{"id":2465,"date":"2022-03-05T20:14:22","date_gmt":"2022-03-05T19:14:22","guid":{"rendered":"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=2465"},"modified":"2022-03-05T20:38:29","modified_gmt":"2022-03-05T19:38:29","slug":"chronique-sebastien-ecorce-un-road-trip-libertaire-anti-doxique-a-propos-de-aden-ellias-les-artistes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2022\/03\/05\/chronique-sebastien-ecorce-un-road-trip-libertaire-anti-doxique-a-propos-de-aden-ellias-les-artistes\/","title":{"rendered":"[Chronique] S\u00e9bastien Ecorce, Un road trip libertaire anti-doxique (\u00e0 propos de Aden Ellias, Les artistes)"},"content":{"rendered":"<p>Aden ELLIAS, <strong><em>Les Artistes<\/em><\/strong>, <a href=\"https:\/\/www.editions-mf.com\/produit\/110\/9782378040437\/les-artistes\">\u00e9ditions MF<\/a>, \u00e0 para\u00eetre en librairie mardi 8 mars 2022, 160 pages, 15 \u20ac, ISBN : 978-2-37804-043-7.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Les artistes<\/em><\/strong> est \u00e0 prendre comme ce qu\u2019il est, et comme ce qu\u2019il n\u2019est pas. Une \u0153uvre, entre deux, une \u0153uvre de renoncement et une \u0153uvre d\u2019affirmation. Une \u0153uvre d\u2019amour et de d\u00e9sir, mais selon une Loi du d\u00e9sir, toute particuli\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un <em>\u00ab\u00a0trip lib\u00e9ral libertaire de l\u2019amour libre\u00a0\u00bb<\/em> est\u2013il indiqu\u00e9 avec toute ironie (page 85), autour et au travers de ce couple, Ana et Virgil, se r\u00eavant d\u2019\u00eatre artistes, ou r\u00eavant de l\u2019\u00eatre, ce qui ne peut \u00eatre de la m\u00eame dimension. Mais l\u00e0 o\u00f9 la prose remarquable d\u2019Aden Ellias parvient \u00e0 travailler <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-2468\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/Ellias.jpg\" alt=\"\" width=\"225\" height=\"180\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/Ellias.jpg 225w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/Ellias-150x120.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 225px) 100vw, 225px\" \/>cette subtile diff\u00e9rence, en le fait de le r\u00eaver, et le fait d\u2019en \u00eatre, cet espace de d\u00e9termination, de progression, de perte, de parcours plus ou moins sym\u00e9trique, donne \u00e0 ce texte une puissance d\u2019analyse socio-critique du milieu, et des milieux artistiques. On y voit et rencontre des noms connus, r\u00e9f\u00e9renc\u00e9s, trait\u00e9s et d\u00e9finis comme des noms de domaines, galeristes, artistes, cr\u00e9ateurs, etc. On y voit avec une acidit\u00e9 souple et rare, les errements, pour ne pas dire les errances du couple. L\u2019amour, ce qui les lie, bien \u00e9videmment, mais ce qui permet cette \u00e9tonnante libert\u00e9, mais qui n\u2019est pas le signe de la lib\u00e9ration des corps, qui pourraient \u00eatre vue l\u00e0 comme un processus de r\u00e9alignement au dogme ou aux figures de <em>l\u2019adaptationnisme social<\/em>. Un amour au contraire, qui miroite, qui s\u2019\u00e9toile, au travers de toutes ces exp\u00e9riences. Les figures du renoncement n\u2019y peuvent rien. Il est plus fort. Il est cette singularit\u00e9 qui conforte, renforce. Il y a en ceci une logique de l\u2019amour qui se d\u00e9ploie tout au long. Les premi\u00e8res ann\u00e9es du couple, le d\u00e9dale lumineux des recherches, les petites exp\u00e9riences mercantiles, les processus de cr\u00e9ation, lui la litt\u00e9rature ou ce qu\u2019il pensait tel, et elle, les beaux-arts et la musique, puis l\u2019exp\u00e9rience du conseil, sorte d\u2019interface sensible de la d\u00e9rive des discours qui seront des marqueurs de changements politiques majeurs, des espaces de n\u00e9gociation des valeurs \u00e0 la d\u00e9rive, morales et \u00e9thiques. Le fameux cabinet <em>\u00ab\u00a0Be Yourself\u00a0\u00bb,<\/em> en embl\u00e8me de tous les supports de ce monde num\u00e9rique et int\u00e9gr\u00e9, nous le livrant de l\u2019int\u00e9rieur, telle une farce tragique et burlesque. Car en ce livre, il ne peut \u00eatre omis la dimension du po\u00e8me-critique, une dimension d\u2019une esth\u00e9tique morale, et la dimension d\u2019un th\u00e9\u00e2tre bouffon, o\u00f9 le rire tragique s\u2019associe avec la lame d\u2019une acidit\u00e9 peu commune.