{"id":259,"date":"2021-02-02T17:45:58","date_gmt":"2021-02-02T16:45:58","guid":{"rendered":"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=259"},"modified":"2021-05-03T17:47:10","modified_gmt":"2021-05-03T15:47:10","slug":"chronique-francois-crosnier-la-poesie-reduite-en-poudre-noire-a-propos-de-sandra-moussempes-cassandre-a-bout-portant","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2021\/02\/02\/chronique-francois-crosnier-la-poesie-reduite-en-poudre-noire-a-propos-de-sandra-moussempes-cassandre-a-bout-portant\/","title":{"rendered":"[Chronique] Fran\u00e7ois Crosnier, La po\u00e9sie r\u00e9duite en poudre noire (\u00e0 propos de Sandra Moussemp\u00e8s, Cassandre \u00e0 bout portant)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Sandra Moussemp\u00e8s, <strong>Cassandre \u00e0 bout portant<\/strong>,\u00a0Flammarion, collection \u00ab\u00a0Po\u00e9sie\u00a0\u00bb, janvier 2021, 167 pages, 18 \u20ac, ISBN\u00a0: 978-2-0802-3289-2.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Je n\u2019en pouvais plus des th\u00e9matiques je voulais \u00e9crire ce qui vient\u00a0<\/em>: une telle affirmation peut sembler paradoxale, tant le lecteur de Sandra Moussemp\u00e8s retrouve dans son dernier livre les <em>objets f\u00e9minins non identifi\u00e9s <\/em>qui parcourent toute l\u2019\u0153uvre. \u00ab\u00a0Princesses filmiques\u00a0\u00bb pour film fant\u00f4me r\u00e9fugi\u00e9es dans une maison hant\u00e9e, \u00ab\u00a0fillettes lucides de l\u2019enfance\u00a0\u00bb, chanteuses \u00e0 la \u00ab\u00a0tessiture congel\u00e9e dans le Museum des voix c\u00e9l\u00e8bres\u00a0\u00bb \u2026, ces h\u00e9ro\u00efnes dominent les deux premi\u00e8res parties, sur les neuf qui composent le recueil. Cette impression de d\u00e9j\u00e0-vu doit pourtant \u00eatre d\u00e9pass\u00e9e et il faut convenir, au-del\u00e0 des apparences, que nous ne sommes plus tout \u00e0 fait dans le m\u00eame univers que celui de <em>Colloque des t\u00e9l\u00e9pathes <\/em>ou <strong><em>Cin\u00e9ma de l\u2019affect<\/em><\/strong>, les pr\u00e9c\u00e9dents titres publi\u00e9s \u00e0 l\u2019Attente en 2017 et 2020.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un titre n\u2019est jamais innocent\u00a0: ce <strong><em>Cassandre \u00e0 bout portant <\/em><\/strong>introduit une figure convoqu\u00e9e \u00e0 trois reprises, d\u00e8s la couverture donc, puis comme titre de l\u2019une des parties et encore comme celui du po\u00e8me de la page 156. Une telle insistance conduit \u00e0 interroger cette Cassandre que le peintre anglais George Romney (1734-1802), dans un magnifique portait de 1785, repr\u00e9sente sous les traits de Lady Hamilton, tandis que Sandra Moussemp\u00e8s, qui a r\u00e9alis\u00e9 le visuel du livre, pr\u00e9f\u00e8re l\u2019\u00e9voquer quant \u00e0 elle sous un masque victorien.<\/p>\n<div id=\"attachment_17642\" class=\"wp-caption aligncenter\" style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Lady-Hamilton-as-Cassandra.jpg\" rel=\"prettyphoto[259]\" rel=\"prettyphoto[17637]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-17642\" src=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Lady-Hamilton-as-Cassandra.jpg\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" srcset=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Lady-Hamilton-as-Cassandra.jpg 540w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Lady-Hamilton-as-Cassandra-100x100.jpg 100w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Lady-Hamilton-as-Cassandra-297x300.jpg 297w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Lady-Hamilton-as-Cassandra-144x144.jpg 144w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Lady-Hamilton-as-Cassandra-150x150.jpg 150w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Lady-Hamilton-as-Cassandra-366x369.jpg 366w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Lady-Hamilton-as-Cassandra-75x75.jpg 75w\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"545\" \/><\/a><\/p>\n<p class=\"wp-caption-text\">George Romney (1734-1802) Lady Hamilton as Cassandra (c. 1785-6)<br \/>\nLondres, Tate Britain<\/p>\n<\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Envisag\u00e9e