{"id":348,"date":"2004-03-01T04:56:41","date_gmt":"2004-03-01T03:56:41","guid":{"rendered":"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=348"},"modified":"2023-08-14T17:35:59","modified_gmt":"2023-08-14T15:35:59","slug":"chronique-lissez-les-couleurs-de-joel-hubaut","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2004\/03\/01\/chronique-lissez-les-couleurs-de-joel-hubaut\/","title":{"rendered":"[chronique] Lissez les couleurs, de Jo\u00ebl Hubaut"},"content":{"rendered":"<div class=\"single-post \">\n<p style=\"text-align: justify;\">De 1997 \u00e0 1999, Jo\u00ebl Hubaut a \u00e9crit un long po\u00e8me, Put-Put, dont chaque vers commence par \u00ab\u00a0je voudrais\u00a0\u00bb. Plus que d\u2019insister sp\u00e9cifiquement sur le caract\u00e8re de liste de cette longue incantation du devenir du corps, ce qui ressort surtout de ce texte, de cette agglom\u00e9ration, c\u2019est la porosit\u00e9 du corps aux choses, l\u2019incubation du monde dans le corps, faisant du corps le potentiel d\u2019un monde qui est arrach\u00e9 \u00e0 sa propre logique de construction, pour en obtenir un autre. En effet, ce Put-Put, appartient \u00e0 la section EpidemiK de Hubaut, o\u00f9 le corps loin de se pr\u00f4ner l\u2019indemne, sauf de toute contagion, est p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 par les mille bribes clignotantes et ali\u00e9nantes de ce qui l\u2019entoure. Corps spongieux, aux pores \u00e9bahis et \u00e9baudis des objets amoncel\u00e9s par la logique de production, corps \u00e9ventr\u00e9 et aspirant les remugles consum\u00e9ristes des industries humaines produisant en masse les biens ali\u00e9nant de l\u2019humanit\u00e9, qui viennent dans la pens\u00e9e et la gorge s\u2019agglutiner.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce long po\u00e8me ayant travers\u00e9 dans son \u00e9criture le temps, est ainsi la trace d\u2019un devenir dispositif du corps, pour reprendre Deleuze et Guattari \u2013 Hubaut ayant travaill\u00e9 avec ce dernier \u2013 d\u2019un devenir machine de l\u2019av\u00e8nement au monde de la corpor\u00e9it\u00e9. je voudrais voir avec mes genoux, avec mon anus, avec mes talons, avec mes gencives, je voudrais des yeux au fond de la bouche, des yeux dans le pancr\u00e9as dans les intestins, je voudrais des yeux multi-block, des yeux consoles, des yeux-t\u00e9l\u00e9commandes, (\u2026) je voudrais p\u00e9riscoper, cam\u00e9ratiser, pixelliser, virtualiser (janvier 1997) Devenir machine qui est une r\u00e9forme, c\u2019est-\u00e0-dire une r\u00e9volte, contre la logique de configuration qui lui a \u00e9t\u00e9 impos\u00e9e par l\u2019ordre ext\u00e9rieur, et dont le corps ne peut que se d\u00e9mettre. Devenir machine, qui n\u2019est pas de d\u00e9truire toute organicit\u00e9, mais de refondre par l\u2019acte d\u2019une dissolution corporelle tout agencement des organes du corps, pour se refaire un corps nouveau. C\u2019est ainsi que le travail de Hubaut que cela soit dans Put-Put, EpidemiK, Le rabbit semiotiK, dans Clom, \u00e0 chaque fois semble correspondre \u00e0 la pragmatique mise en \u00e9vidence par les deux auteurs de Mille plateaux :<br \/>\n1\/ \u00e9tude de la g\u00e9n\u00e9rativit\u00e9 des signes produits dans le monde, 2\/ \u00e9tude des transformations productions des r\u00e9gimes de signes produits. 3\/ \u00e9tude des dispositifs (diagrammes) potentiels qui pourront s\u2019appliquer sur des corps ; 4\/ \u00e9tude des machines abstraites form\u00e9es qui ordonnent et r\u00e9partissent les possibles r\u00e9els (Mille Plateaux, p.182).<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-4289\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2004\/03\/Epidemik14.jpg\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"820\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2004\/03\/Epidemik14.jpg 540w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2004\/03\/Epidemik14-198x300.jpg 198w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2004\/03\/Epidemik14-99x150.jpg 99w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2004\/03\/Epidemik14-366x556.jpg 366w\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Hubaut construit en ce sens depuis 30 ans la machine immanente de son existence-corps \u00e0 partir de l\u2019exp\u00e9rience