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chacun cherche son geste, son esprit. Chacun semble avoir ce geste, et son esprit. Chacun s\u2019\u00e9coute. Chacun s\u2019admire. Discr\u00e8tement. Le regard est l\u00e0. Toujours.\u00a0 Se pla\u00e7ant dans l\u2019ordre de la cr\u00e9ation. Chacun s\u2019approprie le corps de l\u2019autre. L\u2019observe. Chacun en ce couple traverse cette soci\u00e9t\u00e9, entre<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-2469\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/Les-artistesVerso.jpg\" alt=\"\" width=\"225\" height=\"400\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/Les-artistesVerso.jpg 225w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/Les-artistesVerso-169x300.jpg 169w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/Les-artistesVerso-84x150.jpg 84w\" sizes=\"auto, (max-width: 225px) 100vw, 225px\" \/> exc\u00e8s et manque. L\u2019hubris. Mais une hubris qui convoque des remaniements, des articulations secr\u00e8tes, \u00e9nigmatiques, des cheminements autres. On s\u2019adonne aussi \u00e0 l\u2019addiction. On s\u2019enfonce dans l\u2019addiction par un conformisme de norme de milieu. On se met \u00e0 r\u00eaver. On r\u00eave. On r\u00eave mieux. On r\u00eave moins. On se d\u00e9tache. On se perd. On tente. On vit. On vit avec le couple cette vie de r\u00eave, qui fait \u0153uvre de fiction de v\u00e9rit\u00e9. On vit l\u2019exp\u00e9rience que l\u2019on croit revivre. Dans cette soci\u00e9t\u00e9 litt\u00e9ralement addictog\u00e8ne. On est dans l\u2019arri\u00e8re-cour, dans ces petits cercles qui forment une sensibilit\u00e9, un parcours, pointent une direction. On est dans les sentes secr\u00e8tes de la cr\u00e9ation, dans la dolence de ces arri\u00e8res-esprits. On est dans la fiction du produit. La soci\u00e9t\u00e9 est un produit. Le couple s\u2019empare du produit. Du produit de la soci\u00e9t\u00e9, qui fait soci\u00e9t\u00e9. Le r\u00eave de soci\u00e9t\u00e9 est un produit. Mais l\u2019amour, cette figure corrosive de l\u2019amour, d\u00e9lie ces productions, en fournit d\u2019autre rythmes, s\u2019autres sc\u00e8nes poignantes. Les \u00e9treintes, la perte de la m\u00e8re D\u2019Anna, v\u00e9cue au plus pr\u00e8s, et la proximit\u00e9 de Virgil, toujours l\u00e0, ne disant rien, respectant le regard, la parole, de la fille, de la fille du P\u00e8re, et de la m\u00e8re. Il est \u00e9crit, <em>\u00ab\u00a0toutes les femmes sont les filles de leurs p\u00e8res, \u00e0 un certain plan, et avec ce d\u00e9placement, cette fiction renvers\u00e9e, r\u00e9\u00e9labor\u00e9e, un autre P\u00e8re, un P\u00e8re mort, etc.\u00a0\u00bb<\/em> <em>\u00ab\u00a0Ana ne s\u2019\u00e9tait pas invent\u00e9e seule\u00a0\u00bb et cette phrase, par suite, \u00ab Simplement. Peut-\u00eatre. Ana aimait l\u2019Amour\u00a0\u00bb.<\/em> Phrase durassienne, s\u2019il en est. \u00ab <em>Et Virgil l\u2019avait laiss\u00e9e libre d\u2019aimer cela parce qu\u2019elle l\u2019\u00e9tait avec ou sans lui. Mais Ana aimait Virgil bien plus que tout autre amour. Et Virgil, lui, n\u2019aimait qu\u2019Ana\u00a0<\/em>\u00bb (p. 86).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019id\u00e9ologie, les discours fascistes, l\u2019appareillage douteux de la norme sociale en son versant et sa parure de proc\u00e9duralit\u00e9 d\u00e9mocratique apparente, ne peuvent faire que le jeu de glissement de ces discours, de ces Discours qui pr\u00f4nent pour autant en de fantasmatiques mots d\u2019ordres, l\u2019\u00e9galit\u00e9, le bien pour tous, le syntagme du bien commun, ravaudant l\u2019esprit des lumi\u00e8res sur lequel se fondait l\u2019id\u00e9e de libert\u00e9<em>. \u00ab\u00a0Les lignes d\u2019horizon se croisent, r\u00e9gime de la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale et de celui des passions individuelles.