{"id":1528,"date":"2021-08-22T20:08:12","date_gmt":"2021-08-22T18:08:12","guid":{"rendered":"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=1528"},"modified":"2021-08-22T20:08:42","modified_gmt":"2021-08-22T18:08:42","slug":"texte-tristan-felix-le-marcassin-et-le-flocon-de-neige","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2021\/08\/22\/texte-tristan-felix-le-marcassin-et-le-flocon-de-neige\/","title":{"rendered":"[Texte] Tristan Felix, Le marcassin et le flocon de neige"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><strong>Le marcassin et le flocon de neige<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Coup de gueule contre queue de goule<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>J&rsquo;avais [donc] dig\u00e9r\u00e9, &#8211; aval\u00e9, veux-je dire, toutes les \u00e9lucubrations de tous ces entrepreneurs de bonheur public, &#8211; de ceux qui conseillent \u00e0 tous les pauvres de se faire esclaves, et de ceux qui leur persuadent qu&rsquo;ils sont tous des rois d\u00e9tr\u00f4n\u00e9s. &#8211; On ne trouvera pas surprenant que je fusse alors dans un \u00e9tat d&rsquo;esprit avoisinant le vertige ou la stupidit\u00e9. <\/em>Sieur Baudelaire, \u00ab\u00a0<em>Assommons les pauvres\u00a0!<\/em>\u00a0\u00bb est un coup de poing qui m\u2019escorte depuis le jour anniversaire de mes quinze ans, date que ma m\u00e8re, en m\u2019offrant vos <em>Petits po\u00e8mes en pro<\/em>se voulut marquer \u00e0 l\u2019h\u00e9matome pour pr\u00e9munir sa prog\u00e9niture contre l\u2019adversit\u00e9. Le bonheur est un chantage de Dieu, de l\u2019Or et de l\u2019Amour. Il est la condition perverse du malheur, comme nous l\u2019allons montrer tout \u00e0 l\u2019heure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Injurierais-je tout d\u2019abord le lecteur en lui rappelant que bonheur et malheur ne sont que l\u2019avers et le revers d\u2019un <em>augurium<\/em> ou pr\u00e9sage\u00a0? Les frasques de l\u2019\u00e9tymologie rel\u00e8vent du grand banditisme. D\u2019o\u00f9\u00a0venu ce \u00ab\u00a0heur\u00a0\u00bb avec son <em>h<\/em> de contrebande piqu\u00e9 au temps de la \u00ab\u00a0<em>h<\/em>ora\u00a0\u00bb, hein ? D\u2019o\u00f9 venue cette monnaie de singe\u00a0? Du ciel, pardi, de l\u2019infini lointain imp\u00e9n\u00e9trable. Alors tais-toi et lis, \u00e9coute et consens\u00a0: c\u2019est \u00e9crit. De l\u00e0 toute gr\u00e2ce ou vile graisse. M\u00eame \u2014 et surtout \u2014 l\u2019\u00e9lu peut tr\u00e8s bien crever de souffrance et le damn\u00e9 jouir. Ce sera leur lot, leur sacr\u00e9 hasard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Oh, ah, ouh\u00a0! moi aussi j\u2019en veux de la souffrance heureuse de l\u2019\u00e9lu\u00a0! Une chemise de cilice, vite\u00a0! une lani\u00e8re de cuir, une croix, une bombe\u00a0! Moi aussi j\u2019en veux de la jouissance malheureuse de damn\u00e9\u00a0! Du lucre, vite\u00a0! Tout mon sang de Faust contre le stupre et les secrets du monde\u00a0! Je veux mais \u2026 je suis d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9-imprim\u00e9\u00a0; mon bonheur est frapp\u00e9 \u00e0 l\u2019effigie du malheur et pile vaut face. <em>Plusieurs des premiers seront les derniers, et plusieurs des derniers seront les premiers car il y a beaucoup d\u2019appel\u00e9s et peu d\u2019\u00e9lus. <\/em>C\u2019est Luc, Matthieu, Marc et J\u00e9sus qui l\u2019ont dit. Exactement comme dans le lib\u00e9ralisme sauvage. Crois en ton dieu \u2013 en ta propre couenne, oneself made man, et tu seras le winner de tes Noces. Question de volont\u00e9, de foi de valetaille. Donc, c\u2019est archi foutu d\u2019avance. Devant la porte aux sept mille sept cent sept verrous, je puis toujours me brosser pour acc\u00e9der \u00e0 ma vie \u00e9ternelle. (Ouf ! Je l\u2019ai \u00e9chapp\u00e9 belle. Un peu plus et je m\u2019\u00e9ternisais.)