{"id":345,"date":"2004-02-24T04:53:21","date_gmt":"2004-02-24T03:53:21","guid":{"rendered":"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=345"},"modified":"2023-08-15T10:07:27","modified_gmt":"2023-08-15T08:07:27","slug":"chronique-poemathematique-de-leffroi-a-propos-dun-theoreme-despitallier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2004\/02\/24\/chronique-poemathematique-de-leffroi-a-propos-dun-theoreme-despitallier\/","title":{"rendered":"[Chronique] Po\u00e9math\u00e9matique de l\u2019effroi (\u00e0 propos d\u2019un Th\u00e9or\u00e8me d\u2019Espitallier)"},"content":{"rendered":"<div class=\"single-post \">\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Po\u00e9math\u00e9matique de l\u2019effroi<\/strong><br \/>\n<em> (\u00e0 propos du Th\u00e9or\u00e8me d\u2019Espitallier de Jean-Michel Espitallier)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\u00ab Le silence de ces espaces infinis m\u2019effraie \u00bb \u00e9non\u00e7ait Pascal, marquant par l\u00e0 le caract\u00e8re profond\u00e9ment d\u00e9sesp\u00e9rant de cet infini g\u00e9om\u00e9trique de l\u2019espace, infini auquel rien ne semblait devoir r\u00e9pondre si ce n\u2019est sa foi. Faisant \u00e9cho \u00e0 cela, par l\u2019infini arithm\u00e9tique qu\u2019il met \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans son dernier texte publi\u00e9 dans <em><strong>JAVA<\/strong><\/em> (n\u00b025-26, octobre 2oo3), Jean-Michel Espitallier, rencontre par la po\u00e9sie cette m\u00eame interrogation de l\u2019infini spatial dans lequel s\u2019incarne mat\u00e9riellement le sujet humain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce texte, \u00ab Jean-Michel et le spoutnik \u00bb, inscrit \u00e0 m\u00eame le livre l\u2019expression math\u00e9matique de l\u2019espace et du temps, ceci dans l\u2019\u00e9cart qui s\u00e9pare et met cependant en relation le 4 octobre 1957, 22h28, lancement de Spoutnik 1 et le 4 octobre 1957 \u00e0 23h30, naissance de Jean-Michel Espitallier. Entre ces deux \u00e9v\u00e9nements d\u00e9crits objectivement, se condensent sur fond noir, des lignes satur\u00e9es de chiffres, une sorte de d\u00e9compte, celui des secondes qui s\u00e9parent les deux \u00e9v\u00e9nements, d\u00e9compte, \u00ab 5123513151305129 \u2026 \u00bb, d\u00e9compte qui lentement glisse, devient entropique, bris\u00e9 d\u2019injonctions, de morceaux de m\u00e9moire (titres de films, mots scientifiques, noms de th\u00e9orie, citations, auteurs\u2026) qui font effractions et trouent la ligne arithm\u00e9tique. Oui d\u00e9compte qui brise toute logique du d\u00e9compte, ne s\u2019arr\u00eatant pas au second \u00e9v\u00e9nement, mais se poursuivant, absurdement (all 9000 contr\u00f4le-t-il encore quelque chose ?), comme s\u2019il s\u2019agissait de chiffres agglom\u00e9r\u00e9s sans autre plaisir que leur rythme visuel. Par ce dispositif, Espitallier repositionne non seulement le sujet de la po\u00e9sie (l\u2019\u00e9nonciateur), mais aussi la nature m\u00eame des possibilit\u00e9s po\u00e9tiques de son \u00e9nonciation. C\u2019est ce qu\u2019il para\u00eet avoir surtout exprim\u00e9 dans Le th\u00e9or\u00e8me d\u2019Espitallier qu\u2019il a publi\u00e9 au cours de l\u2019ann\u00e9e 2003.