{"id":112,"date":"2021-04-28T20:34:43","date_gmt":"2021-04-28T18:34:43","guid":{"rendered":"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=112"},"modified":"2021-04-28T20:34:43","modified_gmt":"2021-04-28T18:34:43","slug":"chronique-hommage-a-bernard-noel-1930-2021-a-bas-lutile-par-jean-nicolas-clamanges","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2021\/04\/28\/chronique-hommage-a-bernard-noel-1930-2021-a-bas-lutile-par-jean-nicolas-clamanges\/","title":{"rendered":"[Chronique] Hommage \u00e0 Bernard No\u00ebl (1930-2021) : \u00c0 bas l&rsquo;utile, par Jean-Nicolas Clamanges"},"content":{"rendered":"\r\n<p>Cette chronique parue en 2010 sur <strong><em>Libr-critique<\/em><\/strong> nous para\u00eet la mieux \u00e0 m\u00eame de rendre vivante une pens\u00e9e critique qui continue(ra) de nous habiter, dans la mesure o\u00f9 le titre m\u00eame de cet opuscule sonne comme une r\u00e9volte\/une invitation. (Oui, un si\u00e8cle et demi apr\u00e8s Gautier, s\u2019impose de nouveau avec une acuit\u00e9 certaine ce constat accablant : \u00ab\u00a0L\u2019utile est laid\u00a0\u00bb). <br \/>C&rsquo;est en cette m\u00eame ann\u00e9e 2010 qu&rsquo;est paru le premier tome des \u0153uvres compl\u00e8tes chez P.O.L : <strong><em>Les Plumes d&rsquo;Eros<\/em><\/strong>, t. I, 2010 ; <strong><em>L&rsquo;Outrage aux mots<\/em><\/strong>, t. II, 2011 [int\u00e8gre <em>\u00c0 bas l&rsquo;utile<\/em>] ; <strong><em>La Place de l&rsquo;autre<\/em><\/strong>, t. III, 2013 ; <em><strong>La Com\u00e9die intime<\/strong><\/em>, t. IV, 2015. \/FT\/<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>Bernard No\u00ebl,\u00a0<em><strong>\u00c0 bas l\u2019utile<\/strong><\/em>,\u00a0<a href=\"https:\/\/www.publie.net\/livre\/a-bas-lutile\/\"><strong><em>Pu<\/em><\/strong><strong><em>blie.net<\/em><\/strong><\/a>, PDF 34 pages, PDF eBook, epub ; mise en ligne le 19 janvier 2010, ISBN : 978-2-8145-0299-4.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p>&nbsp;<\/p>\r\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><strong>\u00c0 bas l\u2019utile<\/strong><\/em>\u00a0est un petit livre d\u2019une trentaine de pages o\u00f9 Bernard No\u00ebl livre en trois volets l\u2019\u00e9tat le plus r\u00e9cent de sa pens\u00e9e sur ce que j\u2019ai envie d\u2019appeler le caract\u00e8re d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 de la situation g\u00e9n\u00e9rale : son d\u00e9sespoir rejoint le n\u00f4tre maintenant que nous y sommes, mais son privil\u00e8ge est d\u2019y avoir, depuis une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, puis\u00e9 l\u2019\u00e9nergie qu\u2019il fallait pour scruter ce qui venait l\u00e0. C\u2019est-\u00e0-dire le mariage de l\u2019horreur \u00e9conomique et du\u00a0<em>soft power<\/em>, produit de la combinaison de la logique capitaliste et de son app\u00e9tit de tous les biens vendables, avec la domination des m\u00e9dias qui convertissent le temps en actualit\u00e9 et la culture en information \u2013 facilitant ainsi la\u00a0 \u00ab\u00a0sensure\u00a0\u00bb instaur\u00e9e dans les d\u00e9mocraties modernes, par laquelle le sens de nos vies nous est d\u00e9rob\u00e9, en m\u00eame temps que la libert\u00e9 de notre for int\u00e9rieur. Ce\u00a0<em>libelle<\/em>\u00a0fulgurant d\u2019urgence condense ainsi les principaux th\u00e8mes de la pens\u00e9e de Bernard No\u00ebl. C\u2019est \u00e9galement son premier livre \u00ab\u00a0\u00e9lectronique\u00a0\u00bb, par o\u00f9 il compte, j\u2019imagine, introduire un cheval de Troie dans la m\u00e9diasph\u00e8re.