{"id":2024,"date":"2021-12-09T20:21:50","date_gmt":"2021-12-09T19:21:50","guid":{"rendered":"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=2024"},"modified":"2021-12-11T20:31:15","modified_gmt":"2021-12-11T19:31:15","slug":"chronique-anna-milani-incantation-pour-nous-toutes-par-christophe-stolowicki","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2021\/12\/09\/chronique-anna-milani-incantation-pour-nous-toutes-par-christophe-stolowicki\/","title":{"rendered":"[Chronique] Anna Milani, Incantation pour nous toutes, par CHRISTOPHE STOLOWICKI"},"content":{"rendered":"<p>Anna Milani,<strong> <em>Incantation pour nous toutes<\/em><\/strong>, Isabelle Sauvage, coll. \u00ab\u00a0pr\u00e9sent (im)parfait\u00a0\u00bb, \u00e9t\u00e9 2021, 40 pages, 9 \u20ac, ISBN\u00a0: 978-2-490385-26-3.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Litanies pour un bless\u00e9, par sa ma\u00eetresse de maison. Par l\u2019auteure de sa maison. Par l\u2019autrice comme on est motrice et matrice. Locomotrice d\u2019un lieu de vie qui tient lieu de vie. Le chant en prose d\u2019une telle beaut\u00e9 que l\u2019on retient tout commentaire. Il renouvelle le po\u00e8me en gnose en illustrant l\u2019hommage de Baudelaire \u00e0 Aloysius Bertrand. Il se passe de mes gloses \u00e0 son endroit. \u00c0 son envers est un oiseau bless\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Le bless\u00e9 est une personne qui habite la chambre close. Elle a d\u00e9sappris la parole \u00e0 force d\u2019attendre de meilleures significations.\u00a0\u00bb \u2013 ces <em>incantations <\/em>sont le premier livre paru d\u2019Anna Milani, n\u00e9e en 1975.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-2025\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/Milani-incantations.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/Milani-incantations.jpg 220w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/12\/Milani-incantations-110x150.jpg 110w\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/>Je plains mes amis po\u00e8tes qui n\u2019ont pas une fille \u00e0 leur panth\u00e9on. Si <strong><em>Incantation pour nous toutes<\/em> <\/strong>affiche le monoth\u00e9isme inverse (\u00ab\u00a0Des t\u00e2ches m\u00e9nag\u00e8res on a fait un feu. Br\u00fblant les ustensiles et les normes qui r\u00e9pliquaient les r\u00f4les. Les casseroles maintenant nous servent pour battre le temps et des carafes nous versons de l\u2019air dans l\u2019air pour enivrer l\u2019espace. Les t\u00e2ches qui nous incombent \u00e0 pr\u00e9sent ont \u00e0 faire avec les mots\u00a0\u00bb, dit la quatri\u00e8me de couverture, enfon\u00e7ant une porte battant \u00e0 deux battants depuis plus d\u2019un demi-si\u00e8cle), j\u2019y entends tout son contraire, tout son envers, \u00e9manant d\u2019une authentique po\u00e8te qui s\u2019adresse aux silences de la maison d\u2019en face, et d\u2019un tempo serr\u00e9 occupe tout son espace-temps. N\u00e9e en Italie, r\u00e9sonne peut-\u00eatre en elle une galerie d\u2019anc\u00eatres moins habilit\u00e9es \u00e0 la parole qu\u2019en France.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut un long pr\u00e9lude pour que le sexe du \u00ab\u00a0bless\u00e9\u00a0\u00bb, longtemps masculin d\u2019usage, celui d\u2019un neutre occupant de la maison mise en avant comme sa raison d\u2019\u00eatre, puis \u00ab\u00a0oiseau\u00a0\u00bb, puis \u00ab\u00a0personne\u00a0\u00bb, soit r\u00e9v\u00e9l\u00e9 comme celui de \u00ab\u00a0La jeune fille [qui] retient ses amants par les cheveux.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Chaque jour l\u2019oiseau se pose sur la branche du tilleul et pointe ses yeux vers le lointain. L\u2019intensit\u00e9 de son regard est telle qu\u2019elle oriente le paysage [\u2026] au-del\u00e0 de l\u2019horizon [\u2026] l\u00e0 o\u00f9 le ciel n\u2019est plus qu\u2019une petite parcelle de bleu\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Le cerf s\u2019approche de la maison dans les aubes silencieuses de novembre [\u2026] Il veille sur nos m\u00e9moires ensevelies d\u2019existences foresti\u00e8res. Il lape, le cerf, nos cils imbib\u00e9s d\u2019eau.