{"id":2951,"date":"2022-07-14T20:17:27","date_gmt":"2022-07-14T18:17:27","guid":{"rendered":"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=2951"},"modified":"2022-07-16T09:17:09","modified_gmt":"2022-07-16T07:17:09","slug":"entretien-creation-ce-que-les-femmes-font-a-la-poesie-8-marina-skalova","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2022\/07\/14\/entretien-creation-ce-que-les-femmes-font-a-la-poesie-8-marina-skalova\/","title":{"rendered":"[Entretien &#8211; cr\u00e9ation] Ce que les femmes font \u00e0 la po\u00e9sie (8) : Marina Skalova"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Suite \u00e0 la parution en d\u00e9cembre dernier de <a href=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2022\/02\/15\/chronique-ce-que-les-femmes-font-a-la-poesie-2-a-propos-de-liliane-giraudon-polyphonie-penthesilee-par-fabrice-thumerel\/\"><em><strong>Polyphonie Penth\u00e9sil\u00e9e <\/strong><\/em><\/a>(P.O.L, 144 pages), mais \u00e9galement, en ce d\u00e9but janvier 2022, d\u2019une anthologie propos\u00e9e par Marie de Quatrebarbes aux <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-2153\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/FemmeFeu.jpg\" alt=\"\" width=\"160\" height=\"240\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/FemmeFeu.jpg 160w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/FemmeFeu-100x150.jpg 100w\" sizes=\"auto, (max-width: 160px) 100vw, 160px\" \/>\u00e9ditions du Corridor bleu, <strong><em>Madame tout le monde<\/em><\/strong>, ce dossier qui emprunte son titre \u00e0 l\u2019une\u00a0des sections de <strong><em>Polyphonie Penth\u00e9sil\u00e9e\u00a0<\/em><\/strong>pour r\u00e9unir entretiens, extraits (in\u00e9dits pour la plupart) et chroniques, vise \u00e0 donner un aper\u00e7u compl\u00e9mentaire de la cr\u00e9ation actuelle au f\u00e9minin, tout en donnant la parole \u00e0 des po\u00e9tesses sur leurs pratiques comme sur les conditions qui leur sont faites dans cet espace \u00e9ditorial de circulation restreinte : environ deux tiers d\u2019entre elles (61,5% exactement) ont particip\u00e9 \u00e0 l\u2019une ou l\u2019autre de ces deux aventures collectives cruciales que sont <em><strong>Lettres aux jeunes po\u00e9tesses\u00a0<\/strong><\/em>(L\u2019Arche, 2021) et <em><strong>Madame tout le monde\u00a0<\/strong><\/em> ; ajoutons deux autres variables, l\u2019\u00e2ge (pour l\u2019instant : une septuag\u00e9naire, une sexag\u00e9naire, une quinquag\u00e9naire, six quadrag\u00e9naires et quatre trentenaires) et les lieux d\u2019\u00e9dition (une petite trentaine).\u00a0Les trois m\u00eames questions sont pos\u00e9es \u00e0 chacune afin de construire un \u00e9ventail de r\u00e9ponses qui, \u00e0 d\u00e9faut de constituer une enqu\u00eate conforme \u00e0 tous les crit\u00e8res propres aux sciences sociales, n\u2019en est pas moins significative.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s l\u2019<a href=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2022\/01\/12\/entretien-ce-que-les-femmes-font-a-la-poesie-1-entretien-de-fabrice-thumerel-avec-liliane-giraudon\/\"><strong>entretien de Liliane Giraudon<\/strong><\/a>,\u00a0de <a href=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2022\/02\/24\/entretien-creation-ce-que-les-femmes-font-a-la-poesie-3-sandra-moussempes\/\"><strong>Sandra MOUSSEMP\u00c8S<\/strong><\/a>,\u00a0d\u2019<a href=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2022\/03\/20\/entretien-ce-que-les-femmes-font-a-la-poesie-4-entretien-de-fabrice-thumerel-avec-aurelie-olivier\/\"><strong>Aur\u00e9lie Olivier<\/strong><\/a>, qui a dirig\u00e9 le volume <em><strong>Lettres aux jeunes po\u00e9tesses\u00a0<\/strong><\/em>(L\u2019Arche, 2021), de <a href=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2022\/03\/24\/entretien-creation-ce-que-les-femmes-font-a-la-poesie-5-virginie-lalucq\/\"><strong>Virginie Lalucq<\/strong><\/a>, d\u2019<a href=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2022\/04\/30\/entretien-creation-ce-que-les-femmes-font-a-la-poesie-6-elsa-boyer\/\"><strong>Elsa Boyer<\/strong><\/a> et de <a