{"id":2261,"date":"2022-01-27T19:28:42","date_gmt":"2022-01-27T18:28:42","guid":{"rendered":"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=2261"},"modified":"2022-01-27T19:30:37","modified_gmt":"2022-01-27T18:30:37","slug":"chronique-ahmed-slama-chanson-recit-recit-chanson-a-propos-de-claire-ruiz-perdre-claire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2022\/01\/27\/chronique-ahmed-slama-chanson-recit-recit-chanson-a-propos-de-claire-ruiz-perdre-claire\/","title":{"rendered":"[Chronique] Ahmed Slama, Chanson-r\u00e9cit \/ R\u00e9cit-chanson (\u00e0 propos de Claire Ruiz, Perdre Claire)"},"content":{"rendered":"<p>Camille Ruiz, <strong><em>Perdre claire<\/em><\/strong><em>, <\/em>Publie.net, coll. \u00ab\u00a0Temps r\u00e9el\u00a0\u00bb, automne 2021, 128 pages, 13 \u20ac, ISBN\u00a0: 978-2-37177-616-6. [Version num\u00e9rique : 4,99 \u20ac &#8211; <a href=\"https:\/\/www.publie.net\/livre\/perdre-claire-camille-ruiz\/\"><strong>commander<\/strong><\/a>]<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 feuilleter <strong><em>Perdre Claire<\/em><\/strong><em>, <\/em>on est quelque peu d\u00e9sorient\u00e9\u00b7e.s, les pages liminaires annoncent un <em>Journal, <\/em>couvrant une ann\u00e9e enti\u00e8re 2017-2018, pourtant les pages qui suivent sont compos\u00e9es en vers, regroup\u00e9es en sous-parties, chacune portant le titre d\u2019une saison, d\u2019un automne \u00e0 l\u2019autre, en tout et pour tout 7 saisons \u2013 vous dites que le compte n\u2019y est pas\u00a0? On y reviendra.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pas n\u2019importe quel journal dont il s\u2019agit ici, c\u2019est le<em> journal d\u2019un deuil<\/em> et tout ce que la disparition d\u2019un \u00eatre induit, tout ce qu\u2019elle d\u00e9place en nous, comme habitudes, ainsi s\u2019effilochent les jours et les pages de ce journal o\u00f9 des photographies viennent se m\u00ealer aux vers.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Claire depuis douze jours je vis dans du coton<br \/>\ndans un film<br \/>\ndans une histoire<br \/>\nqui me semble celle d\u2019une \u00e9trang\u00e8re<br \/>\nil se passe beaucoup de choses que<br \/>\nje voudrais te raconter<br \/>\ndes choses qui t\u2019auraient fait rire<br \/>\nou mise en col\u00e8re<br \/>\nje te connais<br \/>\nsans arr\u00eat envie de t\u2019envoyer des messages<br \/>\nde te poser des questions comme<br \/>\nest-ce que tu \u00e9tais proche d\u2019un certain T.\u00a0?<br \/>\nparce qu\u2019il est venu mardi<br \/>\npour voir ton corps\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Perdre Claire<\/em><\/strong> s\u2019inscrit dans la droite lign\u00e9e de cette \u00ab\u00a0\u00e9criture blanche\u00a0\u00bb devenue aujourd\u2019hui la norme scripturale tant du c\u00f4t\u00e9 de la prose que de la po\u00e9sie. Fran\u00e7ais standard et sans fard, imm\u00e9diatement accessible \u00e0 toutes et tous, \u00e9crit qui par son agencement fait tinter, au long des pages, une musique l\u00e9g\u00e8re. Par la verticalit\u00e9 de ce journal en vers libres se trouve reproduit \u00e0 la lecture le rythme de l\u2019oralit\u00e9\u00a0; pour mieux saisir, penchons-nous sur un extrait\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0il faut aussi que je te dise Claire<br \/>\ntu n\u2019aurais peut-\u00eatre pas voulu<br \/>\nmais mardi je t\u2019ai vue morte<br \/>\nc\u2019\u00e9tait bien toi<br \/>\nle visage paisible les yeux ferm\u00e9s<br \/>\nje suis d\u00e9sol\u00e9e j\u2019ai tenu \u00e0 tout faire<br \/>\naller jusqu\u2019au bout des choses comme toi<br \/>\npour \u00eatre s\u00fbr de bien comprendre<br \/>\npour \u00eatre s\u00fbr de savoir\u2026\u00a0\u00bb (p. 20).