{"id":3242,"date":"2022-10-13T11:32:56","date_gmt":"2022-10-13T09:32:56","guid":{"rendered":"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=3242"},"modified":"2022-10-13T15:03:57","modified_gmt":"2022-10-13T13:03:57","slug":"chronique-julien-boutonnier-un-roman-decontrarie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2022\/10\/13\/chronique-julien-boutonnier-un-roman-decontrarie\/","title":{"rendered":"[Chronique] Julien Boutonnier, Un roman d\u00e9contrari\u00e9, Peut(-)\u00eatre un journal \u2013 Les os r\u00eavent"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Comme j\u2019ai pu le sp\u00e9cifier pr\u00e9c\u00e9demment, dans d\u2019autres articles de cette s\u00e9rie dont le pr\u00e9sent \u00e9pisode est le troisi\u00e8me \u00e0 \u00eatre publi\u00e9, je m\u00e8ne une sorte de r\u00e9flexion-r\u00eaverie autour de l\u2019\u00e9criture du livre <strong><em>Les Os r\u00eavent<\/em><\/strong> paru en mars dernier aux \u00c9ditions du Dernier t\u00e9l\u00e9gramme. Si le but avou\u00e9 de cette entreprise reste de discourir plus ou moins adroitement sur mon travail afin de le pr\u00e9senter et, disons-le tout net, de le vendre, son objectif latent, plus essentiel il me semble, vise \u00e0 ralentir le processus par lequel l\u2019\u00e9criture de ce livre trouve une fin. En d\u2019autres termes, pourrais-je dire, je cherche ici \u00e0 prolonger cet \u00e9tat particulier de concentration, mi-divagant, mi-raisonnant, qui fut le mien pendant la r\u00e9daction de cet ouvrage, comme on se d\u00e9lecte parfois \u00e0 explorer l\u2019\u00e9tat semi-conscient de la phase d\u2019\u00e9veil, au sortir d\u2019un long et tr\u00e8s profond sommeil. Il en va sans doute d\u2019un trouble plaisir dont le ressort se trouve dans la perplexit\u00e9 que suscite en moi toute terminaison.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Int\u00e9ressons-nous, voulez-vous, \u00e0 l\u2019aspect romanesque de ce livre intitul\u00e9 <strong><em>Les Os r\u00eavent<\/em><\/strong>. Il ne fait aucun doute que cet ouvrage est un roman. On y raconte une histoire, celle d\u2019une \u00e9tude ost\u00e9onirismologique, men\u00e9e par l\u2019ost\u00e9onirismologue d\u00e9butant nomm\u00e9 Giacomo Palestrina. On peut ais\u00e9ment l\u2019apparenter \u00e0 diverses cat\u00e9gories, dont celles des romans d\u2019apprentissage, d\u2019aventure ou encore du merveilleux scientifique.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Concernant cette derni\u00e8re, qu\u2019au demeurant je ne connais pas bien, puisque j\u2019en sais ce que la lecture rapide et partielle d\u2019une page Wikip\u00e9dia peut apprendre, il est attendu qu\u2019un roman qui pr\u00e9tendrait y appartenir pr\u00e9sente un aspect invraisemblable du monde, caus\u00e9 et\/ou expliqu\u00e9 par la science, que celle-ci soit appr\u00e9hend\u00e9e par ses confins extravagants (t\u00e9l\u00e9pathie, <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-3246\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Osteonirismologie.jpg\" alt=\"\" width=\"170\" height=\"230\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Osteonirismologie.jpg 170w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Osteonirismologie-111x150.jpg 111w\" sizes=\"auto, (max-width: 170px) 100vw, 170px\" \/>m\u00e9tagnomie, t\u00e9l\u00e9portation\u2026) ou ses pratiques les plus s\u00e9rieuses (recherche en laboratoire). Cette litt\u00e9rature met donc r\u00e9guli\u00e8rement en sc\u00e8ne des personnages de savants, de chercheurs, de scientifiques. Elle explore les cons\u00e9quences li\u00e9es \u00e0 la distorsion d\u2019une loi physique, \u00e0 une d\u00e9couverte scientifique ou \u00e0 l\u2019intrusion d\u2019un \u00e9l\u00e9ment incongru dans le cours des choses.<br \/>\nPar ces qualit\u00e9s, le roman <strong><em>Les Os r\u00eavent<\/em><\/strong> \u00e9voque cet univers scientifique et imaginaire. Cependant, il s\u2019en d\u00e9marque en ceci que tout est parfaitement habituel dans le monde ost\u00e9onirismologique d\u00e9crit. Le ressort du roman propre au merveilleux-scientifique semble \u00eatre la survenue d\u2019un accident dans le cours ordinaire du monde tel que nous le connaissons. Or, l\u2019univers ost\u00e9onirismologique n\u2019appara\u00eet pas sur le fond de notre monde, il constitue un autre monde, inconnu, \u00e9trange, aussi ressemblant au n\u00f4tre que radicalement autre.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">De fait, l\u2019\u00e9tude de l\u2019ost\u00e9onirismologue Palestrina, si elle para\u00eet extravagante depuis le point de vue qui est le n\u00f4tre, demeure circonscrite \u00e0 la plus parfaite normalit\u00e9 ost\u00e9onirismologique\u00a0; en t\u00e9moignent les nombreux protocoles, \u00e9prouv\u00e9s par la tradition, r\u00e9alis\u00e9s par le personnage. Et si suspense il y a, il r\u00e9side dans l\u2019extr\u00eame dangerosit\u00e9 de certaines proc\u00e9dures et s\u00fbrement pas dans la r\u00e9solution d\u2019un probl\u00e8me qui permettrait le retour \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 ordinaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En revanche, le merveilleux-scientifique me semble \u00eatre pleinement \u00e9pous\u00e9, non par l\u2019intrigue qui charpente l\u2019histoire racont\u00e9e, mais par un biais formel, sans doute inaccoutum\u00e9e dans le genre. On trouve en effet, depuis l\u2019introduction jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9pilogue final, entrelard\u00e9s aux paragraphes romanesques, de nombreux d\u00e9veloppements de type scientifique visant \u00e0 pr\u00e9senter et expliquer les ph\u00e9nom\u00e8nes et la culture ost\u00e9onirismologiques. Comme nous le verrons par la suite, ces d\u00e9veloppements ont vocation \u00e0 solliciter le lecteur