{"id":3061,"date":"2022-08-26T20:32:52","date_gmt":"2022-08-26T18:32:52","guid":{"rendered":"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=3061"},"modified":"2022-08-26T20:41:10","modified_gmt":"2022-08-26T18:41:10","slug":"chronique-andre-rougier-a-antonio-tabucchi-in-memoriam-1943-2012-2e-extrait-inedit-de-un-pas-de-cote","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2022\/08\/26\/chronique-andre-rougier-a-antonio-tabucchi-in-memoriam-1943-2012-2e-extrait-inedit-de-un-pas-de-cote\/","title":{"rendered":"[Chronique]  Andr\u00e9 Rougier, \u00c0 Antonio TABUCCHI \u2013 in memoriam (1943-2012) [2e extrait in\u00e9dit de \u00ab\u00a0Un pas de c\u00f4t\u00e9\u00a0\u00bb]"},"content":{"rendered":"<div>\n<p class=\"Textbody\" style=\"text-align: right;\">\u00ab\u00a0Et j\u2019ai pens\u00e9 \u00e0 la vie, qui est subreptice, et qui rarement laisse<br \/>\nappara\u00eetre ses raisons \u00e0 la surface, car son vrai parcours<br \/>\nse situe en profondeur, comme un fleuve karstique\u00a0\u00bb\u00a0(Tabucchi)<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"Textbody\">\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"Textbody\" style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-align: justify;\">Je pense, alors que, hypocrites ou sinc\u00e8res, simples ou ampoul\u00e9s, les hommages affluent du monde entier dans leur superbe inutilit\u00e9, \u00e0 notre derni\u00e8re rencontre apr\u00e8s un hommage et une signature \u00e0 la Maison de l\u2019Am\u00e9rique Latine, \u00e0 cette longue discussion m\u00ealant dans d\u2019in\u00e9gales proportions trois langues romanes, \u00e0 l\u2019adresse \u00e9lectronique qui tant servit par la suite, griffonn\u00e9e au dos du livre que j\u2019emportais et qui aura \u00e9t\u00e9 le dernier de vous que j\u2019eus le bonheur de lire.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"Textbody\" style=\"text-align: justify;\"><span class=\"StrongEmphasis\">Je pense \u00e0 la phrase de Mallarm\u00e9 affirmant qu\u2019il \u00ab\u00a0n\u2019y a pas de prose\u00a0\u00bb, qu\u2019il \u00ab\u00a0n\u2019existe que des <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-3063\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/Antonio_Tabucchi.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"280\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/Antonio_Tabucchi.jpg 220w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/08\/Antonio_Tabucchi-118x150.jpg 118w\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/>vers plus ou moins rythm\u00e9s\u00a0\u00bb, et qui<\/span><em><b> tant vaut <\/b><\/em><span class=\"StrongEmphasis\">pour vos \u00e9crits.<\/span><b><br \/>\n<\/b><span class=\"StrongEmphasis\">Je pense \u00e0 votre langue, qui depuis si longtemps incarne pour moi la plus vraie des demeures, halte et lisi\u00e8re, abri et horizon, et bien plus encore \u2013 mais pas entrep\u00f4t \u00e0 outils, ah \u00e7a non, <\/span><em><b>jamais<\/b><\/em><span class=\"StrongEmphasis\">!<br \/>\n<\/span><\/p>\n<p class=\"Textbody\" style=\"text-align: justify;\"><b><\/b><span class=\"StrongEmphasis\">Je revois le scintillement des mots, leur pouss\u00e9e abrupte ne g\u00e9rant que ses propres lois mais visant, de par ce mouvement m\u00eame, <\/span><em><b>l\u2019\u00eatre <\/b><\/em><span class=\"StrongEmphasis\">comme <\/span><em><b>la chose <\/b><\/em><span class=\"StrongEmphasis\">partout et toujours <\/span><em><b>pourvus d\u2019Histoire<\/b><\/em><span class=\"StrongEmphasis\"> telle qu\u2019elle se glisse entre les s\u00e9diments du langage en ces lieux et temps dont la m\u00e9taphore est l\u2019absolution, non pas dans le r\u00f4le pauvre et souvent pervers que lui assigne la th\u00e9orie, mais dans le sens le plus large, le plus secret et d\u00e9finitif qui a toujours \u00e9t\u00e9 celui par lequel elle vint \u00e0 notre rencontre, l\u00e0 o\u00f9 les mots d\u00e9bordent de toutes parts leur signification, o\u00f9 leur m\u00eal\u00e9e incendiaire s\u2019inscrit bien moins dans l\u2019appropriation et la v\u00e9rit\u00e9 des termes et des valeurs que dans le mouvement qui les mobilise et les accouple, l\u00e0 o\u00f9 elle se fait <\/span><em><b>substance <\/b><\/em><span class=\"StrongEmphasis\">et non pas <\/span><em><b>attribut<\/b><\/em><span class=\"StrongEmphasis\">, l\u00e0 o\u00f9 rien n\u2019est infid\u00e8le, mensonger ou feint, mais sourdement m\u00fbri dans les entrailles d\u2019une m\u00e9moire assur\u00e9e d\u00e9sormais de son h\u00e9ritage.