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-2264\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/Perdre-Claire.jpg\" alt=\"\" width=\"225\" height=\"370\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/Perdre-Claire.jpg 225w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/Perdre-Claire-182x300.jpg 182w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/Perdre-Claire-91x150.jpg 91w\" sizes=\"auto, (max-width: 225px) 100vw, 225px\" \/>Dans la langue \u00e9crite, le lien entre les phrases est avant tout effectu\u00e9 par les r\u00e8gles grammaticales\u00a0; il n\u2019en va pas de m\u00eame \u00e0 l\u2019oral o\u00f9 la question du souffle entre en jeu, ainsi les phrases se trouvent scind\u00e9es en plus petites unit\u00e9s s\u00e9mantiques. Le d\u00e9coupage en vers de l\u2019\u00e9nonc\u00e9 correspond aux longueurs d\u2019une phrase orale, chacun distillant une information\u00a0; la syntaxe de cet extrait, s\u2019il avait \u00e9t\u00e9 faite en fran\u00e7ais standard (ou acad\u00e9mique) e\u00fbt \u00e9t\u00e9 diff\u00e9rente. Notons l\u2019absence de virgules \u2013 elles sont rares, tout au long de <strong><em>Perdre Claire<\/em><\/strong> \u2013, la raret\u00e9 des conjonctions de coordination. Dans l\u2019extrait ci-dessus, la norme du fran\u00e7ais recommanderait une virgule ou une conjonction entre\u00a0: \u00ab\u00a0le visage paisible les yeux ferm\u00e9s\u00a0\u00bb. Ajoutons \u00e0 cela l\u2019absence de majuscules (pr\u00e9sentes seulement pour les gentil\u00e9s et les noms propres) et nous nous retrouvons avec un ensemble de proc\u00e9d\u00e9s qui nous m\u00e8nent vers la reproduction, dans et par l\u2019\u00e9criture, de l\u2019oralit\u00e9. Et nous disons ici, reproduction et non pas <em>retranscription<\/em>, la diff\u00e9rence est de taille, car ici pas de proc\u00e9d\u00e9s superficiels tels que la retranscription phon\u00e9tique de certains, de tournures ou encore de l\u2019effacement de la double n\u00e9gation, c\u2019est bien par l\u2019agencement des vers, par la syntaxe qu\u2019\u00e9merge, \u00e0 la lecture, l\u2019oralit\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Claire l\u2019alcool ne monte pas<br \/>\nje suis si triste qu\u2019il reste coinc\u00e9 l\u00e0 juste<br \/>\navant l\u2019ivresse<br \/>\ntout \u00e0 l\u2019heure au lieu d\u2019\u00eatre excessivement<br \/>\njoyeuse ou bless\u00e9e je me suis endormie<br \/>\nsur le canap\u00e9 d\u2019E. \u00c0 Strasbourg \u2013 Saint Denis<br \/>\nQuand on se retrouve toutes ensemble ton<br \/>\nabsence devient plus \u00e9vidente encore<br \/>\nquelqu\u2019un dit <em>c\u2019est la f\u00eate des Morts<br \/>\n<\/em>et qu\u2019il faut se souvenir<br \/>\nque ce n\u2019est pas forc\u00e9ment triste<br \/>\nmais pour moi<br \/>\ntu n\u2019es pas morte<br \/>\nDavid Bowie est mort<br \/>\nLeonard Cohen est mort<br \/>\nma grand-m\u00e8re est morte quand j\u2019avais dix ans<br \/>\ntoi ce n\u2019est pas pareil<br \/>\nil est environ trois heures (\u2026)<br \/>\nje ne pense \u00e0 rien<br \/>\nj\u2019\u00e9cris \u00e7a sur mon t\u00e9l\u00e9phone\u00a0\u00bb (pp. 28-29).