{"id":1269,"date":"2021-06-22T20:02:27","date_gmt":"2021-06-22T18:02:27","guid":{"rendered":"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=1269"},"modified":"2021-06-23T13:36:44","modified_gmt":"2021-06-23T11:36:44","slug":"libr-relecture-perrine-le-querrec-rouge-pute-par-guillaume-basquin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2021\/06\/22\/libr-relecture-perrine-le-querrec-rouge-pute-par-guillaume-basquin\/","title":{"rendered":"[Libr-relecture] Perrine Le Querrec, Rouge pute, par Guillaume Basquin"},"content":{"rendered":"<p>Perrine Le Querrec, <strong><em>Rouge pute <\/em><\/strong>(2018), Lille, La Contre All\u00e9e, coll. \u00ab\u00a0La sentinelle\u00a0\u00bb, r\u00e9\u00e9d. 2020, 96 pages, 15 \u20ac, ISBN\u00a0: 978-2-37665-056-0. [\u00c9couter l&rsquo;auteure : audio de 18 min environ =\u00a0<a href=\"https:\/\/chroniquesdesimposteurs.wordpress.com\/2020\/06\/16\/rouge-pute-de-perrine-le-querrec-audio\/?fbclid=IwAR130FIZ7f_1vp-do6tuvxUJhUtZgEMYARmLmKeIGrjbW6RpsyeGCEDRCKY\"><strong>ici<\/strong><\/a>. Dernier article de Guillaume Basquin sur Perrine Le Querrec : <a href=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/chronique-guillaume-basquin-poesie-avec-archives-a-propos-de-perrine-le-querrec-bacon-le-cannibale\/\"><strong>ici<\/strong><\/a>]<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est la deuxi\u00e8me \u00e9dition de ce livre. Je ne connais pas la premi\u00e8re \u00e9dition, parue aux \u00e9ditions Christophe Chomant en 2018, mais celle-ci est impeccable\u00a0: impression en cahiers cousus de fil, \u00e9l\u00e9gante couverture \u00e0 rabat, papier bouffant, caract\u00e8re choisi (Minion Pro), etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Perrine Le Querrec travaille comme un cin\u00e9aste-documentariste\u00a0: elle part (toujours) du r\u00e9el, de l\u2019archive. Elle t\u00e9moigne, pour ceux qui n\u2019avaient pas acc\u00e8s \u00e0 la parole. Comme un Claude Lanzmann, elle partit, pendant plusieurs semaines, \u00e0 la rencontre de neuf\u00a0femmes, toutes victimes de violences conjugales\u00a0; neuf h\u00e9ro\u00efnes qui lui confi\u00e8rent leur vie et leurs mots. <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-1272\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/Querrec-RougePute.jpg\" alt=\"\" width=\"210\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/Querrec-RougePute.jpg 210w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/Querrec-RougePute-105x150.jpg 105w\" sizes=\"auto, (max-width: 210px) 100vw, 210px\" \/>Cependant que les inventions de la\u00a0violence\u00a0pourraient laisser sans voix, leur besoin commun fut de briser le silence. Comme toujours, Perrine construit sa langue \u00e0 partir des mots r\u00e9ticents (\u00ab\u00a0<em>Sale pute\u00a0!\u00a0<\/em>\u00bb), des silences r\u00e9sistants (\u00ab\u00a0<em>D\u00e9livrez-moi de moi \/ De ses violences de mes silences\u00a0<\/em>\u00bb). Sur les documentaristes, qui ne peuvent ajouter du lyrisme \u00e0 la prise de vue \/ de son qu\u2019en ajoutant de la musique, ou en montant les plans \/ les cadres, l\u2019\u00e9crivain a l\u2019avantage de la souplesse des mots\u00a0: elle peut, par exemple, user de la r\u00e9p\u00e9tition, afin qu\u2019on comprenne les pi\u00e8ges de cet autre syndrome de Stockholm que constitue la vie dans un couple o\u00f9 l\u2019un bat l\u2019autre\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Et je vais mal r\u00e9pondre, et \u00e7a va recommencer \/ Et je vais me taire, et \u00e7a va se calmer \/ [\u2026] Et je vais rester, et \u00e7a va durer \/ Et je vais mourir, et \u00e7a va se terminer \/ [\u2026] Et je vais d\u00e9sob\u00e9ir, et \u00e7a va me sauver \/ Et je vais d\u00e9noncer, et \u00e7a va s\u2019arranger<\/em>\u00a0\u00bb. Comment