comme un double, la fille de Priam \u00e0 laquelle Apollon conf\u00e8re le don de proph\u00e9tie avant de la punir comme on sait, a partie li\u00e9e avec le monde de l\u2019enfance et du p\u00e8re\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>L\u2019obsession reviendrait, se tiendrait \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Messaline, surnom que mon p\u00e8re me donnait enfant, parmi d\u2019autres comme Salom\u00e9, Cassandre la bien nomm\u00e9e qui annonce la<\/em> perte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019ancienne petite fille, identifi\u00e9e \u00e0 des figures hypersexuelle (Messaline) ou de s\u00e9ductrice (Salom\u00e9), choisit finalement d\u2019endosser (<em>bien nomm\u00e9e)<\/em> le r\u00f4le de celle qui annonce le malheur, la perte, \u00e0 la diff\u00e9rence qu\u2019ici elle est le propre objet de ses proph\u00e9ties <em>(\u00e0 bout portant).<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans <em>La vierge au miroir<\/em>, dernier po\u00e8me du recueil et par cons\u00e9quent conclusif, Sandra Moussemp\u00e8s, se d\u00e9crivant comme \u00ab\u00a0po\u00e9tesse en kit composant un po\u00e8me sous vos yeux\u00a0\u00bb, n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 \u00e9crire<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>A chaque respiration tu recraches les tabous de ton enfance<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">nous autorisant ainsi \u00e0 consid\u00e9rer l\u2019inscription de son travail dans l\u2019autobiographie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est en effet cet aspect plus franchement revendiqu\u00e9 (\u00ab\u00a0je me suis gliss\u00e9e dans une auto-biographie\u00a0\u00bb) qui donne \u00e0 ce livre un ton<a href=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/MoussempesCassandre.jpg\" rel=\"prettyphoto[259]\" rel=\"prettyphoto[17637]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-17471\" src=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/MoussempesCassandre.jpg\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" srcset=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/MoussempesCassandre.jpg 200w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/MoussempesCassandre-100x150.jpg 100w\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"300\" \/><\/a> diff\u00e9rent de ceux qui l\u2019ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9. Sandra Moussemp\u00e8s s\u2019engage tr\u00e8s loin dans cette direction, ainsi par exemple, dans la section <em>La maison des phrases liquides<\/em>, le po\u00e8me \u00ab\u00a0Le temps de l\u2019\u00e9criture\u00a0\u00bb donne lieu \u00e0 une assimilation du texte au corps m\u00eame de l\u2019autrice :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Voici la petite fille corn\u00e9e comme une page (\u2026)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Tu lui confies une page elle s\u2019y \u00e9tale et se replie avec la page<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Tu l\u2019\u00e9crases en refermant le livre<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>A priori elle n\u2019est toujours pas morte elle se d\u00e9plie avec les mots<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De m\u00eame, celle-ci va jusqu\u2019\u00e0 ins\u00e9rer \u00e0 deux reprises des notes de bas de page pour \u00e9voquer des \u00e9v\u00e9nements de sa propre vie (rencontres avec Olwyn Hughes ou Anie Besnard, toutes deux li\u00e9es \u00e0 la figure du p\u00e8re), au risque de produire une d\u00e9chirure dans le discours po\u00e9tique \u2013 et de susciter, avouons-le, une certaine surprise chez le lecteur \u2013 en y introduisant des \u00e9l\u00e9ments brutalement informatifs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s lors, l\u2019injonction \u00ab\u00a0Ne pas m\u00e9langer la vie et le po\u00e8me\u00a0\u00bb qui appara\u00eet dans <em>La porte vivante<\/em> semble un rappel quelque peu formel \u00e0 soi-m\u00eame, vite contredit par des notations comme celle-ci, parmi beaucoup d\u2019autres\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Quand la fra\u00eecheur