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Que cela soit dans <em><strong>JAVA<\/strong><\/em> ou bien dans le <strong><em>Th\u00e9or\u00e8me<\/em><\/strong>, dispositif de spatialisation identique : le livre se d\u00e9crit comme ouvert \u00e0 la fois infiniment en tant que lieu d\u2019\u00e9criture et sens. L\u2019homme, pris dans la question de lui-m\u00eame, de sa mise en question en tant qu\u2019ouvert \u00e0 un monde, l\u2019homme qui se demande \u00ab pourquoi il se pose la question pourquoi \u00bb, est plac\u00e9 entre deux infinis, posture pascalienne de la po\u00e9sie. Il n\u2019est cependant pas v\u00e9ritablement questionnant, il fait le constat de l\u2019absurdit\u00e9 et de la vanit\u00e9 du langage face \u00e0 ces infinis. Vanit\u00e9 de vouloir nombrer, compter, compter absurdement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">277278277727627 galil\u00e9o75277427732<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Imm\u00e9diatement, son <em><strong>Th\u00e9or\u00e8me<\/strong><\/em> nous l\u2019exprime, nous commen\u00e7ons par un infini, \u00ab silence since silence \u00bb, pour entrer dans l\u2019horizon de l\u2019interrogation m\u00e9taphysique leibnizienne et heideggerienne pouss\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 l\u2019extr\u00eame de son absurde : \u00ab Quelque chose plut\u00f4t que rien \/ Tout plut\u00f4t que quelque chose \/ Tout le rien dans chaque rien \/ Rien du tout plut\u00f4t que rien \/ Tout le tout dans quelque chose (\u2026) \u00bb. Nous faisons face \u00e0 un sens qui a commenc\u00e9 avant nous, un questionnement qui se transmettrait de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration, comme une ritournelle rem\u00e2ch\u00e9e et d\u00e9form\u00e9e lors de chaque transmission.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est \u00e0 partir de l\u00e0 que la po\u00e9sie se constitue, poi\u00e9sie, \u0153uvre autonome, marque insistante d\u2019une pr\u00e9sence qui voit non seulement \u00e0 partir d\u2019elles-m\u00eames mais aussi \u00e0 partir des prismes, des optiques, des filtres qui la constituent. Chaque texte d\u2019Espitallier se <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-4295\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2004\/02\/theoreme-d-espitallier.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"340\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2004\/02\/theoreme-d-espitallier.jpg 220w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2004\/02\/theoreme-d-espitallier-194x300.jpg 194w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2004\/02\/theoreme-d-espitallier-97x150.jpg 97w\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/>pr\u00e9sente bien comme une machine optique, une structure du livre mettant \u00e0 l\u2019\u00e9preuve la mat\u00e9rialit\u00e9 du livre \u00e0 travers les jeux provoqu\u00e9s au niveau de la vue. Commencement : le silence, la question, puis 3\u00e8me page, deux disques blancs sur fond noir, au dessus desquels est not\u00e9 : \u00ab POUR CONTINUER REGARDER DANS L\u2019APPAREIL \u00bb. Oui, ind\u00e9niablement, po\u00e9sie, parce qu\u2019en-dehors de ce constat du silence effrayant et de l\u2019infini noir qui ouvre \u00e0 la question \u00ab pourquoi \u00bb, ne reste plus que l\u2019interpr\u00e9tation, comme celle d\u2019un musicien, ne reste plus que le positionnement d\u2019un regard, qui n\u2019est peut-\u00eatre pas le plus au centre, le plus englobant, le plus omniscient. Regard ph\u00e9nom\u00e9nalement inscrit dans la pr\u00e9carit\u00e9 d\u2019un lieu. Page suivante : une terrasse en haute montagne, deux hommes, dont l\u2019un est Jean-Michel Espitallier, deux hommes qui parlent de po\u00e9sie et du rapport avec les math\u00e9matiques. Car, ind\u00e9niablement pour Espitallier, son <em><strong>Th\u00e9or\u00e8me<\/strong><\/em> r\u00e9fl\u00e9chit le rapport entre dire po\u00e9tique-sciences-univers. Et