{"id":127,"date":"2021-03-04T06:53:29","date_gmt":"2021-03-04T05:53:29","guid":{"rendered":"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=127"},"modified":"2021-04-29T10:50:42","modified_gmt":"2021-04-29T08:50:42","slug":"chronique-nicolas-bouyssi-la-femme-de-travers-par-jean-renaud","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2021\/03\/04\/chronique-nicolas-bouyssi-la-femme-de-travers-par-jean-renaud\/","title":{"rendered":"[Chronique] Nicolas Bouyssi, La Femme de travers, par Jean Renaud"},"content":{"rendered":"<p>Nicolas Bouyssi, <strong><em>La Femme de travers<\/em><\/strong>, P.O.L, novembre 2020, 352 pages, 21 \u20ac, ISBN\u00a0: 978-2-8180-4826-9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Quoiqu\u2019il se pr\u00e9sente, par instants, comme un \u201cjournal\u201d, ce livre ne ressemble pas vraiment \u00e0 ce que nous connaissons sous ce nom. Ce sont 350 pages \u00e9crites en dix jours (du \u201c2\/12\/16\u201d au \u201c11\/12\/16\u201d), l\u2019ensemble divis\u00e9, d\u2019autre part, comme le jeu de l\u2019oie, en 63 \u201ccases\u201d \u2013 \u201cce qui fera de moi un \u00e9quivalent d\u2019oie absolument gav\u00e9e de sa propre pens\u00e9e\u201d. Texte \u201cni corrig\u00e9 ni relu\u201d (seuls, ici et l\u00e0, quelques mots biff\u00e9s). Une \u00e9criture torrentueuse, sans repos, sans pr\u00e9cautions, sans prudence. Parce qu\u2019il ne faut \u201cs\u2019interdire aucune hypoth\u00e8se ni stationner l\u00e2chement paresseusement dans le m\u00eame cercle \u00e0 l\u2019instar du cochon d\u2019Inde dans sa cage, \u00e0 bouffer la m\u00eame carotte marron fl\u00e9trie\u201d. Parce qu\u2019il s\u2019agit d\u2019\u201couvrir d\u2019un bon coup de pied, de poing ou de t\u00eate le vasistas de son \u00e2me ou de sa n\u00e9vrose pour a\u00e9rer les coins les plus empoussi\u00e9r\u00e9s moisis \u00a0puants de ses parois osseuses\u201d. D\u2019o\u00f9 cette adresse au lecteur\u00a0: \u201c\u00c0 tout de suite, donc, pour cette visite (guid\u00e9e\u00a0?) des mar\u00e9cages de ma pens\u00e9e\u00a0(= bayou).\u201d<\/p>\n<p>Mais, plus que d\u2019une visite, il s\u2019agit d\u2019une explication \u2013 au sens que prend le mot quand il s\u2019agit de bagarre \u2013 avec soi et le monde.<br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/BouyssiFemmeTravers.jpg\" rel=\"prettyphoto[127]\" rel=\"prettyphoto[17818]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-17821\" src=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/BouyssiFemmeTravers.jpg\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" srcset=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/BouyssiFemmeTravers.jpg 220w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/BouyssiFemmeTravers-200x300.jpg 200w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/BouyssiFemmeTravers-100x150.jpg 100w\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"330\" \/><\/a>Et, comme dans toute bagarre, il y a d\u00e9sordre, reprise, insistance, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9puisement \u2013 tant qu\u2019on ne vous a pas \u201cenferm\u00e9 dans une pi\u00e8ce aux parois de li\u00e8ge\u201d. Ce que charrie, accumule ce journal, si on tente de le d\u00e9crire, ce sont d\u2019abord des morceaux de vie \u2013 d\u2019une vie\u00a0\u201ccolonis\u00e9e\u201d, rat\u00e9e, insurg\u00e9e, angoiss\u00e9e\u00a0\u2013\u00a0: histoires de femmes, de copains, de p\u00e8re-m\u00e8re-s\u0153ur, de d\u00e9m\u00e9nagements\u2026 C\u2019est ensuite tout un attirail d\u2019appareils \u00e9lectroniques (quoique ce journal, est-il r\u00e9p\u00e9t\u00e9, soit \u00e9crit sur des cahiers)\u00a0: \u00e9crans digitaux, logiciels, algorithmes, jeux vid\u00e9o, plateformes de t\u00e9l\u00e9chargement, films violents, pornographiques le plus souvent (N. Bouyssi invente toute une filmographie), dans lesquels des techniques permettent de s\u2019introduire. Ces situations, ces films, ces extensions fictives de la vie donnent lieu \u00e0 toutes sortes de consid\u00e9rations sur la honte, la culpabilit\u00e9, l\u2019excitation, l\u2019angoisse, \u00e0 des tentatives d\u00e9sordonn\u00e9es, obscures ou demi-obscures, emport\u00e9es par une in\u00e9puisable v\u00e9h\u00e9mence, de th\u00e9orisation\u00a0: d\u00e9finitions, distinctions innombrables, donn\u00e9es au pr\u00e9sent gnomique (cinq \u201cpoints de d\u00e9mence\u201d, par exemple, pr\u00e9cis\u00e9ment num\u00e9rot\u00e9s). \u00c0 quoi\u00a0s\u2019ajoutent des d\u00e9clarations rageuses\u00a0: \u201cOu on fait p\u00e9ter quelque chose, cabine t\u00e9l\u00e9phonique, vitrine, flic, immigr\u00e9, joue de sa femme\/fille, cul du chien\/fils ou bien quelqu\u2019un d\u2019important symboliquement en l\u2019enfermant dans les toilettes pour lui faire entendre par la m\u00e9taphore sadique anale infantile qu\u2019il est du\u00a0caca.\u201d<\/p>\n<p>Notons que l\u2019auteur de ce journal, qui a de la culture, se r\u00e9f\u00e8re aussi, rapidement ou non, et sans aucun respect de convention, \u00e0 Burroughs, Courbet, Cronenberg, Poe, Sade (liste non d\u00e9pourvue, \u00e9videmment, de signification). Quant \u00e0 l\u2019histoire d\u2019\u0152dipe, souvent \u00e9voqu\u00e9e, c\u2019est \u201cun synopsis \u00e9crit sous P\u00e9ricl\u00e8s\u201d. On lit aussi, un peu plus loin, \u00e0 propos d\u2019un personnage de fiction\u00a0: \u201cDans son bled comme \u00e0 Th\u00e8bes tout le monde est d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9, tout le monde est de la m\u00eame famille.\u201d<\/p>\n<p>Mais le plus int\u00e9ressant ici est le sort fait \u00e0 Lacan. Lequel n\u2019est jamais nomm\u00e9, mais dont les notions de r\u00e9el, d\u2019imaginaire et de symbolique (que Lacan dit li\u00e9es d\u2019un \u201cn\u0153ud borrom\u00e9en\u201d) sont constamment agit\u00e9es, et de la fa\u00e7on la plus hasardeuse, la plus<a href=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/NoeudBorromeenLacan.jpg\" rel=\"prettyphoto[127]\" rel=\"prettyphoto[17818]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-17819\" src=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/NoeudBorromeenLacan.jpg\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" srcset=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/NoeudBorromeenLacan.jpg 220w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/NoeudBorromeenLacan-100x100.jpg 100w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/NoeudBorromeenLacan-144x144.jpg 144w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/NoeudBorromeenLacan-150x150.jpg 150w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/NoeudBorromeenLacan-75x75.jpg 75w\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"220\" \/><\/a> confuse, la plus hallucin\u00e9e, par l\u2019auteur du journal. Particuli\u00e8rement les \u201cdeux machins habituels (S et I)\u201d, en liaison avec l\u2019irruption massive du virtuel porno. On lit des formules comme\u00a0: \u201cLe conflit entre l\u2019I et le S continue d\u2019\u00eatre d\u00e9clar\u00e9, la partouze (ou triolisme) aussi par cons\u00e9quent, et ils se passent en temps r\u00e9el \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur dans ton cr\u00e2ne.\u201d Ou encore\u00a0: \u201cLe symbolique est de l\u2019imaginaire factice fig\u00e9 comme une veste \u00e0 \u00e9paulettes ou un building Chrysler.