{"id":291,"date":"2021-01-15T19:35:15","date_gmt":"2021-01-15T18:35:15","guid":{"rendered":"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=291"},"modified":"2021-05-03T19:36:46","modified_gmt":"2021-05-03T17:36:46","slug":"chronique-henri-abril-quil-fasse-beau-quil-fasse-laid-par-christophe-stolowicki","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2021\/01\/15\/chronique-henri-abril-quil-fasse-beau-quil-fasse-laid-par-christophe-stolowicki\/","title":{"rendered":"[Chronique] Henri Abril, Qu\u2019il fasse beau, qu\u2019il fasse laid, par Christophe Stolowicki"},"content":{"rendered":"<p>Henri Abril,<strong> <em>Qu\u2019il fasse beau, qu\u2019il fasse laid<\/em><\/strong>, Z4 \u00e9ditions, novembre 2020, 200 pages, 16 \u20ac, ISBN\u00a0: 978-2-38113-030-9. [Autres chroniques de Christophe Stolowicki sur Henri Abril : <a href=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/libr-relecture-henri-abril-byzance-le-sexe-de-lutopie-par-christophe-stolowicki\/\"><strong><em>Byzance, le sexe de l\u2019utopie<\/em><\/strong><\/a> ; <a href=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/chronique-henri-abril-intime-etymon-par-christophe-stolowicki\/\"><strong><em>Intime \u00e9tymon<\/em><\/strong><\/a>]<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Soit <em>quintils bancroches<\/em>, un cinqui\u00e8me vers non rim\u00e9 \u2013 quand les quatre autres accordent leurs bouts en richissimes, savantes, insolites, improbables paronomases \u2013 se baladant capricieusement dans la strophe, y insinuant, r\u00e9parant le p\u00e9ch\u00e9 originel, \u00ab\u00a0piq\u00fbre de rappel\u00a0\u00bb de prose, ver entr\u00e9 dans la pomme, p\u00e9ch\u00e9 r\u00e9dempteur. Selon sa place introduisant la faute consubstantielle ou la chute \u2013 dans la pure pens\u00e9e, esseul\u00e9e de sa musique natale. Comble de raffinement d\u2019un serpent au paradis. \u00c0 lire lentement pour que ses sucs s\u2019impr\u00e8gnent et subtilit\u00e9s se d\u00e9tachent.<\/p>\n<p>La construction d\u00e9chiquet\u00e9e s\u00e9v\u00e8rement supr\u00e9matiste de Mal\u00e9vitch en couverture, \u00ab\u00a0carr\u00e9 noir abstrait\u00a0\u00bb d\u00e9clin\u00e9 en a\u00e9ronef, \u00a0\u00e9voque bien ce quintil bancal.<\/p>\n<p>Comme \u00ab\u00a0chante\u00a0\u00bb rime avec \u00ab\u00a0changeantes\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0trace\u00a0\u00bb avec \u00ab\u00a0d\u00e9froisse\u00a0\u00bb, \u00ab se desserre\u00a0\u00bb avec \u00a0\u00ab bouc \u00e9missaire\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0amandier\u00a0\u00bb avec \u00ab\u00a0mendier\u00a0\u00bb \u2013 \u00ab\u00a0apocalypse\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0\u00e9clipse\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0consentante\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0ventre\u00a0\u00bb (d\u2019une consonne \u00e9gar\u00e9e raclant l\u2019humus), \u00ab babillage de l\u2019apr\u00e8s-Babel\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0chair rebelle\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0tra\u00een\u00e9e de sel\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0se descellent\u00a0\u00bb descellent plus de plaques tectoniques que <em>La critique de la raison pure.