des signes qui tissent la r\u00e9alit\u00e9. C\u2019est dans cette perspective, que chez lui, la couleur a pris une importance essentielle, en tant que derri\u00e8re son accidentalit\u00e9 ontologique, elle s\u2019est bien \u00e9videmment constitu\u00e9e comme l\u2019un des crit\u00e8res de discrimination et d\u2019agencement fondamental. Ce qu\u2019il a parfaitement mis en \u00e9vidence \u00e0 travers le regard qu\u2019il porte sur la Shoah ou encore sur la constitution des identit\u00e9s nationales \u00e0 l\u2019aide des drapeaux, des fanions ! Lissez les couleurs ! \u00e0 ras l\u2019fanion s\u2019inscrit dans cet horizon de recherche, et travaille une nouvelle fois sur la question de la nouvelle configuration des signes \u00e0 partir du corps. Toutefois, alors que dans Clomix, par exemple, qui date de 2000-2001, il travaillait sur des machines-objets, des configurations d\u2019objets de m\u00eame couleurs, l\u00e0, le travail est celui d\u2019un nouvel agencement de la langue, qui appara\u00eet reprendre les quatre \u00e9tapes que nous avons indiqu\u00e9 \u00e0 partir de Deleuze et de Guattari.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout commence par une impossibilit\u00e9 \u00e0 commencer par la langue, une impossibilit\u00e9 de la langue \u00e0 dire, \u00e0 gicler de la bouche autrement que par le moule qui lui a \u00e9t\u00e9 incub\u00e9, inculqu\u00e9, impos\u00e9 par l\u2019ext\u00e9riorit\u00e9 politique et religieuse. Tout commence par l\u2019impossible commencement d\u2019une langue dont on a h\u00e9rit\u00e9, et qui parle d\u00e9j\u00e0 alors que l\u2019on n\u2019a pas commenc\u00e9 \u00e0 parler, que l\u2019on n\u2019a pas encore r\u00e9ussi \u00e0 dire les mots coinc\u00e9s au fond de la bouche, coll\u00e9s \u00e0 la gorge, coll\u00e9s et rentr\u00e9s, enfonc\u00e9s par la chair s\u00e9miotique produite par l\u2019ext\u00e9riorit\u00e9. \u00c7a fait des n\u0153uds dans la bouche qui s\u2019expanse et \u00e7a fait des n\u0153uds et \u00e7a fait des n\u0153uds dans la bouche et quelques fois les n\u0153uds bouchent la bouche qui s\u2019expanse. Tout commence par la mise en \u00e9vidence, au cours de cette impossibilit\u00e9 \u00e0 dire, de l\u2019origine des signes, de cette chair projet\u00e9e au-dedans de la gorge, engorg\u00e9e dans la bouche, la matrice \u00e0 parler invagin\u00e9e du moule institu\u00e9 par les forces qui lui sont ext\u00e9rieures. Tout commence par cette impossibilit\u00e9 des signes propres, car voulant dire proprement ce qui est \u00e0 dire, la langue se coince dans le moule de la normalisation linguistique qui lui a \u00e9t\u00e9 ancr\u00e9e. Ici, Hubaut fait \u0153uvre d\u2019une v\u00e9ritable r\u00e9flexion po\u00e9tique sur le langage et se pose \u00e0 distance de toute forme idiolectale au sens de la recherche d\u2019Artaud ou encore de la d\u00e9finition de Barthes : la langue imm\u00e9diatement s\u2019emp\u00eatre toujours, revendiquant son autonomie et son (au\/on)to-g\u00e9n\u00e8se, sa puret\u00e9, dans les pr\u00e9structurations s\u00e9miotiques de la langue publique, de la langue d\u00e9j\u00e0 constitu\u00e9e : les mots qui devraient glisser dans l\u2019sens de la sortie vers le trou d\u2019la bouche pour d\u00e9mouler la langue pourraient s\u2019coincer dans l\u2019coin du trou et \u00e7a ferait gonfler tout l\u2019bord de la bouche qui bloquerait la langue dans le moule au moment o\u00f9 justement la langue devrait pouvoir sortir sans probl\u00e8me pour expulser les mots du trou bloqu\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du trou du moule.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est que tel qu\u2019il le montre, nous sommes pris dans le moule de la langue normalis\u00e9e, qui est pos\u00e9e, en sa structure et ses renvois, comme orthotes, droite, m\u00e2t, pour le dire id\u00e9ologique de notre champ d\u2019appartenance. C\u2019est que la langue devant \u00eatre dite, doit toujours respect\u00e9e la r\u00e8gle, se tracer rectiligne, \u00e0 la ligne, ponctu\u00e9e comme il le faut, \u00e9touff\u00e9e comme il le faut dans la loi syntaxique qui dispose dans le bon ordre (politique ou religieux) les mots de la bouche. Mettant ainsi en \u00e9vidence les structurations et leurs principes, il \u00e9tablit en parall\u00e8le