\u00a0\u00bb Ainsi, Les anti -discours, tombent et atteignent parfois, \u00e0 front renvers\u00e9e, sur les m\u00eames cr\u00eates, les m\u00eames lignes d\u2019horizon.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le r\u00e9cit est l\u00e0 \u00e0 mettre en exergue ce risque de la conformit\u00e9 sociale, que le couple refuse \u00e0 sa mani\u00e8re. Selon des variations toutes particuli\u00e8res. De l\u2018 ext\u00e9rieur, de l\u2019int\u00e9rieur. Par l\u2019obliquit\u00e9. Les <em>\u00ab\u00a0unicit\u00e9s et les jouissances\u00a0\u00bb,<\/em>des\u00a0\u00ab\u00a0discordances et des frictions <em>r\u00e9actives\u00a0\u00bb<\/em>. On retrouve l\u00e0 des \u00e9l\u00e9ments chers \u00e0 Deleuze, et toute analyse, puis de Lacan. La jouissance de l\u2019autre, la jouissance autre. Les franges radicales naissant de cette aversion m\u00eame totale \u00e0 forme intime de cette jouissance. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019op\u00e8re ce r\u00e9cit puissant, tant il d\u00e9gage avec finesse ce qu\u2019il en est du d\u00e9sir et de sa Loi, et de ce rapport \u00e0 la jouissance. Il y va d\u2019une forme d\u2019extase sensuelle, de flottements, d\u2019essais immatures et transgressifs, mais d\u2019une extase aussi \u00e0 choisir tel ou tel terme dans le d\u00e9roulement et la constitution de la phrase. En y m\u00ealant l\u2019\u00e9tat proto-social et l\u2019\u00e9tat du r\u00e9gime des pulsions, du plan quasi philosophico-politique au plan des Sujets, de leur leurs rapports \u00e0. Cela cr\u00e9e un pr\u00e9cipice, une sorte d\u2019ivresse, une sorte d\u2019ab\u00eeme, mais une sorte <em>\u00ab\u00a0d\u2019espace-temps d\u00e9li\u00e9 de l\u2019amour\u00a0\u00bb,<\/em> m\u00eame s\u2019il en est une forme <em>\u00ab\u00a0d\u2019\u00e9nergie noire\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Je couche avec toi mais j\u2019aime A.\u00a0\u00bb, <\/em>en sa r\u00e9versibilit\u00e9 m\u00eame. Mais coucheriez-vous avec l\u2019embryon d\u2019un \u00e9tat aux proc\u00e9dures quasi fascistes\u00a0? Telle pourrait \u00eatre la question qui nous est renvoy\u00e9e. L\u2019amour est ici protecteur, mais d\u00e9nudateur, aussi. Il ne s\u2019agit pas tant de trancher que de suivre ce long cheminement. <em>\u00ab<strong>\u00a0<\/strong>De s\u2019exposer aux insouciances diverses et contradictoires.\u00a0\u00bb\u00a0; \u00ab\u00a0Ce n\u2019\u00e9tait d\u2019ailleurs pas fait pour \u00eatre compris.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a une \u00e9nergie de la d\u00e9pense, dans ce r\u00e9cit, mais qui n\u2019\u00e9lude ni la douceur, ni la contradiction. Une \u00e9nergie qui traite aussi de la violence radicale. On y per\u00e7oit les \u00e9tats limites, le corps des artistes s\u2019exp\u00e9rimente de ces \u00e9tats limites, qu\u2019ils touchent en la soci\u00e9t\u00e9 m\u00eame, \u00e0 faire en sorte que cette jouissance ne soit plus seulement interdite. On ne r\u00e9p\u00e8te pas, on r\u00eave la r\u00e9p\u00e9tition pour qu\u2019elle puisse en \u00eatre d\u00e9tourn\u00e9e de son occurrence. On retrouve un langage, dans la norme cod\u00e9e du langage. On s\u2019y infiltre. Car les artistes s\u2019infiltrent dans les jeux de discours dogmatis\u00e9s, hypertrophi\u00e9s. Ils en cr\u00e9ent un espace coextensif \u00e0 leur possibilit\u00e9 de se sentir un peu autre, relevant d\u2019une autre jouissance, d\u2019un autre d\u00e9sir d\u2019une autre position dans la cha\u00eene des positions. On s\u2019y adosse \u00e0 sa petite forme de transgression<em>.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0Faire \u00e9merger une parole libre\u00a0\u00bb, <\/em>sachant que la parole libre n\u2019ach\u00e8ve jamais l\u2019acte de parler.