dans un effort particulier. Ils ont aussi pour cons\u00e9quence que l\u2019emportement propre \u00e0 la lecture romanesque se trouve tr\u00e8s r\u00e9guli\u00e8rement contrari\u00e9. Autrement dit, la narration de l\u2019histoire est sans cesse report\u00e9e au profit de descriptions et d\u2019explications rapportables \u00e0 diverses disciplines, formalis\u00e9es dans un style universitaire. Cette tournure singuli\u00e8re du roman r\u00e9pond \u00e0 une n\u00e9cessit\u00e9 doublement fond\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il se trouve que je suis tr\u00e8s profond\u00e9ment f\u00e2ch\u00e9 avec, mais aussi totalement obs\u00e9d\u00e9 par ce travail qui consiste \u00e0 raconter une histoire. Je peux situer la cause de cet \u00e9cart\u00e8lement dans la<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-3247\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Legendre.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"200\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Legendre.jpg 220w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Legendre-150x136.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/> suite de l\u2019histoire occidentale du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle autant que dans les entrelacs de mon histoire personnelle. (L\u2019entre-appartenance du sujet et de la civilisation, belle formule de Pierre Legendre, est ici \u00e0 envisager comme principe et m\u00e9thode d\u2019une possible compr\u00e9hension de soi et d\u2019autrui, dans la suite d\u2019une proposition tr\u00e8s fructueuse \u00e9nonc\u00e9e par Freud\u00a0: \u00eatre humain et soci\u00e9t\u00e9 suivent des d\u00e9veloppements structur\u00e9s selon des \u00e9tapes similaires).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y eut un p\u00e8re dans l\u2019enfance dont les paroles furent aussi rares qu\u2019extr\u00eamement limit\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9mission d\u00e9sincarn\u00e9e d\u2019une information la plus plate. Ainsi, du plus grand d\u00e9ploiement de paroles que ce p\u00e8re d\u2019enfance r\u00e9alisa, on peut affirmer qu\u2019il tient en ces quelques mots\u00a0: <em>passe-moi le sel<\/em>, ou <em>mange ta soupe<\/em>, ou encore <em>oui<\/em>, ou le plus souvent <em>non<\/em>. Mais toujours son visage but\u00e9 et silencieux laissait entendre qu\u2019il disait\u00a0: <em>merde<\/em>, <em>ferme-la,<\/em> <em>fous-moi la paix<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il convient de pr\u00e9ciser ceci. S\u2019il est un p\u00e8re, et que ce p\u00e8re c\u00f4toie l\u2019enfant, il y aura transmission, parce que la transmission ne tient pas tant \u00e0 la volont\u00e9 des protagonistes qu\u2019\u00e0 une situation g\u00e9n\u00e9alogiquement organis\u00e9e. La question n\u2019est donc pas\u00a0: p\u00e8re, m\u2019as-tu transmis quelque chose\u00a0? La question peut \u00eatre \u00e9nonc\u00e9e de la sorte\u00a0: p\u00e8re, quel objet m\u2019as-tu transmis\u00a0? Certains objets sont transmis manifestement. Il peut s\u2019agir d\u2019un r\u00e9cit, d\u2019un savoir-faire, d\u2019un engagement, d\u2019une croyance, etc. D\u2019autres objets sont transmis de fa\u00e7on latente, depuis l\u2019opacit\u00e9 d\u2019un comportement \u00e9nigmatique que nulle parole ne vient expliquer. Cet objet de transmission, que nous pourrions nommer d\u2019un terme ost\u00e9onirismologique, \u00e0 savoir <em>mati\u00e8re silencieuse<\/em>, loge dans l\u2019enfant \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un trou. De l\u2019avenir de cet enfant d\u00e9pendra l\u2019efficacit\u00e9 avec laquelle il saura border ce trou, contenir sa charge et lui pr\u00eater une signification.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toutefois, pour autant qu\u2019il parvienne dans les ann\u00e9es de sa jeunesse, et parfois de sa maturit\u00e9, <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-3248\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Boutonnier.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"200\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Boutonnier.jpg 220w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Boutonnier-150x136.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/>\u00e0 construire un entendement de cette <em>mati\u00e8re silencieuse<\/em>, il ne pourra jamais \u00e9mettre une formule qui en emportera toute l\u2019explication. Pour le dire autrement, l\u2019enfant, y compris celui qui logera dans l\u2019adulte qu\u2019il sera devenu, ne ligaturera jamais la viduit\u00e9 massive de cette transmission \u00e9nigmatique. Aussi, il se r\u00e9soudra \u00e0 d\u00e9porter cette impossibilit\u00e9 dans un certain registre de langage qu\u2019on nomme paradoxe \u2013 ou, pourquoi pas, po\u00e8me. Un paradoxe a en effet cette qualit\u00e9 formidable de contenir une torsion de la logique, parfois m\u00eame une contradiction, sans la r\u00e9soudre, de sorte qu\u2019elle b\u00e9e dans les limites m\u00eame de sa manifestation. C\u2019est donc un mod\u00e8le grammairien de savoir-y-faire avec le trou.