d\u2019une nuit s\u00e9rigraphi\u00e9e<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Vient ici-bas me d\u00e9finir en fille aim\u00e9e d\u2019un p\u00e8re mort (\u2026)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>&amp; paravent d\u2019une m\u00e8re-proth\u00e8se<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/vimeo.com\/228996446\"><em>Nobody\u2019s Here But Me<\/em><\/a>\u00a0: plac\u00e9 en exergue du livre, le titre du documentaire r\u00e9alis\u00e9 par Cindy Sherman en 1994 appara\u00eet donc avoir pour double fonction de signaler une r\u00e9f\u00e9rence majeure de l\u2019autrice, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019<em>Unika, Sylvia, Emily, Gaspara, Virginia<\/em>, et de d\u00e9finir, comme on l\u2019a vu, l\u2019un des axes de son projet d\u2019\u00e9criture.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le second axe que je distingue dans ce livre d\u00e9cid\u00e9ment riche est celui de la r\u00e9flexion sur l\u2019objet po\u00e9tique lui-m\u00eame. Le mouvement perceptible dans <strong><em>Cassandre \u00e0 bout portant <\/em><\/strong>est celui de l\u2019abolition d\u2019un \u00e9merveillement ancien\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>La po\u00e9sie est une for\u00eat remplie de songes pr\u00e9cieux \u2013 c\u2019\u00e9tait ma vision des choses<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">pour faire place \u00e0 une perturbation dans l\u2019ordre des id\u00e9es\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Po\u00e9sie est une id\u00e9e du ciel noir et<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Des pens\u00e9es rouges qui le perturbent<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si le po\u00e8me est \u00ab\u00a0une fa\u00e7on de tresser des fissures \/ dans un h\u00f4tel rempli de fant\u00f4mes\u00a0\u00bb, sa production est d\u00e9sormais violente comme une sc\u00e8ne de guerre \u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Ce sonnet part dans tous les sens, c\u2019est le moment de le faire exploser<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>En expirant par ma bouche toutes sortes de traumas murmur\u00e9s<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Je les expulse je les r\u00e9injecte, des ann\u00e9es sortent avec des rapaces<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Je suis assise mais pas ma\u00eetris\u00e9e j\u2019ai un pistolet lance-roquette<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour la premi\u00e8re fois, le travail de l\u2019autrice \u2013 l\u2019engendrement des textes, \u00ab\u00a0la folie entra\u00eenant le po\u00e8me ou le po\u00e8me entra\u00eenant la folie\u00a0\u00bb \u2013 est situ\u00e9 explicitement, avec le risque que cela comporte en termes d\u2019exposition personnelle, dans un processus post-traumatique\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<em>Livre apr\u00e8s livre on restitue les traumas m\u00eame s\u2019ils ne font <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Pas davantage comprendre ce qui s\u2019\u00e9chappe du po\u00e8me<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les mots de Sandra Moussemp\u00e8s forment une \u00ab\u00a0comptine vertigineuse\u00a0\u00bb \u00e0 la force d\u2019\u00e9vocation intacte, et communiquent au lecteur une part de ce vertige issu d\u2019un \u00ab\u00a0ciel rose et un ciel noir en moi\u00a0\u00bb. Sous l\u2019invocation de \u00ab\u00a0Lilith et Cassandre encastr\u00e9es\u00a0\u00bb, figures tut\u00e9laires incarnant le n\u00e9gatif, le livre proc\u00e8de ici \u00e0 sa propre alchimie\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>C\u2019est la po\u00e9sie r\u00e9duite en poudre noire puis retravaill\u00e9e en p\u00e2te vivante avec un peu d\u2019eau<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sandra Moussemp\u00e8s, Cassandre \u00e0 bout portant,\u00a0Flammarion, collection \u00ab\u00a0Po\u00e9sie\u00a0\u00bb, janvier 2021, 167 pages, 18 \u20ac, ISBN\u00a0: 978-2-0802-3289-2. Je n\u2019en pouvais plus des th\u00e9matiques je voulais \u00e9crire ce qui vient\u00a0: une telle affirmation peut sembler paradoxale, tant le lecteur