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p class=\"has-text-align-left\" style=\"text-align: justify;\">Le premier texte, dont le titre reconduit celui du livre, revient sur quelques th\u00e8ses centrales dans la pens\u00e9e de Bernard No\u00ebl : nous sommes entr\u00e9s dans une mutation de civilisation, les applications de la r\u00e9volution \u00e9lectronique fournissent au pouvoir les moyens d\u2019arraisonner en douceur la libert\u00e9 de penser. Non plus seulement la libert\u00e9 de s\u2019exprimer qui est un terrain <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-156\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/BN-Castration-mentale.jpg\" alt=\"\" width=\"180\" height=\"270\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/BN-Castration-mentale.jpg 180w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/BN-Castration-mentale-100x150.jpg 100w\" sizes=\"auto, (max-width: 180px) 100vw, 180px\" \/>d\u2019affrontement trop visible, mais la libre disposition de nos int\u00e9riorit\u00e9s, dont il \u00e9crivait dans\u00a0<strong><em>La Castration mentale<\/em><\/strong>\u00a0(POL, 1997) que c\u2019est \u00ab\u00a0le lieu qui en chacun de nous est la matrice du sens\u00a0\u00bb. La force de s\u00e9duction du flux d\u2019images de l\u2019audio-visuel tient \u00e0 son mouvement perp\u00e9tuel et aux effets d\u2019omnipr\u00e9sence qu\u2019il engendre. Saturant le temps v\u00e9cu et le temps mental, il tend \u00e0 le r\u00e9duire \u00e0 l\u2019imm\u00e9diat \u00ab\u00a0conf\u00e9rant \u00e0 l\u2019actualit\u00e9 une vitesse qui lui tient lieu de pr\u00e9sence\u00a0\u00bb (CM., p.112). Or, la perversion du flux, c\u2019est qu\u2019il parvient \u00e0 se faire passer pour ce qu\u2019il noie en douce : \u00ab\u00a0Le meilleur moyen d\u2019entretenir la disponibilit\u00e9 du cerveau est de lui donner \u00e0 consommer des produits qui ont l\u2019air de relever, sinon de la connaissance, au moins du savoir\u00a0\u00bb (p. 6). Comme la pens\u00e9e, l\u2019information est immat\u00e9rielle, comme la connaissance, elle suscite un d\u00e9sir insatiable. Mais comme elle rel\u00e8ve int\u00e9gralement de la logique \u00e9conomique, cet app\u00e9tit qu\u2019elle suscite n\u2019a rien \u00e0 voir avec la logique d\u2019\u00e9mancipation propre \u00e0 la culture : \u00ab\u00a0il ne s\u2019agit surtout pas de (le) satisfaire mais de (le) leurrer encore et encore\u00a0\u00bb : le leurrer en lui faisant croire que l\u2019industrie des \u00ab\u00a0biens culturels\u00a0\u00bb est autre chose qu\u2019une machine \u00e0 profit. L\u2019intelligence devient un march\u00e9 et les \u0153uvres de l\u2019esprit sont align\u00e9es sur l\u2019information.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, ce qu\u2019on est en train d\u2019oublier, c\u2019est que jamais une \u0153uvre de l\u2019esprit ne se d\u00e9finit par son utilit\u00e9 : si les biens de consommation s\u2019\u00e9puisent dans leur usage, les \u0153uvres se reconnaissent au processus d\u2019interpr\u00e9tation infinie dont elles sont la source : \u00ab\u00a0l\u2019\u0153uvre ne se contente jamais d\u2019\u00eatre comprise parce qu\u2019elle exige sa re-cr\u00e9ation. Et la re-cr\u00e9ation est, bien entendu, le contraire de la consommation, qui exige quant \u00e0 elle l\u2019\u00e9puisement constant de ses produits. L\u2019id\u00e9e m\u00eame de consommation culturelle est donc une aberration car tout ce qui est essentiel dans la culture est in\u00e9puisable\u00a0\u00bb (p. 8). Une des hantises de Bernard No\u00ebl, depuis vingt ans qu\u2019il r\u00e9fl\u00e9chit l\u00e0-dessus, c\u2019est de se demander jusqu\u2019\u00e0 quel point nous sommes encore capables de comprendre ce qui nous arrive ici. Cela concerne l\u2019articulation