href=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2022\/06\/04\/entretien-creation-ce-que-les-femmes-font-a-la-poesie-7-a-c-hello\/\"><strong>A.C. Hello<\/strong><\/a>, voici celui de <strong>Marina SKALOVA<\/strong>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N\u00e9e \u00e0 Moscou en 1988, Marina Skalova a grandi entre la Russie, la France et l&rsquo;Allemagne. \u00c0 la fois mat\u00e9riau plastique et flux, son travail creuse diff\u00e9rentes formes, au confluent des langues et <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-2953\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Skalova.jpg\" alt=\"\" width=\"225\" height=\"205\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Skalova.jpg 225w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Skalova-150x137.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 225px) 100vw, 225px\" \/>des genres. Son premier livre,<strong><em> Atemnot<\/em> <\/strong>(Souffle court) paru chez Cheyne \u00e9diteur en 2016, re\u00e7oit le Prix de la Vocation en Po\u00e9sie. Elle publie ensuite le r\u00e9cit <strong><em>Amarres<\/em><\/strong> (L&rsquo;\u00c2ge d&rsquo;Homme, 2017) et <em><strong>Exploration du flux<\/strong><\/em>, un flux d&rsquo;\u00e9criture musical, po\u00e9tique et politique (Seuil, Fiction &amp; Cie, 2018). Auteure en r\u00e9sidence et dramaturge au th\u00e9\u00e2tre POCHE\/GVE pendant la saison 2017-2018, elle \u00e9crit la pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre <strong><em>La Chute des com\u00e8tes et des cosmonautes<\/em><\/strong> (L\u2019Arche, 2019), cr\u00e9\u00e9e au POCHE\/GVE \u00e0 Gen\u00e8ve en f\u00e9vrier 2019. Entre 2016 et 2019, avec la photographe Nad\u00e8ge Abadie, elle construit le projet \u00ab\u00a0Silences d\u2019exils\u00a0\u00bb \u00e0 partir d\u2019ateliers d\u2019\u00e9criture aupr\u00e8s de personnes exil\u00e9es, exp\u00e9rience humaine et po\u00e9tique donnant lieu \u00e0 une exposition et \u00e0 un livre paru aux \u00e9ditions d\u2019en bas en 2020. Soutenu et distingu\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises, son travail a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 en France, en Suisse, en Allemagne, en Ukraine, en Russie, en Italie&#8230; Elle est \u00e9galement traductrice litt\u00e9raire de l&rsquo;allemand et du russe, une pratique organiquement li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture. Actuellement, elle d\u00e9veloppe plusieurs projets autour de l&rsquo;Histoire des femmes en URSS. Elle m\u00e8ne aussi une th\u00e8se en recherche-cr\u00e9ation au sein de l&rsquo;EUR Humanit\u00e9s, Cr\u00e9ation, Patrimoine \u00e0 Cergy.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En ce temps de chasse au \u00ab\u00a0wokisme\u00a0\u00bb, comment traiter encore les rapports de domination ? Sans tomber dans l\u2019id\u00e9ologie et en maintenant le cap : LIBR-CRITIQUE s\u2019est toujours inscrite dans le prolongement de la pens\u00e9e critique des Modernes, ce qui suppose le refus de tout identitarisme. Dans <em>Soi-m\u00eame comme un roi. Essai sur les d\u00e9rives identitaires<\/em>(Seuil, 2021), \u00c9lisabeth Roudinesco montre lumineusement en quoi diff\u00e8rent les luttes \u00e9mancipatrices du si\u00e8cle dernier et celles men\u00e9es actuellement au nom de telle ou telle soi-disant \u00ab\u00a0identit\u00e9\u00a0\u00bb (raciale, nationale ou sexuelle) : les premi\u00e8res visent un <em>universel singulier<\/em> (Sartre) ; les secondes, un particularisme sectaire. \/FT\/<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"background-color: #ff0000; color: #ffffff;\"><strong>Entretien de Marina Skalova avec Fabrice Thumerel<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><strong>FT. <\/strong>Aujourd\u2019hui, que font les femmes \u00e0 la po\u00e9sie\u00a0?<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><strong>MS.\u00a0<\/strong>Je crois que \u00ab\u00a0les femmes\u00a0\u00bb n\u2019existent pas, et \u00ab\u00a0la po\u00e9sie\u00a0\u00bb non plus.