<\/em> Quand \u00ab\u00a0discorde\u00a0\u00bb rime avec \u00ab\u00a0ordre\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0r\u00e9tracte\u00a0\u00bb avec \u00ab\u00a0d\u00e9b\u00e2cle\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0d\u00e9tresse avec \u00ab\u00a0ite missa est\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0est-ce\u00a0\u00bb avec \u00ab\u00a0caresse\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0masses\u00a0\u00bb avec \u00ab\u00a0contumace\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0le nombre \u03c0\u00a0\u00bb avec \u00ab\u00a0expie\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0choses\u00a0\u00bb avec \u00ab\u00a0holocauste\u00a0\u00bb\u00a0\u2013 la rime retorse, pot-pourri de phon\u00e8mes, d\u2019accord masqu\u00e9, musqu\u00e9, voire muscadin, traduction elle-m\u00eame, de sa fl\u00e8che empenn\u00e9e traverse notre continent, le remonte en boustroph\u00e9don de sa herse\u00a0; que \u00ab\u00a0Serments [\u2026] sermons [\u2026] sarments [\u2026] sereinement [\u2026] serrements\u00a0\u00bb desserrant l\u2019anaphore en \u00ab\u00a0solo existentiel\u00a0\u00bb, un hymne \u00e0 la po\u00e9sie en dessille, en c\u00e9l\u00e8bre l\u2019hymen\u00a0\u2013 allit\u00e9rations et approximations brass\u00e9es \u00e0 trope que veux-tu, \u00ab\u00a0au r\u00e9veil il sera toujours midi\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Quand \u00ab\u00a0si\u00e8cles tristes\u00a0\u00bb r\u00e9pond \u00e0 \u00ab\u00a0interminable aoriste\u00a0\u00bb, monte le temps du sans fronti\u00e8res temporelles (l\u2019\u00e9tymologie d\u2019<em>a-oriste<\/em>) que le fran\u00e7ais de son pass\u00e9 d\u00e9fini d\u00e9finit si bien.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/AbrilFasseBeau.jpg\" rel=\"prettyphoto[291]\" rel=\"prettyphoto[17521]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-17524\" src=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/AbrilFasseBeau.jpg\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" srcset=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/AbrilFasseBeau.jpg 220w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/AbrilFasseBeau-203x300.jpg 203w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/AbrilFasseBeau-102x150.jpg 102w\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"325\" \/><\/a>\u00c0 quatre strophes par double page, de senestre \u00e0 dextre s\u2019organisant bient\u00f4t entre <em>soi et les autres <\/em>(titre de Ronald Laing, l\u2019antipsychiatre po\u00e8te), justifi\u00e9es \u00e0 gauche ou droite et centr\u00e9es rarement, \u00e0 vers parfois pench\u00e9s ou montants pour dire l\u2019espace-temps ou le \u00ab\u00a0destin\u00a0\u00bb ou le redresser. Mais comme \u00ab\u00a0apr\u00e8s-coup\u00a0\u00bb d\u2019une vie\u00a0: \u00ab\u00a0l\u2019avant-go\u00fbt \/ de tes seins [\u2026] \/ l\u2019avant-souffle des voix vou\u00e9es aux fournaises \/ l\u2019avant-demain, l\u2019avant-destin qui apr\u00e8s-coup \/ donne \u00e0 notre vie son v\u00e9ritable leitmotiv\u00a0\u00bb. Ou l\u2019avant-sc\u00e8ne et la coulisse, celle qui coule hisse nos vies \u00e0 \u00e9tiage de lire, \u00ab\u00a0entre la mort grave et nos vies suraigu\u00ebs\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Teste \u00e2me en terre. Si la mort n\u2019existait pas, il faudrait l\u2019inventer\u00a0: \u00ab\u00a0mourir ainsi que dansent \/ sur le seuil de la vie les engoulevents\u00a0\u00bb\u00a0; \u00ab\u00a0ne sachant de la mort que sa tendre morsure\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>J\u2019ai rarement rien lu d\u2019aussi beau, f\u00eal\u00e9 \u00e0 point, d\u2019une splendeur \u00e9teinte et raviv\u00e9e d\u2019\u00e2me, de plus pure impure et sophistiqu\u00e9e de hauts fonds po\u00e9sie. Claudicante et bossel\u00e9e et plus \u00e9clatante que les vers pairs &amp; fils de la dicible nuit. De langue tortue, entortill\u00e9e et d\u00e9nouant les liens gordiens, tranchant l\u2019<em>alien <\/em>en nous. Il heurte que, traducteur connu de po\u00e8tes russes r\u00e9cents, ce po\u00e8te soit m\u00e9connu.