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Petite encore, je me rendais au cat\u00e9chisme pour apprendre \u00e0 \u00eatre honn\u00eatement heureuse en ingurgitant la souffrance des saints puis, le jour de l\u2019interro, j\u2019avais tout bon et repartais avec la vie illustr\u00e9e de Sainte-Th\u00e9r\u00e8se en couleurs et sous le bras. Au confessionnal, j\u2019inventais des p\u00e9ch\u00e9s pour avoir quelque chose d\u2019int\u00e9ressant \u00e0 dire \u2014 j\u2019\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 une sainte \u2014 et obtemp\u00e9rais \u00e0 l\u2019injonction du bonheur par la faute. Le bonheur n\u2019a pas d\u2019histoire, c\u2019est connu\u00a0: toute une litt\u00e9rature commence dans la p\u00e9nombre d\u2019un guichet qui sent l\u2019encaustique et le vin de messe. Quant \u00e0 maman, gifl\u00e9e par son p\u00e8re alors qu\u2019elle embrassait sous un porche son premier amour puis renvers\u00e9e, encore toute jeune et d\u00e9j\u00e0 bien garnie du thorax, sur l\u2019autel de la sacristie par un pr\u00eatre dont les mouvements pour soulever sa chasuble se perdent dans la confusion d\u2019une excitation \u00e9pouvantable, elle connut qu\u2019il n\u2019y avait de bonheur que dans le malheur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>L\u2019important c\u2019est d\u2019aimer<\/em>, ah! ah! ah! mais pas sans la dette de l\u2019amour, le p\u00e9age \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du paradis, la tache de la culpabilit\u00e9, la conviction de sa propre nullit\u00e9. N\u2019est-il sublime qu\u2019il faille payer pour son propre rien ? Andrej Zulawski, dans son film, fait payer celle qui aime enfin, soumise toujours \u00e0 la faute : faut-il se suicider ou que l\u2019autre soit mort ou presque plus vivant pour dire qu\u2019on aime ? Confiscation sinistre de l\u2019amour et condition mortif\u00e8re du bonheur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une anecdote un brin l\u00e9g\u00e8re (mais qu\u2019un brin) \u00e9clairera les dessous du bonheur, des dames, en l\u2019occurrence. \u00c0 la fin des soldes, pourtant pr\u00e9venue contre l\u2019obsolescence et l\u2019informe viscosit\u00e9 des articles, je tentai l\u2019achat d\u2019une culotte en dentelle noire, de la marque Rodier, pour quatre euros quatre-vingt-dix. \u00c0 peine l\u2019enfilai-je, heureuse de l\u2019effet amoureux qu\u2019elle ne manquerait pas de produire, que mon pouce creva largement le tissu, rendant du m\u00eame coup jetable cette modeste promesse d\u2019amour aux arabesques si f\u00e9lonnes. Un bref calcul permettra d\u2019\u00e9valuer \u00e0 environ quatre millions cinq cent mille euros l\u2019usage de ladite culotte durant trois mois, week-end compris (5 \u20ac les 6 secondes, 50 \u20ac la minute, 3000 \u20ac l\u2019heure, 45\u00a0000 \u20ac la journ\u00e9e de 15 h, 450\u00a0000 \u20ac les 10 jours etc.).