{"id":1965,"date":"2021-11-20T20:03:28","date_gmt":"2021-11-20T19:03:28","guid":{"rendered":"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=1965"},"modified":"2021-11-23T06:16:32","modified_gmt":"2021-11-23T05:16:32","slug":"chronique-francoise-pascal-brumes-par-carole-darricarrere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2021\/11\/20\/chronique-francoise-pascal-brumes-par-carole-darricarrere\/","title":{"rendered":"[Chronique] Fran\u00e7oise Ascal, Brumes, par Carole Darricarr\u00e8re"},"content":{"rendered":"<p><i>Fran\u00e7oise ASCAL,\u00a0<\/i><i><strong>Brumes<\/strong><\/i><i>, peintures de Caroline Fran\u00e7ois-Rubino, \u00e9ditions \u00c6ncrages &amp; CO, automne 2021, 56 pages, 21 \u20ac<\/i><i>, ISBN\u00a0: 978-2-35439-109-6<\/i><i>.<\/i><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Volume aphone, relief d\u2019atemp\u00e9ries ou \u00ab\u00a0<em>m\u00e9t\u00e9o mouvante<\/em>\u00a0\u00bb qui \u00ab\u00a0<em>ronge les fixit\u00e9s<\/em>\u00a0\u00bb, du teint au tain, la brume est sans odeur, sans couleur, sans d\u00e9finition ni ponctuation. Glisse au singulier ce sur quoi l\u2019on n\u2019a pas de prise\u00a0: une pr\u00e9face, un enveloppement, un \u00eatre-l\u00e0 en suspension de r\u00e9alit\u00e9 tangible dans un raccourci. La brume affine, effleure, efface, infuse les contours, les limites, les possibles. Ainsi en va-t-il de la po\u00e9sie qui vide volontiers les mots de leurs ar\u00eates c\u00e9r\u00e9brales et gomme ce qui dans la langue s\u2019\u00e9rigerait en volont\u00e9. Sur ce chemin de cr\u00eate, en funambule, Fran\u00e7oise Ascal, cherchant ses mots, pose les pas japon d\u2019un juste milieu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le premier mot, celui qui (me) vient spontan\u00e9ment \u00e0 la lecture, est \u00ab\u00a0lean\u00a0\u00bb\u00a0; celui qui, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la Manche, en terme de silhouette, s\u2019applique \u00e0 sublimer le fil, la minceur, la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9. En mati\u00e8re de mots c\u2019est en faisant je\u00fbner la langue que l\u2019on obtient peu ou prou les m\u00eames effets, si ce n\u2019est qu\u2019ici se partagent l\u2019espace en r\u00e9sonance une plasticienne et une po\u00e9tesse, celle-ci \u00e9crivant au pinceau ce que son alter ego exprime sans m\u00e9lancolie en dispersion\u00a0: d\u2019une \u00e9criture l\u2019autre la fronti\u00e8re est mince et sororale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c9crire comme l\u2019on doute entre \u00e9lan et n\u00e9ant, dessiner des ronds dans l\u2019eau, repousser la sombre engeance qui couve et menace en filigrane ; trouver asile dans les volutes et les reptations de la brume, ce v\u00e9hicule aux allures lentes de cocon de lumi\u00e8re d\u2019o\u00f9 germera le monde de la forme\u00a0; vision \u00e9ph\u00e9m\u00e8re par osmose,\u00a0 diction f\u0153tale de l\u2019ineffable, refuge <em>\u00ab\u00a0en forme de linceul \/ (\u2026) pourras-tu m\u2019accueillir \/ en ce jour de lassitude \/\/ me porteras-tu en ton sein \/ (\u2026) brume qui m\u2019appelle \/ promesse de repos \/ en son \u00e9vanescence<\/em>\u00a0\u00bb, toi \/ elle qui fait entrer l\u2019infini dans la forme ou l\u2019en d\u00e9livre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>Mots \u00e9cran<\/em>\u00a0\u00bb du po\u00e8me, fluidifi\u00e9s par le mouvement m\u00e9ditatif de la marche, biotope simple sans but ni intention, d\u00e9pigmentations de mots en miroir des \u2018d\u00e9paysages\u2019 de Caroline Fran\u00e7ois-Rubino dont les ambiances acousmatiques font penser \u00e0 des acouph\u00e8nes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Que peuvent les mots du po\u00e8me en regard de l\u2019autre-langue de la plasticienne\u00a0? En mati\u00e8re de discernement\u00a0? Quelles affinit\u00e9s sous-jacentes entretiennent-ils avec et la brume et la peinture\u00a0? Quelles textures en r\u00e9sonance \u0153uvrent ici de concert autour d\u2019un point d\u2019harmonie, quels \u00e9quilibres\u00a0se cherchent ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft  wp-image-1968\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/AscalBrumes.