{"id":212,"date":"2021-11-04T17:15:47","date_gmt":"2021-11-04T16:15:47","guid":{"rendered":"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=212"},"modified":"2021-11-04T17:19:35","modified_gmt":"2021-11-04T16:19:35","slug":"chronique-alexander-dickow-deblais-par-tristan-horde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2021\/11\/04\/chronique-alexander-dickow-deblais-par-tristan-horde\/","title":{"rendered":"[Chronique] Alexander Dickow, D\u00e9blais, par Tristan Hord\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>Alexander DICKOW, <strong><em>D\u00e9blais<\/em><\/strong>, Louise Bottu, Mugron (40), 2021, 104 pages, 14 \u20ac, ISBN\u00a0: 979-10-9272349-6.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">\u00ab\u00a0J&rsquo;essaie ici de mettre en forme un peu de v\u00e9rit\u00e9, tout simplement<br \/>\n(c&rsquo;est une affaire compliqu\u00e9e). Une vision \u00a0de la po\u00e9sie<br \/>\nne peut \u00a0se capter que sous la forme d&rsquo;\u00e9clats\u00a0\u00bb (p. 59).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aujourd\u2019hui comme hier les \u00e9crits \u00e0 propos de la po\u00e9tique prennent diverses formes\u00a0; \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019essais v\u00e9ritables manifestes (Pierre Vinclair, <em>Agir non agir<\/em>) ou d\u00e9fense argument\u00e9e de choix d\u2019\u00e9criture (Jacques R\u00e9da, <em>Entretiens avec Monsieur Texte<\/em>), d\u2019essais qui d\u00e9bordent le domaine litt\u00e9raire (Philippe Beck, <em>Trait\u00e9 des sir\u00e8nes<\/em>), de recensions pour exposer sa propre pratique (Laurent Albarracin, dans <em>Catastrophes<\/em> et <em>Poezibao<\/em>), se maintiennent bien vivants des ensembles de notes \u00e0 la mani\u00e8re de Reverdy ou de Jean-Luc Sarr\u00e9, et c\u2019est le choix qu\u2019a fait Alexander Dickow, po\u00e8te, romancier et essayiste. Les d\u00e9blais, c\u2019est ce que l\u2019on \u00f4te pour faciliter le travail, pour voir plus clair sur le chantier, ce qu\u2019explicite la quatri\u00e8me de couverture du livre, sans se dissimuler que, dans ce genre d\u2019\u00e9crits, on \u00ab\u00a0\u00e9choue n\u00e9cessairement\u00a0\u00bb et l\u2019on se satisfait si l\u2019on peut trouver quelques \u00ab\u00a0splendides faux-fuyants\u00a0\u00bb\u00a0: le livre, compos\u00e9 de \u00ab\u00a0fragments\u00a0\u00bb, d\u2019\u00ab\u00a0aphorismes\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0chacun ouvert puisque s\u00e9riel\u00a0\u00bb, vise \u00e0 \u00e9noncer des \u00ab\u00a0choses vraies\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pas de synth\u00e8se, donc, et d\u00e8s l\u2019ouverture Dickow manifeste sa m\u00e9fiance vis-\u00e0-vis de la <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-1903\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/DickowDeblais.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"265\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/DickowDeblais.jpg 200w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/DickowDeblais-113x150.jpg 113w\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/>th\u00e9orisation\u00a0; c\u2019est laisser l\u2019\u0153uvre pour la \u00ab\u00a0prose r\u00e9flexive\u00a0\u00bb, or aucune th\u00e8se ne rend compte de la pratique. De plus, \u00ab\u00a0le fragment aspire \u00e0 parler de tout\u00a0\u00bb et c\u2019est sans doute pourquoi certains s\u2019\u00e9loignent de la r\u00e9flexion autour de la po\u00e9sie ou du roman, ou la resituent dans une r\u00e9flexion plus g\u00e9n\u00e9rale, l\u2019\u00e9criture faisant partie de la vie \u2013 deux exemples de ce choix de