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Foin pourtant de ma d\u00e9ception mais fuligineuse col\u00e8re \u00e0 l\u2019id\u00e9e que la fillette ou le gar\u00e7onnet ou l\u2019adulte sous-pay\u00e9, sans contrat ni protection aucune, a sacrifi\u00e9 une partie voire la totalit\u00e9 de son temps et de sa sant\u00e9 \u00e0 un entrepreneur qui a jug\u00e9, avec l\u2019approbation de Dieu et du lib\u00e9ralisme d\u00e9vastateurs, que sa richesse valait des vies humaines, que l\u2019illusion du bonheur consum\u00e9riste pouvait au-del\u00e0 de la saturation se gorger de sang humain. Le patron a convaincu son esclave qu\u2019il n\u2019\u00e9tait qu\u2019\u00e9tron, que son travail devait \u00eatre \u00e9tron et que sa client\u00e8le devait manger ses \u00e9trons. Pour quelle \u00e9ternit\u00e9 ? Aucune, \u00e0 moins que l\u2019on croie que la souffrance sera pay\u00e9e de bonheur dans l\u2019au-del\u00e0, qu\u2019elle n\u2019est qu\u2019un juste retour de nullit\u00e9, qu\u2019elle offrira peut-\u00eatre un jour \u00e0 l\u2019enfant sa chance d\u2019\u00eatre \u00e9lu, que la mort dans la vie est toujours meilleure que la mort tout court. Si tu as failli c\u2019est que tu n\u2019as pas cru ; tu t\u2019es s\u00e9(lec)tionn\u00e9, naturellement, pour d\u00e9gager. M\u00eame ton instinct de survie t\u2019\u00e9limine puisque tu tends ton cou au-dessus du harassant labeur. Le ma\u00eetre a la certitude, consacr\u00e9e par l\u2019adoration du Veau d\u2019Or, qu\u2019il a droit de vie et de mort sur toi, qu\u2019il tient ton destin en main, qu\u2019il est ton sort, ton augure, ton, <em>heur<\/em> et ton bonheur, pour ton plus grand malheur. Il te ruisselle dessus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sieur Charles, vous m\u2019avez appris \u00e0 soulever les cadavres et retourner les pierres, \u00e0 fouir dans la langue s\u2019il n\u2019y aurait pas la merveille qu\u2019on nous a toujours tue, de peur qu\u2019on f\u00fbt heureux, pas b\u00e9at ni confit ; au contraire, en alerte, \u00e0 l\u2019aff\u00fbt de gr\u00e2ces immanentes, toujours plurielles, bancales, sauvages, \u00e0 port\u00e9e\u00a0du vivant qui s\u2019invente \u2013 pas qui tend l\u2019autre joug. Je me contente de peu, savez-vous, de fant\u00f4mes essentiellement, qui ont de belles mani\u00e8res parce que, ni vivants ni morts, ils ne manquent jamais \u00e0 l\u2019appel et laissent toujours un espace vital entre eux et nous, comme une transparence un peu floue, une vapeur ti\u00e8de o\u00f9 se meuvent des formes proto-imaginaires. Ils ont deux principes d\u2019\u00e9l\u00e9gance\u00a0: l\u2019acquiescement et le doute gr\u00e2ce auxquels il est permis, par exemple, de converser avec une mousse sur un rocher, sans \u00eatre tout \u00e0 fait s\u00fbr qu\u2019elle r\u00e9ponde, ou de regarder un mort en face, sans \u00eatre tout \u00e0 fait s\u00fbr que c\u2019est lui qu\u2019on regarde, ou encore de croiser le chemin d\u2019une racine sans savoir si elle tient toujours \u00e0 un arbre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La complaisance mortif\u00e8re, le cynisme conqu\u00e9rant, l\u2019amertume narcissique sont des drogues contre le malheur, mais de puissants antibiotiques contre toute forme de vie. Le malheur est un fonds de commerce qui confond h\u00e9ro\u00efsme et jalousie et ferait croire que le bonheur est une outre rigolarde \u00e0 faire p\u00e9ter.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Je t\u2019en foutrai, moi. Mon bonheur \u00e0 moi, si tu veux savoir, ce serait de sentir l\u2019empreinte glaciale d\u2019un flocon de neige dans l\u2019\u0153sophage d\u2019un marcassin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le marcassin et le flocon de neige Coup de gueule contre queue de goule &nbsp; &nbsp; J&rsquo;avais [donc] dig\u00e9r\u00e9, &#8211; aval\u00e9, veux-je dire, toutes les \u00e9lucubrations de tous ces entrepreneurs de bonheur public, &#8211; de ceux qui conseillent \u00e0 tous les pauvres de se faire esclaves, et de ceux qui leur persuadent qu&rsquo;ils sont tous des rois d\u00e9tr\u00f4n\u00e9s. &#8211; On ne trouvera pas surprenant que je fusse alors dans un \u00e9tat d&rsquo;esprit avoisinant le vertige ou la stupidit\u00e9. 