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Mais il est vrai qu\u2019\u00a0\u00ab\u00a0aujourd\u2019hui\u00a0\u00bb (pour reprendre ta phrase segment par segment), on a l\u2019espoir que des choses bougent. Je vais donc me r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 la parution des deux livres, auxquels j\u2019ai eu la chance de participer que sont <em>Madame tout le monde <\/em>(Le Corridor bleu, 2022) et les <em>Lettres aux jeunes po\u00e9tesses <\/em>(L\u2019Arche, 2021).<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><strong><em>Madame tout le monde<\/em><\/strong> \u00e9tait \u00e0 l\u2019origine une commande pass\u00e9e par Pierre Vinclair (qui dirige la collection SING ! au Corridor bleu) \u00e0 Marie de Quatrebarbes. Je crois que l\u2019ambition initiale de l\u2019ouvrage \u00e9tait de r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019effacement des femmes dans le champ<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-2186\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/Madame-tout-le-monde.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"330\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/Madame-tout-le-monde.jpg 220w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/Madame-tout-le-monde-200x300.jpg 200w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/Madame-tout-le-monde-100x150.jpg 100w\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/> litt\u00e9raire en composant une anthologie de la po\u00e9sie contemporaine \u00e9crite par des femmes. Quand on sait quelle a \u00e9t\u00e9 la place r\u00e9serv\u00e9e aux femmes, \u00ab\u00a0avort\u00e9es\u00a0de l\u2019histoire litt\u00e9raire\u00a0\u00bb (je cite Liliane Giraudon de m\u00e9moire) pendant des si\u00e8cles, la n\u00e9cessit\u00e9 de visibilit\u00e9 est \u00e9vidente. Marie a mis en avant que les femmes po\u00e8tes actives dans le champ contemporain sont aussi des passeuses, revuistes, critiques ou traductrices, dont l\u2019inscription dans le champ po\u00e9tique se fait par de multiples entr\u00e9es. Ce choix met en lumi\u00e8re des pratiques souvent transversales, traversantes, o\u00f9 la construction solipsiste voire \u00e9gotique d\u2019une \u0153uvre ne semble pas \u00eatre la seule ambition. Pour \u00e9laborer une \u0153uvre, il faut se sentir l\u00e9gitime pour le faire, ce qui implique de se lib\u00e9rer d\u2019un certain nombre d\u2019autres injonctions sociales. C\u2019est sans doute la raison pour laquelle on publie toujours plus d\u2019hommes aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Dans son introduction, Marie affirme que plut\u00f4t que de couler leur \u00e9criture dans des moules pr\u00e9fabriqu\u00e9s, les po\u00e8tes contemporaines n\u2019ont d\u2019autre choix que d\u2019inventer leurs propres formes\u00a0: \u00ab elles fabriquent elles-m\u00eames leur moule, souvent le d\u00e9truisent apr\u00e8s usage, et bricolent dans les d\u00e9bris de nouvelles sources de malentendus\u00a0\u00bb. Les femmes ont toujours d\u00fb s\u2019accommoder des marges (en po\u00e9sie comme ailleurs) et ont donc d\u00fb inventer des fa\u00e7ons d\u2019habiter ces bords. L\u2019\u00e9crasante majorit\u00e9 des positions de l\u2019avant-garde po\u00e9tique a \u00e9t\u00e9 le fait d\u2019hommes. Est-ce \u00e0 dire que les femmes se sont moins radicalement attaqu\u00e9es \u00e0 la langue ? Ou alors qu\u2019elles n\u2019ont pas eu la n\u00e9cessit\u00e9 de transformer leur geste po\u00e9tique en doctrine\u00a0? L\u2019agencement propos\u00e9 par Marie met en lumi\u00e8re une diff\u00e9rence de m\u00e9thode, en favorisant les d\u00e9marches po\u00e9tiques ouvertes \u00e0 l\u2019accueil d\u2019autres pratiques.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">A l\u2019origine des <strong><em>Lettres aux jeunes po\u00e9tesses<\/em><\/strong>, il y avait une commande pass\u00e9e par Aur\u00e9lie Olivier \u00e0 des po\u00e9tesses de diff\u00e9rentes g\u00e9n\u00e9rations, aux \u00e9critures extr\u00eamement <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-2187\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/LettresPoetesses.