l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Pas d\u2019amour sans ambivalence\u00a0: l\u2019amour nous co\u00fbte\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Le mythe de Pygmalion explique comment Galat\u00e9e a elle aussi fa\u00e7onn\u00e9 Pygmalion\u00a0\u00bb. C\u2019est pourquoi aussi Dickow joue avec le genre en proposant des alexandrins rim\u00e9s dans le style fin XIX<sup>e<\/sup>si\u00e8cle ou un pastiche (\u00ab\u00a0Ob\u00e8le broche antique \u00e9pingle des beaux vers\/Douteux comme tes yeux \u00e9toil\u00e9s d\u2019univers\u00a0\u00bb), aussit\u00f4t comment\u00e9 avec une adresse au lecteur, \u00ab\u00a0Ce pastiche d\u2019un air\/Digne d\u2019Apollinaire\/Te tape sur les nerfs\/Je te dis na na naire\u00a0\u00bb. Cette mise \u00e0 distance semble encore s\u2019affirmer quand un fragment renseigne seulement sur un choix musical de l\u2019auteur (\u00ab\u00a0\u00c9mouvoir comme la onzi\u00e8me \u00c9tude de Scriabine (op. 8 n\u00b0 11). Culbuter les attentes comme les d\u00e9gringolades de la deuxi\u00e8me\u00a0\u00bb), mais ce renvoi \u00e0 une \u0153uvre complexe, non litt\u00e9raire, s\u2019accorde avec un autre choix, le refus de la spontan\u00e9it\u00e9, d\u2019un pr\u00e9tendu \u00ab\u00a0naturel\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si l\u2019on accepte avec Dickow que le propos th\u00e9orique soit toujours <em>\u00e0 c\u00f4t\u00e9<\/em> de l\u2019\u0153uvre, on comprend qu\u2019il \u00e9crive \u00ab\u00a0J\u2019essaie d\u2019\u00eatre ailleurs\u00a0\u00bb. Il vise \u00e0 briser les habitudes, se pr\u00e9occupant plus des \u00ab\u00a0fissures\u00a0\u00bb que des surfaces et, ce faisant, se situe hors de certains choix<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-1906\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/DickowPortrait.jpg\" alt=\"\" width=\"210\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/DickowPortrait.jpg 210w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/DickowPortrait-126x150.jpg 126w\" sizes=\"auto, (max-width: 210px) 100vw, 210px\" \/> contemporains qui pr\u00e9tendent \u00ab\u00a0d\u00e9passer le cloisonnement des genres litt\u00e9raires\u00a0\u00bb\u00a0; il d\u00e9plore avec ironie cette \u00ab\u00a0erreur de marketing\u00a0\u00bb en assurant que \u00ab\u00a0les lecteurs aiment savoir quel genre de produit ils consomment\u00a0\u00bb. C\u2019est l\u00e0 mettre \u00e0 l\u2019\u00e9cart tout un pan de la po\u00e9sie d\u2019aujourd\u2019hui, mais Dickow ne craint pas la pol\u00e9mique, d\u00e9non\u00e7ant notamment l\u2019abus de \u00ab\u00a0l\u2019espace blanc\u00a0\u00bb\u00a0: pour lui, \u00ab\u00a0ce sont les mots m\u00eames, \u00e0 la rigueur, qui doivent atteindre \u00e0 l\u2019effacement\u00a0\u00bb. De m\u00eame, l\u2019absence de ponctuation, si courante dans la po\u00e9sie et la prose contemporaines ne fait le plus souvent que dissimuler une syntaxe convenue, tout comme les coupes au milieu d\u2019un mot en fin de vers g\u00eane la lecture sans qu\u2019il y ait de v\u00e9ritable perturbation. Il \u00e9nonce clairement ses choix quand il conseille de relire attentivement Paulhan et renvoie \u00e0 Hopkins, Fondane et Beckett, mais aussi quand il se m\u00e9fie des fleurs et des oiseaux, qui conduisent tout droit \u00e0 Christian Bobin, et qu\u2019il rappelle que Bonnefoy est compar\u00e9 \u00e0 Leconte de Lisle et Jaccottet \u00e0 Lamartine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Certes, il faut tenter de restituer quelque chose du r\u00e9el en en mesurant toutes les difficult\u00e9s, en sachant d\u2019entr\u00e9e que \u00ab\u00a0Nulle valeur n\u2019est plus fausse en art que