de Sandra Moussemp\u00e8s retrouve dans son dernier livre les objets f\u00e9minins non identifi\u00e9s qui parcourent toute l\u2019\u0153uvre. \u00ab\u00a0Princesses filmiques\u00a0\u00bb pour film fant\u00f4me r\u00e9fugi\u00e9es dans une maison hant\u00e9e, \u00ab\u00a0fillettes lucides de l\u2019enfance\u00a0\u00bb, chanteuses \u00e0 la \u00ab\u00a0tessiture congel\u00e9e dans le Museum des voix c\u00e9l\u00e8bres\u00a0\u00bb \u2026, ces h\u00e9ro\u00efnes dominent les deux premi\u00e8res parties, sur les neuf qui composent le recueil. Cette impression de d\u00e9j\u00e0-vu doit pourtant \u00eatre d\u00e9pass\u00e9e et il faut convenir, au-del\u00e0 des apparences, que nous ne sommes plus tout \u00e0 fait dans le m\u00eame univers que celui de Colloque des t\u00e9l\u00e9pathes ou Cin\u00e9ma de l\u2019affect, les pr\u00e9c\u00e9dents titres publi\u00e9s \u00e0 l\u2019Attente en 2017 et 2020. Un titre n\u2019est jamais innocent\u00a0: ce Cassandre \u00e0 bout portant introduit une figure convoqu\u00e9e \u00e0 trois reprises, d\u00e8s la couverture donc, puis comme titre de l\u2019une des parties et encore comme celui du po\u00e8me de la page 156. Une telle insistance conduit \u00e0 interroger cette Cassandre que le peintre anglais George Romney (1734-1802), dans un magnifique portait de 1785, repr\u00e9sente sous les traits de Lady Hamilton, tandis que Sandra Moussemp\u00e8s, qui a r\u00e9alis\u00e9 le visuel du livre, pr\u00e9f\u00e8re l\u2019\u00e9voquer quant \u00e0 elle sous un masque victorien. George Romney (1734-1802) Lady Hamilton as Cassandra (c. 1785-6) Londres, Tate Britain Envisag\u00e9e comme un double, la fille de Priam \u00e0 laquelle Apollon conf\u00e8re le don de proph\u00e9tie avant de la punir comme on sait, a partie li\u00e9e avec le monde de l\u2019enfance et du p\u00e8re\u00a0: L\u2019obsession reviendrait, se tiendrait \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Messaline, surnom que mon p\u00e8re me donnait enfant, parmi d\u2019autres comme Salom\u00e9, Cassandre la bien nomm\u00e9e qui annonce la perte. L\u2019ancienne petite fille, identifi\u00e9e \u00e0 des figures hypersexuelle (Messaline) ou de s\u00e9ductrice (Salom\u00e9), choisit finalement d\u2019endosser (bien nomm\u00e9e) le r\u00f4le de celle qui annonce le malheur, la perte, \u00e0 la diff\u00e9rence qu\u2019ici elle est le propre objet de ses proph\u00e9ties (\u00e0 bout portant). Dans La vierge au miroir, dernier po\u00e8me du recueil et par cons\u00e9quent conclusif, Sandra Moussemp\u00e8s, se d\u00e9crivant comme \u00ab\u00a0po\u00e9tesse en kit composant un po\u00e8me sous vos yeux\u00a0\u00bb, n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 \u00e9crire A chaque respiration tu recraches les tabous de ton enfance nous autorisant ainsi \u00e0 consid\u00e9rer l\u2019inscription de son travail dans l\u2019autobiographie. C\u2019est en effet cet aspect plus franchement revendiqu\u00e9 (\u00ab\u00a0je me suis gliss\u00e9e dans une auto-biographie\u00a0\u00bb) qui donne \u00e0 ce livre un ton diff\u00e9rent de ceux qui l\u2019ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9. Sandra Moussemp\u00e8s s\u2019engage tr\u00e8s loin dans cette direction, ainsi par exemple, dans la section La maison des phrases liquides, le po\u00e8me \u00ab\u00a0Le temps de l\u2019\u00e9criture\u00a0\u00bb donne lieu \u00e0 une assimilation du texte au corps m\u00eame de l\u2019autrice : Voici la petite fille corn\u00e9e comme une page (\u2026) Tu lui confies une page elle s\u2019y \u00e9tale et se replie avec la page Tu l\u2019\u00e9crases en refermant le livre A priori elle n\u2019est toujours pas morte elle se d\u00e9plie avec les mots De m\u00eame, celle-ci va jusqu\u2019\u00e0 ins\u00e9rer \u00e0 deux reprises des notes de bas de page pour \u00e9voquer des \u00e9v\u00e9nements de sa propre vie (rencontres avec Olwyn Hughes ou Anie Besnard, toutes deux li\u00e9es \u00e0 la figure du p\u00e8re), au risque de produire une d\u00e9chirure dans le discours po\u00e9tique \u2013 et de susciter, avouons-le, une certaine surprise chez le lecteur \u2013 en y introduisant des \u00e9l\u00e9ments brutalement