entre le visuel et le verbal, l\u2019exp\u00e9rience int\u00e9rieure et l\u2019exp\u00e9rience du visible ; d\u00e9sormais, les images en mouvement sont \u00e0 la fois dehors et dedans presque en permanence comme nos\u00a0<em>actualit\u00e9s<\/em>\u00a0; dehors sur l\u2019\u00e9cran, dedans dans l\u2019espace mental : elles nous\u00a0<em>occupent<\/em>\u00a0litt\u00e9ralement : \u00ab\u00a0de telle sorte qu\u2019il n\u2019y a plus aucune diff\u00e9rence entre ce qui est repr\u00e9sent\u00e9 dans votre int\u00e9riorit\u00e9 et la repr\u00e9sentation ext\u00e9rieure que celle-ci devrait en projeter si l\u2019emportement du flux ne l\u2019emp\u00eachait de r\u00e9fl\u00e9chir. Pas de marge pour la r\u00e9flexion, pas de marge pour l\u2019imagination. En somme, pas de marge pour la libert\u00e9 de penser, c\u2019est le but de la domination de l\u2019immat\u00e9riel\u00a0\u00bb\u2026 (p. 9). S\u2019inscrit ici en raccourci toute l\u2019endurante m\u00e9ditation de Bernard No\u00ebl sur la peinture et les images, et ce qu\u2019on y apprend de la n\u00e9cessit\u00e9 pour le regard de se regarder voir lorsqu\u2019il pr\u00e9l\u00e8ve du visible \u2013 qui n\u2019est autre chose que chose mentale (la pens\u00e9e du peintre)\u00a0\u2013 et l\u2019assimile en image int\u00e9rieure r\u00e9fl\u00e9chie.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019o\u00f9 l\u2019urgence, \u00e0 cet \u00e9gard, d\u2019une formation du regard dont la fin de l\u2019essai serait l\u2019apologue provocateur : Bernard No\u00ebl remarque en effet que la lecture d\u2019un livre peut se sch\u00e9matiser par un triangle o\u00f9 la droite reliant mon \u0153il \u00e0 la page figure la dynamique du pr\u00e9l\u00e8vement que mon regard y op\u00e8re pour l\u2019amener vers mon cerveau : triangle qui, si j\u2019en prends conscience, me<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-157\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/abasutile.jpg\" alt=\"\" width=\"210\" height=\"280\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/abasutile.jpg 210w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/abasutile-113x150.jpg 113w\" sizes=\"auto, (max-width: 210px) 100vw, 210px\" \/> donne prise sur l\u2019op\u00e9ration elle-m\u00eame ; alors que la lecture sur \u00e9cran (celle \u00e0 laquelle je me livre en travaillant sur ce livre \u00e9lectronique ou en lisant cette chronique) introduit un rapport face \u00e0 face qui mime le rapport ordinaire de l\u2019interaction humaine ; la question inqui\u00e9tante surgit alors : qu\u2019est-ce qui se joue l\u00e0 ? \u00ab\u00a0Je me demande si le changement de posture qu\u2019implique le face \u00e0 face avec l\u2019\u00e9cran des diverses machines de la communication\u00a0\u2013 face \u00e0 face qui, par ailleurs, est depuis toujours l\u2019attitude symbolique de la relation humaine\u00a0\u2013 intensifie notre pr\u00e9cipitation dans l\u2019immat\u00e9riel au prix d\u2019une perversion de plus de la nature de la relation\u00a0\u00bb\u2026\u00a0<em>In cauda venenum<\/em>\u00a0? Au fond, publier un livre \u00e9lectronique rel\u00e8verait de l\u2019art de tirer parti de ses ennemis. Pari risqu\u00e9.