l\u2019authenticit\u00e9\u00a0\u00bb, que rien n\u2019est \u00ab\u00a0naturel\u00a0\u00bb en po\u00e9sie pas plus que dans toute \u00e9criture, dans la \u00ab\u00a0pleurnicherie romantique\u00a0\u00bb comme dans la po\u00e9sie blanche. Dickow d\u00e9fend d\u2019ailleurs la pr\u00e9sence du narratif en po\u00e9sie, qu\u2019il d\u00e9finit comme \u00ab\u00a0un tissu de lacunes mouvantes\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0jeu du vide et du plein\u00a0\u00bb \u2013 dans un aphorisme, \u00ab\u00a0Narrer\u00a0: tisser des trous ensemble\u00a0\u00bb \u2013, par quoi le narratif rejoint \u00ab\u00a0\u00e0 la fois la po\u00e9sie et le r\u00e9el\u00a0\u00bb. Il s\u2019agit toujours dans ce jeu de d\u00e9border toutes les limites, celles de l\u2019imagination comme celles du sens, de tenter chaque fois de \u00ab\u00a0rendre le trembl\u00e9 de la perception\u00a0\u00bb pour \u00ab\u00a0faire perdre l\u2019\u00e9quilibre\u00a0\u00bb au lecteur avec l\u2019auteur. Cet auteur a d\u2019ailleurs un statut particulier\u00a0: quand il \u00e9crit un de ses po\u00e8mes en anglais et en fran\u00e7ais, il en donne deux versions et non pas une traduction, ce qui donne \u00ab\u00a0\u00e0 voir le d\u00e9sir, impossible \u00e0 assouvir, de se rejoindre\u00a0\u00bb \u2013 ou \u00ab\u00a0de se tenir d\u00e9finitivement \u00e0 distance\u00a0\u00bb. C\u2019est bien encore s\u2019\u00e9loigner du continu pour \u00ab\u00a0l\u2019intempestif\u00a0\u00bb, comme le veut Dickow.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il s\u2019appuie r\u00e9guli\u00e8rement sur une exp\u00e9rience d\u2019enseignant \u00e0 l\u2019universit\u00e9, dit (trop modestement) le caract\u00e8re composite de son essai, \u00ab\u00a0Tout ceci rel\u00e8ve autant de l\u2019humble calepin que du grimoire d\u2019initi\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0; ces \u00ab\u00a0d\u00e9blais\u00a0\u00bb sont bien l\u2019un et l\u2019autre, ils ne cherchent pas l\u2019assentiment, ils suscitent la discussion et ce devrait \u00eatre un des r\u00f4les de ce genre d\u2019\u00e9crit.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alexander DICKOW, D\u00e9blais, Louise Bottu, Mugron (40), 2021, 104 pages, 14 \u20ac, ISBN\u00a0: 979-10-9272349-6. \u00ab\u00a0J&rsquo;essaie ici de mettre en forme un peu de v\u00e9rit\u00e9, tout simplement (c&rsquo;est une affaire compliqu\u00e9e). Une vision \u00a0de la po\u00e9sie ne peut \u00a0se capter que sous la forme d&rsquo;\u00e9clats\u00a0\u00bb (p. 59). &nbsp; Aujourd\u2019hui comme hier les \u00e9crits \u00e0 propos de la po\u00e9tique prennent diverses formes\u00a0; \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019essais v\u00e9ritables manifestes (Pierre Vinclair, Agir non agir) ou d\u00e9fense argument\u00e9e de choix d\u2019\u00e9criture (Jacques R\u00e9da, Entretiens avec Monsieur Texte), d\u2019essais qui d\u00e9bordent le domaine litt\u00e9raire (Philippe Beck, Trait\u00e9 des sir\u00e8nes), de recensions pour exposer sa propre pratique (Laurent Albarracin, dans Catastrophes et Poezibao), se maintiennent bien vivants des ensembles de notes \u00e0 la mani\u00e8re de Reverdy ou de Jean-Luc Sarr\u00e9, et c\u2019est le choix qu\u2019a fait Alexander Dickow, po\u00e8te, romancier et essayiste. Les d\u00e9blais, c\u2019est ce que l\u2019on \u00f4te pour faciliter le travail, pour voir plus clair sur le chantier, ce qu\u2019explicite la quatri\u00e8me de couverture du livre, sans se dissimuler que, dans ce genre d\u2019\u00e9crits, on \u00ab\u00a0\u00e9choue n\u00e9cessairement\u00a0\u00bb et l\u2019on se satisfait si l\u2019on peut trouver quelques \u00ab\u00a0splendides