{"id":2352,"date":"2022-02-11T19:50:34","date_gmt":"2022-02-11T18:50:34","guid":{"rendered":"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=2352"},"modified":"2022-02-13T09:09:10","modified_gmt":"2022-02-13T08:09:10","slug":"chronique-philippe-jaffeux-mordu-par-les-vides-par-jean-paul-gavard-perret","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2022\/02\/11\/chronique-philippe-jaffeux-mordu-par-les-vides-par-jean-paul-gavard-perret\/","title":{"rendered":"[Chronique] Philippe Jaffeux : mordu par les vides, par Jean-Paul Gavard-Perret"},"content":{"rendered":"<p>Philippe Jaffeux, <strong><em>Livres<\/em><\/strong>, \u00e9ditions Paraules (66), f\u00e9vrier 2022, 54 pages, 15 \u20ac, ISBN : 978-2-85089-045-1. [<a href=\"https:\/\/editions-paraules.com\/bon-de-commande-editions-paraules\"><strong>Commander<\/strong><\/a>]<\/p>\n<div><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">Philippe Jaffeux tel un post-lettrisme poursuit sa m\u00e9tamorphose de la prose et de la po\u00e9sie. Pour \u00ab\u00a0laisser optimal&rsquo; son livre devient \u00a0 \u00ab\u00a0livres\u00a0\u00bb (le \u00ab\u00a0s\u00a0\u00bb est important). Car plus que de le couper en deux, il le d\u00e9double. L&rsquo;ensemble en lignes \u00ab\u00a0trou\u00e9es\u00a0\u00bb, distendues, segment\u00e9es, loin du \u00ab\u00a0format domestique\u00a0\u00bb.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-2357\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/JaffeuxLivresPF.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"310\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/JaffeuxLivresPF.jpg 220w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/JaffeuxLivresPF-213x300.jpg 213w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/JaffeuxLivresPF-106x150.jpg 106w\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/>Proc\u00e9dant de la contradiction logique, le livre devient une variance prodigieuse de la ligne de cr\u00eate de la prose comme du po\u00e8me. Une activit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9criture se lit \u00e0 l&rsquo;envers et s&rsquo;applique infiniment \u00e0 elle-m\u00eame. L&rsquo;auteur ne vise pas l&rsquo;avatar d&rsquo;un logos pur, mais un logos r\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame : prose et po\u00e8me s&rsquo;entre-r\u00e9pondent strictement. L&rsquo;un et l&rsquo;autre affirment la r\u00e9alit\u00e9 du n\u00e9gatif, l&rsquo;un et l&rsquo;autre ouvrent des b\u00e9ances dans la pratique de l&rsquo;\u00e9criture, dans sa r\u00e9sistance, son recul, sa d\u00e9tente.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">Rien peut-\u00eatre n&rsquo;avait \u00a0p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 si loin dans le corps naissant d&rsquo;une pens\u00e9e qui vient par un tel langage. Il reste dans la proximit\u00e9 de la naissance et de la mort des mots. Dans chaque page \u00ab\u00a0un fond \/ s&rsquo;\u00e9coule dans \/ la posture \/ d&rsquo;une chose \/ lacunaire\u00a0\u00bb en un flux sans cesse cass\u00e9 qui ne cesse de sourdre et o\u00f9 le rapport des mots de la pens\u00e9e \u00e0 ce qui, dans l&rsquo;acte m\u00eame de penser, se refuse \u00e0 la pens\u00e9e, ouvre \u00e0 une exp\u00e9rience in\u00e9dite.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">Cette avanc\u00e9e n&rsquo;est pas sans offrir un retour d&rsquo;attention vers la distinction husserlienne de la fonction de manifestation et de la fonction de signification de l&rsquo;expression. Il s&rsquo;agit de mettre \u00e0 nu le pouvoir invisible d&rsquo;une contrari\u00e9t\u00e9 au repos, d&rsquo;un \u00e9tat r\u00e9el d&rsquo;\u00e9quilibre de forces contraires.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">Ce qui ailleurs est noy\u00e9 dans le bruit et le brouillage infini de l&rsquo;usage des mots est remplac\u00e9 par un nouveau type de \u00ab\u00a0livre\u00a0\u00bb, et ce dans un \u00e9videment brusque qui relance son corps et son corpus. Il n&rsquo;existe plus de pens\u00e9e de survol. Elle est dans son propre volume, ne transporte pas des id\u00e9es invariantes. Elle enveloppe essentiellement des puissances de brouillage.