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"297\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/AscalBrumes.jpg 200w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/AscalBrumes-111x150.jpg 111w\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/>Dans le spectre impressionniste de l\u2019estompe, la brume est le halo de distillation des noces perm\u00e9ables de l\u2019eau et de la lumi\u00e8re propice \u00e0 la vision. Les mots de l\u2019auteure y forgent l\u2019air, fondent comme perles \u00e0 la matrice, leurs petites t\u00eates chercheuses, dans un espace palmip\u00e8de invert\u00e9br\u00e9 sans limites : \u00ab\u00a0<em>fine bruine de mots \/ jet\u00e9e sur nos certitudes\u00a0<\/em>\u00bb, \u00ab\u00a0<em>un op\u00e9ra<\/em> <em>muet \/ pour oreilles subtiles\u00a0<\/em>\u00bb. \u00ab\u00a0<em>quand tombe la brume<\/em>\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0<em>\u00e0 quoi bon des yeux ?<\/em>\u00a0\u00bb, \u00e0 quoi bon des mots, \u00ab\u00a0<em>par-del\u00e0 le moi le soi le tu le nous<\/em>\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0<em>encombr\u00e9s du d\u00e9sir de voir\u00a0<\/em>\u00bb d\u00e8s lors qu\u2019entre apparition et effacement il n\u2019est question que d\u2019essence, de silence et de porosit\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La po\u00e9sie pastelliste de Fran\u00e7oise Ascal ruisselle, excelle en liquidit\u00e9 de la surface vers la profondeur sans densit\u00e9. En regard, les ambiances pers luminescentes et les verts floraux en mutation v\u00e9g\u00e9tale de Caroline Fran\u00e7ois-Rubino offrent au-del\u00e0 de la mati\u00e8re un espace r\u00e9ceptif ouvert \u00e0 mi chemin de l\u2019impressionnisme et de l\u2019abstraction.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">B\u00e9ance accueil et d\u00e9voilement sont des vertus f\u00e9minines. Chez Caroline Fran\u00e7ois-Rubino la couleur atomise le r\u00e9el vidant le cristallin de ses rep\u00e8res virils, une saison de nymph\u00e9as ou l\u2019apr\u00e8s-midi d\u2019un faune gouttent mot \u00e0 mot du pinceau \u00e0 la lettre en suspension de genres, une mue de laitances v\u00e9g\u00e9tales en souvenir de l\u2019\u00e9clat des fleurs, la nue part de la r\u00e9verb\u00e9ration diaphane du n\u00e9ant sur la couleur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si ces brumisations turneris\u00e9es \u00e9voquent le sommeil de la forme et en amont de la langue son \u00e9ther, elles n\u2019en restent pas moins ponctu\u00e9es de possibilit\u00e9s, halos de grandes gerbes d\u2019herbes, remues de vert outremer,<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-1969\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/William_turner_light_and_colour.jpg\" alt=\"\" width=\"225\" height=\"210\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/William_turner_light_and_colour.jpg 225w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/William_turner_light_and_colour-150x140.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 225px) 100vw, 225px\" \/> sifflements, silences, grain, profondeurs tactiles, fluidit\u00e9s, hachures, circulations, courants, bulles, affects, mouvements contraires, infusions joyeuses de taches et de traces, visages fantomatiques aur\u00e9ol\u00e9s de lumi\u00e8re, pr\u00e9sences animales, yeux, empreintes du vide, impressions : Monet y r\u00eave, Monet y chuchote.