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Le second essai s\u2019intitule \u00ab\u00a0De l\u2019impuissance\u00a0\u00bb. L\u2019esprit s\u2019en r\u00e9sume peut-\u00eatre dans cette phrase : \u00ab\u00a0L\u2019impuissance \u00e0 changer le monde n\u2019est pas la faute de la pens\u00e9e : elle fait sa bouche de cette blessure\u00a0\u00bb (p. 24). La r\u00e9flexion part d\u2019une relecture des premi\u00e8res livraisons de la revue\u00a0<em><strong>LIGNES<\/strong><\/em>\u00a0(Michel Surya) parues voici vingt ans, comme support d\u2019une r\u00e9flexion d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e sur l\u2019inactualit\u00e9 de la pens\u00e9e : \u00ab\u00a0je me suis aper\u00e7u que m\u2019avait enti\u00e8rement occup\u00e9 une pens\u00e9e dont le temps \u00e9coul\u00e9 depuis d\u00e9montrait pourtant l\u2019impuissance \u00e0 changer la suite des \u00e9v\u00e9nements en d\u00e9pit de l\u2019\u00e9vidente justesse de sa critique\u00a0\u00bb (p. 12). Il en tire la conclusion que la tenue intellectuelle de cette pens\u00e9e r\u00e9v\u00e8le par contrecoup \u00ab\u00a0la d\u00e9gradation (contemporaine) de la r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Les th\u00e8mes trait\u00e9s dans l\u2019essai pr\u00e9c\u00e9dent alimentent une argumentation plus directement politique : le flot d\u2019images cr\u00e9e du consensus au prix d\u2019une anesth\u00e9sie de la r\u00e9flexion : \u00ab\u00a0l\u2019image s\u00e9duit mais elle n\u2019instruit pas\u00a0\u00bb. Elle instruit d\u2019autant moins que la pens\u00e9e se fait dans la langue alors que l\u2019illetrisme concerne pr\u00e8s d\u2019un adulte sur cinq. Faisant \u00e9cho au propos d\u00e9sormais fameux de tel ancien directeur de TF1 selon qui son m\u00e9tier consistait \u00e0 d\u00e9gager du \u00ab\u00a0temps de cerveau disponible\u00a0\u00bb pour la publicit\u00e9, Bernard No\u00ebl demande : \u00ab\u00a0lesquels, illettr\u00e9s ou non, ont-ils le plus facilement le cerveau disponible ? Mais avais-je pris conscience auparavant qu\u2019un \u00ab\u00a0cerveau disponible\u00a0\u00bb est un cerveau priv\u00e9 des qualit\u00e9s pensives dont cet organe est le synonyme ?\u00a0\u00bb (p. 19). Ce cerveau, il le voit subrepticement vid\u00e9 de la capacit\u00e9 humaine d\u2019int\u00e9riorisation : \u00ab\u00a0Ce qu\u2019emporte ce torrent, c\u2019est l\u2019activit\u00e9 int\u00e9rieure, l\u2019activit\u00e9 mentale, qui produit de la pens\u00e9e, donc de l\u2019invisible\u00a0\u00bb (p. 21).<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans\u00a0<strong><em>La Castration mentale<\/em><\/strong>, il remarquait que cette int\u00e9riorit\u00e9 pensive, rem\u00e9morative, imaginative propre \u00e0 chacun est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019\u00e9nergie dont les images plates du flux tirent leur <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-158\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/livre-outrage-aux-mots.jpg\" alt=\"\" width=\"180\" height=\"270\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/livre-outrage-aux-mots.jpg 180w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/livre-outrage-aux-mots-100x150.jpg 100w\" sizes=\"auto, (max-width: 180px) 100vw, 180px\" \/>vitalit\u00e9, par une sorte de \u00ab\u00a0vampirisation\u00a0\u00bb inconsciente : \u00ab\u00a0la duperie est facile parce qu\u2019elle s\u2019effectue dans le cadre g\u00e9n\u00e9ral du penchant \u00e0 la consommation, qui fait que toute chose aujourd\u2019hui, y compris les sentiments et l\u2019\u00e9motion, est convertie en marchandise quitte \u00e0 porter l\u2019\u00e9tiquette de produit culturel\u00a0\u00bb (CM., p. 133). Mais dans\u00a0<em><strong>\u00c0 bas l\u2019utile<\/strong><\/em>, Bernard No\u00ebl insiste aussi sur une sorte de \u00ab\u00a0pr\u00e9sentisme\u00a0\u00bb d\u00e9connect\u00e9 du temps o\u00f9 la vitesse est la seule valeur, cong\u00e9diant au rayon des soldes la v\u00e9rification attentive et la r\u00e9flexion s\u00e9rieuse. Il rel\u00e8ve parall\u00e8lement une perversion des relations entre les mots dont la clef est le r\u00e8gne du