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au fil des jours de ce journal dont la date est inscrite \u00e0 l\u2019amorce de chaque page, par cette composition orale, ce sont de petites ritournelles qui se mettent en place, discr\u00e8tes, discrets retours de rythmes qui nous accompagnent tout au long de notre lecture. C\u2019est une m\u00e9lodie qui se met en place, que viennent renforcer les r\u00e9f\u00e9rences de musicales qui \u00e9maillent <strong><em>Perdre Claire<\/em><\/strong><em>, <\/em>par cette oralit\u00e9 dont nous avons montr\u00e9 les modalit\u00e9s plus haut, s\u2019instaurent, au gr\u00e9 des pages, une ritournelle, rythmique.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0le soleil et le froid me br\u00fblaient le visage<br \/>\nj\u2019avais annonc\u00e9 mon d\u00e9part<br \/>\nje pensais \u00e0 toutes les chansons que j\u2019\u00e9tais en<br \/>\ntrain d\u2019\u00e9crire<br \/>\navec une petite boule d\u2019espoir<br \/>\ndans la poitrine<br \/>\n(\u2026)<br \/>\nest-ce que j\u2019ai toujours quelque part sa voix,<br \/>\nla voix de Claire<br \/>\noui toujours l\u00e0 dans un creux je m\u2019adresse \u00e0<br \/>\nelle sans bouger les l\u00e8vres\u00a0\u00bb (p. 40).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Outre la particularit\u00e9 d\u2019un journal \u00e9crit en vers \u2013 et qui lui donne justement ce ton oral, il s\u2019adresse \u00e0 l\u2019autre, \u00e0 l\u2019absente, Claire, le seul personnage nomm\u00e9 au fil des pages, les autres n\u2019apparaissant que sous les atours d\u2019une initiale. S\u2019op\u00e8re alors, dans et par ce proc\u00e9d\u00e9, un renversement, les vivants sont au second plan, Claire dont le nom ne cesse d\u2019\u00eatre cit\u00e9, \u00e0 qui l\u2019on ne cesse de s\u2019adresser, est au premier. Car si <strong><em>Perdre Claire<\/em><\/strong> est un <em>journal de deuil, <\/em>il n\u2019est en rien morbide, plut\u00f4t empreint d\u2019une \u00e9tonnante l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, celle de l\u2019oralit\u00e9\u00a0; pas de c\u00e9r\u00e9monies, simplement ce contact que l\u2019on (entre)tient avec la disparue, par le fil de l\u2019\u00e9crit, au fil des mois, des ann\u00e9es, car oui, le journal d\u00e9borde du lit de son ann\u00e9e, il court jusqu\u2019au troisi\u00e8me printemps suivant la disparition de Claire, l\u2019\u00e9crit comme lien, par l\u2019\u00e9crit \u00ab\u00a0nous sentons et nous \u00e9prouvons que nous sommes \u00e9ternels\u00a0\u00bb [Spinoza,<em> L\u2019\u00c9thique<\/em>] pas simplement, nous, mais tout ce qui nous entoure.<em> <strong>Perdre Claire<\/strong>,<\/em> certes, mas pas la clart\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Camille Ruiz, Perdre claire, Publie.net, coll. \u00ab\u00a0Temps r\u00e9el\u00a0\u00bb, automne 2021, 128 pages, 13 \u20ac, ISBN\u00a0: 978-2-37177-616-6. 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Pas n\u2019importe quel journal dont il s\u2019agit ici, c\u2019est le journal d\u2019un deuil et tout ce que la disparition d\u2019un \u00eatre induit, tout ce qu\u2019elle d\u00e9place en nous, comme habitudes, ainsi s\u2019effilochent les jours et les pages de ce journal o\u00f9 des photographies viennent se m\u00ealer aux vers. \u00ab\u00a0Claire depuis douze jours je vis dans du coton dans un film dans une histoire qui me semble celle d\u2019une \u00e9trang\u00e8re il se passe beaucoup de choses que je voudrais te raconter des choses qui t\u2019auraient fait rire ou mise en col\u00e8re je te connais sans arr\u00eat envie de t\u2019envoyer des messages de te poser des questions comme est-ce que tu \u00e9tais proche d\u2019un certain T.