\u00a0 <em>\u00ab\u00a0L\u2019attrait pour les structures, des filiations, du capital et du travail<\/em>\u00a0\u00bb. On y constate cette impulsion ontologique, de l\u2019ex\u00e9cutant \u00e0 des niveaux moyens, qui trame une critique perforante de ce syst\u00e8me <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-2470\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/ElliasArtistes.jpg\" alt=\"\" width=\"225\" height=\"370\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/ElliasArtistes.jpg 225w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/ElliasArtistes-182x300.jpg 182w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/ElliasArtistes-91x150.jpg 91w\" sizes=\"auto, (max-width: 225px) 100vw, 225px\" \/>capitaliste, en sa g\u00e9n\u00e9alogie. Jusqu\u2019\u00e0 y pointer un caract\u00e8re <em>d\u2019implacabilit\u00e9<\/em>, ayant affaibli la l\u00e9gitimit\u00e9 comme la puissance des luttes collectives. <em>\u00ab\u00a0Modalit\u00e9s d\u2019organisations<\/em>\u00a0\u00bb, <em>\u00ab\u00a0structures purement symboliques\u00a0\u00bb<\/em>. Plong\u00e9 dans ce syst\u00e8me, en ce cabinet qui porte ce nom loufoque de <em>\u00ab\u00a0Be Yourself\u00a0\u00bb,<\/em> syntagme en plasticit\u00e9 parfaite avec la norme actuelle, les voil\u00e0 \u00e0 faire tant de petites actions typiques, mais aussi \u00e0 comprendre, \u00e0 se porter au <em>\u00ab\u00a0d\u00e9sir de justifier l\u2019effet de structure dans lequel ils \u00e9taient n\u00e9s immerg\u00e9s\u00a0\u00bb.<\/em> Point n\u2019est besoin de forcer le trait. Tant le trait est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, en son inscription. Tant les m\u00e9canismes \u00e0 l\u2019\u0153uvre sont l\u00e0, objectivables.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On pourrait presque y consid\u00e9rer une <em>g\u00e9no-typie<\/em> plastique et mall\u00e9able du capitalisme postindustriel et num\u00e9rique. \u00ab\u00a0<em>Constitutivement instable\u00a0\u00bb<\/em>, tant la stabilit\u00e9 ne semble plus \u00eatre de mise. Il y est \u00e9voqu\u00e9 <em>\u00ab\u00a0l\u2019instabilit\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique d\u2019un syst\u00e8me suscitant pour lui-m\u00eame et par lui-m\u00eame\u00a0\u00bb.<\/em> Tout le r\u00e9cit y laisse para\u00eetre de ces effets de structure, dans <em>\u00ab\u00a0l\u2019instabilit\u00e9 des devenirs et des positions\u00a0\u00bb<\/em>. Ce capitalisme-l\u00e0, remaniant, reformulant incessamment ce qu\u2019il en est de la position dans le devenir, et le devenir en toute position. Ce qu\u2019il en est. Que la position ne participe plus du devenir. Et du devenir, la position. Une doxa anti-doxique. Une doxa qui \u00e9carte, \u00e9vacue et surinvestie toute id\u00e9e d\u2019intensit\u00e9. Qui qualifie et d\u00e9termine la nature des taches dans l\u2019implication m\u00eame, d\u00e9finissant par l\u00e0 m\u00eame le fondement m\u00eame de toute implication \u00e0 ces t\u00e2ches, qu\u2019elles en soient ou non.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si les sp\u00e9cificit\u00e9s d\u2019un anti-capitalisme sont assez finement gliss\u00e9es, le couple n\u2019en demeure pas moins sceptique quant \u00e0 cette id\u00e9e. Ceux-ci ne consid\u00e9rant pas le social comme relevant d\u2019une essence ou d\u2019une immanence. Mais qu\u2019est-ce qui verrait ce couple que les autres ne pouvaient entrevoir. Eh bien, rien. Justement. Rien de plus que les autres. Si ce n\u2019est ce sentiment d\u2019une \u00e9thique, d\u2019une exigence \u00e0 non pas dire non avec toute la frontalit\u00e9 d\u2019un binarisme superficiel, toute l\u2019opposition, mais \u00e0 instiller ce qu\u2019il en op\u00e8re de la langue, mais aussi ce qu\u2019il en rel\u00e8ve des croyances. Il n\u2019en tenait tant, Anna et Virgil, en leur corpusculaire amour, <em>\u00ab\u00a0ils continuaient toujours \u00e0 croire en autre chose\u00a0\u00bb, quelque chose qui n\u2019\u00e9tait pas tant l\u00e0 d\u00e9j\u00e0, qu\u2019il ne pouvait l\u2019\u00eatre. Ce d\u00e9sir d\u2019\u00eatre. Pris dans une forme de \u00ab\u00a0contradiction subjective\u00a0\u00bb.<\/em> Qui n\u2019est autre que la condition postmoderne.