{"id":136,"date":"2021-02-26T07:00:14","date_gmt":"2021-02-26T06:00:14","guid":{"rendered":"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=136"},"modified":"2021-04-28T07:02:29","modified_gmt":"2021-04-28T05:02:29","slug":"chronique-jacques-sicard-vingt-cinq-photographies-de-chris-marker-par-guillaume-basquin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2021\/02\/26\/chronique-jacques-sicard-vingt-cinq-photographies-de-chris-marker-par-guillaume-basquin\/","title":{"rendered":"[Chronique] Jacques Sicard, Vingt-cinq photographies de Chris Marker, par Guillaume Basquin"},"content":{"rendered":"<div>\n<p>Jacques Sicard, <em><strong>Vingt-cinq photographies de Chris Marker<\/strong><\/em>, La Barque, en librairie depuis le 19 f\u00e9vrier 2021, 48 pages, 13 \u20ac, ISBN : 978-2-917504-47-5. [\u00a9 Chris Marker]<\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/SicardMarker1.jpg\" rel=\"prettyphoto[136]\" rel=\"prettyphoto[17771]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-17774\" src=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/SicardMarker1.jpg\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" srcset=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/SicardMarker1.jpg 540w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/SicardMarker1-300x225.jpg 300w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/SicardMarker1-150x113.jpg 150w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/SicardMarker1-366x275.jpg 366w\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"405\" \/><\/a><\/p>\n<div>\n<p>Il est \u00e0 peu pr\u00e8s certain que, profitant de cette crise d\u2019hyst\u00e9rie et d\u2019hygi\u00e9nisme de 2020-2021 qui tend \u00e0 exterminer tout contact (voir le dernier texte du philosophe italien Giorgio Agamben publi\u00e9 sur le site de son \u00e9diteur Quodlibet, <a href=\"https:\/\/www.quodlibet.it\/giorgio-agamben-filosofia-del-contatto\"><em>Filosofia del contatto<\/em><\/a>, encore in\u00e9dit en fran\u00e7ais, tout du moins jusqu\u2019\u00e0 sa prochaine parution dans <em>Les Cahiers de Tinbad \u2013<\/em> n\u00b0 12), toute friction, les z\u00e9l\u00e9s serviteurs du virtuel et du distanciel ont d\u00fb effacer jusqu\u2019aux derni\u00e8res traces de toute l\u2019ancienne cha\u00eene m\u00e9canique et photochimique du cin\u00e9matographe (plus grande machine jamais construite par l\u2019homme selon le cin\u00e9aste et th\u00e9oricien Hollis Frampton)\u00a0: fini les planches-contact, les tirages, les bains d\u2019acide <em>polluants <\/em>(je souligne), les traces de doigts sur les bandes perfor\u00e9es\u00a0; enfin d\u00e9barrass\u00e9s de la p\u00e9nible vision en commun de cet art, faut-il le rappeler, n\u00e9 en m\u00eame temps que la psychanalyse <em>et<\/em> les transports en commun\u00a0!<\/p>\n<p>Il ne nous reste plus que quelques traces \u00e9crites qui nous rappellent les \u00ab\u00a0derni\u00e8res traces de la souffrance\u00a0\u00bb (selon Godard), dont <a href=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/SicardMarker25photographies.jpg\" rel=\"prettyphoto[136]\" rel=\"prettyphoto[17771]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-17775\" src=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/SicardMarker25photographies.jpg\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" srcset=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/SicardMarker25photographies.jpg 220w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/SicardMarker25photographies-200x300.jpg 200w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/SicardMarker25photographies-100x150.jpg 100w\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"330\" \/><\/a>ces incises sur le mat\u00e9riau de Jacques Sicard, dans son dernier opus en date, que publient les \u00e9ditions La Barque\u00a0: \u00ab\u00a0La forme ignore la motricit\u00e9 du corps vivant, [\u2026] elle est anim\u00e9e [\u2026] comme un panoramique de cin\u00e9ma dont la vitesse excessive brouille les limites des objets et des \u00eatres, effrange plus qu\u2019\u00e0 l\u2019accoutum\u00e9e le halo des couleurs, les m\u00e9lange dans la vibration d\u2019un continuum\u2026.\u00a0\u00bb On se souvient alors de ces effrangements, de ces vibrations, de ces halos, de ces flous filandreux\u2026 quand aujourd\u2019hui tout n\u2019est plus que sauts de pixels, trop plein et \u00ab\u00a0trop de r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb (ainsi que le pense et \u00e9crit Annie Lebrun)\u2026 Ou bien, l\u2019\u00e9criture du po\u00e8te r\u00e9anime en nous de curieux souvenirs d\u2019\u00e9tranges proc\u00e9d\u00e9s\u00a0: \u00ab\u00a0Jour produit par des temps de tirage diff\u00e9rents, blancs p\u00e2les et profondeur sans cesse augment\u00e9e des noirs\u00a0\u00bb\u00a0: r\u00e9surgence des <em>anciennes<\/em> formes de pathos\u2026 Ou encore, on \u00ab\u00a0r\u00e9vise\u00a0\u00bb avec Sicard l\u2019ontologie de la photographie (car rappelons que le film de Chris Marker qui d\u00e9clencha l\u2019\u00e9criture de ce livre, <em>Si j\u2019avais quatre dromadaires\u2026<\/em>, fut compos\u00e9 au banc-titre \u00e0 partir de 800 photographies fixes)\u00a0: \u00ab\u00a0\u00catre au bord de ce qui est \u00e0 venir, [\u2026] est-il une situation compatible avec la photographie\u00a0? [\u2026] Non. Rien ne vient jamais, pas de hors champ. Tout est dans le cadre et dans l\u2019imaginaire du cadre.