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est entendu qu\u2019au cours d\u2019une existence ce paradoxe trouvera bien des formulations diff\u00e9rentes, selon les rencontres, les th\u00e9ories, les r\u00e9cits et les \u0153uvres d\u2019art que le sujet aura l\u2019opportunit\u00e9 de saisir. Me concernant, la psychanalyse, l\u2019anthropologie dogmatique, la litt\u00e9rature, la musique, la peinture et, avant tout, la po\u00e9sie, en ce qu\u2019elle tient sa substance m\u00eame de l\u2019\u00e9nonc\u00e9 impossible qu\u2019elle irradie, m\u2019ont donn\u00e9 de formuler les paradoxes n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019int\u00e9gration harmonieuse de la <em>mati\u00e8re silencieuse<\/em> paternelle dans mon existence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ici, rapportant ce paradoxe au contexte du roman <strong><em>Les Os r\u00eavent<\/em><\/strong>, nous envisagerons la formule suivante\u00a0: <em>un roman raconte qu\u2019un roman n\u2019a rien \u00e0 raconter, et il le raconte<\/em>, d\u00e9riv\u00e9e de mon exp\u00e9rience personnelle que je peux \u00e9noncer de la sorte\u00a0: <em>un p\u00e8re transmet qu\u2019il n\u2019y a rien \u00e0 transmettre, et il le transmet<\/em>. Nous trouverons un d\u00e9veloppement de cet aspect du roman dans l\u2019article <em>Un livre sur rien, <\/em>\u00e0 para\u00eetre dans la revue<em> Catastrophes<\/em>. On s\u2019\u00e9tonnera sans doute de ce rajout qui semble ne rien apporter \u00e0 la formule\u00a0: <em>et il le raconte<\/em>. Pourquoi donc se donner la peine d\u2019ajouter ce qui n\u2019apporte s\u00e9mantiquement rien\u00a0:<em> et il le transmet\u00a0<\/em>? D\u2019abord, il convient que je confesse que je ne saurais pas expliquer cela. Voici un fait de langage qui s\u2019impose comme \u00e9tant ad\u00e9quat sans que je puisse r\u00e9ellement rendre compte de cette pertinence. Ensuite, je peux avancer quelques hypoth\u00e8ses. Je me risque \u00e0 penser, en effet, que cet ajout pl\u00e9onastique a au moins trois raisons\u00a0: la sinc\u00e9rit\u00e9 dans la formule, la vibration tautologique, la r\u00e9alisation non-effective effective.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette derni\u00e8re raison, la r\u00e9alisation effective non-effective, vise sans aucun doute \u00e0 exprimer un certain mode de r\u00e9alisation propre au caract\u00e8re paradoxal de notre situation. En exprimant que l\u2019agent de l\u2019action (le roman) fait effectivement ce qu\u2019il fait (raconter qu\u2019un roman n\u2019a rien \u00e0 raconter), nous formulons en une seule expression deux tendances contradictoires. D\u2019abord, nous signifions que l\u2019agent r\u00e9alise effectivement ce qu\u2019il est dit qu\u2019il fait. Ensuite, nous signifions que cette effectivit\u00e9 est fondamentalement incertaine parce que, si ce n\u2019\u00e9tait pas le cas, il n\u2019y aurait pas besoin de pr\u00e9ciser que la r\u00e9alisation est bien effective. Nous renfor\u00e7ons l\u2019affirmation tout autant que nous l\u2019affaiblissons, d\u2019autant que, et parce que, la nature de l\u2019action d\u00e9crite est elle-m\u00eame, fondamentalement, paradoxale. Ce r\u00e9gime de signification antagonique exprime fid\u00e8lement le r\u00e9gime de narration du roman qui ne cesse pas, \u00e0 bien des \u00e9gards, de se pr\u00e9senter comme narration vide dont le vide m\u00eame ab\u00eemerait le mouvement tout autant qu\u2019il l\u2019engendrerait.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par la deuxi\u00e8me, que nous nommons <em>la vibration tautologique<\/em>, nous avan\u00e7ons que, par le biais de cette redondance, nous perforons les \u00e9paisseurs s\u00e9mantiques usuelles de la langue pour atteindre le noyau vide et vibrant, sans lieu ni temps propre, qui r\u00e9side au fondement de tout acte de signification. C\u2019est-\u00e0-dire que cet ajout, qui semble ne rien ajouter, \u00e0 bien le consid\u00e9rer, parvient, <em>r\u00e9ellement<\/em>, \u00e0 ajouter du rien. Il nous faut comprendre que nous assistons l\u00e0 \u00e0 une op\u00e9ration de retournement qui voit le rien s\u2019immiscer au c\u0153ur m\u00eame d\u2019un quelque chose. Se manifeste en pl\u00e9nitude une valeur n\u00e9gative si bien que, en dernier terme, ce rien menace d\u2019envahir la formulation enti\u00e8re, et peut-\u00eatre m\u00eame toutes possibilit\u00e9s s\u00e9mantiques du texte. Et cette menace oriente notre regard de la m\u00eame fa\u00e7on que peut le faire la formulation d\u00e9cisive biblique, quand Dieu se pr\u00e9sente \u00e0 Mo\u00efse et qu\u2019il lui confie son nom\u00a0: <em>Je suis celui qui est.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De la premi\u00e8re \u2013 la sinc\u00e9rit\u00e9 dans la formule \u2013, nous d\u00e9duisons que ces ajouts au premier abord gratuits t\u00e9moignent d\u2019une intention qui ne vise pas \u00e0 transmettre une information mais \u00e0 t\u00e9moigner d\u2019une certaine authenticit\u00e9. Comme on le constate chez les enfants parfois, ou chez les po\u00e8tes, la mani\u00e8re de formuler les choses adh\u00e8re \u00e0 un certain \u00e9tat \u00e9motionnel, \u00e0 une \u00e9nergie particuli\u00e8re du corps, si bien que la phrase semble suivre les contours d\u2019une pr\u00e9sence autant que poursuivre l\u2019objectif d\u2019une communication.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Toutefois, il nous faut consid\u00e9rer qu\u2019une m\u00e9ta raison organise ces trois causes. Comme nous avons affirm\u00e9 que la transmission tient d\u2019abord \u00e0 une situation g\u00e9n\u00e9alogiquement organis\u00e9e, nous avan\u00e7ons que la narration romanesque est premi\u00e8rement structur\u00e9e selon la condition propre \u00e0 la lecture. Comme on le sait, une situation de lecture implique \u00e0 minima qu\u2019un sujet lise un texte. Nous affirmons ceci, et cela n\u2019a absolument rien de r\u00e9volutionnaire \u2013 voir Flaubert et son <em>livre sur rien<\/em> par exemple \u2013, qu\u2019une lecture romanesque ne n\u00e9cessite pas que le texte raconte quelque chose pour que quelque chose soit racont\u00e9, \u00e0 partir du moment n\u00e9anmoins o\u00f9 un lecteur c\u00f4toie ce texte. Ce qui nous int\u00e9resse ici, c\u2019est donc que la situation de lecture et le dispositif de transmission g\u00e9n\u00e9alogique (entre p\u00e8re et fils en ce qui me concerne) ont cette qualit\u00e9 qu\u2019ils peuvent fonctionner autour d\u2019un objet