sortir de cette dialectique infernale du ma\u00eetre et de l\u2019esclave, o\u00f9 c\u2019est le ma\u00eetre, comme l\u2019a dit Hegel, qui a bien plus besoin de sa cr\u00e9ature dont il fait son esclave, que l\u2019inverse\u00a0? Parler. Oser dire. Techniques \u00ab\u00a0classiques\u00a0\u00bb de la psychanalyse\u2026 L\u2019\u00e9crivain est <em>aussi<\/em> un psychanalyste\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Parfois, les mots, ce qu\u2019ils sous-entendent, est terrible\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Et quand il se tait, je me demande pourquoi \/ [\u2026] Et quand il ouvre une bouteille, je sais pourquoi \/ Et quand il se frotte les mains, je sais pourquoi \/ Et quand il craque ses doigts, je sais pourquoi\u00a0<\/em>\u00bb Coupez\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut accepter de lire le terrible, sans quoi, \u00ab\u00a0<em>Pour x raisons \/ [Leur] vie, une tombe\u00a0<\/em>\u00bb\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est au dernier po\u00e8me du livre, \u00ab\u00a0Rouge pute\u00a0\u00bb, que son titre prend tout son sens\u00a0: une de ses h\u00e9ro\u00efnes, devenue fugitive, s\u2019affirme, et r\u00e9siste \u00e0 son bourreau\u00a0: \u00ab\u00a0<em>La libert\u00e9 \/ Pour moi c\u2019est Rouge Pute \/ Ma libert\u00e9 \/ Du rouge \u00e0 l\u00e8vres, du rouge voyant, du rouge-tu-\/me-vois\u00a0? \/ Du rouge-c\u2019est-moi<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Perrine Le Querrec, Rouge pute (2018), Lille, La Contre All\u00e9e, coll. \u00ab\u00a0La sentinelle\u00a0\u00bb, r\u00e9\u00e9d. 2020, 96 pages, 15 \u20ac, ISBN\u00a0: 978-2-37665-056-0. [\u00c9couter l&rsquo;auteure : audio de 18 min environ =\u00a0ici. Dernier article de Guillaume Basquin sur Perrine Le Querrec : ici] &nbsp; C\u2019est la deuxi\u00e8me \u00e9dition de ce livre. Je ne connais pas la premi\u00e8re \u00e9dition, parue aux \u00e9ditions Christophe Chomant en 2018, mais celle-ci est impeccable\u00a0: impression en cahiers cousus de fil, \u00e9l\u00e9gante couverture \u00e0 rabat, papier bouffant, caract\u00e8re choisi (Minion Pro), etc. Perrine Le Querrec travaille comme un cin\u00e9aste-documentariste\u00a0: elle part (toujours) du r\u00e9el, de l\u2019archive. Elle t\u00e9moigne, pour ceux qui n\u2019avaient pas acc\u00e8s \u00e0 la parole. Comme un Claude Lanzmann, elle partit, pendant plusieurs semaines, \u00e0 la rencontre de neuf\u00a0femmes, toutes victimes de violences conjugales\u00a0; neuf h\u00e9ro\u00efnes qui lui confi\u00e8rent leur vie et leurs mots. Cependant que les inventions de la\u00a0violence\u00a0pourraient laisser sans voix, leur besoin commun fut de briser le silence. Comme toujours, Perrine construit sa langue \u00e0 partir des mots r\u00e9ticents (\u00ab\u00a0Sale pute\u00a0!\u00a0\u00bb), des silences r\u00e9sistants (\u00ab\u00a0D\u00e9livrez-moi de moi \/ De ses violences de mes silences\u00a0\u00bb). Sur les documentaristes, qui ne peuvent ajouter du lyrisme \u00e0 la prise de vue \/ de son qu\u2019en ajoutant de la musique, ou en montant les plans \/ les cadres, l\u2019\u00e9crivain a l\u2019avantage de la souplesse des mots\u00a0: elle peut, par exemple, user de la r\u00e9p\u00e9tition, afin qu\u2019on comprenne les pi\u00e8ges de cet autre syndrome de Stockholm que constitue la vie dans un couple o\u00f9 l\u2019un bat l\u2019autre\u00a0: \u00ab\u00a0Et je vais mal r\u00e9pondre, et \u00e7a va recommencer \/ Et je vais me taire, et \u00e7a va se calmer \/ [\u2026] Et je vais rester, et \u00e7a va durer \/ Et je vais mourir, et \u00e7a va se terminer \/ [\u2026] Et je vais d\u00e9sob\u00e9ir, et \u00e7a va me sauver \/ Et je vais d\u00e9noncer, et \u00e7a va s\u2019arranger\u00a0\u00bb. 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