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"325\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/LettresPoetesses.jpg 220w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/LettresPoetesses-203x300.jpg 203w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/01\/LettresPoetesses-102x150.jpg 102w\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/>diff\u00e9rentes (Nathalie Quintane, Liliane Giraudon, Sandra Moussemp\u00e8s, Rim Battal pour n\u2019en citer que quelques-unes), que l\u2019on n\u2019aurait sans doute pas imagin\u00e9 r\u00e9unies dans un m\u00eame volume. Chacune d\u2019entre nous a \u00e9t\u00e9 invit\u00e9e \u00e0 composer une Lettre \u00e0 une jeune po\u00e9tesse\u00a0: lettre adress\u00e9e ou lettre \u00e0 celle que nous avons \u00e9t\u00e9. Ces lettres disent des chemins d\u2019\u00e9criture singuliers, des dominations r\u00e9currentes et des \u00e9mancipations n\u00e9cessaires. Certaines autrices de l\u2019ouvrage situent leurs \u00e9critures dans une perspective f\u00e9ministe, d\u2019autres s\u2019en fichent totalement. Les positions d\u00e9fendues sont volontairement contradictoires. Cette diversit\u00e9 fait la force de l\u2019ouvrage. Les vingt-et-une autrices de ce volume ont pour point commun d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 assign\u00e9es femmes \u00e0 un moment de leur vie, certain.es ont chang\u00e9 de genre. Le livre dit la difficult\u00e9 de s\u2019affranchir d\u2019un certain nombre d\u2019ali\u00e9nations, mais surtout la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019affirmer sa l\u00e9gitimit\u00e9. Ce livre est un lieu d\u2019<em>empowerment<\/em> \u2013 et cela se ressent aux lectures publiques du livre, o\u00f9 l\u2019on rencontre beaucoup de tr\u00e8s jeunes femmes qui \u00e9crivent, pour lesquelles ce livre est manifestement un outil pr\u00e9cieux. Ce que les femmes font \u00e0 la po\u00e9sie\u00a0? Plein de choses, mais dans ces livres-l\u00e0, je crois que nous affirmons que la po\u00e9sie peut \u00eatre un endroit de sororit\u00e9 et de transmission. Le lieu d\u2019une condition partag\u00e9e et pas seulement de l\u2019individualisme isolant et comp\u00e9titif, qui caract\u00e9rise grandement le champ litt\u00e9raire.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Il me semble que croiser les positions, plut\u00f4t que de camper sur des oppositions, peut<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-2963\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/SkalovaCometes.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"320\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/SkalovaCometes.jpg 200w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/SkalovaCometes-188x300.jpg 188w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/SkalovaCometes-94x150.jpg 94w\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/> justement \u00eatre f\u00e9cond. Ces deux livres montrent une pluralit\u00e9 de strat\u00e9gies de survie, dans la langue et dans la vie. Ils sont tout sauf des lieux de l\u2019identique, d\u2019un quelconque essentialisme. Ce qui s\u2019y affirme, c\u2019est le multiple, dans le vertige jouissif de la contradiction.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Outre ces deux ouvrages, il y a une multiplicit\u00e9 de pratiques de po\u00e9tes.ses. Le genre importe peu dans l\u2019\u00e9criture. C\u2019est souvent au moment de la r\u00e9ception que l\u2019on se d\u00e9couvre \u00ab\u00a0femme\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Quand j\u2019\u00e9cris, l\u2019intime m\u2019int\u00e9resse autant que le politique. Je sais que l\u2019intime est forc\u00e9ment casse-gueule en tant que femme, \u00e9tant le domaine o\u00f9 l\u2019on nous attend traditionnellement. Je n\u2019ai pas envie de l\u2019\u00e9viter pour autant, mais cela pose des questions complexes. Je crois qu\u2019il y a un enjeu \u00e0 rendre visible le corps des femmes tel qu\u2019il est v\u00e9cu de l\u2019int\u00e9rieur par exemple, mais la r\u00e9ception de ces textes est un terrain min\u00e9, o\u00f9 l\u2019on est renvoy\u00e9e \u00e0 la \u00ab\u00a0litt\u00e9rature f\u00e9minine\u00a0\u00bb. On essentialise et on ghetto\u00efse donc des exp\u00e9riences qui sont communes, partag\u00e9es et s\u2019esp\u00e8rent partageables.