<\/span><b><br \/>\n<\/b><span class=\"StrongEmphasis\">Je pensais, Antonio, aux mots de Cocteau qui disait, me semble-t-il, qu\u2019il <i>\u00ab\u00a0n\u2019y a pas d\u2019amour, seulement des preuves d\u2019amour\u00a0\u00bb<\/i> et qui font, puisqu\u2019ils sont <\/span><em><b>vrais<\/b><\/em><span class=\"StrongEmphasis\">, que je n\u2019ai plus rien \u00e0 y ajouter.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">2012<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Et j\u2019ai pens\u00e9 \u00e0 la vie, qui est subreptice, et qui rarement laisse appara\u00eetre ses raisons \u00e0 la surface, car son vrai parcours se situe en profondeur, comme un fleuve karstique\u00a0\u00bb\u00a0(Tabucchi) Je pense, alors que, hypocrites ou sinc\u00e8res, simples ou ampoul\u00e9s, les hommages affluent du monde entier dans leur superbe inutilit\u00e9, \u00e0 notre derni\u00e8re rencontre apr\u00e8s un hommage et une signature \u00e0 la Maison de l\u2019Am\u00e9rique Latine, \u00e0 cette longue discussion m\u00ealant dans d\u2019in\u00e9gales proportions trois langues romanes, \u00e0 l\u2019adresse \u00e9lectronique qui tant servit par la suite, griffonn\u00e9e au dos du livre que j\u2019emportais et qui aura \u00e9t\u00e9 le dernier de vous que j\u2019eus le bonheur de lire. Je pense \u00e0 la phrase de Mallarm\u00e9 affirmant qu\u2019il \u00ab\u00a0n\u2019y a pas de prose\u00a0\u00bb, qu\u2019il \u00ab\u00a0n\u2019existe que des vers plus ou moins rythm\u00e9s\u00a0\u00bb, et qui tant vaut pour vos \u00e9crits. Je pense \u00e0 votre langue, qui depuis si longtemps incarne pour moi la plus vraie des demeures, halte et lisi\u00e8re, abri et horizon, et bien plus encore \u2013 mais pas entrep\u00f4t \u00e0 outils, ah \u00e7a non, jamais! Je revois le scintillement des mots, leur pouss\u00e9e abrupte ne g\u00e9rant que ses propres lois mais visant, de par ce mouvement m\u00eame, l\u2019\u00eatre comme la chose partout et toujours pourvus d\u2019Histoire telle qu\u2019elle se glisse entre les s\u00e9diments du langage en ces lieux et temps dont la m\u00e9taphore est l\u2019absolution, non pas dans le r\u00f4le pauvre et souvent pervers que lui assigne la th\u00e9orie, mais dans le sens le plus large, le plus secret et d\u00e9finitif qui a toujours \u00e9t\u00e9 celui par lequel elle vint \u00e0 notre rencontre, l\u00e0 o\u00f9 les mots d\u00e9bordent de toutes parts leur signification, o\u00f9 leur m\u00eal\u00e9e incendiaire s\u2019inscrit bien moins dans l\u2019appropriation et la v\u00e9rit\u00e9 des termes et des valeurs que dans le mouvement qui les mobilise et les accouple, l\u00e0 o\u00f9 elle se fait substance et non pas attribut, l\u00e0 o\u00f9 rien n\u2019est infid\u00e8le, mensonger ou feint, mais sourdement m\u00fbri dans les entrailles d\u2019une m\u00e9moire assur\u00e9e d\u00e9sormais de son h\u00e9ritage. Je pensais, Antonio, aux mots de Cocteau qui disait, me semble-t-il, qu\u2019il \u00ab\u00a0n\u2019y a pas d\u2019amour, seulement des preuves d\u2019amour\u00a0\u00bb et qui font, puisqu\u2019ils sont vrais, que je n\u2019ai plus rien \u00e0 y ajouter. 2012<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":3064,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[35,2],"tags":[1684,1711],"class_list":["post-3061","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-chronique","category-une","tag-andre-rougier","tag-antonio-tabucchi"],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3061","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3061"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3061\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3067,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3061\/revisions\/3067"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3064"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3061"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3061"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3061"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}