{"id":104,"date":"2021-03-03T15:02:00","date_gmt":"2021-03-03T14:02:00","guid":{"rendered":"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=104"},"modified":"2021-04-27T15:06:30","modified_gmt":"2021-04-27T13:06:30","slug":"libr-relecture-emilson-daniel-andriamalala-ma-promise-par-ahmed-slama","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2021\/03\/03\/libr-relecture-emilson-daniel-andriamalala-ma-promise-par-ahmed-slama\/","title":{"rendered":"[Libr-relecture] Emilson Daniel Andriamalala, Ma promise, par Ahmed Slama"},"content":{"rendered":"\n<p>Emilson Daniel Andriamalala, <strong><em>Ma promise<\/em><\/strong>, trad. Johary Ravaloson, Dodo Vole, 2020 [1954], 208 pages, 10 \u20ac, ISBN&nbsp;: 979-10-90103-57-3.<\/p>\n\n\n\n<p>Il aura fallu plus d\u2019un demi-si\u00e8cle pour que l\u2019\u0153uvre d\u2019Emilson Daniel Adriamalala (1918-1979), figure majeure de la litt\u00e9rature malgache, soit accessible au lectorat francophone. Et c\u2019est aux jeunes \u00e9ditions Dodo Vole que l\u2019on doit cette premi\u00e8re traduction en fran\u00e7ais de l\u2019un des chefs-d\u2019\u0153uvre de la litt\u00e9rature malgache, si peu repr\u00e9sent\u00e9e dans le paysage \u00e9ditorial fran\u00e7ais. Entre r\u00e9volution, lutte anticoloniale et amour d\u00e9chu, avec, pour toile de fond, les insurrections malgaches de 1947 et l\u2019impitoyable r\u00e9pression du pouvoir colonial fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignleft\"><a href=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/andriamalalae.jpg\" rel=\"prettyphoto[104]\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/andriamalalae.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-17812\"\/><\/a><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>La traduction n\u2019est pas seulement cette translation d\u2019une langue \u00e0 une autre, quand elle concerne le passage d\u2019une langue domin\u00e9e, peu valoris\u00e9e litt\u00e9rairement, \u00e0 une langue fortement pourvue&nbsp;en capital symbolique, la traduction se fait alors transmutation litt\u00e9raire ou <em>litt\u00e9rarisation.<\/em> Op\u00e9ration \u00ab&nbsp;par laquelle un texte venu d\u2019une contr\u00e9e d\u00e9munie litt\u00e9rairement parvient \u00e0 s\u2019imposer comme litt\u00e9raire aupr\u00e8s des instances l\u00e9gitimes&nbsp;\u00bb<a href=\"applewebdata:\/\/55D540C6-1344-4E99-96C9-7DA67FE0E3ED#_ftn1\">[1]<\/a>. De ce point de vue, le cas d\u2019Emilson Daniel Adriamalala&nbsp; est \u00e0 la fois embl\u00e9matique et particulier. Que son nom soit, encore aujourd\u2019hui, inconnu en France est d\u00fb \u00e0 cette absence de traduction dans l\u2019une des langues qui domine l\u2019espace litt\u00e9raire international. Le paradoxe \u00e9tant que la premi\u00e8re traduction de cet \u00e9crivain singulier nous parvienne par l\u2019entremise d\u2019une structure \u00e9ditoriale ne b\u00e9n\u00e9ficiant pas, malheureusement, de la visibilit\u00e9 dont elle devrait jouir. Le roman \u2013 et sa traduction fran\u00e7aise \u2013 se confrontant \u00e0 une double domination, langagi\u00e8re et \u00e9ditoriale, dont souffre un certain nombre d\u2019\u0153uvres issues des litt\u00e9ratures africaines, notamment.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignright\"><a href=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/Ma-Promise.jpg\" rel=\"prettyphoto[104]\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/Ma-Promise.