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans cette valse en \u00e9cho aux mottes mentales des mots et leur c\u00e9cit\u00e9, la peinture figure c\u00f4t\u00e9 ciel une origine et une \u00e9tendue, sorte d\u2019infini inatteignable de la langue, en substance une issue \u00e0 la pens\u00e9e qui rampe et t\u00e2tonne \u00e0 courte paille. Elle tient lieu de r\u00e9ponse muette aux questions que se pose le po\u00e8me, \u00e9tant ici \u00ab\u00a0bouddha\u00a0\u00bb par nature, essence, nirvana, l\u00e2cher prise, elle fait litt\u00e9ralement retour l\u00e0 o\u00f9 les mots doivent constamment s\u2019appliquer \u00e0 ne faire \u00e9cran ni au Po\u00e8me ni \u00e0 la lisibillit\u00e9 \u2013 \u00e0 ne pas mettre un nom \u00e0 l\u2019arr\u00eat sur les choses \u2013\u00a0: intuitive et ac\u00e9r\u00e9brale, la peinture danse avec la lumi\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Reste l\u2019empan du corps, pierre de touche de l\u2019angle mort, caisse de r\u00e9sonance, pieds, mains, harpe, \u00e9coutilles sudoripares, cape de peau, ici ou l\u00e0 une orbe de lumi\u00e8re v\u00eat les blancs motus calligraphes du texte. \u00c0 la fa\u00e7on d\u2019un jeu de runes, on y croise les noms illustres d\u2019un faisceau de r\u00e9f\u00e9rences soit autant d\u2019\u00e9clairages faisant hommage et r\u00e9v\u00e9rence, comme si, \u00e0 m\u00eame les brumes, affleuraient un \u00e0 un les visages d\u00e9soss\u00e9s d\u2019une concorde musicienne, brelans et paires donnant corps au texte, tour \u00e0 tour vert\u00e8bres, nageoires &amp; pagaies, b\u00e9quilles, phares dans la nuit, ils sont en quelque sorte les yeux de secours de Fran\u00e7oise Ascal \u2013 \u00ab\u00a0<em>g\u00e9ographe aveugle<\/em>\u00a0\u00bb \u2013, ses points de rep\u00e8re et ses complices en m\u00eame temps que les gardiens de la vision int\u00e9rieure. De la brume \u00e0 l\u2019aura, du son \u00e0 son \u00e9cho, du mot maladroit \u00e0 son eur\u00eaka, nuit blanche d\u2019ombres platoniciennes, tout \u00e9tant ici feutr\u00e9, diffus, est propice \u00e0 une r\u00e9v\u00e9lation spontan\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La brume invite \u00e0 voir \u00e0 la rescousse du corps, plante des pieds micropore \u00e0 fleur les mousses, mains \u00e0 la rencontre, invite \u00e0 rejoindre, toucher, ressentir, se laisser traverser. \u00ab\u00a0<em>Brume<\/em>\u00a0\u00bb est une ode au corps animal de sensations jouissant silencieusement de ses ressources.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Foin de nuages, dans l\u2019ordre des disparitions, en ces clairi\u00e8res sommeille une belle au bois dormant que l\u2019on ne verra jamais\u00a0; tant que \u00ab <em>persistent \/ sur la plan\u00e8te en loques \/ de secr\u00e8tes r\u00e9serves d\u2019Ailleurs<\/em>\u00a0\u00bb\u2026\u00a0(\u00a0\u00a0 )<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Fran\u00e7oise ASCAL,\u00a0Brumes, peintures de Caroline Fran\u00e7ois-Rubino, \u00e9ditions \u00c6ncrages &amp; CO, automne 2021, 56 pages, 21 \u20ac, ISBN\u00a0: 978-2-35439-109-6. &nbsp; Volume aphone, relief d\u2019atemp\u00e9ries ou \u00ab\u00a0m\u00e9t\u00e9o mouvante\u00a0\u00bb qui \u00ab\u00a0ronge les fixit\u00e9s\u00a0\u00bb, du teint au tain, la brume est sans odeur, sans couleur, sans d\u00e9finition ni ponctuation. Glisse au singulier ce sur quoi l\u2019on n\u2019a pas de prise\u00a0: une pr\u00e9face, un enveloppement, un \u00eatre-l\u00e0 en suspension de r\u00e9alit\u00e9 tangible dans un raccourci. La brume affine, effleure, efface, infuse les contours, les limites, les possibles. Ainsi en va-t-il de la po\u00e9sie qui vide volontiers les mots de leurs ar\u00eates c\u00e9r\u00e9brales et gomme ce qui dans la langue s\u2019\u00e9rigerait en volont\u00e9. Sur ce chemin de cr\u00eate, en funambule, Fran\u00e7oise Ascal, cherchant ses mots, pose les pas japon d\u2019un juste milieu. Le premier mot, celui qui (me) vient spontan\u00e9ment \u00e0 la lecture, est \u00ab\u00a0lean\u00a0\u00bb\u00a0; celui qui, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la