<\/p>\n<p>Rhapsodie caudine, pass\u00e9e sous les fourches et cependant fourchue de joyaux, si fort chue et relev\u00e9e de tout p\u00e9ch\u00e9 originel. Si riche en langue, si nourrie de langues, dix ou quinze peut-\u00eatre lues couramment o\u00f9 l\u2019universel sommeille, de traduction consubstantielle. Dans son creuset coulent le plomb fondu et le vermeil ocreux au creux du plein o\u00f9 le plein demeure. Sa magnificence pass\u00e9e par les verges d\u2019un mill\u00e9naire ou deux. Rebondissant de langue en langue de Babel o\u00f9 le b\u00e2t blesse jusqu\u2019\u00e0 la n\u00f4tre, de franchise premi\u00e8re.<\/p>\n<p>Peut-on traduire la po\u00e9sie\u00a0? Rien n\u2019appelle la traduction comme la po\u00e9sie.<\/p>\n<p>Dans cette fantasmagorie slave que les labiales enchantent, que les dorsales, les vert\u00e9brales tout en esquilles brisent, Hom\u00e8re et l\u2019amer biblique se font \u00e9cho au travers d\u2019une th\u00e9orie de po\u00e8tes, certains contemporains, inconnus ou c\u00e9l\u00e8bres, principalement russes, nombreux de g\u00e9nie espagnol, les deux p\u00f4les de l\u2019auteur qui se partage entre la Moscovie l\u2019hiver et son antipode ib\u00e9rique en \u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>En contraste de cette sophistication extr\u00eame o\u00f9 le sens pressenti se d\u00e9robe, dispara\u00eet ou clignote, un vers parfois d\u2019un simple souple clart\u00e9\u00a0: \u00ab le ciel aujourd\u2019hui stagne comme un \u00e9tang\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Car ce ne sont pas jeux gratuits, \u00ab\u00a0la dyspn\u00e9e des mots [non sans] incidence\u00a0\u00bb. Parlant de soi \u00e0 toutes les personnes de son singulier d\u00e9bordant au pluriel, voil\u00e0 que d\u2019un moine m\u00e9connu du douzi\u00e8me si\u00e8cle \u00e9pris de pass\u00e9 c\u2019est je. Quand il claudique ainsi que Monk, ses grappes de vers raturent d\u2019une m\u00e9taphysique notre horizon. \u00c0 \u00ab\u00a0la surface visible [\u2026] de l\u2019instant\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0jet\u00e9s aux orties les d\u00e9calogues\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0\u00e0 mi-chemin entre l\u2019\u00eatre et l\u2019\u00e9tant\u00a0\u00bb une subtilit\u00e9 ontologique substantive au micron pr\u00e8s.<\/p>\n<p>La po\u00e9tique prise non au s\u00e9rieux mais au tragique, la po\u00e9tique transe en dentales. Oui, la grande po\u00e9tique, non la <em>philosophie h\u00e9ro\u00efque <\/em>de Nietzsche. Po\u00e9tique dont nous saisit l\u2019exorde, dont \u00ab\u00a0au rire vif-argent des fatums non-subis\u00a0\u00bb nous tient en g\u00e9sine la p\u00e9roraison. Celle d\u2019un po\u00e8te juif \u00a0qui \u00ab\u00a0ne conna[\u00eet] pas d\u2019autre diaspora \/ que celle des noms sem\u00e9s dans le sable\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0qui de la Kabbale a absorb\u00e9 miel et fiel\u00a0\u00bb rimant avec \u00ab\u00a0fid\u00e8le\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0doublement apostat\u00a0\u00bb de tous ses pr\u00e9fixes (\u00ab\u00a0ret\u00f4t\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0revif\u00a0\u00bb) d\u00e9voy\u00e9s de langue en langue ; d\u2019un traducteur visc\u00e9ral\u00a0 \u00ab\u00a0tordant les mots \u00e9lim\u00e9s comme un linge\u00a0\u00bb\u00a0; \u00e0 l\u2019autre fin d\u2019un espace-temps d\u00e9lassant d\u2019approximations la corde d\u2019embl\u00e9e tendue \u00e0 l\u2019extr\u00eame en sextines et villanelles. \u00a0Rendu l\u2019espace-temps par son mode expiratoire. \u00a0\u00a0<em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>Dans \u00ab\u00a0le vibrato iambique d\u2019un co\u00eft\u00a0\u00bb la m\u00e9taphore \u00e9tend ses antennes sur les mill\u00e9naires. \u00c0 opposer aux l\u00e9gions d\u2019<em>assis <\/em>\u00ab\u00a0de<a href=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/Gra\u017cyna_Chrostowska.jpg\" rel=\"prettyphoto[291]\" rel=\"prettyphoto[17521]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-17523\" src=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/Gra\u017cyna_Chrostowska.jpg\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" srcset=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/Gra\u017cyna_Chrostowska.jpg 220w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/Gra\u017cyna_Chrostowska-200x300.jpg 200w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/Gra\u017cyna_Chrostowska-100x150.jpg 100w\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"330\" \/><\/a> n\u2019avoir fait l\u2019amour aux mots qu\u2019avec une aile \/ au lieu de briser l\u2019\u00e9chine \u00e0 tous les signifiants\u00a0\u00bb. Le\u00e7on du g\u00e9nie slave, non le moi n\u2019est pas ha\u00efssable, il est seulement universel, omnipr\u00e9sent \u2013 et superflu.<\/p>\n<p>Ode \u00e0 tous les m\u00e9connus, aux deux p\u00f4les de son espace lingual, que d\u2019une ast\u00e9risque sana appel de note Abril d\u00e9pose en bas d\u2019une page de droite, de \u00ab\u00a0Juana In\u00e8s de la Cruz (1644 \u2013 1695), religieuse et po\u00e9tesse mexicaine\u00a0\u00bb \u00e0 \u00ab\u00a0Gra\u017cyna Chrostowska, morte au camp de R. en 1942\u00a0\u00bb, entre cinquante. Aux deux pendus d\u00e9pendus c\u00e9l\u00e8bres \u00e0 la tour abolie et tant appelant No\u00ebl qu\u2019il vient, \u00e0 ceux aussi tel Tristan Corbi\u00e8re pass\u00e9s de peu entre les mailles de l\u2019effiloch\u00e9. Le retour d\u00e9cisif de Sisyphe se r\u00e9p\u00e9tant de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration.<\/p>\n<p>Une explication\u00a0: \u00ab\u00a0On l\u2019avait remis\u00e9 \u00e0 droite de la gauche \/ parce qu\u2019il lui manquait la rage solidaire [\u2026] \/ \u00e0 gauche de la droite [\u2026] chaque fois que l\u2019avenir se d\u00e9bo\u00eete\u00a0\u00bb \u2013 pur po\u00e8te, m\u00e9connu parce que d\u2019aucun parti.