\u00a0\u00bb Bient\u00f4t appel\u00e9 \u00ab\u00a0le paysage [\u00e0] se d\u00e9ployer \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du corps\u00a0: une d\u00e9mesure de ciel entre les c\u00f4tes, des lointains de ta\u00efga dans le flux sanguin, la fr\u00e9quence cardiaque d\u2019un galop martelant sur les plaines.\u00a0\u00bb Le corps d\u00e9poss\u00e9d\u00e9 en maison par la maison et ses t\u00e2ches m\u00e9nag\u00e8res sur des si\u00e8cles, se d\u00e9ploie en langue du corps, animal, pas plus f\u00e9minin que masculin, d\u2019une qui n\u2019arbore pas plus de sexe qu\u2019elle n\u2019<em>est le sexe<\/em>, et dont les <em>incantations <\/em>s\u2019adressent \u00e0 moi comme \u00e0 <em>toutes <\/em>en moi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En de\u00e7\u00e0 du sexe, par-del\u00e0 le sexe, reconquise, transfigur\u00e9e comme d\u2019essence f\u00e9minine une po\u00e9sie du corps.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Anna Milani, Incantation pour nous toutes, Isabelle Sauvage, coll. \u00ab\u00a0pr\u00e9sent (im)parfait\u00a0\u00bb, \u00e9t\u00e9 2021, 40 pages, 9 \u20ac, ISBN\u00a0: 978-2-490385-26-3. &nbsp; Litanies pour un bless\u00e9, par sa ma\u00eetresse de maison. Par l\u2019auteure de sa maison. Par l\u2019autrice comme on est motrice et matrice. Locomotrice d\u2019un lieu de vie qui tient lieu de vie. Le chant en prose d\u2019une telle beaut\u00e9 que l\u2019on retient tout commentaire. Il renouvelle le po\u00e8me en gnose en illustrant l\u2019hommage de Baudelaire \u00e0 Aloysius Bertrand. Il se passe de mes gloses \u00e0 son endroit. \u00c0 son envers est un oiseau bless\u00e9. \u00ab\u00a0Le bless\u00e9 est une personne qui habite la chambre close. Elle a d\u00e9sappris la parole \u00e0 force d\u2019attendre de meilleures significations.\u00a0\u00bb \u2013 ces incantations sont le premier livre paru d\u2019Anna Milani, n\u00e9e en 1975. Je plains mes amis po\u00e8tes qui n\u2019ont pas une fille \u00e0 leur panth\u00e9on. Si Incantation pour nous toutes affiche le monoth\u00e9isme inverse (\u00ab\u00a0Des t\u00e2ches m\u00e9nag\u00e8res on a fait un feu. Br\u00fblant les ustensiles et les normes qui r\u00e9pliquaient les r\u00f4les. Les casseroles maintenant nous servent pour battre le temps et des carafes nous versons de l\u2019air dans l\u2019air pour enivrer l\u2019espace. Les t\u00e2ches qui nous incombent \u00e0 pr\u00e9sent ont \u00e0 faire avec les mots\u00a0\u00bb, dit la quatri\u00e8me de couverture, enfon\u00e7ant une porte battant \u00e0 deux battants depuis plus d\u2019un demi-si\u00e8cle), j\u2019y entends tout son contraire, tout son envers, \u00e9manant d\u2019une authentique po\u00e8te qui s\u2019adresse aux silences de la maison d\u2019en face, et d\u2019un tempo serr\u00e9 occupe tout son espace-temps. N\u00e9e en Italie, r\u00e9sonne peut-\u00eatre en elle une galerie d\u2019anc\u00eatres moins habilit\u00e9es \u00e0 la parole qu\u2019en France. Il faut un long pr\u00e9lude pour que le sexe du \u00ab\u00a0bless\u00e9\u00a0\u00bb, longtemps masculin d\u2019usage, celui d\u2019un neutre occupant de la maison mise en avant comme sa raison d\u2019\u00eatre, puis \u00ab\u00a0oiseau\u00a0\u00bb, puis \u00ab\u00a0personne\u00a0\u00bb, soit r\u00e9v\u00e9l\u00e9 comme celui de \u00ab\u00a0La jeune fille [qui] retient ses amants par les cheveux.\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Chaque jour l\u2019oiseau se pose sur la branche du tilleul et pointe ses yeux vers le lointain. L\u2019intensit\u00e9 de son regard est telle qu\u2019elle oriente le paysage [\u2026] au-del\u00e0 de l\u2019horizon [\u2026] l\u00e0 o\u00f9 le ciel n\u2019est plus qu\u2019une petite parcelle de bleu\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Le cerf s\u2019approche de la maison dans les aubes silencieuses de novembre [\u2026] Il veille sur nos m\u00e9moires ensevelies d\u2019existences foresti\u00e8res. 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