{"id":3196,"date":"2022-10-05T20:02:26","date_gmt":"2022-10-05T18:02:26","guid":{"rendered":"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=3196"},"modified":"2022-10-05T20:02:56","modified_gmt":"2022-10-05T18:02:56","slug":"chronique-christophe-esnault-vivre-1-40-par-guillaume-basquin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2022\/10\/05\/chronique-christophe-esnault-vivre-1-40-par-guillaume-basquin\/","title":{"rendered":"[Chronique] Christophe ESNAULT, Vivre, 1-40, par Guillaume Basquin"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400;\">Christophe ESNAULT,<strong> <em>Vivre, 1-40<\/em><\/strong>, \u00e9ditions des Rues et des Bois, \u00e9t\u00e9 2022, 50 pages, 14\u20ac, ISBN\u00a0: 978-2-9569476-8-4.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">C\u2019est dans le fragment que Christophe Esnault, n\u00e9 po\u00e8te, est le meilleur. Il a tendance \u00e0 se perdre dans les longues phrases, alors que le style fragmentaire lui permet toutes les rages (rage de vivre, ainsi que l\u2019indique le titre), tous les mitraillages, en montage-cut\u00a0: \u00ab\u00a0Apprendre \u00e0 se <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft  wp-image-3199\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/EsnaultVivre.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"297\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/EsnaultVivre.jpg 200w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/EsnaultVivre-111x150.jpg 111w\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/>mouvoir dans le ciment. Les situations inextricables sont amies des sangles. [\u2026] Dentition refaite avec une cha\u00eene de v\u00e9lo.\u00a0\u00bb La fibre po\u00e9tique n\u2019est pas la m\u00eame que la romanesque, et vice versa. Le roman ne permet pas de tuer son lecteur\u00a0; le po\u00e8me, si\u00a0! Voyez donc cet encha\u00eenement d\u2019un tableau l\u2019autre (car le livre est compos\u00e9 de 40 tableaux, probable r\u00e9miniscence chiffr\u00e9e de <em>4:48 Psychose<\/em> de Sarah Kane, livre qui a le plus marqu\u00e9 l\u2019auteur selon ses dires)\u00a0: \u00ab\u00a0Boxer, seule rh\u00e9torique\u00a0\u00bb\u00a0; puis\u00a0: \u00ab\u00a0\u00catre le combat\u00a0\u00bb\u00a0; et afin de\u00a0: \u00ab\u00a0Fusiller avec des phrases d\u00e9finitives.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Comme la pi\u00e8ce de Sarah Kane, <strong><em>Vivre, 1-40<\/em><\/strong> se pr\u00e9sente sous la forme d\u2019un monologue int\u00e9rieur introspectif d\u2019un auteur atteint de d\u00e9pression psychotique r\u00e9currente. Sauf que le suicide n\u2019est pas pr\u00e9vu \u00e0 4h48 comme chez l\u2019auteure britannique, mais sans cesse repouss\u00e9 par l\u2019\u00e9criture (le pr\u00e9c\u00e9dent opus de l\u2019auteur\u00a0 ne s\u2019appelle-t-il pas <em>Aorte ador\u00e9e\u00a0<\/em>?), puisque \u00ab\u00a0rien n\u2019existe r\u00e9ellement hors la douleur\u00a0\u00bb. Pour passer la nuit, \u00ab\u00a0taper le mot solitude sur un moteur de recherche\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Le souvenir de la po\u00e9sie surr\u00e9aliste inspire et dope notre auteur\u00a0: \u00ab\u00a0Attendre son tour \u00e0 la caisse le corps recouvert d\u2019\u00e9cailles argent\u00e9es.\u00a0\u00bb Ou bien\u00a0: \u00ab\u00a0Compter les morceaux blancs dans la bo\u00eete avant de sucrer son caf\u00e9 froid.\u00a0\u00bb Et aussi\u00a0: \u00ab\u00a0Au bord des b\u00fbches fendues le sang jaune d\u2019un merle bless\u00e9.\u00a0\u00bb Pourtant, c\u2019est dans la description des d\u00e9chirures du r\u00e9el que l\u2019auteur excelle le mieux\u00a0: \u00ab\u00a0Haine de soi et du monde grav\u00e9e au canif sur la cabane du pendu. Carnivore albinos l\u00e2ch\u00e9 \u00e0 l\u2019entr\u00e9e d\u2019un terrier.\u00a0\u00bb Coupez\u00a0! (Ceci, pour l\u2019adaptation cin\u00e9matographique par Harmony Korine.)<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Je n\u2019ai pas encore dit que le dire de Christophe Esnault abolit toute marque de ponctuation, sauf le point. Mani\u00e8re de trancher, couper net\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c9corcher jusqu\u2019au sang et sous les cro\u00fbtes.\u00a0\u00bb Cut.