\u00a0<em>\u00ab\u00a0La seule essence partag\u00e9e la langue que nous parlions\u00a0\u00bb<\/em>. L\u00e0 est pourrait \u00eatre le seul et r\u00e9el \u00e9tat de privil\u00e8ge, \u00e0 faire corps dans le corps, \u00e0 faire scission et essaim, en un m\u00eame mouvement. Ce savoir non attendu et tenter quelques propositions de nature \u00e0 infl\u00e9chir \u00e0 son niveau le cours des discours, des d\u00e9cisions et des actions. Un type de privil\u00e8ge rejou\u00e9 qui pouvait en effet exclure davantage que distinguer. Plac\u00e9s sous l\u2019\u00e9gide des <em>d\u00e9sirants<\/em>, ils n\u2019avaient <em>\u00ab\u00a0ni \u00e0 combattre ni \u00e0 renoncer\u00a0\u00bb<\/em>. Contradiction encore. Ou une autre forme d\u2019accord semble se dessiner. Une lecture revisit\u00e9e de la psychologie des foules, des ph\u00e9nom\u00e8nes de gr\u00e9garit\u00e9s et de <em>viralisations <\/em>des m\u00e9canismes d\u2019auto-contr\u00f4les, les pratiques d\u2019un style normatif, Anna et Virgil semblent se d\u00e9marquer de cette r\u00e9alit\u00e9-l\u00e0. <em>\u00ab\u00a0Ils s\u2019aimaient de plus en plus \u00e0 mesure qu\u2019ils aimaient de moins en moins toutes sortes d\u2019indignations partag\u00e9es.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faudra dans cette tension relative, choisir entre les figures de la <em>desirabilit\u00e9 <\/em>et l\u2019incursion d\u2019une \u00ab\u00a0<em>neutralit\u00e9 mo\u00efque<\/em>\u00a0\u00bb de l\u2019\u0153uvre. Il n\u2019y aura pas tant l\u2019effet de ce choix. Ou sa mat\u00e9rialisation. Il n\u2019y aura pas d\u2019abdication pour autant. Si ce n\u2019est celle de l\u2019esprit g\u00e9n\u00e9ral constat\u00e9. Si ce n\u2019est cette d\u00e9nonciation des servilit\u00e9s, \u00ab\u00a0<em>cette peste\u00a0\u00bb<\/em>, elle, r\u00e9elle. A distance de la sc\u00e8ne de \u00ab\u00a0l\u2019image et de l\u2019\u00e9go\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pas d\u2019auto-d\u00e9pr\u00e9ciation non plus, mais un maillage de voix et de discours qui se r\u00e9pondent, se neutralisent, se m\u00e9tamorphosent, s\u2019observent sans jugement. On joue \u00e0 ce jeu social en sachant qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un jeu social. Il fait sur ces plans office de f\u00e9tichisations fluentes. On met en jeu et en acte ses parts maudites. Nous sommes fondamentalement ce que nous refusons de voir et que nous<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-2467\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/CHOSES-Perec.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"325\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/CHOSES-Perec.jpg 220w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/CHOSES-Perec-203x300.jpg 203w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/CHOSES-Perec-102x150.jpg 102w\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/> devons malgr\u00e9 tout apprendre \u00e0 d\u00e9sirer, on \u00e9volue ainsi avec cette conception, qu\u2019elle s\u2019est durablement maintenue gr\u00e2ce aux repr\u00e9sentations artistiques, et de cette attente projective, prises dans un jeu d\u2019\u00e9chos et de double configuration avec le monde social, avec la sp\u00e9cularit\u00e9 inverse du couple, qui sont autant de matrices de domination que le r\u00e9cit traverse et d\u00e9couvre. D\u00e9velopper le souci de l\u2019autre, par une extension m\u00eame de cette notion de l\u2019Autre, \u00e0 s\u2019\u00e9lever quelque peu du \u00ab\u00a0degr\u00e9 z\u00e9ro\u00a0\u00bb des mythologies sociales. Ne pas faire all\u00e9geance \u00e0 l\u2019ordre social. De donner \u00e0 entendre d\u2019autres voix, dans la contradiction m\u00eame. D\u2019\u00eatre davantage du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019expression d\u2019une puissance que de la jouissance. C\u2019est en ceci que ce texte <strong><em>Les Artistes<\/em><\/strong> \u2013 qui r\u00e9\u00e9crivent <em>Les Choses<\/em> de Perec, lesquelles r\u00e9\u00e9crivent <em>L\u2019\u00c9ducation sentimentale<\/em> de Flaubert \u2013 semblent marquer son empreinte. Celle de sujets et de corps \u00e0 refuser toute posture, qui b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019une libert\u00e9, d\u2019une \u00e9thique, dont ils se d\u00e9fendent de jouir sans limites, sous pr\u00e9textes d\u2019offrandes \u00e0 la divinit\u00e9 psychanalyse, de la litt\u00e9rature et de la v\u00e9rit\u00e9, sans ce que ces derni\u00e8res ne furent des servitrices bien dociles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet <em>esprit entrepreneurial<\/em> au lieu de combattre la profondeur de Discours, ou de s\u2019y opposer, s\u2019ajuste \u00e0 eux, \u00e0 \u00e9laborer dans la dur\u00e9e des normes, croyances, confiances et postures. Le couple Anna et Virgil, traversant de v\u00e9ritables \u00e9cologies institutionnelles et des milieux hybrides, interlopes, parfois tr\u00e8s marqu\u00e9s, lieux de brassages o\u00f9 peuvent se rencontrer des mondes sociaux diff\u00e9rents, tissant un certain vocabulaire, une singularit\u00e9 distinctive, des pratiques et des dispositifs. Chacun croyant pouvoir en le vivant, le traversant, le transformer, s\u2019en emparer. Chacun \u00e9voluant dans l\u2019\u00eatre de cette illusion, \u00e0 ne faire que progresser l\u2019ontologie naturelle d\u2019une telle sc\u00e8ne. Ainsi, a-t-on cette impression chevill\u00e9e au corps que la liquidit\u00e9 des \u00e9tats, des milieux, travers\u00e9s, par le couple, rend toute cette implacabilit\u00e9 \u00e0 la d\u00e9rive des soci\u00e9t\u00e9s d\u00e9mocratiques actuelles. Faire croire que tout serait de l\u2019ordre du fluide, du passage, pour en masquer les logiques arri\u00e8re, techniques, discursives, sociales et id\u00e9ologiques. La figure du couple devenant \u00e9cran, <em>forme spectacle<\/em>, o\u00f9 en eux et par eux viennent presque se mirer les \u00ab\u00a0d\u00e9sirants\u00a0\u00bb \u00e9bahis par les possibilit\u00e9s offertes. Donner et vivre cette impression d\u2019une transparence du geste, \u00e0 ne conna\u00eetre aucune limite mat\u00e9rielle, alors que cette mat\u00e9rialit\u00e9 fut partout pr\u00e9sente.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019\u00e2ge des syst\u00e8mes, des Discours sur les syst\u00e8mes, fournit ainsi des r\u00e9ponses aux situations que les personnages vivent : ils permettent de s\u2019ajuster, de s\u2019adapter \u00e0 l\u2019ordre, au pouvoir qui nous travaille continuellement, habite les corps, les d\u00e9sirs. Il participe plut\u00f4t \u00e0 un rythme, un agencement probl\u00e9matique, entre des politiques lib\u00e9rales, des situations personnelles, des dispositifs, raison instrumentale et extractivisme des ressources de l\u2019individu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous sommes convoqu\u00e9s \u00e0 l\u2019intersection du monde sensible et du monde intellectuel, du concept, avec ce r\u00e9cit qui assure toute circulation et transformation d\u2019un fond arch\u00e9typal (pulsionnel) d\u2019images et de savoirs (bricolage avec insu) qui s\u2019expriment dans une subjectivit\u00e9 propre, que chaque sujet doit mobiliser pour y avoir acc\u00e8s. En y pr\u00eatant attention au r\u00eave, une discussion \u00e9cologique avec les mondes, la micro-intuition, la marque \u00e9rotique, des images qui surgissent et \u00e9mergent dans le flux de la vie. On pourrait presque reconna\u00eetre qu\u2019Anna et Virgil, comme des \u00eatres imaginaux, sortes de passe-muraille \u00e0 se laisser porter par la figure du d\u00e9sir, et \u00e0 fendre les ordres du r\u00e9el, recyclent leurs savoirs incorpor\u00e9s et les r\u00e9investissent dans le corps social, mais d\u2019une fa\u00e7on autrement plus singuli\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Les Artistes<\/em><\/strong> est ainsi un livre de funambule, qui nous plonge dans un \u00e9tat de r\u00eave, d\u2019itin\u00e9rance des aspirations, de fondation de soi, d\u2019alt\u00e9rations, de d\u00e9sir. \u00ab\u00a0De dire la mutation, d\u2019\u00e9crire cet \u00e9cart, de lui donner forme\u00a0\u00bb. Un r\u00e9cit qui n\u2019oublie surtout pas que le style n\u2019est pas qu\u2019une affaire de technique, mais de vision.