{"id":2000,"date":"2021-12-02T08:20:04","date_gmt":"2021-12-02T07:20:04","guid":{"rendered":"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=2000"},"modified":"2021-12-02T20:00:07","modified_gmt":"2021-12-02T19:00:07","slug":"chronique-cecile-a-holdban-pierres-et-berceaux-par-tristan-horde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2021\/12\/02\/chronique-cecile-a-holdban-pierres-et-berceaux-par-tristan-horde\/","title":{"rendered":"[Chronique] C\u00e9cile A. Holdban, Pierres et berceaux, par Tristan Hord\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>C\u00e9cile A. Holdban, <strong><em>Pierres et berceaux<\/em><\/strong>, Potentille, automne 2021, 16 pages, 7 \u20ac.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On entre toujours, avec la po\u00e9sie de C\u00e9cile A. Holdban, dans une langue de l\u2019intimit\u00e9\u00a0; la maladie et la mort des proches, les souvenirs qui s\u2019\u00e9gr\u00e8nent, les moments de l\u2019enfance, les jours v\u00e9cus comme vides\u00a0: la vie et ses d\u00e9tours sont l\u00e0. Il en est de m\u00eame de l\u2019image de la maison, qui fait large place \u00e0 l\u2019imaginaire. Lieu intime et familier par excellence, elle est ici construite par le corps m\u00eame qui l\u2019habite\u00a0: il s\u2019agit d\u2019une maison r\u00eav\u00e9e b\u00e2tie d\u2019abord dans la main, puis directement \u00ab\u00a0sem\u00e9e\u00a0\u00bb dans les veines. C\u2019est un espace refuge, ferm\u00e9 et sans lien avec l\u2019ext\u00e9rieur (aucune poussi\u00e8re n\u2019y entre)\u00a0; seuls des animaux proches y ont acc\u00e8s jusqu\u2019\u00e0 des parties tr\u00e8s particuli\u00e8res, les combles pour les tourterelles, les tuiles pour le reflet du chat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est encore l\u2019imaginaire qui l\u2019emporte dans un autre po\u00e8me, le \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb cette fois \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-2002\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/HoldbanPierres.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"330\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/HoldbanPierres.jpg 220w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/HoldbanPierres-200x300.jpg 200w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/HoldbanPierres-100x150.jpg 100w\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/>c\u2019est-\u00e0-dire sans d\u00e9fense. Devenu oiseau, perch\u00e9 sur une branche avec pattes et ailes, le sujet porte le commencement de la vie (la graine) et sa fin (le fruit), qui serait promesse d\u2019un nouveau d\u00e9part si n\u2019\u00e9tait pas pr\u00e9sente une extr\u00eame fragilit\u00e9\u00a0: ce qui semblait soutien n\u2019est que \u00ab\u00a0la branche du rien\u00a0\u00bb, avec la proximit\u00e9 du \u00ab\u00a0vide\u00a0\u00bb, ce qui connotait le foyer, le temps des origines n\u2019est que \u00ab\u00a0le nid du n\u00e9ant\u00a0\u00bb. Quand un voyage est \u00e9voqu\u00e9, il s\u2019agit des images d\u2019un r\u00eave\u00a0avec des trains recr\u00e9\u00e9s pour se d\u00e9placer dans l\u2019espace comme s\u2019ils \u00e9taient \u00e0 un moment les rayons d\u2019un arc-en-ciel, \u00e0 un autre des toupies \u2014 ils \u00ab\u00a0s\u2019entrecroisent et tournoient\u00a0\u00bb. Il s\u2019agit bien d\u2019un monde o\u00f9 rien n\u2019est \u00e0 sa place, o\u00f9 les choses se d\u00e9font, l\u2019image de la faille (\u00ab\u00a0monde (&#8230;) fendu\u00a0\u00bb) est en accord avec celle du vide et rien ne peut r\u00e9tablir un semblant d\u2019ordre\u00a0; il faudrait \u00ab\u00a0coudre\u00a0\u00bb ce qui s\u2019est ouvert, et ce n\u2019est que dans l\u2019imaginaire que les formes retrouveraient un \u00e9quilibre\u00a0gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019intervention des oiseaux qui r\u00e9uniraient ce qui \u00e9tait disjoint.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est encore l\u2019oiseau, symbole ancien de vie, qui joue le r\u00f4le essentiel d\u2019intercesseur entre le \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb et la disparue\u00a0; il s\u2019agit d\u2019une hirondelle, image de fid\u00e9lit\u00e9 dont on sait la proximit\u00e9 avec les humains\u00a0: ici, elle \u00ab\u00a0suspend son vol\u00a0\u00bb pour que se dessine le sourire de l\u2019amie qui avait pass\u00e9 ses derniers jours \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. La chambre \u00e9tait devenue un lieu de mots, et l\u2019amie \u00e0 l\u2019\u00e9cart du monde le reconstruisait, tenant elle aussi une ville dans sa main\u00a0: pour vaincre la peur de dispara\u00eetre, imaginer un lieu \u00e0 l\u2019abri de toute souillure, blanc, que rien ne peut venir