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><strong>FT. <\/strong>Remise en question, la domination masculine est encore d\u2019actualit\u00e9 dans le milieu po\u00e9tique. Est-ce \u00e0 dire qu\u2019un #MeToo y serait \u00e9galement n\u00e9cessaire\u00a0?<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><strong>MS.\u00a0<\/strong>#MeToo a eu le grand m\u00e9rite d\u2019impulser une r\u00e9flexion \u00e0 l\u2019\u00e9chelle soci\u00e9tale sur la fa\u00e7on dont les structures de domination sont ancr\u00e9es \u00e0 tous les niveaux. Un embryon de remise en cause similaire ferait le plus grand bien \u00e0 un milieu qui reste structur\u00e9 autour<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-2431\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/LutteMeToo.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"230\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/LutteMeToo.jpg 220w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/LutteMeToo-143x150.jpg 143w\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/> du mythe du \u00ab\u00a0Grand-po\u00e8te\u00a0\u00bb, que celui-ci soit lyrique ou d\u2019avant-garde d\u2019ailleurs.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Le milieu po\u00e9tique est un champ ultraconcentr\u00e9, o\u00f9 quelques figures au pouvoir symbolique important (des \u00e9diteurs, des \u00ab\u00a0grands po\u00e8tes\u00a0\u00bb, quelques critiques) r\u00e9partissent des miettes de visibilit\u00e9 sur une myriade de petits acteurs et petites actrices ultra-pr\u00e9caris\u00e9es. On est dans un fonctionnement quasi-f\u00e9odal. Dans cette promiscuit\u00e9 entre prestige symbolique et pr\u00e9carit\u00e9 \u00e9conomique, la porte aux abus de pouvoir est grande ouverte.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">On est aussi dans un champ qui est grandement structur\u00e9 par le d\u00e9sir, des \u00e9diteurs d\u2019abord (qui doivent avoir du d\u00e9sir pour les textes) mais aussi des po\u00e8tes, o\u00f9 les fronti\u00e8res entre reconnaissance artistique et s\u00e9duction peuvent \u00eatre tr\u00e8s minces. Tout cela peut d\u00e9terminer la fa\u00e7on dont une femme entrera en po\u00e9sie, avec les risques de pr\u00e9dation que l\u2019on imagine \u2013 ou simplement, disons que cela peut fragiliser un parcours.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">On jongle entre les assignations, celle de muse, d\u2019objet sexuel, de petite chose fragile, etc. <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-2966\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/SkalovaFlux.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/SkalovaFlux.jpg 200w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/SkalovaFlux-100x150.jpg 100w\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/>Globalement, les hommes veulent bien nous laisser rentrer dans leur pr\u00e9 carr\u00e9, \u00e0 condition que nous ne parvenions pas au m\u00eame niveau de reconnaissance qu\u2019eux, que la r\u00e9ception de notre travail ne leur fasse pas d\u2019ombre. Il faut que cela reste \u00ab\u00a0petit et mignon\u00a0\u00bb. J\u2019ai vu beaucoup d\u2019hommes qui se voyaient dans le r\u00f4le du \u00ab\u00a0papa-ouvreur de portes\u00a0\u00bb, avec le rapport de d\u00e9pendance et de soumission que cela implique. On reste loin d\u2019un traitement \u00e9galitaire, o\u00f9 l\u2019on serait consid\u00e9r\u00e9e de fa\u00e7on professionnelle avant tout.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Le monde de la po\u00e9sie reste structur\u00e9 autour du mythe du \u00ab\u00a0Grand po\u00e8te\u00a0\u00bb (qui peut \u00eatre un grand po\u00e8te d\u2019avant-garde) et de structures patriarcales. Donc oui, il y a beaucoup de choses \u00e0 d\u00e9construire, mais aussi beaucoup d\u2019acteurs qui ont tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 ce que les choses restent immuables\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><strong>FT. <\/strong>En fin de compte, bien qu\u2019il n\u2019y ait pas d\u2019\u00e9criture f\u00e9minine (\u00e0 bas l\u2019essentialisme), en quoi peut consister cette \u00ab\u00a0langue\/introuvable\u00a0\u00bb qui serait celle des femmes selon Liliane Giraudon\u00a0?