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Aden ELLIAS, Les Artistes, \u00e9ditions MF, \u00e0 para\u00eetre en librairie mardi 8 mars 2022, 160 pages, 15 \u20ac, ISBN : 978-2-37804-043-7. &nbsp; Les artistes est \u00e0 prendre comme ce qu\u2019il est, et comme ce qu\u2019il n\u2019est pas. Une \u0153uvre, entre deux, une \u0153uvre de renoncement et une \u0153uvre d\u2019affirmation. Une \u0153uvre d\u2019amour et de d\u00e9sir, mais selon une Loi du d\u00e9sir, toute particuli\u00e8re. Un \u00ab\u00a0trip lib\u00e9ral libertaire de l\u2019amour libre\u00a0\u00bb est\u2013il indiqu\u00e9 avec toute ironie (page 85), autour et au travers de ce couple, Ana et Virgil, se r\u00eavant d\u2019\u00eatre artistes, ou r\u00eavant de l\u2019\u00eatre, ce qui ne peut \u00eatre de la m\u00eame dimension. Mais l\u00e0 o\u00f9 la prose remarquable d\u2019Aden Ellias parvient \u00e0 travailler cette subtile diff\u00e9rence, en le fait de le r\u00eaver, et le fait d\u2019en \u00eatre, cet espace de d\u00e9termination, de progression, de perte, de parcours plus ou moins sym\u00e9trique, donne \u00e0 ce texte une puissance d\u2019analyse socio-critique du milieu, et des milieux artistiques. On y voit et rencontre des noms connus, r\u00e9f\u00e9renc\u00e9s, trait\u00e9s et d\u00e9finis comme des noms de domaines, galeristes, artistes, cr\u00e9ateurs, etc. On y voit avec une acidit\u00e9 souple et rare, les errements, pour ne pas dire les errances du couple. L\u2019amour, ce qui les lie, bien \u00e9videmment, mais ce qui permet cette \u00e9tonnante libert\u00e9, mais qui n\u2019est pas le signe de la lib\u00e9ration des corps, qui pourraient \u00eatre vue l\u00e0 comme un processus de r\u00e9alignement au dogme ou aux figures de l\u2019adaptationnisme social. Un amour au contraire, qui miroite, qui s\u2019\u00e9toile, au travers de toutes ces exp\u00e9riences. Les figures du renoncement n\u2019y peuvent rien. Il est plus fort. Il est cette singularit\u00e9 qui conforte, renforce. Il y a en ceci une logique de l\u2019amour qui se d\u00e9ploie tout au long. Les premi\u00e8res ann\u00e9es du couple, le d\u00e9dale lumineux des recherches, les petites exp\u00e9riences mercantiles, les processus de cr\u00e9ation, lui la litt\u00e9rature ou ce qu\u2019il pensait tel, et elle, les beaux-arts et la musique, puis l\u2019exp\u00e9rience du conseil, sorte d\u2019interface sensible de la d\u00e9rive des discours qui seront des marqueurs de changements politiques majeurs, des espaces de n\u00e9gociation des valeurs \u00e0 la d\u00e9rive, morales et \u00e9thiques. Le fameux cabinet \u00ab\u00a0Be Yourself\u00a0\u00bb, en embl\u00e8me de tous les supports de ce monde num\u00e9rique et int\u00e9gr\u00e9, nous le livrant de l\u2019int\u00e9rieur, telle une farce tragique et burlesque. Car en ce livre, il ne peut \u00eatre omis la dimension du po\u00e8me-critique, une dimension d\u2019une esth\u00e9tique morale, et la dimension d\u2019un th\u00e9\u00e2tre bouffon, o\u00f9 le rire tragique s\u2019associe avec la lame d\u2019une acidit\u00e9 peu commune. Chacun cherche son geste, son esprit. Chacun semble avoir ce geste, et son esprit. Chacun s\u2019\u00e9coute. Chacun s\u2019admire. Discr\u00e8tement. Le regard est l\u00e0. Toujours.\u00a0 Se pla\u00e7ant dans l\u2019ordre de la cr\u00e9ation. Chacun s\u2019approprie le corps de l\u2019autre. L\u2019observe. Chacun en ce couple traverse cette soci\u00e9t\u00e9, entre exc\u00e8s et manque. L\u2019hubris. Mais une hubris qui convoque des remaniements, des articulations secr\u00e8tes, \u00e9nigmatiques, des cheminements autres. On s\u2019adonne aussi \u00e0 l\u2019addiction. On s\u2019enfonce dans l\u2019addiction par un conformisme de norme de milieu. On se met \u00e0 r\u00eaver. On r\u00eave. On r\u00eave mieux. On r\u00eave moins. On se d\u00e9tache. On se perd. On tente. On vit. On vit avec le couple cette vie de r\u00eave, qui fait \u0153uvre de fiction de v\u00e9rit\u00e9. On vit l\u2019exp\u00e9rience que l\u2019on croit revivre. Dans cette soci\u00e9t\u00e9 litt\u00e9ralement addictog\u00e8ne. On est dans l\u2019arri\u00e8re-cour, dans ces petits cercles qui forment une sensibilit\u00e9, un parcours, pointent une direction. On est dans les sentes secr\u00e8tes de la cr\u00e9ation, dans la dolence de ces arri\u00e8res-esprits. On est dans la fiction du produit. La soci\u00e9t\u00e9 est un produit. Le couple s\u2019empare du produit. Du produit de la soci\u00e9t\u00e9, qui fait soci\u00e9t\u00e9. Le r\u00eave de soci\u00e9t\u00e9 est un produit. Mais