nouveau Dieu : l\u2019efficacit\u00e9 \u00e9conomique ; dans le nouveau dictionnaire du fran\u00e7ais contemporain, le mot \u00ab\u00a0progr\u00e8s\u00a0\u00bb ne vaut plus rien car le mot \u00ab\u00a0croissance\u00a0\u00bb dit mieux que lui la bonne direction. Le mot \u00ab\u00a0travail\u00a0\u00bb rend l\u2019ali\u00e9nation d\u00e9sirable depuis que le mot \u00ab\u00a0ch\u00f4mage\u00a0\u00bb est son antonyme. Le mot \u00ab\u00a0acquis\u00a0\u00bb ne sert plus qu\u2019\u00e0 la banque et le mot \u00ab\u00a0social\u00a0\u00bb d\u00e9signe une d\u00e9pense inutile. Le seul id\u00e9al est d\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0comp\u00e9titif\u00a0\u00bb. \u00ab Naturellement, le mot \u00ab\u00a0r\u00e9volution\u00a0\u00bb n\u2019est m\u00eame plus ridicule : il est impronon\u00e7able !\u00a0\u00bb (p. 22). Le sarkozysme, au passage, en prend pour son grade.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019essai s\u2019ach\u00e8ve sur l\u2019id\u00e9e que la litt\u00e9rature authentique doit envers et contre tout jouer \u00e0 \u00ab\u00a0contre-mort\u00a0\u00bb, sans\u00a0doute \u00e0 partir de ce savoir de l&rsquo;interminable qui la constitue.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\">La question pos\u00e9e finalement dans le troisi\u00e8me essai intitul\u00e9 \u00ab\u00a0N\u00e9cessaire mais\u2026\u00a0\u00bb reste celle d\u2019une R\u00e9volution : \u00e0 la fois n\u00e9cessaire, urgente et n\u00e9anmoins impensable. N\u00e9cessaire parce que nous n\u2019en pouvons plus, urgente parce que le d\u00e9sespoir sans perspective peut ais\u00e9ment \u00eatre d\u00e9voy\u00e9, impensable parce que \u00ab\u00a0toujours renvoy\u00e9e \u00e0 des mod\u00e8les anciens, elle demeure en fait impens\u00e9e\u00a0\u00bb (p. 30). Bernard No\u00ebl exp\u00e9die ces mod\u00e8les comme ayant d\u00e9montr\u00e9 que l\u2019\u00e9tat r\u00e9volutionnaire tue rapidement la r\u00e9volution au d\u00e9triment du peuple, et repart de la Commune de Paris (il en est savant connaisseur) pour esquisser une logique de \u00ab\u00a0contre-pouvoir\u00a0\u00bb permanent cens\u00e9 contr\u00f4ler les repr\u00e9sentants des \u00e9lecteurs. C\u2019est une ressource dont Rousseau a montr\u00e9 \u00e0 la fois la n\u00e9cessit\u00e9 et la difficult\u00e9 par suite de la sp\u00e9cialisation des sph\u00e8res dirigeantes qui finit toujours par s\u2019op\u00e9rer ; aujourd\u2019hui, le probl\u00e8me se complique de ce que la puissance <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-159\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/BNoel.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"260\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/BNoel.jpg 220w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/04\/BNoel-127x150.jpg 127w\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/>des m\u00e9dias a fauss\u00e9 le jeu en d\u00e9cervelant la communaut\u00e9. Ainsi, Bernard No\u00ebl para\u00eet douter aujourd\u2019hui de ce qu\u2019il \u00e9crivait dans\u00a0<strong><em>La Castration mentale\u00a0<\/em><\/strong>: \u00ab voil\u00e0 que surgit le souvenir d\u2019avoir un jour qualifi\u00e9 la \u00ab\u00a0culture\u00a0\u00bb de pens\u00e9e du corps social\u2026 Et qu\u2019en serait-il d\u2019un corps qui, priv\u00e9 de son int\u00e9riorit\u00e9, ne pourrait plus, ne saurait plus penser ?