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-17813\"\/><\/a><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Paru en 1954, et maintes fois r\u00e9\u00e9dit\u00e9 depuis, <em>Ma promise <\/em>a influenc\u00e9 plusieurs g\u00e9n\u00e9rations d\u2019\u00e9crivain\u00b7es Malgaches. Roman hybride, inclassable, \u00e0 la crois\u00e9e de la romance et du conte, du r\u00e9cit et du roman historique, prenant la forme d\u2019une lettre \u00e9crite par le narrateur, Lala, \u00e0 destination de Lisy, un temps son \u00e9pouse, l\u2019ayant quitt\u00e9 depuis. Il revient sur la gen\u00e8se de leur histoire, cette rencontre fortuite du c\u00f4t\u00e9 d\u2019Andekaleka, petite localit\u00e9 situ\u00e9e sur la c\u00f4te Est de Madagascar. Lisy y ayant fait escale \u00e0 la recherche de la s\u00e9pulture de son ancien amant qui y aurait \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9, pourtant personne dans la r\u00e9gion ne semble en mesure de lui indiquer l\u2019emplacement de la tombe. La composition du roman, 34 courts et denses chapitres, se fait alors circulaire, retour dans et par l\u2019\u00e9criture sur leur histoire donc, avec cette double \u00e9nonciation singuli\u00e8re qui traverse les pages. Adresse directe \u00e0 Lisy qui se mat\u00e9rialise par l\u2019usage de ce \u00ab&nbsp;tu&nbsp;\u00bb intermittent, jouant dans et par ce pronom personnel sur le paradoxe de sa pr\u00e9sence \u00e0 elle, dans la di\u00e9g\u00e8se, son absence alors que s\u2019\u00e9crit cette lettre qui nous est indirectement destin\u00e9e. Lettre-livre, roman \u00e9pistolaire, o\u00f9 cette rencontre inopin\u00e9e (d\u2019apparence) donne lieu \u00e0 une attirance r\u00e9ciproque, Lisy et Lala d\u00e9cident de faire un bout de chemin ensemble, se trouvant alors tr\u00e8s vite pris\u00b7es dans les remous des insurrections malgaches de 1947, au sujet desquelles il nous faudra dire quelques mots.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Finie la camaraderie. Bris\u00e9e l\u2019amiti\u00e9 n\u00e9e du sang vers\u00e9 ensemble sur le sol europ\u00e9en au nom de la libert\u00e9. Ce fut \u00e0 qui des deux c\u00f4t\u00e9s serait le plus bestial, le plus impitoyable dans l\u2019affrontement\u2026&nbsp;\u00bb (p. 101).<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignleft\"><a href=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/Insurrection-malgache-de-1947.jpg\" rel=\"prettyphoto[104]\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/Insurrection-malgache-de-1947.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-17815\"\/><\/a><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Au sortir de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale, le peuple malgache, comme nombre de colonies, se soul\u00e8ve contre le pouvoir colonial. Il ne s\u2019agit pas l\u00e0 de la premi\u00e8re revendication ind\u00e9pendantiste au sein de l\u2019\u00eele, celle-ci est d\u00e9j\u00e0 active au travers du MDRM [Mouvement D\u00e9mocratique de la R\u00e9novation Malgache] qui pr\u00f4ne alors la voie diplomatique et pacifique en vue d\u2019obtenir l\u2019Ind\u00e9pendance de Madagascar. Mars 1947 marque un tournant et voit des milliers d\u2019insurg\u00e9s munis de sagaies et de coupe-coupe contester le pouvoir colonial fran\u00e7ais&nbsp;: les colons fran\u00e7ais (pr\u00e8s de 35.000 install\u00e9s sur l\u2019\u00eele) seront pris pour cibles, m\u00eame les Malgaches qui vivent et travaillent alors avec ces