l\u2019amour, cette figure corrosive de l\u2019amour, d\u00e9lie ces productions, en fournit d\u2019autre rythmes, s\u2019autres sc\u00e8nes poignantes. Les \u00e9treintes, la perte de la m\u00e8re D\u2019Anna, v\u00e9cue au plus pr\u00e8s, et la proximit\u00e9 de Virgil, toujours l\u00e0, ne disant rien, respectant le regard, la parole, de la fille, de la fille du P\u00e8re, et de la m\u00e8re. Il est \u00e9crit, \u00ab\u00a0toutes les femmes sont les filles de leurs p\u00e8res, \u00e0 un certain plan, et avec ce d\u00e9placement, cette fiction renvers\u00e9e, r\u00e9\u00e9labor\u00e9e, un autre P\u00e8re, un P\u00e8re mort, etc.\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Ana ne s\u2019\u00e9tait pas invent\u00e9e seule\u00a0\u00bb et cette phrase, par suite, \u00ab Simplement. Peut-\u00eatre. Ana aimait l\u2019Amour\u00a0\u00bb. Phrase durassienne, s\u2019il en est. \u00ab Et Virgil l\u2019avait laiss\u00e9e libre d\u2019aimer cela parce qu\u2019elle l\u2019\u00e9tait avec ou sans lui. Mais Ana aimait Virgil bien plus que tout autre amour. Et Virgil, lui, n\u2019aimait qu\u2019Ana\u00a0\u00bb (p. 86). L\u2019id\u00e9ologie, les discours fascistes, l\u2019appareillage douteux de la norme sociale en son versant et sa parure de proc\u00e9duralit\u00e9 d\u00e9mocratique apparente, ne peuvent faire que le jeu de glissement de ces discours, de ces Discours qui pr\u00f4nent pour autant en de fantasmatiques mots d\u2019ordres, l\u2019\u00e9galit\u00e9, le bien pour tous, le syntagme du bien commun, ravaudant l\u2019esprit des lumi\u00e8res sur lequel se fondait l\u2019id\u00e9e de libert\u00e9. \u00ab\u00a0Les lignes d\u2019horizon se croisent, r\u00e9gime de la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale et de celui des passions individuelles.\u00a0\u00bb Ainsi, Les anti -discours, tombent et atteignent parfois, \u00e0 front renvers\u00e9e, sur les m\u00eames cr\u00eates, les m\u00eames lignes d\u2019horizon. Le r\u00e9cit est l\u00e0 \u00e0 mettre en exergue ce risque de la conformit\u00e9 sociale, que le couple refuse \u00e0 sa mani\u00e8re. Selon des variations toutes particuli\u00e8res. De l\u2018 ext\u00e9rieur, de l\u2019int\u00e9rieur. Par l\u2019obliquit\u00e9. Les \u00ab\u00a0unicit\u00e9s et les jouissances\u00a0\u00bb,des\u00a0\u00ab\u00a0discordances et des frictions r\u00e9actives\u00a0\u00bb. On retrouve l\u00e0 des \u00e9l\u00e9ments chers \u00e0 Deleuze, et toute analyse, puis de Lacan. La jouissance de l\u2019autre, la jouissance autre. Les franges radicales naissant de cette aversion m\u00eame totale \u00e0 forme intime de cette jouissance. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019op\u00e8re ce r\u00e9cit puissant, tant il d\u00e9gage avec finesse ce qu\u2019il en est du d\u00e9sir et de sa Loi, et de ce rapport \u00e0 la jouissance. Il y va d\u2019une forme d\u2019extase sensuelle, de flottements, d\u2019essais immatures et transgressifs, mais d\u2019une extase aussi \u00e0 choisir tel ou tel terme dans le d\u00e9roulement et la constitution de la phrase. En y m\u00ealant l\u2019\u00e9tat proto-social et l\u2019\u00e9tat du r\u00e9gime des&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2466,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[35,7,2],"tags":[1532,1533,565,1415,218],"class_list":["post-2465","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-chronique","category-livres-recus","category-une","tag-aden-ellias","tag-allias-critique-sociale","tag-georges-perec","tag-mf-editions","tag-sebastien-ecorce"],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2465","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2465"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2465\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2472,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2465\/revisions\/2472"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2466"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2465"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2465"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2465"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}