{"id":1386,"date":"2021-07-09T20:17:05","date_gmt":"2021-07-09T18:17:05","guid":{"rendered":"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=1386"},"modified":"2021-07-09T20:19:43","modified_gmt":"2021-07-09T18:19:43","slug":"chronique-francois-crosnier-quand-le-noir-tombe-a-propos-de-samara-negrouche-traces","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2021\/07\/09\/chronique-francois-crosnier-quand-le-noir-tombe-a-propos-de-samara-negrouche-traces\/","title":{"rendered":"[Chronique] Fran\u00e7ois Crosnier, \u00ab Quand le noir tombe\u2026 \u00bb (\u00e0 propos de Samira Negrouche, Traces)"},"content":{"rendered":"<p>Samira Negrouche, <strong><em>Traces<\/em><\/strong>, Fidel Anthelme X, collection \u00ab\u00a0La Motesta\u00a0\u00bb, janvier 2021, 46 pages, 7 \u20ac, ISBN\u00a0: 978-2-490300-10-5.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c9nigmatiques, trois photographies de Nathalie Postic repr\u00e9sentant des arbres au cr\u00e9puscule entourent (au sens physique puisque le livre est ins\u00e9r\u00e9 dans ce triptyque d\u2019images) le texte de Samira Negrouche.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Il y a autour de toi une nu\u00e9e d\u2019ombres \u00e9carlates qui s\u2019\u00e9vanouissent au soleil couchant, une nu\u00e9e d\u2019ombres mouvantes, une nu\u00e9e. (\u2026) Il y a des troncs autour de toi, parfaitement uniformes, une for\u00eat de troncs d\u2019un temps lointain que certains disent sacr\u00e9e.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-1389 aligncenter\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/TracesOuvert.jpg\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"360\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/TracesOuvert.jpg 540w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/TracesOuvert-300x200.jpg 300w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/TracesOuvert-150x100.jpg 150w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/TracesOuvert-366x244.jpg 366w\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le paratexte de cette belle \u00e9dition indique que <strong><em>Traces<\/em><\/strong> a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit pour une co-cr\u00e9ation avec la chor\u00e9graphe Fatou Ciss\u00e9, ayant fait l\u2019objet de deux repr\u00e9sentations publiques \u00e0 Conakry, lors du festival l\u2019Univers des mots, en novembre 2019. Jamais d\u00e9sign\u00e9e explicitement, sauf \u00e0 la toute fin du livre par une litanie de noms de lieux, l\u2019Afrique est ainsi pr\u00e9sente en arri\u00e8re-plan des onze parties, sans titre, qui composent le recueil.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft  wp-image-1390\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/NegroucheTraces.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"200\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/NegroucheTraces.jpg 220w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/NegroucheTraces-150x150.jpg 150w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/NegroucheTraces-144x144.jpg 144w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/NegroucheTraces-75x75.jpg 75w\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/>Ouvert par un \u00ab\u00a0Je\u00a0\u00bb (<em>Je ne dors pas la nuit quand la lumi\u00e8re tombe)<\/em>, le discours de la narratrice se propose \u00ab\u00a0d\u2019organiser les sons en fouillis\u00a0\u00bb, de s\u2019attarder sur les \u00ab\u00a0visages en fouillis\u00a0\u00bb qui lui apparaissent au cr\u00e9puscule. <em>Accueillir dignement un visage qui passe, f\u00fbt-ce une foule en d\u00e9lire<\/em>, voil\u00e0 ce qui mobilise l\u2019attention de celle qui passe au \u00ab\u00a0Tu\u00a0\u00bb d\u00e8s la seconde partie, alternant ensuite la premi\u00e8re et la deuxi\u00e8me personne du singulier. <strong><em>Traces<\/em><\/strong> peut ainsi se lire comme une adresse \u00e0 une interlocutrice s\u00e9par\u00e9e par le temps et l\u2019espace\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Il y a le poids du temps, il y a le poids des histoires, que nous ne partageons pas.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces histoires, on les devine tragiques, finalement r\u00e9sum\u00e9es par les mots <em>porte de Gor\u00e9e <\/em>:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Partout, on m\u2019a parl\u00e9 de blessures<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>et de pardons<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>ceux qu\u2019on n\u2019attend plus<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>ceux qui viendront un jour<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>ceux qu\u2019on fera semblant de ne pas devoir.