\u00a0\u00bb (p. 19). Retrouvant ici encore \u00ab\u00a0toutes choses \u00e9gales d\u2019ailleurs\u00a0\u00bb, des distinctions proches de celles de Rousseau, il oppose \u00ab\u00a0peuple\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0public\u00a0\u00bb comme l\u2019auteur du\u00a0<strong><em>Contrat social\u00a0<\/em><\/strong>distinguait \u00ab\u00a0peuple\u00a0\u00bb (communaut\u00e9 unie par la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale) et \u00ab\u00a0multitude\u00a0\u00bb (agr\u00e9gat de volont\u00e9s particuli\u00e8res) (CS, I, VI) ; pour Bernard No\u00ebl, si \u00ab\u00a0un peuple est conscient d\u2019une appartenance et d\u2019un partage qui cr\u00e9ent une solidarit\u00e9\u00a0\u00bb, il ne semble m\u00eame plus possible de penser la multitude comme agr\u00e9gat puisque \u00ab\u00a0un public n\u2019a en commun que des images \u00e9ph\u00e9m\u00e8res qui l\u2019excitent \u00e0 des identifications factices ou \u00e0 la consommation\u00a0\u00bb (p. 27), par o\u00f9 il signale une connivence avec Debord qui ne date pas d\u2019aujourd\u2019hui. Mais le pessimisme tragique de Bernard No\u00ebl n\u2019a rien d\u2019un nihilisme :\u00a0<em>par impossible<\/em>, la r\u00e9volution \u00e0 penser passerait donc par l\u2019appropriation collective des moyens modernes de communication : il s\u2019agirait de d\u00e9tourner la m\u00e9diasph\u00e8re, de la retourner contre elle-m\u00eame, \u00ab\u00a0en vue de rendre \u00e0 chacun une t\u00eate pensante et une conscience citoyenne\u00a0\u00bb (p. 31). \u00c0 qui n\u2019y voit qu\u2019une utopie, Bernard No\u00ebl r\u00e9torque que l\u2019utopiste est aussi bien celui qui en nie la n\u00e9cessit\u00e9, laquelle arme au contraire ceux qui la con\u00e7oivent ; il s\u2019agit au fond de parier sur la force d\u2019entra\u00eenement \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans les \u0153uvres de l\u2019esprit, qui \u00ab\u00a0s\u2019oppose, \u00e9crit-il dans\u00a0<em><strong>La Castration mentale<\/strong><\/em>, \u00e0 la prise du pouvoir, \u00e0 la totalit\u00e9 triomphante parce qu\u2019elle ne vit qu\u2019en se remettant en jeu\u00a0\u00bb.<\/p>\r\n\r\n\r\n\r\n\r\n\r\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019infinie patience de Bernard No\u00ebl est de nous rappeler cet infini sans transcendance qui est notre seul possible, et ce faisant, de nous rendre \u00e0 notre<em>\u00a0partage<\/em>.<\/p>\r\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cette chronique parue en 2010 sur Libr-critique nous para\u00eet la mieux \u00e0 m\u00eame de rendre vivante une pens\u00e9e critique qui continue(ra) de nous habiter, dans la mesure o\u00f9 le titre m\u00eame de cet opuscule sonne comme une r\u00e9volte\/une invitation. (Oui, un si\u00e8cle et demi apr\u00e8s Gautier, s\u2019impose de nouveau avec une acuit\u00e9 certaine ce constat accablant : \u00ab\u00a0L\u2019utile est laid\u00a0\u00bb). C&rsquo;est en cette m\u00eame ann\u00e9e 2010 qu&rsquo;est paru le premier tome des \u0153uvres compl\u00e8tes chez P.O.L : Les Plumes d&rsquo;Eros, t. I, 2010 ; L&rsquo;Outrage aux mots, t. II, 2011 [int\u00e8gre \u00c0 bas l&rsquo;utile] ; La Place de l&rsquo;autre, t. III, 2013 ; La Com\u00e9die intime, t. IV, 2015. \/FT\/ Bernard No\u00ebl,\u00a0\u00c0 bas l\u2019utile,\u00a0Publie.net, PDF 34 pages, PDF eBook, epub ; mise en ligne le 19 janvier 2010, ISBN : 978-2-8145-0299-4. &nbsp; \u00c0 bas l\u2019utile\u00a0est un petit livre d\u2019une trentaine de pages o\u00f9 Bernard No\u00ebl livre en trois volets l\u2019\u00e9tat le plus r\u00e9cent de sa pens\u00e9e sur ce que j\u2019ai envie d\u2019appeler le caract\u00e8re d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 de la situation g\u00e9n\u00e9rale : son d\u00e9sespoir rejoint le n\u00f4tre maintenant que nous y sommes, mais son privil\u00e8ge est d\u2019y avoir, depuis une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, puis\u00e9 