informatifs. D\u00e8s lors, l\u2019injonction \u00ab\u00a0Ne pas m\u00e9langer la vie et le po\u00e8me\u00a0\u00bb qui appara\u00eet dans La porte vivante semble un rappel quelque peu formel \u00e0 soi-m\u00eame, vite contredit par des notations comme celle-ci, parmi beaucoup d\u2019autres\u00a0: Quand la fra\u00eecheur d\u2019une nuit s\u00e9rigraphi\u00e9e Vient ici-bas me d\u00e9finir en fille aim\u00e9e d\u2019un p\u00e8re mort (\u2026) &amp; paravent d\u2019une m\u00e8re-proth\u00e8se Nobody\u2019s Here But Me\u00a0: plac\u00e9 en exergue du livre, le titre du documentaire r\u00e9alis\u00e9 par Cindy Sherman en 1994 appara\u00eet donc avoir pour double fonction de signaler une r\u00e9f\u00e9rence majeure de l\u2019autrice, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019Unika, Sylvia, Emily, Gaspara, Virginia, et de d\u00e9finir, comme on l\u2019a vu, l\u2019un des axes de son projet d\u2019\u00e9criture. Le second axe que je distingue dans ce livre d\u00e9cid\u00e9ment riche est celui de la r\u00e9flexion sur l\u2019objet po\u00e9tique lui-m\u00eame. Le mouvement perceptible dans Cassandre \u00e0 bout portant est celui de l\u2019abolition d\u2019un \u00e9merveillement ancien\u00a0: La po\u00e9sie est une for\u00eat remplie de songes pr\u00e9cieux \u2013 c\u2019\u00e9tait ma vision des choses pour faire place \u00e0 une perturbation dans l\u2019ordre des id\u00e9es\u00a0: Po\u00e9sie est une id\u00e9e du ciel noir et Des pens\u00e9es rouges qui le perturbent Si le po\u00e8me est \u00ab\u00a0une fa\u00e7on de tresser des fissures \/ dans un h\u00f4tel rempli de fant\u00f4mes\u00a0\u00bb, sa production est d\u00e9sormais violente comme une sc\u00e8ne de guerre \u00a0: Ce sonnet part dans tous les sens, c\u2019est le moment de le faire exploser En expirant par ma bouche toutes sortes de traumas murmur\u00e9s Je les expulse je les r\u00e9injecte, des ann\u00e9es sortent avec des rapaces Je suis assise mais pas ma\u00eetris\u00e9e j\u2019ai un pistolet lance-roquette Pour la premi\u00e8re fois, le travail de l\u2019autrice \u2013 l\u2019engendrement des textes, \u00ab\u00a0la folie entra\u00eenant le po\u00e8me ou le po\u00e8me entra\u00eenant la folie\u00a0\u00bb \u2013 est situ\u00e9 explicitement, avec le risque que cela comporte en termes d\u2019exposition personnelle, dans un processus post-traumatique\u00a0: \u00a0Livre apr\u00e8s livre on restitue les traumas m\u00eame s\u2019ils ne font Pas davantage comprendre ce qui s\u2019\u00e9chappe du po\u00e8me Les mots de Sandra Moussemp\u00e8s forment une \u00ab\u00a0comptine vertigineuse\u00a0\u00bb \u00e0 la force d\u2019\u00e9vocation intacte, et communiquent au lecteur une part de ce vertige issu d\u2019un \u00ab\u00a0ciel rose et un ciel noir en moi\u00a0\u00bb. Sous l\u2019invocation de \u00ab\u00a0Lilith et Cassandre encastr\u00e9es\u00a0\u00bb, figures tut\u00e9laires incarnant le n\u00e9gatif, le livre proc\u00e8de ici \u00e0 sa propre alchimie\u00a0: C\u2019est la po\u00e9sie r\u00e9duite en poudre noire puis retravaill\u00e9e en p\u00e2te vivante avec un peu d\u2019eau<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":260,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[35,7,2],"tags":[152,240,241,242,243,212,215],"class_list":["post-259","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-chronique","category-livres-recus","category-une","tag-francois-crosnier","tag-jacques-moussempes","tag-moussempes-comptine","tag-moussempes-spectrographie","tag-poesie-et-autobiographie","tag-poesie-flammarion","tag-sandra-moussempes"],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/259","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=259"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/259\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":261,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/259\/revisions\/261"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media\/260"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=259"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=259"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=259"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}