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Pourtant, rien n\u2019est perdu puisque \u00ab\u00a0toute vie n\u2019a pas encore \u00e9t\u00e9 confisqu\u00e9e\u00a0\u00bb. C\u2019est pourquoi <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-3198\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/EsnaultManque_photo.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"230\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/EsnaultManque_photo.jpg 200w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/EsnaultManque_photo-130x150.jpg 130w\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/>saint Christophe dans son propre d\u00e9sert continue encore et encore \u00e0 \u00ab\u00a0\u00c9crire un livre et planter un arbre oui mais s\u2019en tenir l\u00e0\u00a0\u00bb. S\u2019en tenant l\u00e0, fid\u00e8le scribe, il n\u2019arr\u00eate pas d\u2019\u00e9crire, esp\u00e9rant \u00ab\u00a0une petite heure d\u2019\u00e9coute\u00a0\u00bb. Vers la fin, c\u2019est la tentation baudelairienne\u00a0: \u00ab\u00a0Deux panneaux oppos\u00e9s dirigent vers <em>Anywhere<\/em>.\u00a0\u00bb <em>Anywhere out of\u00a0 the world<\/em>, bien s\u00fbr\u00a0!\u2026<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>Enfin, mon \u00e2me fait explosion, et sagement elle me crie\u00a0:<br \/>\n<\/em><em>\u00ab\u00a0N\u2019importe o\u00f9\u00a0! n\u2019importe o\u00f9\u00a0! pourvu que ce soit hors du monde\u00a0!<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00ab\u00a0L\u2019assertion foudroie qui \u00e9coute\u00a0\u00bb\u00a0? Allez donc y voir par vous m\u00eame, si vous ne me voulez pas croire.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Christophe ESNAULT, Vivre, 1-40, \u00e9ditions des Rues et des Bois, \u00e9t\u00e9 2022, 50 pages, 14\u20ac, ISBN\u00a0: 978-2-9569476-8-4. C\u2019est dans le fragment que Christophe Esnault, n\u00e9 po\u00e8te, est le meilleur. Il a tendance \u00e0 se perdre dans les longues phrases, alors que le style fragmentaire lui permet toutes les rages (rage de vivre, ainsi que l\u2019indique le titre), tous les mitraillages, en montage-cut\u00a0: \u00ab\u00a0Apprendre \u00e0 se mouvoir dans le ciment. Les situations inextricables sont amies des sangles. [\u2026] Dentition refaite avec une cha\u00eene de v\u00e9lo.\u00a0\u00bb La fibre po\u00e9tique n\u2019est pas la m\u00eame que la romanesque, et vice versa. Le roman ne permet pas de tuer son lecteur\u00a0; le po\u00e8me, si\u00a0! Voyez donc cet encha\u00eenement d\u2019un tableau l\u2019autre (car le livre est compos\u00e9 de 40 tableaux, probable r\u00e9miniscence chiffr\u00e9e de 4:48 Psychose de Sarah Kane, livre qui a le plus marqu\u00e9 l\u2019auteur selon ses dires)\u00a0: \u00ab\u00a0Boxer, seule rh\u00e9torique\u00a0\u00bb\u00a0; puis\u00a0: \u00ab\u00a0\u00catre le combat\u00a0\u00bb\u00a0; et afin de\u00a0: \u00ab\u00a0Fusiller avec des phrases d\u00e9finitives.\u00a0\u00bb Comme la pi\u00e8ce de Sarah Kane, Vivre, 1-40 se pr\u00e9sente sous la forme d\u2019un monologue int\u00e9rieur introspectif d\u2019un auteur atteint de d\u00e9pression psychotique r\u00e9currente. Sauf que le suicide n\u2019est pas pr\u00e9vu \u00e0 4h48 comme chez l\u2019auteure britannique, mais sans cesse repouss\u00e9 par l\u2019\u00e9criture (le pr\u00e9c\u00e9dent opus de l\u2019auteur\u00a0 ne s\u2019appelle-t-il pas Aorte ador\u00e9e\u00a0?), puisque \u00ab\u00a0rien n\u2019existe r\u00e9ellement hors la douleur\u00a0\u00bb. Pour passer la nuit, \u00ab\u00a0taper le mot solitude sur un moteur de recherche\u00a0\u00bb. Le souvenir de la po\u00e9sie surr\u00e9aliste inspire et dope notre auteur\u00a0: \u00ab\u00a0Attendre son tour \u00e0 la caisse le corps recouvert d\u2019\u00e9cailles argent\u00e9es.\u00a0\u00bb Ou bien\u00a0: \u00ab\u00a0Compter les morceaux blancs dans la bo\u00eete avant de sucrer son caf\u00e9 froid.\u00a0\u00bb Et aussi\u00a0: \u00ab\u00a0Au bord des b\u00fbches fendues le sang jaune d\u2019un merle bless\u00e9.\u00a0\u00bb Pourtant, c\u2019est dans la description des d\u00e9chirures du r\u00e9el que l\u2019auteur excelle le mieux\u00a0: \u00ab\u00a0Haine de soi et du monde grav\u00e9e au canif sur la cabane du pendu. Carnivore albinos l\u00e2ch\u00e9 \u00e0 l\u2019entr\u00e9e d\u2019un terrier.\u00a0\u00bb Coupez\u00a0! (Ceci, pour l\u2019adaptation cin\u00e9matographique par Harmony Korine.) Je n\u2019ai pas encore dit que le dire de Christophe Esnault abolit toute marque de ponctuation, sauf le point. 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