<\/em><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-1388\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/TracesNegroucheBackG.jpg\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"360\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/TracesNegroucheBackG.jpg 540w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/TracesNegroucheBackG-300x200.jpg 300w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/TracesNegroucheBackG-150x100.jpg 150w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/07\/TracesNegroucheBackG-366x244.jpg 366w\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais auparavant, Samira Negrouche a travers\u00e9 (et \u00e9t\u00e9 travers\u00e9e par) un <em>enchev\u00eatrement de pouls, de souvenirs, de pr\u00e9sences, de vies, de questions <\/em>dont les traces abstraites sont m\u00e9taphoris\u00e9es par <em>la vague qui s\u2019abat sur toi comme un souffle r\u00e9gulier et uniforme <\/em>et qui <em>laisse voir ces corps tendus, drap\u00e9s de blanc et d\u2019\u00e9lan<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le texte s\u2019inscrit dans une tension entre le proche et le lointain, entre le geste et l\u2019immobilit\u00e9, entre le halo de la nu\u00e9e et la pr\u00e9cision des incarnations r\u00e9currentes\u00a0: le n\u0153ud, le tronc, le menhir, le puits. Samira Negrouche fait ressentir au lecteur le vertige qu\u2019elle \u00e9prouve devant le <em>lointain qui d\u00e9fie l\u2019imagination<\/em>, mais aussi le caract\u00e8re hypnotique de <em>cette nu\u00e9e silencieuse qui semble porter tant d\u2019histoires, tant de mots, tant de visages, tant de paysages, tant de langues, tant et tant\u2026<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Face aux processus d\u2019oubli, de perte, de dissolution, d\u2019effacement, la po\u00e9sie r\u00e9affirme le souffle de vie, la possibilit\u00e9 d\u2019emprunter des portes, de se <em>risquer \u00e0 la route<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Tout de nous finit par \u00eatre recouvert<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>tout de nous reste.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Samira Negrouche, Traces, Fidel Anthelme X, collection \u00ab\u00a0La Motesta\u00a0\u00bb, janvier 2021, 46 pages, 7 \u20ac, ISBN\u00a0: 978-2-490300-10-5. \u00a0 \u00c9nigmatiques, trois photographies de Nathalie Postic repr\u00e9sentant des arbres au cr\u00e9puscule entourent (au sens physique puisque le livre est ins\u00e9r\u00e9 dans ce triptyque d\u2019images) le texte de Samira Negrouche. Il y a autour de toi une nu\u00e9e d\u2019ombres \u00e9carlates qui s\u2019\u00e9vanouissent au soleil couchant, une nu\u00e9e d\u2019ombres mouvantes, une nu\u00e9e. (\u2026) Il y a des troncs autour de toi, parfaitement uniformes, une for\u00eat de troncs d\u2019un temps lointain que certains disent sacr\u00e9e. Le paratexte de cette belle \u00e9dition indique que Traces a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit pour une co-cr\u00e9ation avec la chor\u00e9graphe Fatou Ciss\u00e9, ayant fait l\u2019objet de deux repr\u00e9sentations publiques \u00e0 Conakry, lors du festival l\u2019Univers des mots, en novembre 2019. Jamais d\u00e9sign\u00e9e explicitement, sauf \u00e0 la toute fin du livre par une litanie de noms de lieux, l\u2019Afrique est ainsi pr\u00e9sente en arri\u00e8re-plan des onze parties, sans titre, qui composent le recueil. 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Ces histoires, on les devine tragiques, finalement r\u00e9sum\u00e9es par les mots porte de Gor\u00e9e : Partout, on m\u2019a parl\u00e9 de blessures et de pardons ceux qu\u2019on n\u2019attend plus ceux qui viendront un jour ceux qu\u2019on fera semblant de ne pas devoir. Mais auparavant, Samira Negrouche a travers\u00e9 (et \u00e9t\u00e9 travers\u00e9e par) un enchev\u00eatrement de pouls, de souvenirs, de pr\u00e9sences, de vies, de questions dont les traces abstraites sont m\u00e9taphoris\u00e9es par la vague qui s\u2019abat sur toi comme un souffle r\u00e9gulier et uniforme et qui laisse voir ces corps tendus, drap\u00e9s de blanc et d\u2019\u00e9lan. Le texte s\u2019inscrit dans une tension entre le proche et le lointain, entre le geste et l\u2019immobilit\u00e9, entre le halo de la nu\u00e9e et la pr\u00e9cision des incarnations r\u00e9currentes\u00a0: le n\u0153ud, le tronc, le menhir, le puits. 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