<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><strong>MS.\u00a0<\/strong>Je dirais que notre r\u00f4le est de refuser de mouler nos \u00e9critures dans ce que l\u2019on attend d\u2019elles, ne pas rester \u00e0 la place que l\u2019on nous assigne, chercher \u00e0 subvertir l\u2019ordre des choses depuis l\u2019int\u00e9rieur de la langue. Et je me rends compte, en l\u2019\u00e9crivant, que c\u2019est tout simplement ce que j\u2019attends de la po\u00e9sie.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">A priori, la marge de la marge est un lieu de plus grande libert\u00e9. Tout comme la po\u00e9sie, je crois que le f\u00e9minisme est une bo\u00eete \u00e0 outils. A chacune et chacun de s\u2019en saisir.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"background-color: #ff0000; color: #ffffff;\"><strong>In\u00e9dit : \u00ab\u00a0Je suis la guerre\u00a0\u00bb<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: left;\">M\u00e8re a \u00e9t\u00e9 chirurgienne toute sa vie. Il y avait<br \/>\nles h\u00f4pitaux du front, on y soignait les blessures<br \/>\nl\u00e9g\u00e8res. Et pour les bless\u00e9s graves, les h\u00f4pitaux<br \/>\nd\u2019\u00e9vacuation. C\u2019est l\u00e0 que travaillait M\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: left;\">Et il y avait des trains sanitaires. Oncle Sacha<br \/>\ndevait nous conduire \u00e0 Moscou, la guerre<br \/>\nn\u2019\u00e9tait pas finie, impossible de trouver des billets.<br \/>\nNous avons \u00e9chou\u00e9 \u00e0 Oufa, la gare d\u2019Oufa.<\/p>\n<p>Une gare mais qu\u2019est-ce qu\u2019une gare\u00a0? Un champ<br \/>\nde cauchemar, des rails dans tous les sens et ces<br \/>\ntrains sanitaires. Patrouilles brancards, infirmi\u00e8res.<br \/>\nEt ces trains allaient et venaient allaient et venaient<br \/>\nSib\u00e9rie et retour\u2026 Sib\u00e9rie.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: left;\">Et nous les enfants, la tante, les sacs, nous marchions<br \/>\nsur les quais et nous longions les trains et Oncle Sacha<br \/>\nallait voir chaque chef de train. Les chefs de train \u00e9taient<br \/>\nm\u00e9decins et Oncle Sacha demandait \u00e0 chacun\u00a0:<br \/>\nne connaitriez pas M\u00e8re par hasard Pas \u00e0 bord par hasard\u00a0?<\/p>\n<p>Chirurgienne toute sa vie<br \/>\nElle a \u00e9crit son habilitation pendant la guerre<br \/>\nToute la journ\u00e9e elle voyait des bless\u00e9s Son visage<br \/>\nJamais je n\u2019oublierai ce visage Il disait<br \/>\nJe suis la Guerre En v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: left;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Suite \u00e0 la parution en d\u00e9cembre dernier de Polyphonie Penth\u00e9sil\u00e9e (P.O.L, 144 pages), mais \u00e9galement, en ce d\u00e9but janvier 2022, d\u2019une anthologie propos\u00e9e par Marie de Quatrebarbes aux \u00e9ditions du Corridor bleu, Madame tout le monde, ce dossier qui emprunte son titre \u00e0 l\u2019une\u00a0des sections de Polyphonie Penth\u00e9sil\u00e9e\u00a0pour r\u00e9unir entretiens, extraits (in\u00e9dits pour la plupart) et chroniques, vise \u00e0 donner un aper\u00e7u compl\u00e9mentaire de la cr\u00e9ation actuelle au f\u00e9minin, tout en donnant la parole \u00e0 des po\u00e9tesses sur leurs pratiques comme sur les conditions qui leur sont faites dans cet espace \u00e9ditorial de circulation restreinte : environ deux tiers d\u2019entre elles (61,5% exactement) ont particip\u00e9 \u00e0 l\u2019une ou l\u2019autre de ces deux aventures collectives cruciales que sont Lettres aux jeunes po\u00e9tesses\u00a0(L\u2019Arche, 2021) et Madame tout le monde\u00a0 ; ajoutons deux autres variables, l\u2019\u00e2ge (pour l\u2019instant : une septuag\u00e9naire, une sexag\u00e9naire, une quinquag\u00e9naire, six quadrag\u00e9naires et quatre trentenaires) et les lieux d\u2019\u00e9dition (une petite trentaine).