derniers. L\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise fait d\u2019abord appel aux r\u00e9giments de tirailleurs s\u00e9n\u00e9galais et marocains. Elle op\u00e8re une r\u00e9pression aveugle&nbsp;: ex\u00e9cutions sommaires, torture, regroupements forc\u00e9s, incendies de villages. Ce fut \u00e9galement l\u2019occasion pour elle d\u2019exp\u00e9rimenter de nouvelles techniques de guerre \u00ab&nbsp;psychologique&nbsp;\u00bb qui seront r\u00e9utilis\u00e9es et \u00ab&nbsp;perfectionn\u00e9es&nbsp;\u00bb en Indochine ou en Alg\u00e9rie. Le bilan oscille, selon les diff\u00e9rentes sources, entre quarante et cent mille victimes&nbsp;; cette insurrection, trop m\u00e9connue en France, a laiss\u00e9 des traces encore aujourd\u2019hui palpables \u00e0 Madagascar<a href=\"applewebdata:\/\/55D540C6-1344-4E99-96C9-7DA67FE0E3ED#_ftn2\">[2]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><a href=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/Insurrection-malgache-1947.jpg\" rel=\"prettyphoto[104]\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/Insurrection-malgache-1947.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-17811\"\/><\/a><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>\u00c0 la publication du roman, les insurrections sont encore dans tous les esprits&nbsp;: six ann\u00e9es seulement nous s\u00e9parent alors de leur fin tragique, sans oublier qu\u2019\u00e0 cette \u00e9poque Madagascar est toujours une colonie fran\u00e7aise, l\u2019\u00c9tat insulaire n\u2019ayant pas obtenu son Ind\u00e9pendance avant 1960. Ainsi la composition circulaire du roman, \u00e9voqu\u00e9e plus haut, permet \u00e9galement de faire un retour sur l\u2019Histoire. Les insurrections malgaches de 1947 y tiennent une place majeure, le narrateur Lala y participe de mani\u00e8re active, se trouvant pris bien malgr\u00e9 lui dans le cours des \u00e9v\u00e9nements. Se trace alors un parall\u00e8le entre le r\u00e9cit de l\u2019amour d\u00e9chu et les insurrections qui font office, \u00e0 quelques ann\u00e9es de distance, de R\u00e9volution avort\u00e9e. Par l\u2019entremise du roman nous avons un acc\u00e8s direct aux \u00e9v\u00e9nements, aux r\u00e9pressions bien \u00e9videmment dont ont \u00e9t\u00e9 victimes les malgaches, la terreur des tirailleurs s\u00e9n\u00e9galais, mais \u00e9galement ces techniques d\u2019action psychologiques entreprises par l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise, notamment la mani\u00e8re dont elle manipulait certains maquis.&nbsp; Strat\u00e9gies et man\u0153uvres dont elle g\u00e9n\u00e9ralisera l\u2019usage contre les diff\u00e9rentes luttes anticoloniales qui essaimeront au cours de la seconde partie du XX<sup>\u00e8me<\/sup>si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><a href=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/29_Mars_1947_Monument.jpg\" rel=\"prettyphoto[104]\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/29_Mars_1947_Monument.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-17816\"\/><\/a><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Pendant ces p\u00e9riodes troubles, les crimes commis par les Malgaches \u00e9taient d\u00e9sign\u00e9s par les insurg\u00e9s comme des actes commis par des Vazaha<a href=\"applewebdata:\/\/55D540C6-1344-4E99-96C9-7DA67FE0E3ED#_ftn3\">[3]<\/a> et les actes de folie des Vazaha d\u00e9nonc\u00e9s par eux-m\u00eames comme bestialit\u00e9 de l\u2019ennemi&nbsp;! La sagesse consistait seulement \u00e0 \u00e9couter sans rien dire, car on n\u2019avait aucune possibilit\u00e9 de v\u00e9rifier et la seule v\u00e9rit\u00e9 \u00e9tait que les deux nations \u00e9taient revenues au temps des grottes et des tani\u00e8res primitives&nbsp;\u00bb (p. 126).