l\u2019\u00e9nergie qu\u2019il fallait pour scruter ce qui venait l\u00e0. C\u2019est-\u00e0-dire le mariage de l\u2019horreur \u00e9conomique et du\u00a0soft power, produit de la combinaison de la logique capitaliste et de son app\u00e9tit de tous les biens vendables, avec la domination des m\u00e9dias qui convertissent le temps en actualit\u00e9 et la culture en information \u2013 facilitant ainsi la\u00a0 \u00ab\u00a0sensure\u00a0\u00bb instaur\u00e9e dans les d\u00e9mocraties modernes, par laquelle le sens de nos vies nous est d\u00e9rob\u00e9, en m\u00eame temps que la libert\u00e9 de notre for int\u00e9rieur. Ce\u00a0libelle\u00a0fulgurant d\u2019urgence condense ainsi les principaux th\u00e8mes de la pens\u00e9e de Bernard No\u00ebl. C\u2019est \u00e9galement son premier livre \u00ab\u00a0\u00e9lectronique\u00a0\u00bb, par o\u00f9 il compte, j\u2019imagine, introduire un cheval de Troie dans la m\u00e9diasph\u00e8re. Le premier texte, dont le titre reconduit celui du livre, revient sur quelques th\u00e8ses centrales dans la pens\u00e9e de Bernard No\u00ebl : nous sommes entr\u00e9s dans une mutation de civilisation, les applications de la r\u00e9volution \u00e9lectronique fournissent au pouvoir les moyens d\u2019arraisonner en douceur la libert\u00e9 de penser. Non plus seulement la libert\u00e9 de s\u2019exprimer qui est un terrain d\u2019affrontement trop visible, mais la libre disposition de nos int\u00e9riorit\u00e9s, dont il \u00e9crivait dans\u00a0La Castration mentale\u00a0(POL, 1997) que c\u2019est \u00ab\u00a0le lieu qui en chacun de nous est la matrice du sens\u00a0\u00bb. La force de s\u00e9duction du flux d\u2019images de l\u2019audio-visuel tient \u00e0 son mouvement perp\u00e9tuel et aux effets d\u2019omnipr\u00e9sence qu\u2019il engendre. Saturant le temps v\u00e9cu et le temps mental, il tend \u00e0 le r\u00e9duire \u00e0 l\u2019imm\u00e9diat \u00ab\u00a0conf\u00e9rant \u00e0 l\u2019actualit\u00e9 une vitesse qui lui tient lieu de pr\u00e9sence\u00a0\u00bb (CM., p.112). Or, la perversion du flux, c\u2019est qu\u2019il parvient \u00e0 se faire passer pour ce qu\u2019il noie en douce : \u00ab\u00a0Le meilleur moyen d\u2019entretenir la disponibilit\u00e9 du cerveau est de lui donner \u00e0 consommer des produits qui ont l\u2019air de relever, sinon de la connaissance, au moins du savoir\u00a0\u00bb (p. 6). Comme la pens\u00e9e, l\u2019information est immat\u00e9rielle, comme la connaissance, elle suscite un d\u00e9sir insatiable. Mais comme elle rel\u00e8ve int\u00e9gralement de la logique \u00e9conomique, cet app\u00e9tit qu\u2019elle suscite n\u2019a rien \u00e0 voir avec la logique d\u2019\u00e9mancipation propre \u00e0 la culture : \u00ab\u00a0il ne s\u2019agit surtout pas de (le) satisfaire mais de (le) leurrer encore et encore\u00a0\u00bb : le leurrer en lui faisant croire que l\u2019industrie des \u00ab\u00a0biens culturels\u00a0\u00bb est autre chose qu\u2019une machine \u00e0 profit. L\u2019intelligence devient un march\u00e9 et les \u0153uvres de l\u2019esprit sont align\u00e9es sur l\u2019information. Or, ce qu\u2019on est en train d\u2019oublier, c\u2019est que jamais une \u0153uvre de l\u2019esprit ne se d\u00e9finit par son utilit\u00e9 : si les biens de consommation s\u2019\u00e9puisent dans leur usage, les \u0153uvres se reconnaissent au processus d\u2019interpr\u00e9tation infinie dont elles sont la source : \u00ab\u00a0l\u2019\u0153uvre ne se contente jamais d\u2019\u00eatre comprise parce qu\u2019elle exige sa re-cr\u00e9ation. Et la re-cr\u00e9ation est, bien entendu, le contraire de la consommation, qui exige quant \u00e0 elle l\u2019\u00e9puisement constant de