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Henri Abril, Qu\u2019il fasse beau, qu\u2019il fasse laid, Z4 \u00e9ditions, novembre 2020, 200 pages, 16 \u20ac, ISBN\u00a0: 978-2-38113-030-9. [Autres chroniques de Christophe Stolowicki sur Henri Abril : Byzance, le sexe de l\u2019utopie ; Intime \u00e9tymon] &nbsp; Soit quintils bancroches, un cinqui\u00e8me vers non rim\u00e9 \u2013 quand les quatre autres accordent leurs bouts en richissimes, savantes, insolites, improbables paronomases \u2013 se baladant capricieusement dans la strophe, y insinuant, r\u00e9parant le p\u00e9ch\u00e9 originel, \u00ab\u00a0piq\u00fbre de rappel\u00a0\u00bb de prose, ver entr\u00e9 dans la pomme, p\u00e9ch\u00e9 r\u00e9dempteur. Selon sa place introduisant la faute consubstantielle ou la chute \u2013 dans la pure pens\u00e9e, esseul\u00e9e de sa musique natale. Comble de raffinement d\u2019un serpent au paradis. \u00c0 lire lentement pour que ses sucs s\u2019impr\u00e8gnent et subtilit\u00e9s se d\u00e9tachent. La construction d\u00e9chiquet\u00e9e s\u00e9v\u00e8rement supr\u00e9matiste de Mal\u00e9vitch en couverture, \u00ab\u00a0carr\u00e9 noir abstrait\u00a0\u00bb d\u00e9clin\u00e9 en a\u00e9ronef, \u00a0\u00e9voque bien ce quintil bancal. Comme \u00ab\u00a0chante\u00a0\u00bb rime avec \u00ab\u00a0changeantes\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0trace\u00a0\u00bb avec \u00ab\u00a0d\u00e9froisse\u00a0\u00bb, \u00ab se desserre\u00a0\u00bb avec \u00a0\u00ab bouc \u00e9missaire\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0amandier\u00a0\u00bb avec \u00ab\u00a0mendier\u00a0\u00bb \u2013 \u00ab\u00a0apocalypse\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0\u00e9clipse\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0consentante\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0ventre\u00a0\u00bb (d\u2019une consonne \u00e9gar\u00e9e raclant l\u2019humus), \u00ab babillage de l\u2019apr\u00e8s-Babel\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0chair rebelle\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0tra\u00een\u00e9e de sel\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0se descellent\u00a0\u00bb descellent plus de plaques tectoniques que La critique de la raison pure. Quand \u00ab\u00a0discorde\u00a0\u00bb rime avec \u00ab\u00a0ordre\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0r\u00e9tracte\u00a0\u00bb avec \u00ab\u00a0d\u00e9b\u00e2cle\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0d\u00e9tresse avec \u00ab\u00a0ite missa est\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0est-ce\u00a0\u00bb avec \u00ab\u00a0caresse\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0masses\u00a0\u00bb avec \u00ab\u00a0contumace\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0le nombre \u03c0\u00a0\u00bb avec \u00ab\u00a0expie\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0choses\u00a0\u00bb avec \u00ab\u00a0holocauste\u00a0\u00bb\u00a0\u2013 la rime retorse, pot-pourri de phon\u00e8mes, d\u2019accord masqu\u00e9, musqu\u00e9, voire muscadin, traduction elle-m\u00eame, de sa fl\u00e8che empenn\u00e9e traverse notre continent, le remonte en boustroph\u00e9don de sa herse\u00a0; que \u00ab\u00a0Serments [\u2026] sermons [\u2026] sarments [\u2026] sereinement [\u2026] serrements\u00a0\u00bb desserrant l\u2019anaphore en \u00ab\u00a0solo existentiel\u00a0\u00bb, un hymne \u00e0 la po\u00e9sie en dessille, en c\u00e9l\u00e8bre l\u2019hymen\u00a0\u2013 allit\u00e9rations et approximations brass\u00e9es \u00e0 trope que veux-tu, \u00ab\u00a0au r\u00e9veil il sera toujours midi\u00a0\u00bb. Quand \u00ab\u00a0si\u00e8cles tristes\u00a0\u00bb r\u00e9pond \u00e0 \u00ab\u00a0interminable aoriste\u00a0\u00bb, monte le temps du sans fronti\u00e8res temporelles (l\u2019\u00e9tymologie d\u2019a-oriste) que le fran\u00e7ais de son pass\u00e9 d\u00e9fini d\u00e9finit si bien. \u00c0 quatre strophes par double