<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignright\"><a href=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/Insurg\u00e9-1947.jpg\" rel=\"prettyphoto[104]\"><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/Insurg\u00e9-1947.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-17814\"\/><\/a><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>L\u2019immersion dans cette insurrection donnera lieu \u00e0 plusieurs interrogations au sujet de la lutte anticoloniale pour l\u2019\u00e9mancipation du peuple malgache. Comme nombre de peuples colonis\u00e9s, ce dernier s\u2019interrogeait collectivement sur la mani\u00e8re de porter cette lutte.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;\u2013 Non&nbsp;! Exiger son ind\u00e9pendance n\u2019est pas folie, mais passer de la discussion \u00e0 l\u2019affrontement par les armes, o\u00f9 l\u2019on ne risque pas de gagner, \u00e7a l\u2019est&nbsp;! Je ne suis pas politicien, Lizy, mais je ne crois pas \u00e0 la folie de nos dirigeants qui ont d\u00fb y r\u00e9fl\u00e9chir, et c\u2019est pour \u00e7a que j\u2019ai de la peine \u00e0 croire que ces \u00e9v\u00e9nements aient une origine malgache&nbsp;!\u2026 Nous avons commenc\u00e9 \u00e0 demander notre ind\u00e9pendance selon la voie l\u00e9gale, nous devions rester sur ces positions\u2026&nbsp;\u00bb (pp. 73-74).<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne faudrait pas pour autant r\u00e9duire <em>Fofombadiko <\/em>\u00e0 une simple fresque historique, l\u2019\u00e9criture d\u2019Emilson Daniel Adriamalala se distinguant par son inventivit\u00e9. \u00c0 ce sujet il faut saluer le travail de traduction entrepris par Johary Ravaloson, <a href=\"http:\/\/ile-en-ile.org\/ravaloson\/\">\u00e9crivain malgache bilingue \u00e0 l\u2019\u0153uvre singuli\u00e8re<\/a>, qui retranscrit avec justesse les nuances de la langue malgache. Quelques notes explicatives permettent de donner la d\u00e9finition et l\u2019usage des quelques termes malgaches qui pars\u00e8ment le texte. Certaines expressions sont parfois litt\u00e9ralement traduites du malgache, permettant ainsi de retranscrire, en fran\u00e7ais, les singularit\u00e9s de la langue malgache et de l\u2019\u00e9criture d\u2019Andriamalala&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Comme un seul homme, les Malgaches sans distinction de cheveux, s\u2019unirent derri\u00e8re leurs repr\u00e9sentants, et exig\u00e8rent le retour \u00e0 la souverainet\u00e9 de la nation&nbsp;\u00bb (p. 101).<\/p>\n\n\n\n<p>Traductions litt\u00e9rales qui parfois prennent la forme d\u2019aphorisme&nbsp;: \u00ab&nbsp;Quel b\u00e9n\u00e9fice tirerait-on \u00e0 vouloir mesurer l\u2019eau r\u00e9pandue, qu\u2019on ne peut r\u00e9cup\u00e9rer&nbsp;?&nbsp;\u00bb (p.191).