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Du ciel, pardi, de l\u2019infini lointain imp\u00e9n\u00e9trable. Alors tais-toi et lis, \u00e9coute et consens\u00a0: c\u2019est \u00e9crit. De l\u00e0 toute gr\u00e2ce ou vile graisse. M\u00eame \u2014 et surtout \u2014 l\u2019\u00e9lu peut tr\u00e8s bien crever de souffrance et le damn\u00e9 jouir. Ce sera leur lot, leur sacr\u00e9 hasard. Oh, ah, ouh\u00a0! moi aussi j\u2019en veux de la souffrance heureuse de l\u2019\u00e9lu\u00a0! Une chemise de cilice, vite\u00a0! une lani\u00e8re de cuir, une croix, une bombe\u00a0! Moi aussi j\u2019en veux de la jouissance malheureuse de damn\u00e9\u00a0! Du lucre, vite\u00a0! Tout mon sang de Faust contre le stupre et les secrets du monde\u00a0! Je veux mais \u2026 je suis d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9-imprim\u00e9\u00a0; mon bonheur est frapp\u00e9 \u00e0 l\u2019effigie du malheur et pile vaut face. Plusieurs des premiers seront les derniers, et plusieurs des derniers seront les premiers car il y a beaucoup d\u2019appel\u00e9s et peu d\u2019\u00e9lus. C\u2019est Luc, Matthieu, Marc et J\u00e9sus qui l\u2019ont dit. Exactement comme dans le lib\u00e9ralisme sauvage. Crois en ton dieu \u2013 en ta propre couenne, oneself made man, et tu seras le winner de tes Noces. Question de volont\u00e9, de foi de valetaille. Donc, c\u2019est archi foutu d\u2019avance. Devant la porte aux sept mille sept cent sept verrous, je puis toujours me brosser pour acc\u00e9der \u00e0 ma vie \u00e9ternelle. (Ouf ! Je l\u2019ai \u00e9chapp\u00e9 belle. Un peu plus et je m\u2019\u00e9ternisais.) Petite encore, je me rendais au cat\u00e9chisme pour apprendre \u00e0 \u00eatre honn\u00eatement heureuse en ingurgitant la souffrance des saints puis, le jour de l\u2019interro, j\u2019avais tout bon et repartais avec la vie illustr\u00e9e de Sainte-Th\u00e9r\u00e8se en couleurs et sous le bras. Au confessionnal, j\u2019inventais des p\u00e9ch\u00e9s pour avoir quelque chose d\u2019int\u00e9ressant \u00e0 dire \u2014 j\u2019\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 une sainte \u2014 et obtemp\u00e9rais \u00e0 l\u2019injonction du bonheur par la faute. Le bonheur n\u2019a pas d\u2019histoire, c\u2019est connu\u00a0: toute une litt\u00e9rature commence dans la p\u00e9nombre d\u2019un guichet qui sent l\u2019encaustique et le vin de messe. Quant \u00e0 maman, gifl\u00e9e par son p\u00e8re alors qu\u2019elle embrassait sous un porche son premier amour puis renvers\u00e9e, encore toute jeune et d\u00e9j\u00e0 bien garnie du thorax, sur l\u2019autel de la sacristie par un pr\u00eatre dont les mouvements pour soulever sa chasuble se perdent dans la confusion d\u2019une excitation \u00e9pouvantable, elle connut qu\u2019il n\u2019y avait de bonheur que dans le malheur. L\u2019important c\u2019est d\u2019aimer, ah! ah! ah! mais pas sans la dette de l\u2019amour, le p\u00e9age \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du paradis, la tache de la culpabilit\u00e9, la conviction de sa propre nullit\u00e9. N\u2019est-il sublime qu\u2019il faille payer pour son propre rien ? Andrej Zulawski, dans son film, fait payer celle qui aime enfin, soumise toujours \u00e0 la faute : faut-il se suicider ou que l\u2019autre soit mort ou presque plus vivant pour dire qu\u2019on aime ? Confiscation sinistre