\u00a0Les trois m\u00eames questions sont pos\u00e9es \u00e0 chacune afin de construire un \u00e9ventail de r\u00e9ponses qui, \u00e0 d\u00e9faut de constituer une enqu\u00eate conforme \u00e0 tous les crit\u00e8res propres aux sciences sociales, n\u2019en est pas moins significative. Apr\u00e8s l\u2019entretien de Liliane Giraudon,\u00a0de Sandra MOUSSEMP\u00c8S,\u00a0d\u2019Aur\u00e9lie Olivier, qui a dirig\u00e9 le volume Lettres aux jeunes po\u00e9tesses\u00a0(L\u2019Arche, 2021), de Virginie Lalucq, d\u2019Elsa Boyer et de A.C. Hello, voici celui de Marina SKALOVA. N\u00e9e \u00e0 Moscou en 1988, Marina Skalova a grandi entre la Russie, la France et l&rsquo;Allemagne. \u00c0 la fois mat\u00e9riau plastique et flux, son travail creuse diff\u00e9rentes formes, au confluent des langues et des genres. Son premier livre, Atemnot (Souffle court) paru chez Cheyne \u00e9diteur en 2016, re\u00e7oit le Prix de la Vocation en Po\u00e9sie. Elle publie ensuite le r\u00e9cit Amarres (L&rsquo;\u00c2ge d&rsquo;Homme, 2017) et Exploration du flux, un flux d&rsquo;\u00e9criture musical, po\u00e9tique et politique (Seuil, Fiction &amp; Cie, 2018). Auteure en r\u00e9sidence et dramaturge au th\u00e9\u00e2tre POCHE\/GVE pendant la saison 2017-2018, elle \u00e9crit la pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre La Chute des com\u00e8tes et des cosmonautes (L\u2019Arche, 2019), cr\u00e9\u00e9e au POCHE\/GVE \u00e0 Gen\u00e8ve en f\u00e9vrier 2019. Entre 2016 et 2019, avec la photographe Nad\u00e8ge Abadie, elle construit le projet \u00ab\u00a0Silences d\u2019exils\u00a0\u00bb \u00e0 partir d\u2019ateliers d\u2019\u00e9criture aupr\u00e8s de personnes exil\u00e9es, exp\u00e9rience humaine et po\u00e9tique donnant lieu \u00e0 une exposition et \u00e0 un livre paru aux \u00e9ditions d\u2019en bas en 2020. Soutenu et distingu\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises, son travail a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 en France, en Suisse, en Allemagne, en Ukraine, en Russie, en Italie&#8230; Elle est \u00e9galement traductrice litt\u00e9raire de l&rsquo;allemand et du russe, une pratique organiquement li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture. Actuellement, elle d\u00e9veloppe plusieurs projets autour de l&rsquo;Histoire des femmes en URSS. Elle m\u00e8ne aussi une th\u00e8se en recherche-cr\u00e9ation au sein de l&rsquo;EUR Humanit\u00e9s, Cr\u00e9ation, Patrimoine \u00e0 Cergy. En ce temps de chasse au \u00ab\u00a0wokisme\u00a0\u00bb, comment traiter encore les rapports de domination ? Sans tomber dans l\u2019id\u00e9ologie et en maintenant le cap : LIBR-CRITIQUE s\u2019est toujours inscrite dans le prolongement de la pens\u00e9e critique des Modernes, ce qui suppose le refus de tout identitarisme. Dans Soi-m\u00eame comme un roi. Essai sur les d\u00e9rives identitaires(Seuil, 2021), \u00c9lisabeth Roudinesco montre lumineusement en quoi diff\u00e8rent les luttes \u00e9mancipatrices du si\u00e8cle dernier et celles men\u00e9es actuellement au nom de telle ou telle soi-disant \u00ab\u00a0identit\u00e9\u00a0\u00bb (raciale, nationale ou sexuelle) : les premi\u00e8res visent un universel singulier (Sartre) ; les secondes, un particularisme sectaire. \/FT\/ &nbsp; Entretien de Marina Skalova avec Fabrice Thumerel FT. Aujourd\u2019hui, que font les femmes \u00e0 la po\u00e9sie\u00a0? MS.\u00a0Je crois que \u00ab\u00a0les femmes\u00a0\u00bb n\u2019existent pas, et \u00ab\u00a0la po\u00e9sie\u00a0\u00bb non plus. Mais il est vrai qu\u2019\u00a0\u00ab\u00a0aujourd\u2019hui\u00a0\u00bb (pour reprendre ta phrase segment par segment), on a l\u2019espoir que des choses bougent. Je vais donc me r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 la parution des deux livres, auxquels j\u2019ai eu la chance de participer que sont Madame tout le monde (Le Corridor bleu, 2022) et les Lettres aux jeunes po\u00e9tesses (L\u2019Arche, 2021). Madame tout le monde \u00e9tait \u00e0 l\u2019origine une commande pass\u00e9e par Pierre Vinclair (qui dirige la collection SING ! au Corridor bleu) \u00e0 Marie de Quatrebarbes. Je crois que l\u2019ambition initiale de l\u2019ouvrage \u00e9tait de r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019effacement