pour lui, mais comme c\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 le cas dans ses textes pr\u00e9c\u00e9dents, \u00ab les math\u00e9matiques actionnent les moteurs qui travaillent sous le capot du livre. \u00bb L\u2019optique de formation de l\u2019interpr\u00e9tation du monde dans laquelle nous entra\u00eene Espitallier prend sa source dans une \u00ab poign\u00e9e d\u2019algorithmes (\u2026) des proportions et des fa\u00e7ons de plis \u00bb dans la mani\u00e8re de \u00ab r\u00e9partir et distribuer le grouillement \u00bb. Mais l\u2019interpr\u00e9tation ne pr\u00e9tend aucunement r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019\u00e9nigme, ne pr\u00e9tend pas reboucher la b\u00e9ance de la question.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les listes, les \u00e9num\u00e9rations, les comptes, les tautologies, les r\u00e9p\u00e9titions, les aditions, tout cela participe \u00e0 chaque fois \u2014 certes \u2014 de la volont\u00e9 de saturer le z\u00e9ro, toutefois \u00ab la liste comble avec du trop plein du tr\u00e8s vide \u00bb, elle cr\u00e9e de l\u2019infini, de l\u2019illimit\u00e9, et ouvre \u00e0 une dimension d\u2019apeiron, d\u2019ind\u00e9fini mat\u00e9riel en voulant court-circuiter l\u2019ab\u00eeme ontologique du sens. Face au vide du z\u00e9ro, l\u2019infini des mots et des calculs, l\u2019infini, \u00ab un impossible sur lequel le cerveau s\u2019\u00e9puise \u00bb. Le dispositif, la machine visuelle que met en place Espitallier est de l\u2019ordre du pi\u00e8ge, du faux semblent qui met en porte-\u00e0-faux le lecteur et le renvoie \u00e0 lui-m\u00eame. Il d\u00e9joue la perspective dialectique de la compr\u00e9hension, en la soumettant \u00e0 l\u2019ind\u00e9fini de l\u2019accumulation, de la r\u00e9it\u00e9ration.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Se signe l\u00e0, un des traits de la po\u00e9sie objectiviste am\u00e9ricaine telle qu\u2019elle s\u2019est incarn\u00e9e \u00e0 partir de Stein. Prigent l\u2019explique parfaitement dans <strong><em>Une erreur de la nature<\/em><\/strong> (ed. POL, 1996) \u00ab la force de l\u2019\u00e9criture de Stein (\u2026) c\u2019est d\u2019op\u00e9rer ce d\u00e9tachement, de forcer \u00e0 ce d\u00e9doublement schizo\u00efde, le lecteur se lisant \u00bb. Litt\u00e9rature qui ne pose plus le po\u00e9tique contre la logique ou les math\u00e9matiques, qui ne revendique plus une ext\u00e9riorit\u00e9 ontologique premi\u00e8re, mais qui montre que le po\u00e9tique est une modalit\u00e9, un jeu, et non pas un contenu linguistique d\u00e9termin\u00e9 (un genre). La litt\u00e9rature : un mode d\u2019articulations de la langue en tant que monde, quelle que soit sa provenance, une intensit\u00e9 de mise en mouvement des mots gel\u00e9s et fig\u00e9s dans des cadres logico-linguistiques institu\u00e9s et surveill\u00e9s. Par cons\u00e9quent une litt\u00e9rature dont la mati\u00e8re linguistique, esth\u00e9tique et logique ne fait plus la diff\u00e9rence entre le litt\u00e9raire, le paralitt\u00e9raire ou l\u2019extralitt\u00e9raire. Espitallier, dans une m\u00eame lign\u00e9e, croisant l\u2019objectivisme am\u00e9ricain, travaille \u00e0 tromper le lecteur, \u00e0 le neutraliser dans sa volont\u00e9 de captation d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 \u00e9tablie. Le lecteur est lui-m\u00eame d\u00e9sign\u00e9, suspect\u00e9 de regarder de trop pr\u00e8s (\u00ab \u2014 vous avez entendu ? Ce bruit derri\u00e8re la vitre ? \u2014 Ne vous inqui\u00e9tez pas, ce ne sont que des moutons. \u2014 Je ne crois