troubler, lieu \u00e0 l\u2019\u00e9cart du tumulte ext\u00e9rieur (les voix des malades) et des bruits de la chute de ce qui semblait indestructible\u00a0(\u00ab\u00a0on entend l\u2019\u00e9cho des cath\u00e9drales qui tombent\u00a0\u00bb). \u00c0 cette image favorable s\u2019en m\u00eale une autre, celle du cerveau comme une noix, la coque comme une barque \u2014 pour s\u2019\u00e9loigner\u00a0? ou traverser le Styx\u00a0? \u2014 et le fruit, par sa forme, comme un labyrinthe dont on sortirait par des \u00ab\u00a0passages secrets\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les po\u00e8mes de <em>Pierres et berceaux<\/em> sont domin\u00e9s par le deuil. \u00ab\u00a0Violette\u00a0\u00bb s\u2019ouvre sur la venue de la fleur d\u2019hiver qui, traditionnellement, annonce la (re)naissance des choses, mais ici la fleur change de nature, touch\u00e9e comme l\u2019amie par un cancer qui la transforme jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elle change de nature et devienne \u00ab\u00a0monstrueuse\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0peut-\u00eatre araign\u00e9e\u00a0\u00bb, animal symboliquement ambigu, per\u00e7u de mani\u00e8re positive ou n\u00e9gative. Cette ambigu\u00eft\u00e9 est encore pr\u00e9sente dans les derniers po\u00e8mes, \u00e0 la mort proche ou d\u00e9j\u00e0 accomplie sont oppos\u00e9es des forces de vie. Il y a \u00ab\u00a0incompl\u00e9tude\u00a0\u00bb dans les commencements de la vie, mais provisoire et, comme pour un v\u00e9g\u00e9tal, une \u00ab\u00a0pouss\u00e9e\u00a0\u00bb donne une forme, ensuite les mots construisent la vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ce monde les choses ne sont pas toujours \u00e0 leur place, la barque inutile sur une rivi\u00e8re sans eau, les branches trop nombreuses, et le jardin rest\u00e9 vide, le livre \u00ab\u00a0fan\u00e9\u00a0\u00bb, la pierre immobile. Les mots ont-ils encore une raison d\u2019\u00eatre quand ils ne sont plus \u00e9chang\u00e9s\u00a0? si l\u2019ami muet \u00e0 jamais est maintenant (comme) une pierre\u00a0? Certainement, puisqu\u2019apr\u00e8s la disparition peuvent toujours \u00eatre articul\u00e9s les mots, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des pierres existent toujours les berceaux\u00a0: feuilles, limaces, \u00e9toiles et le vert du printemps. Cette couleur accompagne l\u2019ami disparu dans son \u00ab\u00a0sommeil vert\u00a0\u00bb\u00a0; l\u2019auteure, pour \u00e9carter l\u2019image de la mort lui oppose des mots (\u00ab\u00a0vivre vivre\u00a0\u00bb) et, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des mots, esp\u00e8re la continuelle renaissance (\u00ab\u00a0un jour tout revient\u00a0\u00bb). C\u2019est cette esp\u00e9rance qu\u2019illustre le dessin d\u2019un bouquet floral vu de dessus au milieu duquel on reconna\u00eet un c\u0153ur, signe de vie.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u00e9cile A. Holdban, Pierres et berceaux, Potentille, automne 2021, 16 pages, 7 \u20ac. &nbsp; On entre toujours, avec la po\u00e9sie de C\u00e9cile A. 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C\u2019est encore l\u2019oiseau, symbole ancien de vie, qui joue le r\u00f4le essentiel d\u2019intercesseur entre le \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb et la disparue\u00a0; il s\u2019agit d\u2019une hirondelle, image de fid\u00e9lit\u00e9 dont on sait la proximit\u00e9 avec les humains\u00a0: ici, elle \u00ab\u00a0suspend son vol\u00a0\u00bb pour que se dessine le sourire de l\u2019amie qui avait pass\u00e9 ses derniers jours \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. 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Les po\u00e8mes de Pierres et berceaux sont domin\u00e9s par le deuil. \u00ab\u00a0Violette\u00a0\u00bb s\u2019ouvre sur la venue de la fleur d\u2019hiver qui, traditionnellement, annonce la (re)naissance des choses, mais ici la fleur change de nature, touch\u00e9e comme l\u2019amie par un cancer qui la transforme jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elle change de nature et devienne \u00ab\u00a0monstrueuse\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0peut-\u00eatre araign\u00e9e\u00a0\u00bb, animal symboliquement ambigu, per\u00e7u de mani\u00e8re positive ou n\u00e9gative. Cette ambigu\u00eft\u00e9 est encore pr\u00e9sente dans les derniers po\u00e8mes, \u00e0 la mort proche ou d\u00e9j\u00e0 accomplie sont oppos\u00e9es des forces de vie. Il y a \u00ab\u00a0incompl\u00e9tude\u00a0\u00bb dans les commencements de la vie, mais provisoire et, comme pour un v\u00e9g\u00e9tal, une \u00ab\u00a0pouss\u00e9e\u00a0\u00bb donne une forme, ensuite les mots construisent la vie. 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