page, de senestre \u00e0 dextre s\u2019organisant bient\u00f4t entre soi et les autres (titre de Ronald Laing, l\u2019antipsychiatre po\u00e8te), justifi\u00e9es \u00e0 gauche ou droite et centr\u00e9es rarement, \u00e0 vers parfois pench\u00e9s ou montants pour dire l\u2019espace-temps ou le \u00ab\u00a0destin\u00a0\u00bb ou le redresser. Mais comme \u00ab\u00a0apr\u00e8s-coup\u00a0\u00bb d\u2019une vie\u00a0: \u00ab\u00a0l\u2019avant-go\u00fbt \/ de tes seins [\u2026] \/ l\u2019avant-souffle des voix vou\u00e9es aux fournaises \/ l\u2019avant-demain, l\u2019avant-destin qui apr\u00e8s-coup \/ donne \u00e0 notre vie son v\u00e9ritable leitmotiv\u00a0\u00bb. Ou l\u2019avant-sc\u00e8ne et la coulisse, celle qui coule hisse nos vies \u00e0 \u00e9tiage de lire, \u00ab\u00a0entre la mort grave et nos vies suraigu\u00ebs\u00a0\u00bb. Teste \u00e2me en terre. Si la mort n\u2019existait pas, il faudrait l\u2019inventer\u00a0: \u00ab\u00a0mourir ainsi que dansent \/ sur le seuil de la vie les engoulevents\u00a0\u00bb\u00a0; \u00ab\u00a0ne sachant de la mort que sa tendre morsure\u00a0\u00bb. J\u2019ai rarement rien lu d\u2019aussi beau, f\u00eal\u00e9 \u00e0 point, d\u2019une splendeur \u00e9teinte et raviv\u00e9e d\u2019\u00e2me, de plus pure impure et sophistiqu\u00e9e de hauts fonds po\u00e9sie. Claudicante et bossel\u00e9e et plus \u00e9clatante que les vers pairs &amp; fils de la dicible nuit. De langue tortue, entortill\u00e9e et d\u00e9nouant les liens gordiens, tranchant l\u2019alien en nous. Il heurte que, traducteur connu de po\u00e8tes russes r\u00e9cents, ce po\u00e8te soit m\u00e9connu. Rhapsodie caudine, pass\u00e9e sous les fourches et cependant fourchue de joyaux, si fort chue et relev\u00e9e de tout p\u00e9ch\u00e9 originel. Si riche en langue, si nourrie de langues, dix ou quinze peut-\u00eatre lues couramment o\u00f9 l\u2019universel sommeille, de traduction consubstantielle. Dans son creuset coulent le plomb fondu et le vermeil ocreux au creux du plein o\u00f9 le plein demeure. Sa magnificence pass\u00e9e par les verges d\u2019un mill\u00e9naire ou deux. Rebondissant de langue en langue de Babel o\u00f9 le b\u00e2t blesse jusqu\u2019\u00e0 la n\u00f4tre, de franchise premi\u00e8re. Peut-on traduire la po\u00e9sie\u00a0? Rien n\u2019appelle la traduction comme la po\u00e9sie. Dans cette fantasmagorie slave que les labiales enchantent, que les dorsales, les vert\u00e9brales tout en esquilles brisent, Hom\u00e8re et l\u2019amer biblique se font \u00e9cho au travers d\u2019une th\u00e9orie de po\u00e8tes, certains contemporains, inconnus ou c\u00e9l\u00e8bres, principalement russes, nombreux de g\u00e9nie espagnol, les deux p\u00f4les de l\u2019auteur qui se partage entre la Moscovie l\u2019hiver et son antipode ib\u00e9rique en \u00e9t\u00e9. En contraste de cette sophistication extr\u00eame o\u00f9 le sens pressenti se d\u00e9robe, dispara\u00eet ou clignote, un vers parfois d\u2019un simple souple clart\u00e9\u00a0: \u00ab le ciel aujourd\u2019hui stagne comme un \u00e9tang\u00a0\u00bb. Car ce ne sont pas jeux gratuits, \u00ab\u00a0la dyspn\u00e9e des mots [non sans] incidence\u00a0\u00bb. Parlant de soi \u00e0 toutes les personnes de son singulier d\u00e9bordant au pluriel, voil\u00e0 que d\u2019un moine m\u00e9connu du douzi\u00e8me si\u00e8cle \u00e9pris de pass\u00e9 c\u2019est je. Quand il claudique ainsi que Monk, ses grappes de vers raturent d\u2019une