n\u00e9gatif, d\u2019un objet qui circule sans avoir une consistance propre. En r\u00e9sum\u00e9, la lecture romanesque est en mesure de r\u00e9\u00e9diter les enjeux d\u2019une transmission g\u00e9n\u00e9alogique <em>en creux<\/em>. Elle est un outil privil\u00e9gi\u00e9 qui se pr\u00eate \u00e0 l\u2019exploration de la <em>mati\u00e8re silencieuse\u00a0<\/em>; pour le dire d\u2019une mani\u00e8re peut-\u00eatre plus litt\u00e9raire et implicite\u00a0: l\u00e0 o\u00f9 manque le p\u00e8re, la litt\u00e9rature manque d\u2019histoire, ou encore, l\u00e0 o\u00f9 manque du p\u00e8re, la litt\u00e9rature ne manque pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Maintenant que nous avons un tant soit peu \u00e9nonc\u00e9 ce qui pouvait, dans un aspect biographique, provoquer l\u2019\u00e9cart\u00e8lement d\u00e9cisif de mon rapport \u00e0 la narration romanesque, int\u00e9ressons-nous \u00e0 cela dans la dimension d\u2019une civilisation, \u00e0 savoir celle d\u2019Europe. Il est \u00e9vident que nous n\u2019entendons pas \u00e9puiser un sujet aussi vaste que la place ambigu\u00eb de la narration dans la litt\u00e9rature europ\u00e9enne du d\u00e9but du XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Nous cherchons simplement <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-3249\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/KerteszDestin.jpg\" alt=\"\" width=\"210\" height=\"330\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/KerteszDestin.jpg 210w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/KerteszDestin-191x300.jpg 191w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/KerteszDestin-95x150.jpg 95w\" sizes=\"auto, (max-width: 210px) 100vw, 210px\" \/>\u00e0 faire part d\u2019un rep\u00e8re qui, pour ma pratique d\u2019\u00e9criture, constitue un point d\u2019articulation fondamental dans cette perspective de l\u2019entre-appartenance du sujet et de la civilisation. Je me situe dans l\u2019h\u00e9ritage que constituent certains textes r\u00e9dig\u00e9s par quelques grands t\u00e9moins de la destruction des populations mise en \u0153uvre par diff\u00e9rents r\u00e9gimes totalitaires, sur le territoire europ\u00e9en (auquel nous joignons la Russie), durant le XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Je pense aux ouvrages suivants\u00a0: <em>Le sang du ciel<\/em> de Piotr Rawicz, <em>\u00catre sans destin<\/em> d\u2019Imre Kert\u00e9sz, <em>\u00c0 pas perdus de par le monde<\/em> de Leib Rochman, <em>Au c\u0153ur de l\u2019enfer<\/em> de Zalmen Gradowski, <em>Transcriptions<\/em> de Heimrad B\u00e4cker, <em>Holocauste<\/em> de Charles Reznikoff, <em>R\u00e9cits de la Kolyma <\/em>de Varlam Chalamov. Chacun de ses textes, \u00e0 sa fa\u00e7on, prend en charge, dans sa forme, ce que nous continuerons d\u2019appeler <em>mati\u00e8re silencieuse<\/em>, entendons cet objet sans consistance que nous rep\u00e9rons comme \u00e9tant \u00e0 la fois au travail dans certaines transmissions g\u00e9n\u00e9alogiques et situations de lecture. Les auteurs cit\u00e9s, t\u00e9moins de la destruction syst\u00e9matique de l\u2019\u00eatre humain par des \u00c9tats meurtriers, ont tous cherch\u00e9 \u00e0 rendre compte d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 intransmissible car situ\u00e9e en dehors de la sph\u00e8re d\u2019un entendement commun. Ils ont r\u00e9alis\u00e9 ce travail en profondeur en \u00e9tablissant ceci qu\u2019un texte narratif ne pouvait suffire car ce que les \u00e9v\u00e9nements rapport\u00e9s remettaient en cause, c\u2019\u00e9tait notre rapport \u00e0 la langue et au langage. Il ne pouvait pas s\u2019agir d\u2019\u00e9tablir une simple relation ou analyse des faits, comme le font, par exemple, Primo Levi, Eli Wiesel ou Jorge Semprun, lesquels, il nous semble, continuent d\u2019\u00e9crire dans une langue d\u2019avant ces destructions, comme si, de fait, ce qui avait eu lieu n\u2019avait pas d\u00e9plac\u00e9 les coordonn\u00e9es de la litt\u00e9rature. Piotr Rawicz se joue des styles et des formes litt\u00e9raires pour cr\u00e9er le trouble dans le rapport que le lecteur peut construire avec la v\u00e9racit\u00e9 du r\u00e9cit\u00a0; Imre Kert\u00e9sz construit un roman s\u00e9riel, atonal, dans lequel tout sens tragique s\u2019effondre au profit d\u2019une<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-3252\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/ReznikovHolocauste.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"335\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/ReznikovHolocauste.jpg 220w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/ReznikovHolocauste-197x300.jpg 197w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/ReznikovHolocauste-99x150.jpg 99w\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/> monstrueuse banalit\u00e9\u00a0; Leib Rochman \u00e9crit pour les morts, dans les termes de sa culture juive, un r\u00e9cit hallucin\u00e9, prot\u00e9iforme, o\u00f9 les cat\u00e9gories organisatrices d\u2019un monde humain volent en \u00e9clat\u00a0; Zalmen Gradowski (sonderkommando assassin\u00e9 \u00e0 Auschwitz) d\u00e9crit des sc\u00e8nes v\u00e9cues dans les chambres \u00e0 gaz, observations empreintes d\u2019un lyrisme religieux tel qu\u2019elles retournent la cruaut\u00e9 extr\u00eame des situations \u00e9voqu\u00e9es en testament de tout un peuple\u00a0: la langue semble br\u00fbler et se figer en st\u00e8le dans le m\u00eame mouvement\u00a0; Heimrad Baker produit un montage d\u2019archives administratives (des listes, des tableaux, des comptes, des rapports\u2026) qui dressent un paysage aussi glac\u00e9 que horrifiant de la destruction des personnes\u00a0; Charles Reznikoff versifie d\u2019authentiques d\u00e9positions de survivants, il fusionne t\u00e9moignages et po\u00e8mes pour enjamber notre vertige\u00a0; Varlam Chalamov \u00e9tablit un immense livre fragmentaire, trou\u00e9, ouvert sur l\u2019indicible, pour rendre compte de son exp\u00e9rience du Goulag et de cela m\u00eame dont il sait qu\u2019il ne pourra jamais le saisir dans les rets de la langue.