\u201d Quant au \u201cr\u00e9el\u201d, il semble n\u2019\u00eatre, bien loin de Lacan, que ce que nomme le sens commun, soit l\u2019ensemble des objets, des personnes, des lieux auxquels le sujet a affaire\u00a0: rues,\u00a0 parkings, square, Franprix, appartements, fen\u00eatres, table en faux ch\u00eane, m\u00e9tro, bus, sandwichs\u2026<\/p>\n<p>Ce qu\u2019on garde de ce livre \u2013 les citations qui pr\u00e9c\u00e8dent le montrent sans doute \u2013, ce qui emporte <a href=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/Bouyssi.jpg\" rel=\"prettyphoto[127]\" rel=\"prettyphoto[17818]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-17822\" src=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/Bouyssi.jpg\" sizes=\"auto, (max-width: 190px) 100vw, 190px\" srcset=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/Bouyssi.jpg 190w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/Bouyssi-100x100.jpg 100w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/Bouyssi-144x144.jpg 144w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/Bouyssi-150x150.jpg 150w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/03\/Bouyssi-75x75.jpg 75w\" alt=\"\" width=\"190\" height=\"190\" \/><\/a>la lecture, ce sont d\u2019abord ces phrases bizarres, souvent longues, entass\u00e9es, \u00e9gar\u00e9es, obs\u00e9d\u00e9es, compliqu\u00e9es, pr\u00e9cipit\u00e9es \u2013 \u201cphrases qui tarabiscotent comme des vrilles s\u00e8ches ou des dreadlocks\u201d \u2013\u00a0 dans lesquelles l\u2019auteur du journal semble sans cesse se perdre, s\u2019enfermer. Elles sont la pens\u00e9e m\u00eame du texte, bien plus que ses affirmations incessantes. Pens\u00e9e tordue, insurg\u00e9e, hautaine, arrogante, impuissante malgr\u00e9 sa rage \u2013 et, \u00e0 ce titre, \u00e9mouvante \u2013, dress\u00e9e devant le monde, interrogeant sans fin la possibilit\u00e9 de s\u2019y tenir. Soit cet exemple, encore\u00a0: \u201cCe qui donne, en r\u00e9sum\u00e9, un syst\u00e8me informationnel phobique consanguin fonctionnaliste et sans tendresse qui pr\u00e9conise le voyeurisme, les insultes, les coups de matraque, la branlette et le masochisme chirurgical orthonorm\u00e9 pour supporter.\u201d<\/p>\n<p>On admettra que ce livre confus, violent, n\u2019est pas \u201cclair\u201d. Mais il est exact. Ce dont il a conscience\u00a0: \u201cComment pourrait-on \u00eatre exact si on est contraint de rendre son imaginaire narratif et rocambolesque et attractif, avec d\u00e9but, milieu et fin en guise porte-jarretelles, etc.\u201d On peut, assur\u00e9ment, le pr\u00e9f\u00e9rer \u00e0 bien des r\u00e9cits qu\u2019on r\u00e9sume \u00e0 loisir et qu\u2019on d\u00e9clare \u201cbien \u00e9crits\u201d.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nicolas Bouyssi, La Femme de travers, P.O.L, novembre 2020, 352 pages, 21 \u20ac, ISBN\u00a0: 978-2-8180-4826-9. &nbsp; Quoiqu\u2019il se pr\u00e9sente, par instants, comme un \u201cjournal\u201d, ce livre ne ressemble pas vraiment \u00e0 ce que nous connaissons sous ce nom. Ce sont 350 pages \u00e9crites en dix jours (du \u201c2\/12\/16\u201d au \u201c11\/12\/16\u201d), l\u2019ensemble divis\u00e9, d\u2019autre part, comme le jeu de l\u2019oie, en 63 \u201ccases\u201d \u2013 \u201cce qui fera de moi un \u00e9quivalent d\u2019oie absolument gav\u00e9e de sa propre pens\u00e9e\u201d. Texte \u201cni corrig\u00e9 ni relu\u201d (seuls, ici et l\u00e0, quelques mots biff\u00e9s). Une \u00e9criture torrentueuse, sans repos, sans pr\u00e9cautions, sans prudence. Parce qu\u2019il ne faut \u201cs\u2019interdire aucune hypoth\u00e8se ni stationner l\u00e2chement