\u00a0? parce qu\u2019il est venu mardi pour voir ton corps\u00a0\u00bb Perdre Claire s\u2019inscrit dans la droite lign\u00e9e de cette \u00ab\u00a0\u00e9criture blanche\u00a0\u00bb devenue aujourd\u2019hui la norme scripturale tant du c\u00f4t\u00e9 de la prose que de la po\u00e9sie. Fran\u00e7ais standard et sans fard, imm\u00e9diatement accessible \u00e0 toutes et tous, \u00e9crit qui par son agencement fait tinter, au long des pages, une musique l\u00e9g\u00e8re. Par la verticalit\u00e9 de ce journal en vers libres se trouve reproduit \u00e0 la lecture le rythme de l\u2019oralit\u00e9\u00a0; pour mieux saisir, penchons-nous sur un extrait\u00a0: \u00ab\u00a0il faut aussi que je te dise Claire tu n\u2019aurais peut-\u00eatre pas voulu mais mardi je t\u2019ai vue morte c\u2019\u00e9tait bien toi le visage paisible les yeux ferm\u00e9s je suis d\u00e9sol\u00e9e j\u2019ai tenu \u00e0 tout faire aller jusqu\u2019au bout des choses comme toi pour \u00eatre s\u00fbr de bien comprendre pour \u00eatre s\u00fbr de savoir\u2026\u00a0\u00bb (p. 20). Dans la langue \u00e9crite, le lien entre les phrases est avant tout effectu\u00e9 par les r\u00e8gles grammaticales\u00a0; il n\u2019en va pas de m\u00eame \u00e0 l\u2019oral o\u00f9 la question du souffle entre en jeu, ainsi les phrases se trouvent scind\u00e9es en plus petites unit\u00e9s s\u00e9mantiques. Le d\u00e9coupage en vers de l\u2019\u00e9nonc\u00e9 correspond aux longueurs d\u2019une phrase orale, chacun distillant une information\u00a0; la syntaxe de cet extrait, s\u2019il avait \u00e9t\u00e9 faite en fran\u00e7ais standard (ou acad\u00e9mique) e\u00fbt \u00e9t\u00e9 diff\u00e9rente. Notons l\u2019absence de virgules \u2013 elles sont rares, tout au long de Perdre Claire \u2013, la raret\u00e9 des conjonctions de coordination. Dans l\u2019extrait ci-dessus, la norme du fran\u00e7ais recommanderait une virgule ou une conjonction entre\u00a0: \u00ab\u00a0le visage paisible les yeux ferm\u00e9s\u00a0\u00bb. Ajoutons \u00e0 cela l\u2019absence de majuscules (pr\u00e9sentes seulement pour les gentil\u00e9s et les noms propres) et nous nous retrouvons avec un ensemble de proc\u00e9d\u00e9s qui nous m\u00e8nent vers la reproduction, dans et par l\u2019\u00e9criture, de l\u2019oralit\u00e9. Et nous disons ici, reproduction et non pas retranscription, la diff\u00e9rence est de taille, car ici pas de proc\u00e9d\u00e9s superficiels tels que la retranscription phon\u00e9tique de certains, de tournures ou encore de l\u2019effacement de la double n\u00e9gation, c\u2019est bien par l\u2019agencement des vers, par la syntaxe qu\u2019\u00e9merge, \u00e0 la lecture, l\u2019oralit\u00e9. \u00ab\u00a0Claire l\u2019alcool ne monte pas je suis si triste qu\u2019il reste coinc\u00e9 l\u00e0 juste avant l\u2019ivresse tout \u00e0 l\u2019heure au lieu d\u2019\u00eatre excessivement joyeuse ou bless\u00e9e je me suis endormie sur le canap\u00e9 d\u2019E. \u00c0 Strasbourg \u2013 Saint Denis Quand on se retrouve toutes ensemble ton absence devient plus \u00e9vidente encore quelqu\u2019un dit c\u2019est la f\u00eate des Morts et qu\u2019il faut se souvenir que ce n\u2019est pas forc\u00e9ment triste mais pour moi tu n\u2019es pas morte David Bowie est mort Leonard Cohen est mort ma grand-m\u00e8re est morte quand j\u2019avais dix