<\/p>\n\n\n\n<p>Une \u00e9vocation de la litt\u00e9rature malgache, si sommaire soit-elle, ne peut s\u2019\u00e9crire sans en passer par l\u2019un de ses ma\u00eetres, Jean-Joseph Rabearivelo dont l\u2019un des po\u00e8mes ouvre le roman&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Quand l\u2019Heure-qui-change sonnera,<br>rappelez-vous, \u00f4 tr\u00e8s aim\u00e9e, que le legs<br>laiss\u00e9 jusqu\u2019ici par mon c\u0153ur<br>pour vous, dans la profondeur de son silence,<br>est ceci&nbsp;: \u2014 Quelques vers \u00e0 mettre en musique,<br>De fr\u00eales rubans o\u00f9 l\u2019on a attach\u00e9 les souvenirs\u2026&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Oui, c\u2019est peut-\u00eatre l\u2019heure qui sonne pour Adriamalala, l\u2019heure d\u2019\u00eatre lu en fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/55D540C6-1344-4E99-96C9-7DA67FE0E3ED#_ftnref1\">[1]<\/a> Pascale Casanova, <em>La R\u00e9publique mondiale des lettres<\/em>, Le Seuil, coll. \u00ab&nbsp;Points Essais&nbsp;\u00bb, Paris, 2008 [1999], p. 203.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/55D540C6-1344-4E99-96C9-7DA67FE0E3ED#_ftnref2\">[2]<\/a> Voir Jacques Tronchon,<em> L\u2019Insurrection malgache de 1947,<\/em> Karthala, Paris, 1988 [1986].<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"applewebdata:\/\/55D540C6-1344-4E99-96C9-7DA67FE0E3ED#_ftnref3\">[3]<\/a> \u00c9trangers&nbsp;; les blancs en g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Emilson Daniel Andriamalala, Ma promise, trad. Johary Ravaloson, Dodo Vole, 2020 [1954], 208 pages, 10 \u20ac, ISBN&nbsp;: 979-10-90103-57-3. Il aura fallu plus d\u2019un demi-si\u00e8cle pour que l\u2019\u0153uvre d\u2019Emilson Daniel Adriamalala (1918-1979), figure majeure de la litt\u00e9rature malgache, soit accessible au lectorat francophone. Et c\u2019est aux jeunes \u00e9ditions Dodo Vole que l\u2019on doit cette premi\u00e8re traduction en fran\u00e7ais de l\u2019un des chefs-d\u2019\u0153uvre de la litt\u00e9rature malgache, si peu repr\u00e9sent\u00e9e dans le paysage \u00e9ditorial fran\u00e7ais. Entre r\u00e9volution, lutte anticoloniale et amour d\u00e9chu, avec, pour toile de fond, les insurrections malgaches de 1947 et l\u2019impitoyable r\u00e9pression du pouvoir colonial fran\u00e7ais. La traduction n\u2019est pas seulement cette translation d\u2019une langue \u00e0 une autre, quand elle concerne le passage d\u2019une langue domin\u00e9e, peu valoris\u00e9e litt\u00e9rairement, \u00e0 une langue fortement pourvue&nbsp;en capital symbolique, la traduction se fait alors transmutation litt\u00e9raire ou litt\u00e9rarisation. Op\u00e9ration \u00ab&nbsp;par laquelle un texte venu d\u2019une contr\u00e9e d\u00e9munie litt\u00e9rairement parvient \u00e0 s\u2019imposer comme litt\u00e9raire aupr\u00e8s des instances l\u00e9gitimes&nbsp;\u00bb[1]. De ce point de vue, le cas d\u2019Emilson Daniel Adriamalala&nbsp; est \u00e0 la fois embl\u00e9matique et particulier. Que son nom soit, encore aujourd\u2019hui, inconnu en France est d\u00fb \u00e0 cette absence de traduction dans l\u2019une des langues qui domine l\u2019espace litt\u00e9raire international. Le paradoxe \u00e9tant que la premi\u00e8re traduction de cet \u00e9crivain singulier nous parvienne par l\u2019entremise d\u2019une structure \u00e9ditoriale ne b\u00e9n\u00e9ficiant pas, malheureusement, de la visibilit\u00e9 dont elle devrait jouir. Le roman \u2013 et sa traduction fran\u00e7aise \u2013 se confrontant \u00e0 une double domination, langagi\u00e8re et \u00e9ditoriale, dont souffre un certain nombre d\u2019\u0153uvres issues des litt\u00e9ratures africaines, notamment. Paru en 1954, et maintes fois r\u00e9\u00e9dit\u00e9 depuis, Ma promise a influenc\u00e9 plusieurs g\u00e9n\u00e9rations d\u2019\u00e9crivain\u00b7es Malgaches. Roman hybride, inclassable, \u00e0 la crois\u00e9e de la romance et du