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Si je tiens \u00e0 m\u2019inscrire dans cet h\u00e9ritage, ce n\u2019est pas seulement que je suis int\u00e9ress\u00e9 par les enjeux formels qui le traversent, c\u2019est d\u2019abord parce que le sous-tend une possible formulation de la culture europ\u00e9enne aujourd\u2019hui. Pour reprendre l\u2019expression d\u2019Imre Kert\u00e9sz, l\u2019Holocauste est une culture, il est une valeur. C\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il n\u2019est pas seulement un crime incommensurable, il est aussi, et d\u2019abord, un point z\u00e9ro \u00e0 partir duquel penser notre culture. Auschwitz, mais entendons voulez-vous ici la destruction des populations par les \u00c9tats, est une matrice de notre \u00eatre europ\u00e9en. Cette destruction est une valeur \u00e0 partir de laquelle construire un entendement de notre situation aujourd\u2019hui. \u00c9crire, si je prends ce postulat au s\u00e9rieux, n\u00e9cessite donc de commencer \u00e0 partir de cette destruction. Et raconter une histoire \u00e0 partir de cette destruction des populations par les \u00c9tats, c\u2019est, me semble-t-il, raconter qu\u2019un roman raconte qu\u2019il n\u2019a rien \u00e0 raconter, et qu\u2019il le raconte, parce que ce qu\u2019il est somm\u00e9 de raconter n\u2019est en rien exprimable dans les termes de quelque chose. Comme l\u2019ont r\u00e9alis\u00e9 les auteurs cit\u00e9s pr\u00e9c\u00e9demment, il s\u2019agit de mettre en sc\u00e8ne la langue dans cette perspective, bien plus peut-\u00eatre que d\u2019inventer des histoires qui traitent du th\u00e8me de la destruction des populations.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, deux raisons pr\u00e9sident \u00e0 la narration contrari\u00e9e qui organise le roman <strong><em>Les Os r\u00eavent<\/em><\/strong><em>\u00a0<\/em>: la premi\u00e8re, biographique, fond\u00e9e dans une reprise de la transmission paternelle n\u00e9gative, la seconde, civilisationnelle, \u00e9tablie dans la destruction des populations comme valeur et culture europ\u00e9enne. Toutes deux organisent l\u2019entre-appartenance du sujet et de la civilisation qui nous structure.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Plut\u00f4t qu\u2019une narration contrari\u00e9e, il nous semble plus juste, comme l\u2019affirme le titre de ce texte, d\u2019\u00e9voquer une narration que nous pourrions qualifier \u00e0 l\u2019aide du n\u00e9ologisme <em>d\u00e9contrari\u00e9<\/em>. Le roman fonctionne en effet selon un r\u00e9gime de n\u00e9gation redoubl\u00e9e, \u00e0 l\u2019image sans doute de la formule pl\u00e9onastique \u00e9voqu\u00e9e pr\u00e9c\u00e9demment. Il contrarie sans cesse son \u00e9lan mais ne cesse<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-3250\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/BoutonnierOs.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/BoutonnierOs.jpg 220w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/BoutonnierOs-110x150.jpg 110w\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/> jamais pour autant de contrarier sa contradiction, c\u2019est-\u00e0-dire de se relancer. La narration du roman fonctionne selon une n\u00e9gation d\u2019elle-m\u00eame, qu\u2019op\u00e8rent les explications ost\u00e9onirismologiques, ainsi que sur une autre n\u00e9gation qui nie la premi\u00e8re, que r\u00e9alisent les m\u00eames explications ost\u00e9onirismologiques car, si elles interrompent le r\u00e9cit de l\u2019histoire, elles effectuent aussi la liaison qui permet son recommencement. C\u2019est pourquoi je propose ce n\u00e9ologisme qui emporte le double mouvement de n\u00e9gation en un seul mot\u00a0: la narration est contrari\u00e9e et cette contradiction qu\u2019elle contient est elle-m\u00eame contrari\u00e9e\u00a0: elle est d\u00e9contrari\u00e9e.<br \/>\nJe soumets ici une analogie avec les com\u00e9dies musicales de l\u2019\u00e2ge d\u2019or de Hollywood. Comme nous le savons tous, durant les parties chant\u00e9es et dans\u00e9es, la narration est mise de c\u00f4t\u00e9 (ce qui n\u2019est pas forc\u00e9ment le cas dans des films chant\u00e9s plus r\u00e9cents, comme le <em>Moulin rouge<\/em> de Baz Luhrmann par exemple). On se d\u00e9sint\u00e9resse des enjeux de l\u2019histoire qui nous est racont\u00e9e pour orienter notre attention sur des chor\u00e9graphies, chants, musiques, jusqu\u2019\u00e0 la reprise des sc\u00e8nes narratives. Si l\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019un num\u00e9ro de claquettes semble aller de soi, il n\u2019en est pas de m\u00eame des plus ou moins longues explications ost\u00e9onirismologiques qui organisent le roman <strong><em>Les Os r\u00eavent<\/em><\/strong>. Int\u00e9ressons-nous aux diff\u00e9rents ressorts de ces blocs <em>d\u00e9contradicteurs\u00a0<\/em>: comment fonctionnent-ils\u00a0? Que donnent-ils \u00e0 lire au lecteur\u00a0? Comment sollicitent-ils l\u2019effort du lecteur jusqu\u2019\u00e0 la reprise de la narration\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous identifions trois raisons qui pourraient emporter le lecteur, pour peu que ce dernier soit suffisamment opini\u00e2tre et raisonnablement d\u00e9raisonnable. La premi\u00e8re rel\u00e8ve d\u2019une l\u00e9g\u00e8re hypnose, processus que nous pr\u00e9sentons dans les articles <a href=\"https:\/\/revuecatastrophes.wordpress.com\/2022\/03\/09\/un-savoir-reel-1-2\/?fbclid=IwAR1Ps81JsXaciQKrtDGuj0kE1fQjXhmXpB4rstmognfJ_LgE9GEuE-ToxKU\"><em>Un savoir r\u00e9el 1<\/em><\/a> et <em>2<\/em> publi\u00e9s dans la revue <em>Catastrophes<\/em>\u00a0; elle se pr\u00e9sente comme exp\u00e9rience d\u2019un savoir rapport\u00e9 \u00e0 un contenu sans substance. La deuxi\u00e8me tient \u00e0 une m\u00e9taphore du processus de cr\u00e9ation litt\u00e9raire que nous explicitons dans l\u2019article <em>Transsubstantiation du corps et de la lettre,<\/em> \u00e9galement publi\u00e9 dans la revue <em>Catastrophes<\/em>. La troisi\u00e8me, quant \u00e0 elle, est rapportable \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience d\u2019une subjectivit\u00e9 singuli\u00e8re que fomente l\u2019ensemble des pr\u00e9sentations, descriptions et explications ost\u00e9onirismologiques.