Manche, en terme de silhouette, s\u2019applique \u00e0 sublimer le fil, la minceur, la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9. En mati\u00e8re de mots c\u2019est en faisant je\u00fbner la langue que l\u2019on obtient peu ou prou les m\u00eames effets, si ce n\u2019est qu\u2019ici se partagent l\u2019espace en r\u00e9sonance une plasticienne et une po\u00e9tesse, celle-ci \u00e9crivant au pinceau ce que son alter ego exprime sans m\u00e9lancolie en dispersion\u00a0: d\u2019une \u00e9criture l\u2019autre la fronti\u00e8re est mince et sororale. \u00c9crire comme l\u2019on doute entre \u00e9lan et n\u00e9ant, dessiner des ronds dans l\u2019eau, repousser la sombre engeance qui couve et menace en filigrane ; trouver asile dans les volutes et les reptations de la brume, ce v\u00e9hicule aux allures lentes de cocon de lumi\u00e8re d\u2019o\u00f9 germera le monde de la forme\u00a0; vision \u00e9ph\u00e9m\u00e8re par osmose,\u00a0 diction f\u0153tale de l\u2019ineffable, refuge \u00ab\u00a0en forme de linceul \/ (\u2026) pourras-tu m\u2019accueillir \/ en ce jour de lassitude \/\/ me porteras-tu en ton sein \/ (\u2026) brume qui m\u2019appelle \/ promesse de repos \/ en son \u00e9vanescence\u00a0\u00bb, toi \/ elle qui fait entrer l\u2019infini dans la forme ou l\u2019en d\u00e9livre. \u00ab\u00a0Mots \u00e9cran\u00a0\u00bb du po\u00e8me, fluidifi\u00e9s par le mouvement m\u00e9ditatif de la marche, biotope simple sans but ni intention, d\u00e9pigmentations de mots en miroir des \u2018d\u00e9paysages\u2019 de Caroline Fran\u00e7ois-Rubino dont les ambiances acousmatiques font penser \u00e0 des acouph\u00e8nes. Que peuvent les mots du po\u00e8me en regard de l\u2019autre-langue de la plasticienne\u00a0? En mati\u00e8re de discernement\u00a0? Quelles affinit\u00e9s sous-jacentes entretiennent-ils avec et la brume et la peinture\u00a0? Quelles textures en r\u00e9sonance \u0153uvrent ici de concert autour d\u2019un point d\u2019harmonie, quels \u00e9quilibres\u00a0se cherchent ? Dans le spectre impressionniste de l\u2019estompe, la brume est le halo de distillation des noces perm\u00e9ables de l\u2019eau et de la lumi\u00e8re propice \u00e0 la vision. Les mots de l\u2019auteure y forgent l\u2019air, fondent comme perles \u00e0 la matrice, leurs petites t\u00eates chercheuses, dans un espace palmip\u00e8de invert\u00e9br\u00e9 sans limites : \u00ab\u00a0fine bruine de mots \/ jet\u00e9e sur nos certitudes\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0un op\u00e9ra muet \/ pour oreilles subtiles\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0quand tombe la brume\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0\u00e0 quoi bon des yeux ?\u00a0\u00bb, \u00e0 quoi bon des mots, \u00ab\u00a0par-del\u00e0 le moi le soi le tu le nous\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0encombr\u00e9s du d\u00e9sir de voir\u00a0\u00bb d\u00e8s lors qu\u2019entre apparition et effacement il n\u2019est question que d\u2019essence, de silence et de porosit\u00e9\u00a0? La po\u00e9sie pastelliste de Fran\u00e7oise Ascal ruisselle, excelle en liquidit\u00e9 de la surface vers la profondeur sans densit\u00e9. En regard, les ambiances pers luminescentes et les verts floraux en mutation v\u00e9g\u00e9tale de Caroline Fran\u00e7ois-Rubino offrent au-del\u00e0 de la mati\u00e8re un espace r\u00e9ceptif ouvert \u00e0 mi chemin de l\u2019impressionnisme et de l\u2019abstraction. B\u00e9ance accueil et d\u00e9voilement sont des vertus f\u00e9minines. Chez Caroline Fran\u00e7ois-Rubino la couleur atomise le r\u00e9el vidant le cristallin de ses rep\u00e8res virils, une saison de nymph\u00e9as ou l\u2019apr\u00e8s-midi d\u2019un faune gouttent mot \u00e0 mot du pinceau \u00e0 la lettre en suspension de genres, une mue de laitances v\u00e9g\u00e9tales en souvenir de l\u2019\u00e9clat des fleurs, la nue part de la r\u00e9verb\u00e9ration