conte, du r\u00e9cit et du roman historique, prenant la forme d\u2019une lettre \u00e9crite par le narrateur, Lala, \u00e0 destination de Lisy, un temps son \u00e9pouse, l\u2019ayant quitt\u00e9 depuis. Il revient sur la gen\u00e8se de leur histoire, cette rencontre fortuite du c\u00f4t\u00e9 d\u2019Andekaleka, petite localit\u00e9 situ\u00e9e sur la c\u00f4te Est de Madagascar. Lisy y ayant fait escale \u00e0 la recherche de la s\u00e9pulture de son ancien amant qui y aurait \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9, pourtant personne dans la r\u00e9gion ne semble en mesure de lui indiquer l\u2019emplacement de la tombe. La composition du roman, 34 courts et denses chapitres, se fait alors circulaire, retour dans et par l\u2019\u00e9criture sur leur histoire donc, avec cette double \u00e9nonciation singuli\u00e8re qui traverse les pages. Adresse directe \u00e0 Lisy qui se mat\u00e9rialise par l\u2019usage de ce \u00ab&nbsp;tu&nbsp;\u00bb intermittent, jouant dans et par ce pronom personnel sur le paradoxe de sa pr\u00e9sence \u00e0 elle, dans la di\u00e9g\u00e8se, son absence alors que s\u2019\u00e9crit cette lettre qui nous est indirectement destin\u00e9e. Lettre-livre, roman \u00e9pistolaire, o\u00f9 cette rencontre inopin\u00e9e (d\u2019apparence) donne lieu \u00e0 une attirance r\u00e9ciproque, Lisy et Lala d\u00e9cident de faire un bout de chemin ensemble, se trouvant alors tr\u00e8s vite pris\u00b7es dans les remous des insurrections malgaches de 1947, au sujet desquelles il nous faudra dire quelques mots. \u00ab&nbsp;Finie la camaraderie. Bris\u00e9e l\u2019amiti\u00e9 n\u00e9e du sang vers\u00e9 ensemble sur le sol europ\u00e9en au nom de la libert\u00e9. Ce fut \u00e0 qui des deux c\u00f4t\u00e9s serait le plus bestial, le plus impitoyable dans l\u2019affrontement\u2026&nbsp;\u00bb (p. 101). Au sortir de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale, le peuple malgache, comme nombre de colonies, se soul\u00e8ve contre le pouvoir colonial. Il ne s\u2019agit pas l\u00e0 de la premi\u00e8re revendication ind\u00e9pendantiste au sein de l\u2019\u00eele, celle-ci est d\u00e9j\u00e0 active au travers du MDRM [Mouvement D\u00e9mocratique de la R\u00e9novation Malgache] qui pr\u00f4ne alors la voie diplomatique et pacifique en vue d\u2019obtenir l\u2019Ind\u00e9pendance de Madagascar. Mars 1947 marque un tournant et voit des milliers d\u2019insurg\u00e9s munis de sagaies et de coupe-coupe contester le pouvoir colonial fran\u00e7ais&nbsp;: les colons fran\u00e7ais (pr\u00e8s de 35.000 install\u00e9s sur l\u2019\u00eele) seront pris pour cibles, m\u00eame les Malgaches qui vivent et travaillent alors avec ces derniers. L\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise fait d\u2019abord appel aux r\u00e9giments de tirailleurs s\u00e9n\u00e9galais et marocains. Elle op\u00e8re une r\u00e9pression aveugle&nbsp;: ex\u00e9cutions sommaires, torture, regroupements forc\u00e9s, incendies de villages. Ce fut \u00e9galement l\u2019occasion pour elle d\u2019exp\u00e9rimenter de nouvelles techniques de guerre \u00ab&nbsp;psychologique&nbsp;\u00bb qui seront r\u00e9utilis\u00e9es et \u00ab&nbsp;perfectionn\u00e9es&nbsp;\u00bb en Indochine ou en Alg\u00e9rie. Le bilan oscille, selon les diff\u00e9rentes sources, entre quarante et cent mille victimes&nbsp;; cette insurrection, trop m\u00e9connue en France, a laiss\u00e9 des traces encore aujourd\u2019hui palpables \u00e0 Madagascar[2]. \u00c0 