la critique : il assole (Kierkegaard), d\u00e9territorialise (Deleuze\/Guattari) la langue pour tenter de la remettre dans le vide d\u2019une autre possibilit\u00e9 du dire. Se d\u00e9battant dans la langue, il s\u2019en distingue, montrant \u00e0 quel point sont constitu\u00e9es les lois d\u2019agencement des renvois de sens et de significations, bien \u00e9videmment il s\u2019en d\u00e9soumet, il s\u2019en extrait par la constitution lente du plan d\u2019une autre consistance du dire. Ainsi, s\u2019il dit que l\u2019homme colle ses yeux dans le moulage et quand ses yeux sont coll\u00e9s dans le moule de la vision l\u2019homme ne voit que le moule de l\u2019uniformisation de la masse de l\u2019homme moul\u00e9 \u00e0 la louche, en explicitant ainsi imm\u00e9diatement la mainmise de l\u2019uniformisation par le moule id\u00e9ologique de la langue, sa langue commence \u00e0 s\u2019en d\u00e9coller, \u00e0 produire les perturbations qui pourront peu \u00e0 peu produire un autre agencement s\u00e9miotique, une autre ligne du dire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-4286\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2004\/03\/HubautLissez.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"320\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2004\/03\/HubautLissez.jpg 220w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2004\/03\/HubautLissez-206x300.jpg 206w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2004\/03\/HubautLissez-103x150.jpg 103w\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/>Ce glissement vers un plan de constitution propre des agencements, liaison de sens, se d\u00e9termine peu \u00e0 peu tout au long de<strong><em> Lissez les couleurs<\/em><\/strong> ! Le livre \u00e9tant justement ce lent glissement. Ici malheureusement, nous ne pouvons rendre la lecture qui accompagne sur un CD-audio le texte, mais l\u2019ensemble de ce travail sonore mix\u00e9 en live par Patrick M\u00fcller, rend bien la contorsion n\u00e9cessaire \u00e0 d\u00e9bo\u00eeter les agencements qui moulent tout effort de la langue lorsqu\u2019elle tente de dire. Le glissement conduit \u00e0 une accidentalit\u00e9 s\u00e9miotique de la langue qui vient contre-investir toute manipulation de la langue. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0 que se joue la venue d\u2019un autre plan de consistance de la langue. Ce contre-plan cependant ne vient pas revendiquer une v\u00e9rit\u00e9 ou une puret\u00e9 de la langue, \u00e0 savoir ne se veut pas la position identitaire d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 ontologique de la langue, mais tout \u00e0 l\u2019inverse, (se) montre, par un jeu sur soi, en quel sens la langue est une ligne de fuite immanente et accident\u00e9e, qui se combine dans le jeu de reflet entre putr\u00e9faction et structuration linguistique : \u00e9 on brourre leyau vec les brouts d\u2019moules de l\u2019adorate d\u00e9 brouts d\u2019coules dra la d\u00e9 ron rebodu l\u2019yauuts d\u2019saupar pe ka brouche ki ran quotel\u00e9 brouts d\u2019tauces.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le geste qui conduit au plan d\u2019immanence de la langue d\u2019aucune fa\u00e7on ne peut se produire comme la r\u00e9ification d\u2019une volont\u00e9 de puret\u00e9 de soi. Non, car Hubaut l\u2019a bien compris depuis longtemps par son travail plastique, par ses agglom\u00e9rats \u00e9pid\u00e9miques dans les villes, dans les expositions, les lignes de fuite, celles qui m\u00e8nent \u00e0 la singularit\u00e9, ne sont pas issues de mat\u00e9rialit\u00e9s auto-g\u00e9n\u00e9r\u00e9es, mais se constituent dans un rapport constant avec la mat\u00e9rialit\u00e9 d\u00e9j\u00e0 constitu\u00e9e par la langue du pouvoir. Mais ce que le pouvoir ne voit pas, l\u2019exc\u00e8s possible du sens de ce qu\u2019il institue, c\u2019est ce \u00e0 partir de quoi plastiquement ou linguistiquement, il faut partir. Horizon, \u00e0 n\u2019en point douter du po\u00e8te-plasticien Duchamp. Le plan d\u2019immanence est ainsi non pas le plan de la composition de machines, mais de la variation abstraite de tout renvoi r\u00e9el de la langue, qui se donne dans des figures passag\u00e8res, dans des configurations diaboliques car diagrammatiques, court-circuitant toute