faux-fuyants\u00a0\u00bb\u00a0: le livre, compos\u00e9 de \u00ab\u00a0fragments\u00a0\u00bb, d\u2019\u00ab\u00a0aphorismes\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0chacun ouvert puisque s\u00e9riel\u00a0\u00bb, vise \u00e0 \u00e9noncer des \u00ab\u00a0choses vraies\u00a0\u00bb. Pas de synth\u00e8se, donc, et d\u00e8s l\u2019ouverture Dickow manifeste sa m\u00e9fiance vis-\u00e0-vis de la th\u00e9orisation\u00a0; c\u2019est laisser l\u2019\u0153uvre pour la \u00ab\u00a0prose r\u00e9flexive\u00a0\u00bb, or aucune th\u00e8se ne rend compte de la pratique. De plus, \u00ab\u00a0le fragment aspire \u00e0 parler de tout\u00a0\u00bb et c\u2019est sans doute pourquoi certains s\u2019\u00e9loignent de la r\u00e9flexion autour de la po\u00e9sie ou du roman, ou la resituent dans une r\u00e9flexion plus g\u00e9n\u00e9rale, l\u2019\u00e9criture faisant partie de la vie \u2013 deux exemples de ce choix de l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Pas d\u2019amour sans ambivalence\u00a0: l\u2019amour nous co\u00fbte\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Le mythe de Pygmalion explique comment Galat\u00e9e a elle aussi fa\u00e7onn\u00e9 Pygmalion\u00a0\u00bb. C\u2019est pourquoi aussi Dickow joue avec le genre en proposant des alexandrins rim\u00e9s dans le style fin XIXesi\u00e8cle ou un pastiche (\u00ab\u00a0Ob\u00e8le broche antique \u00e9pingle des beaux vers\/Douteux comme tes yeux \u00e9toil\u00e9s d\u2019univers\u00a0\u00bb), aussit\u00f4t comment\u00e9 avec une adresse au lecteur, \u00ab\u00a0Ce pastiche d\u2019un air\/Digne d\u2019Apollinaire\/Te tape sur les nerfs\/Je te dis na na naire\u00a0\u00bb. Cette mise \u00e0 distance semble encore s\u2019affirmer quand un fragment renseigne seulement sur un choix musical de l\u2019auteur (\u00ab\u00a0\u00c9mouvoir comme la onzi\u00e8me \u00c9tude de Scriabine (op. 8 n\u00b0 11). Culbuter les attentes comme les d\u00e9gringolades de la deuxi\u00e8me\u00a0\u00bb), mais ce renvoi \u00e0 une \u0153uvre complexe, non litt\u00e9raire, s\u2019accorde avec un autre choix, le refus de la spontan\u00e9it\u00e9, d\u2019un pr\u00e9tendu \u00ab\u00a0naturel\u00a0\u00bb. Si l\u2019on accepte avec Dickow que le propos th\u00e9orique soit toujours \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019\u0153uvre, on comprend qu\u2019il \u00e9crive \u00ab\u00a0J\u2019essaie d\u2019\u00eatre ailleurs\u00a0\u00bb. Il vise \u00e0 briser les habitudes, se pr\u00e9occupant plus des \u00ab\u00a0fissures\u00a0\u00bb que des surfaces et, ce faisant, se situe hors de certains choix contemporains qui pr\u00e9tendent \u00ab\u00a0d\u00e9passer le cloisonnement des genres litt\u00e9raires\u00a0\u00bb\u00a0; il d\u00e9plore avec ironie cette \u00ab\u00a0erreur de marketing\u00a0\u00bb en assurant que \u00ab\u00a0les lecteurs aiment savoir quel genre de produit ils consomment\u00a0\u00bb. C\u2019est l\u00e0 mettre \u00e0 l\u2019\u00e9cart tout un pan de la po\u00e9sie d\u2019aujourd\u2019hui, mais Dickow ne craint pas la pol\u00e9mique, d\u00e9non\u00e7ant notamment l\u2019abus de \u00ab\u00a0l\u2019espace blanc\u00a0\u00bb\u00a0: pour lui, \u00ab\u00a0ce sont les mots m\u00eames, \u00e0 la rigueur, qui doivent atteindre \u00e0 l\u2019effacement\u00a0\u00bb. De m\u00eame, l\u2019absence de ponctuation, si courante dans la po\u00e9sie et la prose contemporaines ne fait le plus souvent que dissimuler une syntaxe convenue, tout comme les coupes au milieu d\u2019un mot en fin de vers g\u00eane la lecture sans qu\u2019il y ait de v\u00e9ritable perturbation. Il \u00e9nonce clairement ses choix quand il conseille de relire