la publication du roman, les insurrections sont encore dans tous les esprits&nbsp;: six ann\u00e9es seulement nous s\u00e9parent alors de leur fin tragique, sans oublier qu\u2019\u00e0 cette \u00e9poque Madagascar est toujours une colonie fran\u00e7aise, l\u2019\u00c9tat insulaire n\u2019ayant pas obtenu son Ind\u00e9pendance avant 1960. Ainsi la composition circulaire du roman, \u00e9voqu\u00e9e plus haut, permet \u00e9galement de faire un retour sur l\u2019Histoire. Les insurrections malgaches de 1947 y tiennent une place majeure, le narrateur Lala y participe de mani\u00e8re active, se trouvant pris bien malgr\u00e9 lui dans le cours des \u00e9v\u00e9nements. Se trace alors un parall\u00e8le entre le r\u00e9cit de l\u2019amour d\u00e9chu et les insurrections qui font office, \u00e0 quelques ann\u00e9es de distance, de R\u00e9volution avort\u00e9e. Par l\u2019entremise du roman nous avons un acc\u00e8s direct aux \u00e9v\u00e9nements, aux r\u00e9pressions bien \u00e9videmment dont ont \u00e9t\u00e9 victimes les malgaches, la terreur des tirailleurs s\u00e9n\u00e9galais, mais \u00e9galement ces techniques d\u2019action psychologiques entreprises par l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise, notamment la mani\u00e8re dont elle manipulait certains maquis.&nbsp; Strat\u00e9gies et man\u0153uvres dont elle g\u00e9n\u00e9ralisera l\u2019usage contre les diff\u00e9rentes luttes anticoloniales qui essaimeront au cours de la seconde partie du XX\u00e8mesi\u00e8cle. \u00ab&nbsp;Pendant ces p\u00e9riodes troubles, les crimes commis par les Malgaches \u00e9taient d\u00e9sign\u00e9s par les insurg\u00e9s comme des actes commis par des Vazaha[3] et les actes de folie des Vazaha d\u00e9nonc\u00e9s par eux-m\u00eames comme bestialit\u00e9 de l\u2019ennemi&nbsp;! La sagesse consistait seulement \u00e0 \u00e9couter sans rien dire, car on n\u2019avait aucune possibilit\u00e9 de v\u00e9rifier et la seule v\u00e9rit\u00e9 \u00e9tait que les deux nations \u00e9taient revenues au temps des grottes et des tani\u00e8res primitives&nbsp;\u00bb (p. 126). L\u2019immersion dans cette insurrection donnera lieu \u00e0 plusieurs interrogations au sujet de la lutte anticoloniale pour l\u2019\u00e9mancipation du peuple malgache. Comme nombre de peuples colonis\u00e9s, ce dernier s\u2019interrogeait collectivement sur la mani\u00e8re de porter cette lutte&#8230;.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":106,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[35,7,2],"tags":[52,106,105,104,107,103,102],"class_list":["post-104","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-chronique","category-livres-recus","category-une","tag-ahmed-slama","tag-critique-du-colonialisme","tag-editions-dodo-vole","tag-emilson-daniel-andriamalala","tag-insurrection-malgache-de-1947","tag-jacques-tronchon","tag-johary-ravaloson"],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/104","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=104"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/104\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":107,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/104\/revisions\/107"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media\/106"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=104"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=104"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=104"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}