paresseusement dans le m\u00eame cercle \u00e0 l\u2019instar du cochon d\u2019Inde dans sa cage, \u00e0 bouffer la m\u00eame carotte marron fl\u00e9trie\u201d. Parce qu\u2019il s\u2019agit d\u2019\u201couvrir d\u2019un bon coup de pied, de poing ou de t\u00eate le vasistas de son \u00e2me ou de sa n\u00e9vrose pour a\u00e9rer les coins les plus empoussi\u00e9r\u00e9s moisis \u00a0puants de ses parois osseuses\u201d. D\u2019o\u00f9 cette adresse au lecteur\u00a0: \u201c\u00c0 tout de suite, donc, pour cette visite (guid\u00e9e\u00a0?) des mar\u00e9cages de ma pens\u00e9e\u00a0(= bayou).\u201d Mais, plus que d\u2019une visite, il s\u2019agit d\u2019une explication \u2013 au sens que prend le mot quand il s\u2019agit de bagarre \u2013 avec soi et le monde. Et, comme dans toute bagarre, il y a d\u00e9sordre, reprise, insistance, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9puisement \u2013 tant qu\u2019on ne vous a pas \u201cenferm\u00e9 dans une pi\u00e8ce aux parois de li\u00e8ge\u201d. Ce que charrie, accumule ce journal, si on tente de le d\u00e9crire, ce sont d\u2019abord des morceaux de vie \u2013 d\u2019une vie\u00a0\u201ccolonis\u00e9e\u201d, rat\u00e9e, insurg\u00e9e, angoiss\u00e9e\u00a0\u2013\u00a0: histoires de femmes, de copains, de p\u00e8re-m\u00e8re-s\u0153ur, de d\u00e9m\u00e9nagements\u2026 C\u2019est ensuite tout un attirail d\u2019appareils \u00e9lectroniques (quoique ce journal, est-il r\u00e9p\u00e9t\u00e9, soit \u00e9crit sur des cahiers)\u00a0: \u00e9crans digitaux, logiciels, algorithmes, jeux vid\u00e9o, plateformes de t\u00e9l\u00e9chargement, films violents, pornographiques le plus souvent (N. Bouyssi invente toute une filmographie), dans lesquels des techniques permettent de s\u2019introduire. Ces situations, ces films, ces extensions fictives de la vie donnent lieu \u00e0 toutes sortes de consid\u00e9rations sur la honte, la culpabilit\u00e9, l\u2019excitation, l\u2019angoisse, \u00e0 des tentatives d\u00e9sordonn\u00e9es, obscures ou demi-obscures, emport\u00e9es par une in\u00e9puisable v\u00e9h\u00e9mence, de th\u00e9orisation\u00a0: d\u00e9finitions, distinctions innombrables, donn\u00e9es au pr\u00e9sent gnomique (cinq \u201cpoints de d\u00e9mence\u201d, par exemple, pr\u00e9cis\u00e9ment num\u00e9rot\u00e9s). \u00c0 quoi\u00a0s\u2019ajoutent des d\u00e9clarations rageuses\u00a0: \u201cOu on fait p\u00e9ter quelque chose, cabine t\u00e9l\u00e9phonique, vitrine, flic, immigr\u00e9, joue de sa femme\/fille, cul du chien\/fils ou bien quelqu\u2019un d\u2019important symboliquement en l\u2019enfermant dans les toilettes pour lui faire entendre par la m\u00e9taphore sadique anale infantile qu\u2019il est du\u00a0caca.\u201d Notons que l\u2019auteur de ce journal, qui a de la culture, se r\u00e9f\u00e8re aussi, rapidement ou non, et sans aucun respect de convention, \u00e0 Burroughs, Courbet, Cronenberg, Poe, Sade (liste non d\u00e9pourvue, \u00e9videmment, de signification). Quant \u00e0 l\u2019histoire d\u2019\u0152dipe, souvent \u00e9voqu\u00e9e, c\u2019est \u201cun synopsis \u00e9crit sous P\u00e9ricl\u00e8s\u201d. On lit aussi, un peu plus loin, \u00e0 propos d\u2019un personnage de fiction\u00a0: \u201cDans son bled comme \u00e0 Th\u00e8bes tout le monde est d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9, tout le monde est de la m\u00eame famille.