diaphane du n\u00e9ant sur la couleur. Si ces brumisations turneris\u00e9es \u00e9voquent le sommeil de la forme et en amont de la langue son \u00e9ther, elles n\u2019en restent pas moins ponctu\u00e9es de possibilit\u00e9s, halos de grandes gerbes d\u2019herbes, remues de vert outremer, sifflements, silences, grain, profondeurs tactiles, fluidit\u00e9s, hachures, circulations, courants, bulles, affects, mouvements contraires, infusions joyeuses de taches et de traces, visages fantomatiques aur\u00e9ol\u00e9s de lumi\u00e8re, pr\u00e9sences animales, yeux, empreintes du vide, impressions : Monet y r\u00eave, Monet y chuchote. Dans cette valse en \u00e9cho aux mottes mentales des mots et leur c\u00e9cit\u00e9, la peinture figure c\u00f4t\u00e9 ciel une origine et une \u00e9tendue, sorte d\u2019infini inatteignable de la langue, en substance une issue \u00e0 la pens\u00e9e qui rampe et t\u00e2tonne \u00e0 courte paille. Elle tient lieu de r\u00e9ponse muette aux questions que se pose le po\u00e8me, \u00e9tant ici \u00ab\u00a0bouddha\u00a0\u00bb par nature, essence, nirvana, l\u00e2cher prise, elle fait litt\u00e9ralement retour l\u00e0 o\u00f9 les mots doivent constamment s\u2019appliquer \u00e0 ne faire \u00e9cran ni au Po\u00e8me ni \u00e0 la lisibillit\u00e9 \u2013 \u00e0 ne pas mettre un nom \u00e0 l\u2019arr\u00eat sur les choses \u2013\u00a0: intuitive et ac\u00e9r\u00e9brale, la peinture danse avec la lumi\u00e8re. Reste l\u2019empan du corps, pierre de touche de l\u2019angle mort, caisse de r\u00e9sonance, pieds, mains, harpe, \u00e9coutilles sudoripares, cape de peau, ici ou l\u00e0 une orbe de lumi\u00e8re v\u00eat les blancs motus calligraphes du texte. \u00c0 la fa\u00e7on d\u2019un jeu de runes, on y croise les noms illustres d\u2019un faisceau de r\u00e9f\u00e9rences soit autant d\u2019\u00e9clairages faisant hommage et r\u00e9v\u00e9rence, comme si, \u00e0 m\u00eame les brumes, affleuraient un \u00e0 un les visages d\u00e9soss\u00e9s d\u2019une concorde musicienne, brelans et paires donnant corps au texte, tour \u00e0 tour vert\u00e8bres, nageoires &amp; pagaies, b\u00e9quilles, phares dans la nuit, ils sont en quelque sorte les yeux de secours de Fran\u00e7oise Ascal \u2013 \u00ab\u00a0g\u00e9ographe aveugle\u00a0\u00bb \u2013, ses points de rep\u00e8re et ses complices en m\u00eame temps que les gardiens de la vision int\u00e9rieure. De la brume \u00e0 l\u2019aura, du son \u00e0 son \u00e9cho, du mot maladroit \u00e0 son eur\u00eaka, nuit blanche d\u2019ombres platoniciennes, tout \u00e9tant ici feutr\u00e9, diffus, est propice \u00e0 une r\u00e9v\u00e9lation spontan\u00e9e. La brume invite \u00e0 voir \u00e0 la rescousse du corps, plante des pieds micropore \u00e0 fleur les mousses, mains \u00e0 la rencontre, invite \u00e0 rejoindre,&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1966,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[35,7,2],"tags":[1399,195,1398,1396,537,1397,32,1395],"class_list":["post-1965","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-chronique","category-livres-recus","category-une","tag-ascal-poesie-pastelliste","tag-carole-darricarrere","tag-caroline-francois-rubino","tag-claude-monet","tag-editions-aencrages","tag-francoise-ascal","tag-poesie-et-peinture","tag-william-turner"],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1965","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1965"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1965\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1971,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1965\/revisions\/1971"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1966"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1965"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1965"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1965"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}