pas. C\u2019\u00e9tait comme un froissement de papier. Il y avait quelqu\u2019un tout \u00e0 l\u2019heure, un peu plus haut, qui nous observait. (\u2026) Si si, je vous assure, on nous \u00e9coutait \u00bb). La lecture renvoie \u00e0 la fois \u00e0 ce qu\u2019est un objet po\u00e9tique, et \u00e0 ce qu\u2019est l\u2019interpr\u00e9tation de cet objet. Nous faisant d\u00e9marrer sur un compte infini de mouton, nous faisant commencer dans un regard qui broie du noir et compte les moutons de l\u2019insomnie provoqu\u00e9e par le silence, il nous fait tourner en boucle, et nous fait \u00e9choir dans la suite infinie de ce compte sans fin. Stein le disait : \u00ab L\u2019\u00e9criture n\u2019est ni souvenir ni oubli ni commencement ni fin \u00bb. L\u2019\u00e9criture est endurance de sa propre donation, elle est le saisissement de ce qui sans m\u00e9moire, referm\u00e9 sur soi, singulier, cependant renvoie \u00e0 l\u2019identit\u00e9 intime pour soi de la litt\u00e9rature. Loin de donner, la prolif\u00e9ration retire, n\u2019a de cesse justement de montrer que cela s\u2019\u00e9chappe, que le sens n\u2019est qu\u2019\u00e0 la mesure non pas d\u2019une absence, mais de la prolif\u00e9ration elle-m\u00eame comme saturation du vide. Ainsi, le dialogue qui traverse tout le livre, dans lequel des noms, des r\u00e9f\u00e9rences, des lieux \u2014 pour m\u00e9moire \u2014 vont \u00eatre cit\u00e9s, laisse la place \u00e0 l\u2019absurde liste de noms, de r\u00e9f\u00e9rences, de lieux, qui non seulement ne peut se clore, mais qui en plus par l\u2019amoncellement et les profusions h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes, conduit \u00e0 une impossibilit\u00e9 de comprendre. C\u2019est pour cela que la po\u00e9sie n\u2019est plus la marque de la singularit\u00e9 d\u2019un sujet, son cri (\u00ab Eh bien\u2026 cet Espitallier du th\u00e9or\u00e8me ? \u2014 Comment ? vous n\u2019allez tout de m\u00eame pas me dire que vous avez cru une chose pareille\u2026 Pure invention en v\u00e9rit\u00e9 ? \u00bb), mais qu\u2019elle vient se d\u00e9terminer comme un dispositif d\u2019o\u00f9 s\u2019est absent\u00e9 le sujet, o\u00f9 il n\u2019est l\u00e0 qu\u2019en tant que conscience exp\u00e9rimentatrice de compositions de sens possible, regard passif qui ne fait qu\u2019interpr\u00e9ter selon ses propres logiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Litt\u00e9rature compositionnelle, de la composition, du sens \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans la forme m\u00eame du texte, l\u2019univers math\u00e9matique est jou\u00e9 par la trajectoire op\u00e9r\u00e9e par celui qui \u00e9crit, lui-m\u00eame int\u00e9gr\u00e9 en tant que clone litt\u00e9raire, personnage conceptuel dans son texte. Ce livre, de mauvais genre \u00e0 n\u2019en point douter, active ainsi une interrogation ontologique qui par son cynisme d\u00e9robe la figure humaine de toute certitude sur elle-m\u00eame et sur le sens m\u00eame de sa qu\u00eate de v\u00e9rit\u00e9. Loin de l\u2019ontologie de la po\u00e9sie donn\u00e9e par Heidegger, renvoyant le po\u00e8te \u00e0 \u00eatre la vigile de l\u2019\u00eatre et de sa v\u00e9rit\u00e9 retir\u00e9e, l\u2019ontologie d\u2019Espitallier ouvre sur un tragique panique, sur l\u2019absurdit\u00e9 d\u2019une condition humaine qui est \u00e0 l\u2019image de Sisyphe, \u00e0 poursuivre sans fin sa qu\u00eate de sens et de ma\u00eetrise du monde, sans jamais pouvoir rencontrer le sommeil, devant assumer une perp\u00e9tuelle insomnie.