\u00a0\u00bb<em>\u00c7a a \u00e9t\u00e9<\/em>, point. On ne d\u00e9passera jamais cette formule de Roland Barthes. \u00ab\u00a0\u00c7a a \u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb du pr\u00e9sent \u2013 d\u00e9finitivement pass\u00e9 d\u00e9sormais. M\u00e9lancolie automatique\u2026<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0R\u00eaver, c\u2019est entrer dans le domaine des formes\u00a0\u00bb\u00a0: ici, au bord coupant d\u2019un pont sur la Neva, Sicard r\u00eave mieux que jamais\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Avec son cheval lipizzan \/ Serguei Mikha\u00eflovitch Eisenstein \/ Divisa le monde un matin \/ Il fit ce qu\u2019au secret je sens \/ Si j\u2019avais un cheval lipizzan<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><em><u>P.-S\u00a0:<\/u><\/em><em> On regrettera, pour d\u2019absurdes mais bien <\/em>r\u00e9elles<em> histoires de droits (et alors que les auteurs ne devraient avoir que des <\/em>devoirs<em> (Godard, encore)), que Sicard n\u2019ait pas eu la possibilit\u00e9 \u00e9conomique de reproduire les 25 photographies \u00e9lues pour \u00e9crire ses cin\u00e9-r\u00eaveries\u00a0; voici cette contrari\u00e9t\u00e9 de lecteur ici en partie r\u00e9par\u00e9e.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/SicardMarker2.jpg\" rel=\"prettyphoto[136]\" rel=\"prettyphoto[17771]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-17776\" src=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/SicardMarker2.jpg\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" srcset=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/SicardMarker2.jpg 540w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/SicardMarker2-300x228.jpg 300w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/SicardMarker2-150x114.jpg 150w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/SicardMarker2-366x278.jpg 366w\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"410\" \/><\/a><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jacques Sicard, Vingt-cinq photographies de Chris Marker, La Barque, en librairie depuis le 19 f\u00e9vrier 2021, 48 pages, 13 \u20ac, ISBN : 978-2-917504-47-5. [\u00a9 Chris Marker] &nbsp; Il est \u00e0 peu pr\u00e8s certain que, profitant de cette crise d\u2019hyst\u00e9rie et d\u2019hygi\u00e9nisme de 2020-2021 qui tend \u00e0 exterminer tout contact (voir le dernier texte du philosophe italien Giorgio Agamben publi\u00e9 sur le site de son \u00e9diteur Quodlibet, Filosofia del contatto, encore in\u00e9dit en fran\u00e7ais, tout du moins jusqu\u2019\u00e0 sa prochaine parution dans Les Cahiers de Tinbad \u2013 n\u00b0 12), toute friction, les z\u00e9l\u00e9s serviteurs du virtuel et du distanciel ont d\u00fb effacer jusqu\u2019aux derni\u00e8res traces de toute l\u2019ancienne cha\u00eene m\u00e9canique et photochimique du cin\u00e9matographe (plus grande machine jamais construite par l\u2019homme selon le cin\u00e9aste et th\u00e9oricien Hollis Frampton)\u00a0: fini les planches-contact, les tirages, les bains d\u2019acide polluants (je souligne), les traces de doigts sur les bandes perfor\u00e9es\u00a0; enfin d\u00e9barrass\u00e9s de la p\u00e9nible vision en commun de cet art, faut-il le rappeler, n\u00e9 en m\u00eame temps que la psychanalyse et les transports en commun\u00a0! Il ne nous reste plus que quelques traces \u00e9crites qui nous rappellent les \u00ab\u00a0derni\u00e8res traces de la souffrance\u00a0\u00bb (selon Godard), dont ces incises sur le mat\u00e9riau de Jacques Sicard, dans son dernier opus en date, que publient les \u00e9ditions La Barque\u00a0: \u00ab\u00a0La forme ignore la motricit\u00e9 du corps vivant, [\u2026] elle est anim\u00e9e [\u2026] comme un panoramique de cin\u00e9ma dont la vitesse excessive brouille les limites des objets et des \u00eatres, effrange plus qu\u2019\u00e0 l\u2019accoutum\u00e9e le halo des couleurs, les m\u00e9lange dans la vibration d\u2019un continuum\u2026.\u00a0\u00bb On se souvient alors de ces effrangements, de ces vibrations, de ces halos, de ces flous filandreux\u2026 quand aujourd\u2019hui tout n\u2019est plus que sauts de pixels, trop plein et \u00ab\u00a0trop de r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb (ainsi que le pense et \u00e9crit Annie Lebrun)\u2026 Ou bien, l\u2019\u00e9criture du po\u00e8te r\u00e9anime en nous de curieux souvenirs d\u2019\u00e9tranges proc\u00e9d\u00e9s\u00a0: \u00ab\u00a0Jour produit par des temps de tirage diff\u00e9rents, blancs p\u00e2les et profondeur sans cesse augment\u00e9e des noirs\u00a0\u00bb\u00a0: r\u00e9surgence des anciennes formes de pathos\u2026 Ou encore, on \u00ab\u00a0r\u00e9vise\u00a0\u00bb avec Sicard l\u2019ontologie de la photographie (car rappelons que le film de Chris Marker qui d\u00e9clencha l\u2019\u00e9criture de ce livre, Si j\u2019avais quatre dromadaires\u2026, fut compos\u00e9 au banc-titre \u00e0 partir de 800 photographies fixes)\u00a0: \u00ab\u00a0\u00catre au bord de ce qui est \u00e0 venir, [\u2026] est-il une situation compatible avec la photographie\u00a0? 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