ans toi ce n\u2019est pas pareil il est environ trois heures (\u2026) je ne pense \u00e0 rien j\u2019\u00e9cris \u00e7a sur mon t\u00e9l\u00e9phone\u00a0\u00bb (pp. 28-29). Au fil des jours de ce journal dont la date est inscrite \u00e0 l\u2019amorce de chaque page, par cette composition orale, ce sont de petites ritournelles qui se mettent en place, discr\u00e8tes, discrets retours de rythmes qui nous accompagnent tout au long de notre lecture. C\u2019est une m\u00e9lodie qui se met en place, que viennent renforcer les r\u00e9f\u00e9rences de musicales qui \u00e9maillent Perdre Claire, par cette oralit\u00e9 dont nous avons montr\u00e9 les modalit\u00e9s plus haut, s\u2019instaurent, au gr\u00e9 des pages, une ritournelle, rythmique. \u00ab\u00a0le soleil et le froid me br\u00fblaient le visage j\u2019avais annonc\u00e9 mon d\u00e9part je pensais \u00e0 toutes les chansons que j\u2019\u00e9tais en train d\u2019\u00e9crire avec une petite boule d\u2019espoir dans la poitrine (\u2026) est-ce que j\u2019ai toujours quelque part sa voix, la voix de Claire oui toujours l\u00e0 dans un creux je m\u2019adresse \u00e0 elle sans bouger les l\u00e8vres\u00a0\u00bb (p. 40). Outre la particularit\u00e9 d\u2019un journal \u00e9crit en vers \u2013 et qui lui donne justement ce ton oral, il s\u2019adresse \u00e0 l\u2019autre, \u00e0 l\u2019absente, Claire, le seul personnage nomm\u00e9 au fil des pages, les autres n\u2019apparaissant que sous les atours d\u2019une initiale. S\u2019op\u00e8re alors, dans et par ce proc\u00e9d\u00e9, un renversement, les vivants sont au second plan, Claire dont le nom ne cesse d\u2019\u00eatre cit\u00e9, \u00e0 qui l\u2019on ne cesse de s\u2019adresser, est au premier. Car si Perdre Claire est un journal de deuil, il n\u2019est en rien morbide, plut\u00f4t empreint d\u2019une \u00e9tonnante l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, celle de l\u2019oralit\u00e9\u00a0; pas de c\u00e9r\u00e9monies, simplement ce contact que l\u2019on (entre)tient avec la disparue, par le fil de l\u2019\u00e9crit, au fil des mois, des ann\u00e9es, car oui, le journal d\u00e9borde du lit de son ann\u00e9e, il court jusqu\u2019au troisi\u00e8me printemps suivant la disparition de Claire, l\u2019\u00e9crit comme lien, par l\u2019\u00e9crit \u00ab\u00a0nous sentons et nous \u00e9prouvons que nous sommes \u00e9ternels\u00a0\u00bb [Spinoza, L\u2019\u00c9thique] pas simplement, nous, mais tout ce qui nous entoure. Perdre Claire, certes, mas pas la clart\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2263,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[35,7,2],"tags":[52,1490,69,1491],"class_list":["post-2261","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-chronique","category-livres-recus","category-une","tag-ahmed-slama","tag-camille-ruiz","tag-editions-publie-net","tag-ruiz-lyrisme"],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2261","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2261"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2261\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2266,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2261\/revisions\/2266"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2263"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2261"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2261"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2261"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}