m\u00e9taphysique notre horizon. \u00c0 \u00ab\u00a0la surface visible [\u2026] de l\u2019instant\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0jet\u00e9s aux orties les d\u00e9calogues\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0\u00e0 mi-chemin entre l\u2019\u00eatre et l\u2019\u00e9tant\u00a0\u00bb une subtilit\u00e9 ontologique substantive au micron pr\u00e8s. La po\u00e9tique prise non au s\u00e9rieux mais au tragique, la po\u00e9tique transe en dentales. Oui, la grande po\u00e9tique, non la philosophie h\u00e9ro\u00efque de Nietzsche. Po\u00e9tique dont nous saisit l\u2019exorde, dont \u00ab\u00a0au rire vif-argent des fatums non-subis\u00a0\u00bb nous tient en g\u00e9sine la p\u00e9roraison. Celle d\u2019un po\u00e8te juif \u00a0qui \u00ab\u00a0ne conna[\u00eet] pas d\u2019autre diaspora \/ que celle des noms sem\u00e9s dans le sable\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0qui de la Kabbale a absorb\u00e9 miel et fiel\u00a0\u00bb rimant avec \u00ab\u00a0fid\u00e8le\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0doublement apostat\u00a0\u00bb de tous ses pr\u00e9fixes (\u00ab\u00a0ret\u00f4t\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0revif\u00a0\u00bb) d\u00e9voy\u00e9s de langue en langue ; d\u2019un traducteur visc\u00e9ral\u00a0 \u00ab\u00a0tordant les mots \u00e9lim\u00e9s comme un linge\u00a0\u00bb\u00a0; \u00e0 l\u2019autre fin d\u2019un espace-temps d\u00e9lassant d\u2019approximations la corde d\u2019embl\u00e9e tendue \u00e0 l\u2019extr\u00eame en sextines et villanelles. \u00a0Rendu l\u2019espace-temps par son mode expiratoire. \u00a0\u00a0\u00a0 Dans \u00ab\u00a0le vibrato iambique d\u2019un co\u00eft\u00a0\u00bb la m\u00e9taphore \u00e9tend ses antennes sur les mill\u00e9naires. \u00c0 opposer aux l\u00e9gions d\u2019assis \u00ab\u00a0de n\u2019avoir fait l\u2019amour aux mots qu\u2019avec une aile \/ au lieu de briser l\u2019\u00e9chine \u00e0 tous les signifiants\u00a0\u00bb. Le\u00e7on du g\u00e9nie slave, non le moi n\u2019est pas ha\u00efssable, il est seulement universel, omnipr\u00e9sent \u2013 et superflu. Ode \u00e0 tous les m\u00e9connus, aux deux p\u00f4les de son espace lingual, que d\u2019une ast\u00e9risque sana appel de note Abril d\u00e9pose en bas d\u2019une page de droite, de \u00ab\u00a0Juana In\u00e8s de la Cruz (1644 \u2013 1695), religieuse et po\u00e9tesse&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":292,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[35,7,2],"tags":[283,284,71,285,286,287,288],"class_list":["post-291","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-chronique","category-livres-recus","category-une","tag-abril-etymon","tag-abril-jeux-phoniques","tag-christophe-stolowicki","tag-grazyna-chrostowska","tag-henri-abril","tag-poesie-et-traduction","tag-z4-editions"],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/291","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=291"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/291\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":293,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/291\/revisions\/293"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media\/292"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=291"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=291"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=291"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}