de l\u2019amour et condition mortif\u00e8re du bonheur. Une anecdote un brin l\u00e9g\u00e8re (mais qu\u2019un brin) \u00e9clairera les dessous du bonheur, des dames, en l\u2019occurrence. \u00c0 la fin des soldes, pourtant pr\u00e9venue contre l\u2019obsolescence et l\u2019informe viscosit\u00e9 des articles, je tentai l\u2019achat d\u2019une culotte en dentelle noire, de la marque Rodier, pour quatre euros quatre-vingt-dix. \u00c0 peine l\u2019enfilai-je, heureuse de l\u2019effet amoureux qu\u2019elle ne manquerait pas de produire, que mon pouce creva largement le tissu, rendant du m\u00eame coup jetable cette modeste promesse d\u2019amour aux arabesques si f\u00e9lonnes. Un bref calcul permettra d\u2019\u00e9valuer \u00e0 environ quatre millions cinq cent mille euros l\u2019usage de ladite culotte durant trois mois, week-end compris (5 \u20ac les 6 secondes, 50 \u20ac la minute, 3000 \u20ac l\u2019heure, 45\u00a0000 \u20ac la journ\u00e9e de 15 h, 450\u00a0000 \u20ac les 10 jours etc.). Foin pourtant de ma d\u00e9ception mais fuligineuse col\u00e8re \u00e0 l\u2019id\u00e9e que la fillette ou le gar\u00e7onnet ou l\u2019adulte sous-pay\u00e9, sans contrat ni protection aucune, a sacrifi\u00e9 une partie voire la totalit\u00e9 de son temps et de sa sant\u00e9 \u00e0 un entrepreneur qui a jug\u00e9, avec l\u2019approbation de Dieu et du lib\u00e9ralisme d\u00e9vastateurs, que sa richesse valait des vies humaines, que l\u2019illusion du bonheur consum\u00e9riste pouvait au-del\u00e0 de la saturation se gorger de sang humain. Le patron a convaincu son esclave qu\u2019il n\u2019\u00e9tait qu\u2019\u00e9tron, que son travail devait \u00eatre \u00e9tron et que sa client\u00e8le devait manger ses \u00e9trons. Pour quelle \u00e9ternit\u00e9 ? Aucune, \u00e0 moins que l\u2019on croie que la souffrance sera pay\u00e9e de bonheur dans l\u2019au-del\u00e0, qu\u2019elle n\u2019est qu\u2019un juste retour de nullit\u00e9, qu\u2019elle offrira peut-\u00eatre un jour \u00e0 l\u2019enfant sa chance d\u2019\u00eatre \u00e9lu, que la mort dans la vie est toujours meilleure que la mort tout court. Si tu as failli c\u2019est que tu n\u2019as pas cru ; tu t\u2019es s\u00e9(lec)tionn\u00e9, naturellement, pour d\u00e9gager. M\u00eame ton instinct de survie t\u2019\u00e9limine puisque tu tends ton cou au-dessus du harassant labeur. Le ma\u00eetre a la certitude, consacr\u00e9e par l\u2019adoration du Veau d\u2019Or, qu\u2019il a droit de vie et de mort sur toi, qu\u2019il tient ton destin en main, qu\u2019il est ton sort, ton augure, ton, heur et ton bonheur,&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1529,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[9,2],"tags":[1236,1239,822,1238,1237,13],"class_list":["post-1528","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-creation","category-une","tag-andrej-zulawski","tag-felix-apologue","tag-felix-carnavalesque","tag-felix-conte-critique","tag-felix-critique-sociale","tag-tristan-felix"],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1528","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1528"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1528\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1532,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1528\/revisions\/1532"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1529"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1528"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1528"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1528"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}