, l’aphorisme cruel. Comment travaillez-vous cette écriture de la percussion et du ressassement ?

On retrouve le ressassement chez Thomas Bernhard. Je m’invente des Autriche.

 

GR : Vous êtes passé de la poésie en prose à d’autres formes : lettres, fragments, courts essais, maintenant ce texte hybride. Qu’est-ce qui motive ces déplacements formels ?

Les romans en pile partout m’indiquent la direction.

 

GR : La figure du « psychopathe » fonctionne-t-elle pour vous comme un masque, un double, ou un outil critique pour dire ce qui serait autrement indicible ?

Le drame intime du psychopathe est que personne ne sait accueillir sa douceur.

 

GR : À vos yeux, quelle est aujourd’hui la place réelle de la poésie dans les librairies, et plus largement dans l’espace public ?

Si ce que vous trouvez dans une librairie ne vous secoue pas de sanglots, vous n’êtes jamais entré dans une librairie.

 

GR : La critique est omniprésente dans votre travail. Est-elle pour vous une nécessité vitale, presque physiologique, ou un geste politique conscient ?

Je veux être Walter Benjamin en me balançant sur mon cheval à bascule.

 

GR : Écrire, est-ce déjà résister, ou faut-il aller plus loin que le simple geste d’écriture pour espérer infléchir quoi que ce soit ?

Sur sa carte de pêche, l’écriture a pour nom Joie.

 

GR : Avez-vous parfois le sentiment que vos attaques nourrissent aussi le système que vous combattez, en lui offrant une forme de miroir spectaculaire ?

Le système a raison de se foutre de ma tronche.

GR : Après Le Libraire & le Psychopathe, vers quelles formes ou quels territoires littéraires avez-vous envie d’aller : radicaliser encore la satire, ou déplacer une nouvelle fois le champ de bataille ?

Ai été adepte des soirées à dix verres de trop, alors les livres de trop, je vais freiner un peu.

Extrait : Lire un extrait sur Libr-critique.com

« Quelque part il y a un libraire que le psychopathe ne connaît pas, un vrai libraire qui va s’endetter en refusant les compromissions avec les produits à forte rotation. Il faut être courageux pour embrasser ce destin si pur et aller vers la clochardisation promise. »

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