emprise grammatique ou symbolique. Ce passage du livre de Hubaut, ce solve-coagula \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, \u00e0 entendre en soi, est source de tous les possibles, tout s\u2019y dit en quelques \u00e9chos, tout s\u2019y compose selon le rythme incessant de la rocaille non encore fix\u00e9e en une composition reconnaissable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et c\u2019est dans ce tourbillon, cette explosion des syntagmes et des syntaxes, que justement rena\u00eet la machine linguistique de Hubaut, que peut appara\u00eetre l\u2019autre machine, l\u2019autre machination de la langue que celle moul\u00e9e par les pouvoirs h\u00e9g\u00e9moniques qui forgent le moule de la repr\u00e9sentation du monde. La fin du livre expose les composantes nouvelles de la machine langue possible apr\u00e8s la dissolution, d\u00e9glutition : quand ta bouche a bien d\u00e9gueul\u00e9 ta langue d\u00e9moul\u00e9e tu peux prendre enfin la parole et la parole qui jaillit de ta bouche est comme une nouvelle langue merdeuse hors du moule. Cette nouvelle langue est bien \u00e9videmment merdeuse, sans aucune puret\u00e9, car ontologiquement aucune langue ne peut \u00eatre la pure langue spirituelle de soi, d\u2019un Je inali\u00e9n\u00e9, d\u2019un Je exempt\u00e9 d\u2019avoir \u00e9chou\u00e9 d\u00e8s son origine dans un monde. Comme ses machines plastiques sont compos\u00e9es des mille objets collect\u00e9s dans le r\u00e9siduel de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation, cette langue est merdeuse, compos\u00e9e de la digestion publique des composantes linguistiques, mais elle est nouvelle car elle se b\u00e2tit dans la contingence d\u2019un \u00eatre-au-monde, qui n\u2019est pas en son \u00e9nonciation arrim\u00e9 aux tables de la loi des pouvoirs politiques ou religieux. Nouvelle car giclant selon le tempo d\u2019ouverture al\u00e9atoire de cette chair singuli\u00e8re appel\u00e9e Hubaut !<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De 1997 \u00e0 1999, Jo\u00ebl Hubaut a \u00e9crit un long po\u00e8me, Put-Put, dont chaque vers commence par \u00ab\u00a0je voudrais\u00a0\u00bb. Plus que d\u2019insister sp\u00e9cifiquement sur le caract\u00e8re de liste de cette longue incantation du devenir du corps, ce qui ressort surtout de ce texte, de cette agglom\u00e9ration, c\u2019est la porosit\u00e9 du corps aux choses, l\u2019incubation du monde dans le corps, faisant du corps le potentiel d\u2019un monde qui est arrach\u00e9 \u00e0 sa propre logique de construction, pour en obtenir un autre. En effet, ce Put-Put, appartient \u00e0 la section EpidemiK de Hubaut, o\u00f9 le corps loin de se pr\u00f4ner l\u2019indemne, sauf de toute contagion, est p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 par les mille bribes clignotantes et ali\u00e9nantes de ce qui l\u2019entoure. 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Ce long po\u00e8me ayant travers\u00e9 dans son \u00e9criture le temps, est ainsi la trace d\u2019un devenir dispositif du corps, pour reprendre Deleuze et Guattari \u2013 Hubaut ayant travaill\u00e9 avec ce dernier \u2013 d\u2019un devenir machine de l\u2019av\u00e8nement au monde de la corpor\u00e9it\u00e9. je voudrais voir avec mes genoux, avec mon anus, avec mes talons, avec mes gencives, je voudrais des yeux au fond de la bouche, des yeux dans le pancr\u00e9as dans les intestins, je voudrais des yeux multi-block, des yeux consoles, des yeux-t\u00e9l\u00e9commandes, (\u2026) je voudrais p\u00e9riscoper, cam\u00e9ratiser, pixelliser, virtualiser (janvier 1997) Devenir machine qui est une r\u00e9forme, c\u2019est-\u00e0-dire une r\u00e9volte, contre la logique de configuration qui lui a \u00e9t\u00e9 impos\u00e9e par l\u2019ordre ext\u00e9rieur, et dont le corps ne peut que se d\u00e9mettre. 