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Comprenons que ces paragraphes explicatifs \u00e9voquent un dispositif imaginaire mais aussi forment un dispositif efficient dans l\u2019\u00e9conomie narrative du livre. Avant d\u2019expliquer ceci, il convient que nous abordions, bri\u00e8vement, la notion de dispositif telle qu\u2019elle est pr\u00e9sent\u00e9e par Giorgio Agamben \u00e0 la suite de Michel Foucault. Je m\u2019appuierai sur la lecture du bref et tr\u00e8s <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-3253\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/AgambenDispositif.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"330\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/AgambenDispositif.jpg 220w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/AgambenDispositif-200x300.jpg 200w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/AgambenDispositif-100x150.jpg 100w\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/>utile ouvrage d\u2019Agamben intitul\u00e9 <em>Qu\u2019est-ce qu\u2019un dispositif\u00a0?<\/em> \u00ab\u00a0Ce que j\u2019essaie de rep\u00e9rer sous ce nom c\u2019est, [\u2026] un ensemble r\u00e9solument h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne comportant des discours, des institutions, des am\u00e9nagements architecturaux, des d\u00e9cisions r\u00e9glementaires, des lois, des mesures administratives, des \u00e9nonc\u00e9s scientifiques, des propositions philosophiques, morales, philanthropiques\u00a0; bref, du dit aussi bien que du non-dit, voil\u00e0 les \u00e9l\u00e9ments du dispositif.\u00a0\u00bb C\u2019est en ces termes que Foucault, cit\u00e9 par Agamben, pr\u00e9sente un dispositif. Or, pr\u00e9cis\u00e9ment, ce que nous avons nomm\u00e9 des blocs <em>d\u00e9contradicteurs<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire les paragraphes explicatifs de l\u2019ost\u00e9onirismologie, \u00e9voquent des concepts, des processus historiques, des institutions, des appareils l\u00e9gislatifs, des discours scientifiques, des \u00e9laborations philosophiques, des architectures, des usages administratifs, des protocoles, des techniques et des outils, bref, cet ensemble h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne d\u2019\u00e9l\u00e9ments qui constitue l\u2019ossature d\u2019un dispositif. Foucault ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0Le dispositif lui-m\u00eame c\u2019est le r\u00e9seau qu\u2019on \u00e9tablit entre ces \u00e9l\u00e9ments [\u2026]\u00a0\u00bb. Comme l\u2019illustre avec une certaine \u00e9vidence le glossaire situ\u00e9 en fin d\u2019ouvrage, les \u00e9l\u00e9ments du dit et du non-dit ost\u00e9onirismologiques se rapportent les uns aux autres dans un entrelacement serr\u00e9 et coh\u00e9rent\u00a0: ils forment un r\u00e9seau rapportable \u00e0 la notion de dispositif pens\u00e9e par Foucault.<br \/>\nQuel est l\u2019objet d\u2019un dispositif\u00a0? Quelle est son action\u00a0? Agamben l\u2019\u00e9nonce sans ambages\u00a0: \u00ab\u00a0[\u2026] j\u2019appelle dispositif tout ce qui a, d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, la capacit\u00e9 de capturer, d\u2019orienter, de d\u00e9terminer, d\u2019intercepter, de modeler, de contr\u00f4ler et d\u2019assurer les gestes, les conduites, les opinions et les discours des \u00eatres vivants\u00a0\u00bb. Autrement dit, \u00ab\u00a0[\u2026] les dispositifs doivent toujours impliquer un processus de subjectivation. Ils doivent produire leur sujet\u00a0\u00bb. Afin de ne pas \u00eatre \u00ab\u00a0un pur exercice de violence [\u2026] les dispositifs visent, \u00e0 travers une s\u00e9rie de pratiques et de discours, de savoirs et d\u2019exercices, \u00e0 la cr\u00e9ation de corps dociles mais libres qui assument leur identit\u00e9 et leur libert\u00e9 de sujet dans le processus m\u00eame de leur assujettissement\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le roman <strong><em>Les Os r\u00eavent<\/em><\/strong>, le lecteur se trouve peu \u00e0 peu inform\u00e9, au fil des explications ost\u00e9onirismologiques, d\u2019un dispositif imaginaire. Des institutions (comit\u00e9 ost\u00e9onirismologique, sandjak, institutiones), des concepts (ost\u00e9onirismologie m\u00e9tarelationnelle, inversion de la causalit\u00e9 ost\u00e9onirismologique), des notions (mati\u00e8re silencieuse, sentiment poignant, esmerveil), des exercices (exercices chirurgicaux, exercices biographiques), des techniques (m\u00e9thode narrative, th\u00e9\u00e2tre anatomique), des approches \u00e9pist\u00e9mologiques (abord des lettres illisibles au fil des si\u00e8cles), des travaux historiques (dispute des ost\u00e9onirismologues de type Panini et des capsarius), trament un dispositif g\u00e9n\u00e9ral, tentaculaire, incontournable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Simultan\u00e9ment, le lecteur se trouve immerg\u00e9 dans cet entrelacement de savoirs et de pratiques dont les paragraphes qui en livrent les contenus ne cessent, comme nous l\u2019avons vu, d\u2019interrompre et de relancer la narration romanesque, de la <em>d\u00e9contrarier<\/em>, si bien que, pass\u00e9 les cent premi\u00e8res pages, il devient \u00e9vident qu\u2019ils sont autant organisateurs du roman que ne le sont les enjeux classiques li\u00e9s aux personnages, \u00e0 leur \u00e9volution, \u00e0 leur rapport aux \u00e9v\u00e9nements.