des femmes dans le champ litt\u00e9raire en composant une anthologie de la po\u00e9sie contemporaine \u00e9crite par des femmes. Quand on sait quelle a \u00e9t\u00e9 la place r\u00e9serv\u00e9e aux femmes, \u00ab\u00a0avort\u00e9es\u00a0de l\u2019histoire litt\u00e9raire\u00a0\u00bb (je cite Liliane Giraudon de m\u00e9moire) pendant des si\u00e8cles, la n\u00e9cessit\u00e9 de visibilit\u00e9 est \u00e9vidente. Marie a mis en avant que les femmes po\u00e8tes actives dans le champ contemporain sont aussi des passeuses, revuistes, critiques ou traductrices, dont l\u2019inscription dans le champ po\u00e9tique se fait par de multiples entr\u00e9es. Ce choix met en lumi\u00e8re des pratiques souvent transversales, traversantes, o\u00f9 la construction solipsiste voire \u00e9gotique d\u2019une \u0153uvre ne semble pas \u00eatre la seule ambition. Pour \u00e9laborer une \u0153uvre, il faut se sentir l\u00e9gitime pour le faire, ce qui implique de se lib\u00e9rer d\u2019un certain nombre d\u2019autres injonctions sociales. C\u2019est sans doute la raison pour laquelle on publie toujours plus d\u2019hommes aujourd\u2019hui. Dans son introduction, Marie affirme que plut\u00f4t que de couler leur \u00e9criture dans des moules pr\u00e9fabriqu\u00e9s, les po\u00e8tes contemporaines n\u2019ont d\u2019autre choix que d\u2019inventer leurs propres formes\u00a0: \u00ab elles fabriquent elles-m\u00eames leur moule, souvent le d\u00e9truisent apr\u00e8s usage, et bricolent dans les d\u00e9bris de nouvelles sources de malentendus\u00a0\u00bb. Les femmes ont toujours d\u00fb s\u2019accommoder des marges (en po\u00e9sie comme ailleurs) et ont donc d\u00fb inventer des fa\u00e7ons d\u2019habiter ces bords. L\u2019\u00e9crasante majorit\u00e9 des positions de l\u2019avant-garde po\u00e9tique a \u00e9t\u00e9 le fait d\u2019hommes. Est-ce \u00e0 dire que les femmes se sont moins radicalement attaqu\u00e9es \u00e0 la langue ? Ou alors qu\u2019elles n\u2019ont pas eu la n\u00e9cessit\u00e9 de transformer leur geste po\u00e9tique en doctrine\u00a0? L\u2019agencement propos\u00e9 par Marie met en lumi\u00e8re une diff\u00e9rence de m\u00e9thode, en favorisant les d\u00e9marches po\u00e9tiques ouvertes \u00e0 l\u2019accueil d\u2019autres pratiques. A l\u2019origine des Lettres aux jeunes po\u00e9tesses, il y avait une commande pass\u00e9e par Aur\u00e9lie Olivier \u00e0 des po\u00e9tesses de diff\u00e9rentes g\u00e9n\u00e9rations, aux \u00e9critures extr\u00eamement diff\u00e9rentes (Nathalie Quintane, Liliane Giraudon, Sandra Moussemp\u00e8s, Rim Battal pour n\u2019en citer que quelques-unes), que l\u2019on n\u2019aurait sans doute pas imagin\u00e9 r\u00e9unies dans un m\u00eame volume. Chacune d\u2019entre nous&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":2183,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[9,570,2],"tags":[1522,1274,1462,1456,41,47,1414,12,877,1273,189,1062,524,623,281,215,1548],"class_list":["post-2951","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-creation","category-entretien","category-une","tag-metoo-de-la-poesie","tag-aurelie-olivier","tag-ce-que-les-femmes-font-a-la-poesie","tag-editions-de-larche","tag-editions-p-o-l","tag-elisabeth-roudinesco","tag-elsa-boyer","tag-fabrice-thumerel","tag-le-corridor-bleu","tag-lettres-aux-jeunes-poetesses","tag-liliane-giraudon","tag-marie-de-quatrebarbes","tag-marina-skalova","tag-nathalie-quintane","tag-pierre-vinclair","tag-sandra-moussempes","tag-virginie-lalucq"],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2951","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2951"}],"version-history":[{"count":13,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2951\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2969,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2951\/revisions\/2969"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2183"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2951"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2951"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2951"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}