\u201d Mais le plus int\u00e9ressant ici est le sort fait \u00e0 Lacan. Lequel n\u2019est jamais nomm\u00e9, mais dont les notions de r\u00e9el, d\u2019imaginaire et de symbolique (que Lacan dit li\u00e9es d\u2019un \u201cn\u0153ud borrom\u00e9en\u201d) sont constamment agit\u00e9es, et de la fa\u00e7on la plus hasardeuse, la plus confuse, la plus hallucin\u00e9e, par l\u2019auteur du journal. Particuli\u00e8rement les \u201cdeux machins habituels (S et I)\u201d, en liaison avec l\u2019irruption massive du virtuel porno. On lit des formules comme\u00a0: \u201cLe conflit entre l\u2019I et le S continue d\u2019\u00eatre d\u00e9clar\u00e9, la partouze (ou triolisme) aussi par cons\u00e9quent, et ils se passent en temps r\u00e9el \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur dans ton cr\u00e2ne.\u201d Ou encore\u00a0: \u201cLe symbolique est de l\u2019imaginaire factice fig\u00e9 comme une veste \u00e0 \u00e9paulettes ou un building Chrysler.\u201d Quant au \u201cr\u00e9el\u201d, il semble n\u2019\u00eatre, bien loin de Lacan, que ce que nomme le sens commun, soit l\u2019ensemble des objets, des personnes, des lieux auxquels le sujet a affaire\u00a0: rues,\u00a0 parkings, square, Franprix, appartements, fen\u00eatres, table en faux ch\u00eane, m\u00e9tro, bus, sandwichs\u2026 Ce qu\u2019on garde de ce livre \u2013 les citations qui pr\u00e9c\u00e8dent le montrent sans doute \u2013, ce qui emporte la lecture, ce sont d\u2019abord ces phrases bizarres, souvent longues, entass\u00e9es, \u00e9gar\u00e9es, obs\u00e9d\u00e9es, compliqu\u00e9es, pr\u00e9cipit\u00e9es \u2013 \u201cphrases qui tarabiscotent comme des vrilles s\u00e8ches ou des dreadlocks\u201d \u2013\u00a0 dans lesquelles l\u2019auteur du journal semble sans cesse se perdre, s\u2019enfermer. Elles sont la pens\u00e9e m\u00eame du texte, bien plus que ses affirmations incessantes. Pens\u00e9e tordue, insurg\u00e9e, hautaine, arrogante, impuissante malgr\u00e9 sa rage \u2013 et, \u00e0 ce titre, \u00e9mouvante \u2013, dress\u00e9e devant le monde, interrogeant sans fin la possibilit\u00e9 de s\u2019y tenir. Soit cet exemple, encore\u00a0: \u201cCe qui donne, en r\u00e9sum\u00e9, un syst\u00e8me informationnel phobique consanguin fonctionnaliste et sans tendresse qui pr\u00e9conise le voyeurisme, les insultes, les coups de matraque, la branlette et le masochisme chirurgical orthonorm\u00e9 pour supporter.\u201d On admettra que ce livre confus, violent, n\u2019est pas \u201cclair\u201d. Mais il est exact. Ce dont il a conscience\u00a0: \u201cComment pourrait-on \u00eatre exact si on est contraint de rendre son imaginaire narratif et rocambolesque et attractif, avec d\u00e9but, milieu et fin en guise porte-jarretelles, etc.\u201d On peut, assur\u00e9ment, le pr\u00e9f\u00e9rer \u00e0 bien des r\u00e9cits qu\u2019on r\u00e9sume \u00e0 loisir et qu\u2019on d\u00e9clare \u201cbien \u00e9crits\u201d.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":128,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[35,7,2],"tags":[122,123,121,124,125,126,127],"class_list":["post-127","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-chronique","category-livres-recus","category-une","tag-bouyssi-lacan","tag-bouyssi-roman-journal","tag-ditions-p-o-l","tag-jacques-lacan","tag-jean-renaud","tag-nicolas-bouyssi","tag-roman-journal-et-jeu-de-loie"],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/127","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=127"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/127\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":130,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/127\/revisions\/130"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media\/128"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=127"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=127"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=127"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}