<br \/>\nLe roman pr\u00e9sente donc un dispositif producteur de subjectivit\u00e9s <em>et<\/em> un type de subjectivit\u00e9 produite par ce dispositif, en la personne du personnage Giacomo Palestrina. Pour \u00eatre pr\u00e9cis, le roman tend \u00e0 porter son attention sur le dispositif plut\u00f4t que sur la subjectivit\u00e9 du personnage (m\u00eame si les ressentis et r\u00e9flexions de Palestrina sont r\u00e9guli\u00e8rement \u00e9nonc\u00e9es, elles ne constituent pas le th\u00e8me central de l\u2019ouvrage)\u00a0; il se situe dans l\u2019entrelacement d\u2019une subjectivit\u00e9 (celle de Palestrina) et du dispositif qui la produit, dispositif au sens d\u00e9crit par Agamben et Foucault. Cet entrelacement se manifeste dans l\u2019\u00e9conomie <em>d\u00e9contrari\u00e9e<\/em> de la narration et constitue, in fine, l\u2019objet du roman, l\u2019objet pr\u00e9sent\u00e9 au jugement du lecteur, \u00e0 sa sagacit\u00e9 et son d\u00e9sir d\u2019\u00e9lucidation.<br \/>\nOutre l\u2019hypnose et la m\u00e9taphore, il nous semble donc que le lecteur est sollicit\u00e9 pour pers\u00e9v\u00e9rer dans la <em>d\u00e9contradicton<\/em>propre aux explications ost\u00e9onirismologiques parce que, en dernier terme, il y prend connaissance du dispositif qui produit la subjectivit\u00e9 du personnage Giacomo Palestrina.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Notons enfin ceci, que nous avons d\u00e9j\u00e0 abord\u00e9 dans l\u2019\u00e9pisode <a href=\"http:\/\/balises.net\/les-os-revent-journal-2\/\"><em>Un monde ost\u00e9onirismologique<\/em><\/a>\u00a0: que cette subjectivit\u00e9 soit empreinte d\u2019une grande m\u00e9lancolie indique que le dispositif ost\u00e9onirismologique en lui-m\u00eame est porteur de cet affect, il en est la matrice.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comme j\u2019ai pu le sp\u00e9cifier pr\u00e9c\u00e9demment, dans d\u2019autres articles de cette s\u00e9rie dont le pr\u00e9sent \u00e9pisode est le troisi\u00e8me \u00e0 \u00eatre publi\u00e9, je m\u00e8ne une sorte de r\u00e9flexion-r\u00eaverie autour de l\u2019\u00e9criture du livre Les Os r\u00eavent paru en mars dernier aux \u00c9ditions du Dernier t\u00e9l\u00e9gramme. Si le but avou\u00e9 de cette entreprise reste de discourir plus ou moins adroitement sur mon travail afin de le pr\u00e9senter et, disons-le tout net, de le vendre, son objectif latent, plus essentiel il me semble, vise \u00e0 ralentir le processus par lequel l\u2019\u00e9criture de ce livre trouve une fin. En d\u2019autres termes, pourrais-je dire, je cherche ici \u00e0 prolonger cet \u00e9tat particulier de concentration, mi-divagant, mi-raisonnant, qui fut le mien pendant la r\u00e9daction de cet ouvrage, comme on se d\u00e9lecte parfois \u00e0 explorer l\u2019\u00e9tat semi-conscient de la phase d\u2019\u00e9veil, au sortir d\u2019un long et tr\u00e8s profond sommeil. Il en va sans doute d\u2019un trouble plaisir dont le ressort se trouve dans la perplexit\u00e9 que suscite en moi toute terminaison. &nbsp; Int\u00e9ressons-nous, voulez-vous, \u00e0 l\u2019aspect romanesque de ce livre intitul\u00e9 Les Os r\u00eavent. Il ne fait aucun doute que cet ouvrage est un roman. On y raconte une histoire, celle d\u2019une \u00e9tude ost\u00e9onirismologique, men\u00e9e par l\u2019ost\u00e9onirismologue d\u00e9butant nomm\u00e9 Giacomo Palestrina. On peut ais\u00e9ment l\u2019apparenter \u00e0 diverses cat\u00e9gories, dont celles des romans d\u2019apprentissage, d\u2019aventure ou encore du merveilleux scientifique. Concernant cette derni\u00e8re, qu\u2019au demeurant je ne connais pas bien, puisque j\u2019en sais ce que la lecture rapide et partielle d\u2019une page Wikip\u00e9dia peut apprendre, il est attendu qu\u2019un roman qui pr\u00e9tendrait y appartenir pr\u00e9sente un aspect invraisemblable du monde, caus\u00e9 et\/ou expliqu\u00e9 par la science, que celle-ci soit appr\u00e9hend\u00e9e par ses confins extravagants (t\u00e9l\u00e9pathie, m\u00e9tagnomie, t\u00e9l\u00e9portation\u2026) ou ses pratiques les plus s\u00e9rieuses (recherche en laboratoire). Cette litt\u00e9rature met donc r\u00e9guli\u00e8rement en sc\u00e8ne des personnages de savants, de chercheurs, de scientifiques. Elle explore les cons\u00e9quences li\u00e9es \u00e0 la distorsion d\u2019une loi physique, \u00e0 une d\u00e9couverte scientifique ou \u00e0 l\u2019intrusion d\u2019un \u00e9l\u00e9ment incongru dans le cours des choses. Par ces qualit\u00e9s, le roman Les Os r\u00eavent \u00e9voque cet univers scientifique et imaginaire. Cependant, il s\u2019en d\u00e9marque en ceci que tout est parfaitement habituel dans le monde ost\u00e9onirismologique d\u00e9crit. Le ressort du roman propre au merveilleux-scientifique semble \u00eatre la survenue d\u2019un accident dans le cours ordinaire du monde tel que nous le connaissons. Or, l\u2019univers ost\u00e9onirismologique n\u2019appara\u00eet pas sur le fond de notre monde, il constitue un autre monde, inconnu, \u00e9trange, aussi ressemblant au n\u00f4tre que radicalement autre. De fait, l\u2019\u00e9tude de l\u2019ost\u00e9onirismologue Palestrina, si elle para\u00eet extravagante depuis le point de vue qui est le n\u00f4tre, demeure circonscrite \u00e0 la plus parfaite normalit\u00e9 ost\u00e9onirismologique\u00a0; en t\u00e9moignent les nombreux protocoles, \u00e9prouv\u00e9s par la tradition, r\u00e9alis\u00e9s par le personnage. Et si