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Po\u00e9math\u00e9matique de l\u2019effroi (\u00e0 propos du Th\u00e9or\u00e8me d\u2019Espitallier de Jean-Michel Espitallier) \u00ab Le silence de ces espaces infinis m\u2019effraie \u00bb \u00e9non\u00e7ait Pascal, marquant par l\u00e0 le caract\u00e8re profond\u00e9ment d\u00e9sesp\u00e9rant de cet infini g\u00e9om\u00e9trique de l\u2019espace, infini auquel rien ne semblait devoir r\u00e9pondre si ce n\u2019est sa foi. Faisant \u00e9cho \u00e0 cela, par l\u2019infini arithm\u00e9tique qu\u2019il met \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans son dernier texte publi\u00e9 dans JAVA (n\u00b025-26, octobre 2oo3), Jean-Michel Espitallier, rencontre par la po\u00e9sie cette m\u00eame interrogation de l\u2019infini spatial dans lequel s\u2019incarne mat\u00e9riellement le sujet humain. Ce texte, \u00ab Jean-Michel et le spoutnik \u00bb, inscrit \u00e0 m\u00eame le livre l\u2019expression math\u00e9matique de l\u2019espace et du temps, ceci dans l\u2019\u00e9cart qui s\u00e9pare et met cependant en relation le 4 octobre 1957, 22h28, lancement de Spoutnik 1 et le 4 octobre 1957 \u00e0 23h30, naissance de Jean-Michel Espitallier. 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Par ce dispositif, Espitallier repositionne non seulement le sujet de la po\u00e9sie (l\u2019\u00e9nonciateur), mais aussi la nature m\u00eame des possibilit\u00e9s po\u00e9tiques de son \u00e9nonciation. C\u2019est ce qu\u2019il para\u00eet avoir surtout exprim\u00e9 dans Le th\u00e9or\u00e8me d\u2019Espitallier qu\u2019il a publi\u00e9 au cours de l\u2019ann\u00e9e 2003. Que cela soit dans JAVA ou bien dans le Th\u00e9or\u00e8me, dispositif de spatialisation identique : le livre se d\u00e9crit comme ouvert \u00e0 la fois infiniment en tant que lieu d\u2019\u00e9criture et sens. L\u2019homme, pris dans la question de lui-m\u00eame, de sa mise en question en tant qu\u2019ouvert \u00e0 un monde, l\u2019homme qui se demande \u00ab pourquoi il se pose la question pourquoi \u00bb, est plac\u00e9 entre deux infinis, posture pascalienne de la po\u00e9sie. Il n\u2019est cependant pas v\u00e9ritablement questionnant, il fait le constat de l\u2019absurdit\u00e9 et de la vanit\u00e9 du langage face \u00e0 ces infinis. Vanit\u00e9 de vouloir nombrer, compter, compter absurdement. 277278277727627 galil\u00e9o75277427732 Imm\u00e9diatement, son Th\u00e9or\u00e8me nous l\u2019exprime, nous commen\u00e7ons par un infini, \u00ab silence since silence \u00bb, pour entrer dans l\u2019horizon de l\u2019interrogation m\u00e9taphysique leibnizienne et heideggerienne pouss\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 l\u2019extr\u00eame de son absurde : \u00ab Quelque chose plut\u00f4t que rien \/ Tout plut\u00f4t que quelque chose \/ Tout le rien dans chaque rien \/ Rien du tout plut\u00f4t que rien \/ Tout le tout dans quelque chose (\u2026) \u00bb. Nous faisons face \u00e0 un sens qui a commenc\u00e9 avant nous, un questionnement qui se transmettrait de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration, comme une ritournelle rem\u00e2ch\u00e9e et d\u00e9form\u00e9e lors de chaque transmission. C\u2019est \u00e0 partir de l\u00e0 que la po\u00e9sie se constitue, poi\u00e9sie, \u0153uvre autonome, marque insistante d\u2019une pr\u00e9sence qui voit non seulement \u00e0 partir d\u2019elles-m\u00eames mais aussi \u00e0 partir des prismes, des optiques, des filtres qui la constituent. Chaque texte d\u2019Espitallier se pr\u00e9sente bien comme une machine optique, une structure du livre mettant \u00e0 l\u2019\u00e9preuve la mat\u00e9rialit\u00e9 du livre \u00e0 travers les jeux provoqu\u00e9s au niveau de la vue. Commencement : le silence, la question, puis 3\u00e8me page, deux disques blancs sur fond noir, au dessus desquels est not\u00e9 : \u00ab POUR CONTINUER REGARDER DANS L\u2019APPAREIL \u00bb. Oui, ind\u00e9niablement, po\u00e9sie, parce qu\u2019en-dehors de ce constat du silence effrayant et de l\u2019infini noir qui ouvre \u00e0 la question \u00ab pourquoi \u00bb, ne reste plus que l\u2019interpr\u00e9tation, comme celle d\u2019un musicien, ne reste plus que le positionnement d\u2019un regard, qui n\u2019est peut-\u00eatre pas le plus au centre, le plus englobant, le plus omniscient. Regard ph\u00e9nom\u00e9nalement inscrit dans la pr\u00e9carit\u00e9 d\u2019un lieu. Page suivante : une terrasse en haute montagne, deux hommes, dont l\u2019un est Jean-Michel Espitallier, deux hommes qui parlent de po\u00e9sie et du rapport avec les math\u00e9matiques. Car, ind\u00e9niablement pour Espitallier, son Th\u00e9or\u00e8me r\u00e9fl\u00e9chit le rapport entre dire po\u00e9tique-sciences-univers. Et pour lui, mais comme c\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 le cas dans ses textes pr\u00e9c\u00e9dents, \u00ab les math\u00e9matiques actionnent les moteurs qui travaillent sous le capot du livre. \u00bb L\u2019optique de formation de l\u2019interpr\u00e9tation du monde dans laquelle nous entra\u00eene Espitallier prend sa source dans une \u00ab poign\u00e9e d\u2019algorithmes (\u2026) des proportions et des fa\u00e7ons de plis \u00bb dans la mani\u00e8re de \u00ab r\u00e9partir et distribuer le grouillement \u00bb. Mais l\u2019interpr\u00e9tation ne pr\u00e9tend aucunement r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019\u00e9nigme, ne pr\u00e9tend pas reboucher la b\u00e9ance de la question. Les listes, les \u00e9num\u00e9rations, les comptes, les tautologies, les r\u00e9p\u00e9titions, les aditions, tout cela participe \u00e0 chaque fois \u2014 certes \u2014 de la volont\u00e9 de saturer le z\u00e9ro, toutefois \u00ab la liste comble avec du trop plein du tr\u00e8s vide \u00bb, elle cr\u00e9e de l\u2019infini, de l\u2019illimit\u00e9, et ouvre \u00e0 une dimension d\u2019apeiron, d\u2019ind\u00e9fini mat\u00e9riel en voulant court-circuiter l\u2019ab\u00eeme ontologique du sens. Face au vide du z\u00e9ro, l\u2019infini des mots et des calculs, l\u2019infini, \u00ab un impossible sur lequel le cerveau s\u2019\u00e9puise \u00bb. Le dispositif, la machine visuelle que met en place Espitallier est de l\u2019ordre du pi\u00e8ge, du faux semblent qui met en porte-\u00e0-faux le lecteur et le renvoie \u00e0 lui-m\u00eame. Il d\u00e9joue la perspective dialectique de la compr\u00e9hension, en la soumettant \u00e0 l\u2019ind\u00e9fini de l\u2019accumulation, de la r\u00e9it\u00e9ration. Se signe l\u00e0, un des traits de la po\u00e9sie objectiviste am\u00e9ricaine telle qu\u2019elle s\u2019est incarn\u00e9e \u00e0 partir de Stein. Prigent l\u2019explique parfaitement dans Une erreur de la nature (ed. POL, 1996) \u00ab la force de l\u2019\u00e9criture de Stein (\u2026) c\u2019est d\u2019op\u00e9rer ce d\u00e9tachement, de forcer \u00e0 ce d\u00e9doublement schizo\u00efde, le lecteur se lisant \u00bb. Litt\u00e9rature qui ne pose plus le po\u00e9tique contre la logique ou les math\u00e9matiques, qui ne revendique plus une ext\u00e9riorit\u00e9 ontologique premi\u00e8re, mais qui montre que le po\u00e9tique est une modalit\u00e9, un jeu, et non pas un contenu linguistique d\u00e9termin\u00e9 (un genre). 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