<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\"><\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">En funambule, Jaffeux tient et retient l&rsquo;inconfort d&rsquo;une contrari\u00e9t\u00e9 irr\u00e9ductible et la vertigineuse tension d&rsquo;un langage qui r\u00e9siste au sens admis pour le mettre en une volontaire contrari\u00e9t\u00e9.<\/div>\n<div><\/div>\n<div><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Philippe Jaffeux, Livres, \u00e9ditions Paraules (66), f\u00e9vrier 2022, 54 pages, 15 \u20ac, ISBN : 978-2-85089-045-1. [Commander] Philippe Jaffeux tel un post-lettrisme poursuit sa m\u00e9tamorphose de la prose et de la po\u00e9sie. Pour \u00ab\u00a0laisser optimal&rsquo; son livre devient \u00a0 \u00ab\u00a0livres\u00a0\u00bb (le \u00ab\u00a0s\u00a0\u00bb est important). Car plus que de le couper en deux, il le d\u00e9double. L&rsquo;ensemble en lignes \u00ab\u00a0trou\u00e9es\u00a0\u00bb, distendues, segment\u00e9es, loin du \u00ab\u00a0format domestique\u00a0\u00bb. Proc\u00e9dant de la contradiction logique, le livre devient une variance prodigieuse de la ligne de cr\u00eate de la prose comme du po\u00e8me. Une activit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9criture se lit \u00e0 l&rsquo;envers et s&rsquo;applique infiniment \u00e0 elle-m\u00eame. L&rsquo;auteur ne vise pas l&rsquo;avatar d&rsquo;un logos pur, mais un logos r\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame : prose et po\u00e8me s&rsquo;entre-r\u00e9pondent strictement. L&rsquo;un et l&rsquo;autre affirment la r\u00e9alit\u00e9 du n\u00e9gatif, l&rsquo;un et l&rsquo;autre ouvrent des b\u00e9ances dans la pratique de l&rsquo;\u00e9criture, dans sa r\u00e9sistance, son recul, sa d\u00e9tente. Rien peut-\u00eatre n&rsquo;avait \u00a0p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 si loin dans le corps naissant d&rsquo;une pens\u00e9e qui vient par un tel langage. Il reste dans la proximit\u00e9 de la naissance et de la mort des mots. Dans chaque page \u00ab\u00a0un fond \/ s&rsquo;\u00e9coule dans \/ la posture \/ d&rsquo;une chose \/ lacunaire\u00a0\u00bb en un flux sans cesse cass\u00e9 qui ne cesse de sourdre et o\u00f9 le rapport des mots de la pens\u00e9e \u00e0 ce qui, dans l&rsquo;acte m\u00eame de penser, se refuse \u00e0 la pens\u00e9e, ouvre \u00e0 une exp\u00e9rience in\u00e9dite. Cette avanc\u00e9e n&rsquo;est pas sans offrir un retour d&rsquo;attention vers la distinction husserlienne de la fonction de manifestation et de la fonction de signification de l&rsquo;expression. Il s&rsquo;agit de mettre \u00e0 nu le pouvoir invisible d&rsquo;une contrari\u00e9t\u00e9 au repos, d&rsquo;un \u00e9tat r\u00e9el d&rsquo;\u00e9quilibre de forces contraires. Ce qui ailleurs est noy\u00e9 dans le bruit et le brouillage infini de l&rsquo;usage des mots est remplac\u00e9 par un nouveau type de \u00ab\u00a0livre\u00a0\u00bb, et ce dans un \u00e9videment brusque qui relance son corps et son corpus. Il n&rsquo;existe plus de pens\u00e9e de survol. Elle est dans son propre volume, ne transporte pas des id\u00e9es invariantes. Elle enveloppe essentiellement des puissances de brouillage. En funambule, Jaffeux tient et retient l&rsquo;inconfort d&rsquo;une contrari\u00e9t\u00e9 irr\u00e9ductible et la vertigineuse tension d&rsquo;un langage qui r\u00e9siste au sens admis pour le mettre en une volontaire contrari\u00e9t\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":2354,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[35,7,2],"tags":[1502,662,665,64,578,1504],"class_list":["post-2352","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-chronique","category-livres-recus","category-une","tag-editions-paraules","tag-jaffeux-ecriture-experimentale","tag-jaffeux-poesie-formelle","tag-jean-paul-gavard-perret","tag-philippe-jaffeux","tag-philippe-jaffeux-et-le-post-lettrisme"],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2352","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2352"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2352\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2366,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2352\/revisions\/2366"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2354"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2352"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2352"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2352"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}