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Hubaut construit en ce sens depuis 30 ans la machine immanente de son existence-corps \u00e0 partir de l\u2019exp\u00e9rience des signes qui tissent la r\u00e9alit\u00e9. C\u2019est dans cette perspective, que chez lui, la couleur a pris une importance essentielle, en tant que derri\u00e8re son accidentalit\u00e9 ontologique, elle s\u2019est bien \u00e9videmment constitu\u00e9e comme l\u2019un des crit\u00e8res de discrimination et d\u2019agencement fondamental. Ce qu\u2019il a parfaitement mis en \u00e9vidence \u00e0 travers le regard qu\u2019il porte sur la Shoah ou encore sur la constitution des identit\u00e9s nationales \u00e0 l\u2019aide des drapeaux, des fanions ! Lissez les couleurs ! \u00e0 ras l\u2019fanion s\u2019inscrit dans cet horizon de recherche, et travaille une nouvelle fois sur la question de la nouvelle configuration des signes \u00e0 partir du corps. 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Tout commence par l\u2019impossible commencement d\u2019une langue dont on a h\u00e9rit\u00e9, et qui parle d\u00e9j\u00e0 alors que l\u2019on n\u2019a pas commenc\u00e9 \u00e0 parler, que l\u2019on n\u2019a pas encore r\u00e9ussi \u00e0 dire les mots coinc\u00e9s au fond de la bouche, coll\u00e9s \u00e0 la gorge, coll\u00e9s et rentr\u00e9s, enfonc\u00e9s par la chair s\u00e9miotique produite par l\u2019ext\u00e9riorit\u00e9. \u00c7a fait des n\u0153uds dans la bouche qui s\u2019expanse et \u00e7a fait des n\u0153uds et \u00e7a fait des n\u0153uds dans la bouche et quelques fois les n\u0153uds bouchent la bouche qui s\u2019expanse. Tout commence par la mise en \u00e9vidence, au cours de cette impossibilit\u00e9 \u00e0 dire, de l\u2019origine des signes, de cette chair projet\u00e9e au-dedans de la gorge, engorg\u00e9e dans la bouche, la matrice \u00e0 parler invagin\u00e9e du moule institu\u00e9 par les forces qui lui sont ext\u00e9rieures. Tout commence par cette impossibilit\u00e9 des signes propres, car voulant dire proprement ce qui est \u00e0 dire, la langue se coince dans le moule de la normalisation linguistique qui lui a \u00e9t\u00e9 ancr\u00e9e. Ici, Hubaut fait \u0153uvre d\u2019une v\u00e9ritable r\u00e9flexion po\u00e9tique sur le langage et se pose \u00e0 distance de toute forme idiolectale au sens de la recherche d\u2019Artaud ou encore de la d\u00e9finition de Barthes : la langue imm\u00e9diatement s\u2019emp\u00eatre toujours, revendiquant son autonomie et son (au\/on)to-g\u00e9n\u00e8se, sa puret\u00e9, dans les pr\u00e9structurations s\u00e9miotiques de la langue publique, de la langue d\u00e9j\u00e0 constitu\u00e9e : les mots qui devraient glisser dans l\u2019sens de la sortie vers le trou d\u2019la bouche pour d\u00e9mouler la langue pourraient s\u2019coincer dans l\u2019coin du trou et \u00e7a ferait gonfler tout l\u2019bord de la bouche qui bloquerait la langue dans le moule au moment o\u00f9 justement la langue devrait pouvoir sortir sans probl\u00e8me pour expulser les mots du trou bloqu\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du trou du moule. C\u2019est que tel qu\u2019il le montre, nous sommes pris dans le moule de la langue normalis\u00e9e, qui est pos\u00e9e, en sa structure et ses renvois, comme orthotes, droite, m\u00e2t, pour le dire id\u00e9ologique de notre champ d\u2019appartenance. C\u2019est que la langue devant \u00eatre dite, doit toujours respect\u00e9e la r\u00e8gle, se tracer rectiligne, \u00e0 la ligne, ponctu\u00e9e comme il le faut, \u00e9touff\u00e9e comme il le faut dans la loi syntaxique qui dispose dans le bon ordre (politique ou religieux) les mots de la bouche. Mettant ainsi en \u00e9vidence les structurations et leurs principes, il \u00e9tablit en parall\u00e8le la critique : il assole&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":349,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[35,7,2],"tags":[338,334,59,60],"class_list":["post-348","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-chronique","category-livres-recus","category-une","tag-al-dante","tag-chronique-poesie","tag-joel-hubaut","tag-philippe-boisnard"],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/348","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=348"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/348\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4290,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/348\/revisions\/4290"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media\/349"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=348"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=348"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=348"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}