{"id":1747,"date":"2021-10-15T19:46:24","date_gmt":"2021-10-15T17:46:24","guid":{"rendered":"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=1747"},"modified":"2021-10-15T19:59:31","modified_gmt":"2021-10-15T17:59:31","slug":"chronique-jean-paul-gavard-perret-anne-lise-blanchard-et-la-science-du-haiku","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2021\/10\/15\/chronique-jean-paul-gavard-perret-anne-lise-blanchard-et-la-science-du-haiku\/","title":{"rendered":"[Chronique] Jean-Paul Gavard-Perret, Anne-Lise Blanchard et la science du ha\u00efku"},"content":{"rendered":"<p>Anne-Lise Blanchard, <em><strong>Le Ravissement de la marche<\/strong><\/em>, L&rsquo;Atelier du grand t\u00e9tras, Mont de Laval, \u00e9t\u00e9 2021, 96 pages, 16\u20ac, ISBN : 978-2-37531-071-7.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;acte cr\u00e9ateur dans ce qui se traduit par le Ha\u00efku n&rsquo;a rien d&rsquo;une commodit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9criture. Bien au contraire. C&rsquo;est\u00a0 en po\u00e9sie\u00a0 le moyen d&rsquo;atteindre\u00a0 par concentration le paroxysme de langage sur un \u00ab\u00a0plateau\u00a0\u00bb \u00a0\u00e0 la fois d&rsquo;ombres et de m\u00e9tamorphoses.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans un tel genre et chez Anne-Lise Blanchard, la question de la po\u00e9sie est \u00e0 chercher\u00a0 dans sa \u00a0fabrique des sujets, th\u00e8mes et narrations. Sans ces \u00e9l\u00e9ments, elle ne se serait pas. N\u00e9anmoins sans l&rsquo;\u00e9criture ceux-l\u00e0 seraient tout autant de fa\u00e7ons d\u2019\u00e9luder celle de \u00a0fond : la question de son origine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-1753\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/BlanchardRavissement.jpg\" alt=\"\" width=\"190\" height=\"330\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/BlanchardRavissement.jpg 190w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/BlanchardRavissement-173x300.jpg 173w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/BlanchardRavissement-86x150.jpg 86w\" sizes=\"auto, (max-width: 190px) 100vw, 190px\" \/>Au sein du <em><strong>Ravissement de la marche<\/strong><\/em>, l&rsquo;auteure est pos\u00e9e \u00e0 distance du monde. Il n&rsquo;existe pour elle pas d\u2019autre rapport au r\u00e9el \u2013 mais cet \u00e9cart fait le jeu d&rsquo;une proximit\u00e9. Certes, Anne-Lise Blanchard sait qu&rsquo;il n\u2019existe pas de po\u00e9sie pure : \u00a0la po\u00e9sie \u00a0retient du monde seulement ce que le langage en d\u00e9coupe. Echap\u00adpant au simple effet de repr\u00e9\u00adsen\u00adta\u00adtion, la langue ouvre une plon\u00adg\u00e9e aux abysses en des rites ac\u00e9\u00adphales. Des assises se perdent mais pour d&rsquo;autres images et sensations : \u00ab\u00a0Saxo dans la nuit \/ On devient h\u00e9ros \/ de \u00ab\u00a0polar\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toutefois cette d\u00e9coupe du ha\u00efku suppose toujours un reste : il \u00a0demeure \u00e0 jamais irrepr\u00e9sentable. Sans ce reste \u00ab\u00a0non vu\u00a0\u00bb, rien ne serait visible : il n\u2019y aurait que la brume de l\u2019indiff\u00e9renci\u00e9 commun. Il ne s&rsquo;agit donc pas de repr\u00e9senter \u00ab\u00a0du\u00a0\u00bb r\u00e9el &#8211; cela est facile. Il s&rsquo;agit \u00e0 l&rsquo;inverse de sortir de la duplication propre aux industrieux de la po\u00e9sie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le r\u00f4le du po\u00e8te &#8211; ici dans une travers\u00e9e du quotidien &#8211; est de faire acc\u00e9der ce reste \u00e0 la configuration imag\u00e9e sans l\u2019annuler comme reste, comme non \u00ab\u00a0imageable\u00a0\u00bb. Exit Horace et son \u00ab\u00a0ut pictura poesis\u00a0\u00bb. Par le ha\u00efku, sa pression \u2013 et bien plus qu&rsquo;en d&rsquo;autres genres \u2013 la question de la po\u00e9sie s\u2019ouvre o\u00f9 b\u00e9e ce reste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De la sorte la po\u00e9tesse ouvre le halo de certaines ruelles, illu\u00admine le visage des enfers entre un rat qui r\u00f4de ou le grand bruit d&rsquo;un flocon de neige. Non seule\u00adment elle nous fait fran\u00adchir des portes et des niveaux \u00a0mais ses ha\u00efkus plongent dans des illuminations sans rien usur\u00adper de ce que le monde engendre de d\u00e9tresse.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Anne-Lise Blanchard, Le Ravissement de la marche, L&rsquo;Atelier du grand t\u00e9tras, Mont de Laval, \u00e9t\u00e9 2021, 96 pages, 16\u20ac, ISBN : 978-2-37531-071-7. &nbsp; L&rsquo;acte cr\u00e9ateur dans ce qui se traduit par le Ha\u00efku n&rsquo;a rien d&rsquo;une commodit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9criture. Bien au contraire. C&rsquo;est\u00a0 en po\u00e9sie\u00a0 le moyen d&rsquo;atteindre\u00a0 par concentration le paroxysme de langage sur un \u00ab\u00a0plateau\u00a0\u00bb \u00a0\u00e0 la fois d&rsquo;ombres et de m\u00e9tamorphoses. Dans un tel genre et chez Anne-Lise Blanchard, la question de la po\u00e9sie est \u00e0 chercher\u00a0 dans sa \u00a0fabrique des sujets, th\u00e8mes et narrations. 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Toutefois cette d\u00e9coupe du ha\u00efku suppose toujours un reste : il \u00a0demeure \u00e0 jamais irrepr\u00e9sentable. Sans ce reste \u00ab\u00a0non vu\u00a0\u00bb, rien ne serait visible : il n\u2019y aurait que la brume de l\u2019indiff\u00e9renci\u00e9 commun. Il ne s&rsquo;agit donc pas de repr\u00e9senter \u00ab\u00a0du\u00a0\u00bb r\u00e9el &#8211; cela est facile. Il s&rsquo;agit \u00e0 l&rsquo;inverse de sortir de la duplication propre aux industrieux de la po\u00e9sie. Le r\u00f4le du po\u00e8te &#8211; ici dans une travers\u00e9e du quotidien &#8211; est de faire acc\u00e9der ce reste \u00e0 la configuration imag\u00e9e sans l\u2019annuler comme reste, comme non \u00ab\u00a0imageable\u00a0\u00bb. Exit Horace et son \u00ab\u00a0ut pictura poesis\u00a0\u00bb. Par le ha\u00efku, sa pression \u2013 et bien plus qu&rsquo;en d&rsquo;autres genres \u2013 la question de la po\u00e9sie s\u2019ouvre o\u00f9 b\u00e9e ce reste. 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