ses produits. L\u2019id\u00e9e m\u00eame de consommation culturelle est donc une aberration car tout ce qui est essentiel dans la culture est in\u00e9puisable\u00a0\u00bb (p. 8). Une des hantises de Bernard No\u00ebl, depuis vingt ans qu\u2019il r\u00e9fl\u00e9chit l\u00e0-dessus, c\u2019est de se demander jusqu\u2019\u00e0 quel point nous sommes encore capables de comprendre ce qui nous arrive ici. Cela concerne l\u2019articulation entre le visuel et le verbal, l\u2019exp\u00e9rience int\u00e9rieure et l\u2019exp\u00e9rience du visible ; d\u00e9sormais, les images en mouvement sont \u00e0 la fois dehors et dedans presque en permanence comme nos\u00a0actualit\u00e9s\u00a0; dehors sur l\u2019\u00e9cran, dedans dans l\u2019espace mental : elles nous\u00a0occupent\u00a0litt\u00e9ralement : \u00ab\u00a0de telle sorte qu\u2019il n\u2019y a plus aucune diff\u00e9rence entre ce qui est repr\u00e9sent\u00e9 dans votre int\u00e9riorit\u00e9 et la repr\u00e9sentation ext\u00e9rieure que celle-ci devrait en projeter si l\u2019emportement du flux ne l\u2019emp\u00eachait de r\u00e9fl\u00e9chir. Pas de marge pour la r\u00e9flexion, pas de marge pour l\u2019imagination. En somme, pas de marge pour la libert\u00e9 de penser, c\u2019est le but de la domination de l\u2019immat\u00e9riel\u00a0\u00bb\u2026 (p. 9). S\u2019inscrit ici en raccourci toute l\u2019endurante m\u00e9ditation de Bernard No\u00ebl sur la peinture et les images, et ce qu\u2019on y apprend de la n\u00e9cessit\u00e9 pour le regard de se regarder voir lorsqu\u2019il pr\u00e9l\u00e8ve du visible \u2013 qui n\u2019est autre chose que chose mentale (la pens\u00e9e du peintre)\u00a0\u2013 et l\u2019assimile en image int\u00e9rieure r\u00e9fl\u00e9chie. D\u2019o\u00f9 l\u2019urgence, \u00e0 cet \u00e9gard, d\u2019une formation du regard dont la fin de l\u2019essai serait l\u2019apologue provocateur : Bernard No\u00ebl remarque en effet que la lecture d\u2019un livre peut se sch\u00e9matiser par un triangle o\u00f9 la droite reliant mon \u0153il \u00e0 la page figure la dynamique du pr\u00e9l\u00e8vement que mon regard y op\u00e8re pour l\u2019amener vers mon cerveau : triangle qui, si j\u2019en prends conscience, me donne prise sur l\u2019op\u00e9ration elle-m\u00eame ; alors que la lecture sur \u00e9cran (celle \u00e0 laquelle je me livre en travaillant sur ce livre \u00e9lectronique ou en lisant cette chronique) introduit un rapport face \u00e0 face qui mime le rapport ordinaire de l\u2019interaction humaine ; la question inqui\u00e9tante surgit alors : qu\u2019est-ce qui se joue l\u00e0 ? \u00ab\u00a0Je me demande si le changement de&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":113,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[35,2],"tags":[109,153,41,12,154,108,29],"class_list":["post-112","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-chronique","category-une","tag-bernard-noel","tag-critique-de-la-societe-capitaliste","tag-editions-p-o-l","tag-fabrice-thumerel","tag-guy-debord","tag-jean-nicolas-clamanges","tag-publie-net"],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/112","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=112"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/112\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":161,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/112\/revisions\/161"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media\/113"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=112"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=112"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=112"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}