attentivement Paulhan et renvoie \u00e0 Hopkins, Fondane et Beckett, mais aussi quand il se m\u00e9fie des fleurs et des oiseaux, qui conduisent tout droit \u00e0 Christian Bobin, et qu\u2019il rappelle que Bonnefoy est compar\u00e9 \u00e0 Leconte de Lisle et Jaccottet \u00e0 Lamartine. Certes, il faut tenter de restituer quelque chose du r\u00e9el en en mesurant toutes les difficult\u00e9s, en sachant d\u2019entr\u00e9e que \u00ab\u00a0Nulle valeur n\u2019est plus fausse en art que l\u2019authenticit\u00e9\u00a0\u00bb, que rien n\u2019est \u00ab\u00a0naturel\u00a0\u00bb en po\u00e9sie pas plus que dans toute \u00e9criture, dans la \u00ab\u00a0pleurnicherie romantique\u00a0\u00bb comme dans la po\u00e9sie blanche. Dickow d\u00e9fend d\u2019ailleurs la pr\u00e9sence du narratif en po\u00e9sie, qu\u2019il d\u00e9finit comme \u00ab\u00a0un tissu de lacunes mouvantes\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0jeu du vide et du plein\u00a0\u00bb \u2013 dans un aphorisme, \u00ab\u00a0Narrer\u00a0: tisser des trous ensemble\u00a0\u00bb \u2013, par quoi le narratif rejoint \u00ab\u00a0\u00e0 la fois la po\u00e9sie et le r\u00e9el\u00a0\u00bb. Il s\u2019agit toujours dans ce jeu de d\u00e9border toutes les limites, celles de l\u2019imagination comme celles du sens, de tenter chaque fois de \u00ab\u00a0rendre le trembl\u00e9 de la perception\u00a0\u00bb pour \u00ab\u00a0faire perdre l\u2019\u00e9quilibre\u00a0\u00bb au lecteur avec l\u2019auteur. Cet auteur a d\u2019ailleurs un statut particulier\u00a0: quand il \u00e9crit un de ses po\u00e8mes en anglais et en fran\u00e7ais, il en donne deux versions et non pas une traduction, ce qui donne \u00ab\u00a0\u00e0 voir le d\u00e9sir, impossible \u00e0 assouvir, de se rejoindre\u00a0\u00bb \u2013 ou \u00ab\u00a0de se tenir d\u00e9finitivement \u00e0 distance\u00a0\u00bb. C\u2019est bien encore s\u2019\u00e9loigner du continu pour \u00ab\u00a0l\u2019intempestif\u00a0\u00bb, comme le veut Dickow. Il s\u2019appuie r\u00e9guli\u00e8rement sur une exp\u00e9rience d\u2019enseignant \u00e0 l\u2019universit\u00e9, dit (trop modestement) le caract\u00e8re composite de son essai, \u00ab\u00a0Tout ceci rel\u00e8ve autant de l\u2019humble calepin que du grimoire d\u2019initi\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0; ces \u00ab\u00a0d\u00e9blais\u00a0\u00bb sont bien l\u2019un et l\u2019autre, ils ne cherchent pas l\u2019assentiment, ils suscitent la discussion et ce devrait \u00eatre un des r\u00f4les de ce genre d\u2019\u00e9crit. &nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1907,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[35,7,2],"tags":[177,1362,1361,1360,229,1363,281,1091],"class_list":["post-212","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-chronique","category-livres-recus","category-une","tag-alexander-dickow","tag-dickow-critique-de-la-poesie-blanche","tag-dickow-critique-des-avant-gardes","tag-dickow-critique-du-formalisme","tag-editions-louise-bottu","tag-philippe-beck","tag-pierre-vinclair","tag-tristan-horde"],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/212","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=212"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/212\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1909,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/212\/revisions\/1909"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1907"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=212"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=212"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=212"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}