suspense il y a, il r\u00e9side dans l\u2019extr\u00eame dangerosit\u00e9 de certaines proc\u00e9dures et s\u00fbrement pas dans la r\u00e9solution d\u2019un probl\u00e8me qui permettrait le retour \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 ordinaire. En revanche, le merveilleux-scientifique me semble \u00eatre pleinement \u00e9pous\u00e9, non par l\u2019intrigue qui charpente l\u2019histoire racont\u00e9e, mais par un biais formel, sans doute inaccoutum\u00e9e dans le genre. On trouve en effet, depuis l\u2019introduction jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9pilogue final, entrelard\u00e9s aux paragraphes romanesques, de nombreux d\u00e9veloppements de type scientifique visant \u00e0 pr\u00e9senter et expliquer les ph\u00e9nom\u00e8nes et la culture ost\u00e9onirismologiques. Comme nous le verrons par la suite, ces d\u00e9veloppements ont vocation \u00e0 solliciter le lecteur dans un effort particulier. Ils ont aussi pour cons\u00e9quence que l\u2019emportement propre \u00e0 la lecture romanesque se trouve tr\u00e8s r\u00e9guli\u00e8rement contrari\u00e9. Autrement dit, la narration de l\u2019histoire est sans cesse report\u00e9e au profit de descriptions et d\u2019explications rapportables \u00e0 diverses disciplines, formalis\u00e9es dans un style universitaire. Cette tournure singuli\u00e8re du roman r\u00e9pond \u00e0 une n\u00e9cessit\u00e9 doublement fond\u00e9e. Il se trouve que je suis tr\u00e8s profond\u00e9ment f\u00e2ch\u00e9 avec, mais aussi totalement obs\u00e9d\u00e9 par ce travail qui consiste \u00e0 raconter une histoire. Je peux situer la cause de cet \u00e9cart\u00e8lement dans la suite de l\u2019histoire occidentale du XXe si\u00e8cle autant que dans les entrelacs de mon histoire personnelle. (L\u2019entre-appartenance du sujet et de la civilisation, belle formule de Pierre Legendre, est ici \u00e0 envisager comme principe et m\u00e9thode d\u2019une possible compr\u00e9hension de soi et d\u2019autrui, dans la suite d\u2019une proposition tr\u00e8s fructueuse \u00e9nonc\u00e9e par Freud\u00a0: \u00eatre humain et soci\u00e9t\u00e9 suivent des d\u00e9veloppements structur\u00e9s selon des \u00e9tapes similaires). Il y eut un p\u00e8re dans l\u2019enfance dont les paroles furent aussi rares qu\u2019extr\u00eamement limit\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9mission d\u00e9sincarn\u00e9e d\u2019une information la plus plate. Ainsi, du plus grand d\u00e9ploiement de paroles que ce p\u00e8re d\u2019enfance r\u00e9alisa, on peut affirmer qu\u2019il tient en ces quelques mots\u00a0: passe-moi le sel, ou mange ta soupe, ou encore oui, ou le plus souvent non. Mais toujours son visage but\u00e9 et silencieux laissait entendre qu\u2019il disait\u00a0: merde, ferme-la, fous-moi la paix. Il convient de pr\u00e9ciser ceci. S\u2019il est un p\u00e8re, et que ce p\u00e8re c\u00f4toie l\u2019enfant, il y aura transmission, parce que la transmission ne tient pas tant \u00e0 la volont\u00e9 des protagonistes qu\u2019\u00e0 une situation g\u00e9n\u00e9alogiquement organis\u00e9e. La question n\u2019est donc pas\u00a0: p\u00e8re, m\u2019as-tu transmis quelque chose\u00a0? La question peut \u00eatre \u00e9nonc\u00e9e de la sorte\u00a0: p\u00e8re, quel objet m\u2019as-tu transmis\u00a0? Certains objets sont transmis manifestement. Il peut s\u2019agir d\u2019un r\u00e9cit, d\u2019un savoir-faire, d\u2019un engagement, d\u2019une croyance, etc. D\u2019autres objets sont transmis de fa\u00e7on latente, depuis l\u2019opacit\u00e9 d\u2019un comportement \u00e9nigmatique que nulle parole ne vient expliquer. Cet objet de transmission, que nous pourrions nommer d\u2019un terme ost\u00e9onirismologique, \u00e0 savoir mati\u00e8re silencieuse, loge dans l\u2019enfant \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un trou. De l\u2019avenir de cet enfant d\u00e9pendra l\u2019efficacit\u00e9 avec laquelle il saura border ce trou, contenir sa charge et lui pr\u00eater une signification. Toutefois, pour autant qu\u2019il parvienne dans les ann\u00e9es de sa jeunesse, et parfois de sa maturit\u00e9, \u00e0 construire un entendement de cette mati\u00e8re silencieuse, il ne pourra jamais \u00e9mettre une formule qui en emportera toute l\u2019explication. Pour le dire autrement, l\u2019enfant, y compris celui qui logera dans l\u2019adulte qu\u2019il sera devenu, ne ligaturera jamais la viduit\u00e9 massive de cette transmission \u00e9nigmatique. Aussi, il se r\u00e9soudra \u00e0 d\u00e9porter cette impossibilit\u00e9 dans un certain registre de langage qu\u2019on nomme paradoxe&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":3244,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[35,2],"tags":[1764,1765,84,1196,1768,1739,1526,1769,266,1763,1766,1244,1767],"class_list":["post-3242","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-chronique","category-une","tag-boutonnier-psychanalyse","tag-charles-reznikoff","tag-edition-dernier-telegramme","tag-giorgio-agamben","tag-heimrad-baker","tag-imre-kertesz","tag-julien-boutonnier","tag-livre-sur-rien","tag-michel-foucault","tag-osteonirismologie","tag-piotr-rawicz","tag-revue-catastrophes","tag-zalmen-gradowski"],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3242","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3242"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3242\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3256,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3242\/revisions\/3256"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3244"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3242"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3242"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3242"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}