{"id":3767,"date":"2023-03-11T18:00:28","date_gmt":"2023-03-11T17:00:28","guid":{"rendered":"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=3767"},"modified":"2023-03-14T09:08:34","modified_gmt":"2023-03-14T08:08:34","slug":"chronique-hassan-wahbi-les-temoins-lumineux-a-propos-de-lespoir-vient-du-sud-correspondance-entre-jalil-bennani-et-roland-gori","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2023\/03\/11\/chronique-hassan-wahbi-les-temoins-lumineux-a-propos-de-lespoir-vient-du-sud-correspondance-entre-jalil-bennani-et-roland-gori\/","title":{"rendered":"[Chronique] Hassan Wahbi, Les t\u00e9moins lumineux (\u00e0 propos de L\u2019espoir viendra du Sud, Correspondance entre Jalil Bennani et Roland Gori)"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><strong><em>L\u2019espoir viendra du Sud<\/em><\/strong>, Correspondance entre Jalil Bennani et Roland Gori<strong>, <\/strong>\u00e9ditions La Crois\u00e9e des chemins, Casablanca, 2023, 258 pages, 19 \u20ac. [<a href=\"https:\/\/www.lireka.com\/fr\/pp\/9789920753562-lespoir-viendra-du-sud\"><strong>Commander<\/strong><\/a>]<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Une rencontre \u00e0 propos d\u2019un livre, \u00e0 propos des liens avec les auteurs de ce livre est en elle-m\u00eame une promesse d\u2019alliance, un prolongement de la vie \u00e9crite par la vie lectrice.<br \/>\nEt pour commencer \u00e0 vif, deux choses s\u2019imposent \u00e0 l\u2019esprit du lecteur du livre de J. Bennani et R. Gori\u00a0: l\u2019importance des id\u00e9es se situant entre litt\u00e9rature et sciences humaines, entre l\u2019urgence de la pens\u00e9e et la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019arr\u00eat sur les notions, de la survivance intellectuelle et sur les devenirs humains. C\u2019est un v\u00e9ritable retour sur les \u00e9vidences qui demandent \u00e0 revenir, qui insistent comme id\u00e9es incontournables, comme id\u00e9es qui s\u2019ent\u00eatent \u00e0 vouloir venir dans des corps sensibles.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-3773\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/BennaniGoriBackG.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"360\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/BennaniGoriBackG.jpg 500w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/BennaniGoriBackG-300x216.jpg 300w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/BennaniGoriBackG-150x108.jpg 150w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/BennaniGoriBackG-366x264.jpg 366w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">La seconde chose, il s\u2019agit ici d\u2019une rencontre comme croisement d\u2019id\u00e9es que permettent certaines formes litt\u00e9raires, comme le genre \u00e9pistolaire dans ses sonorit\u00e9s existentielles, ses d\u00e9clinaisons th\u00e9matiques, ses foisonnements, soit de circonstance ou de contingence, soit de d\u00e9sir volontaire d\u2019interrogation pour mieux souligner, signifier ce qui se passe dans le pr\u00e9sent\u00a0; ce pr\u00e9sent contradictoire, lamin\u00e9 par le ressentiment et l\u2019impuissance politique ou ces difficult\u00e9s \u00e9normes devant le roc du conservatisme.<br \/>\nLa correspondance \u00e9tait et reste un genre entre auteurs relevant de l\u2019\u00e9gotisme litt\u00e9raire, des exercices d\u2019admiration, de croisements d\u2019exp\u00e9riences autour de l\u2019\u00e9criture, du quotidien de l\u2019\u00e9criture, des affects, des sentiments, allant de l\u2019int\u00e9ressant aux futilit\u00e9s d\u00e9risoires des jours, des humeurs et de toutes ces poussi\u00e8res humaines qui se vivent et se disent universellement par la litt\u00e9rature, par l\u2019expression de soi ou par rituel social.<br \/>\nDans la correspondance entre Bennani et Gori, favoris\u00e9e par le confinement comme p\u00e9riode de<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-3776\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Gori.jpg\" alt=\"\" width=\"225\" height=\"225\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Gori.jpg 225w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Gori-150x150.jpg 150w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Gori-144x144.jpg 144w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Gori-75x75.jpg 75w\" sizes=\"auto, (max-width: 225px) 100vw, 225px\" \/> suspension des liens et des va-et-vient entre personnes, il y a comme l\u2019usage conscient, d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 d\u2019un genre particulier qui devient pr\u00e9texte \u00e0 une r\u00e9flexion commune, une volont\u00e9 d\u2019en d\u00e9coudre avec les passions n\u00e9gatives \u2013 \u00e9conomiques, psychiatriques, politiques \u2013 qui emp\u00eachent les intensit\u00e9s ontologiques et les devenirs perfectibles.<br \/>\nCette correspondance se fait sentir comme la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une \u00e9thique de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, la qu\u00eate d\u2019un autre d\u00e9sir, d\u2019une autre esp\u00e9rance d\u00e9lest\u00e9e des oripeaux du malheur et du tragique r\u00e9current, m\u00eame si le malheur et le tragique ne font que revenir, harasser nos consciences, relativiser nos existences, fragiliser nos appartenances.<br \/>\nC\u2019est pour cela que cette correspondance est un retour sur des th\u00e8mes br\u00fblants, relatifs \u00e0 la pratique psychiatrique dans le sillage de la critique de Foucault et par rapport aux soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles\u00a0; la pr\u00e9dation des syst\u00e8mes n\u00e9olib\u00e9raux\u00a0; le faux universel\u00a0; les \u00ab\u00a0<em>contradictions matricielles<\/em>\u00a0\u00bb (Gori), c\u2019est-\u00e0-dire le m\u00e9lange de l\u2019h\u00e9ritage des lumi\u00e8res et l\u2019imp\u00e9ratif du gain \u00e9conomique\u00a0; les le\u00e7ons du confinement\u00a0; le pathos des soci\u00e9t\u00e9s. Il s\u2019agit de blessures politiques\u00a0: les avenirs malmen\u00e9s, les jeunesses broy\u00e9es, la mondialit\u00e9 pervertie par la mondialisation, la sorcellerie capitaliste, la d\u00e9possession des \u00eatres, les frilosit\u00e9s des identit\u00e9s, etc. Ce livre est une sorte d\u2019espace de parole o\u00f9 diverses perceptions se succ\u00e8dent les unes aux autres, se m\u00ealent en une variation d\u2019opinions et de perceptions\u00a0; et cela de fa\u00e7on jubilatoire, g\u00e9n\u00e9reuse.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Ce n\u2019est pas un hasard qu\u2019il y ait le mot \u00ab\u00a0espoir\u00a0\u00bb dans le titre, renforc\u00e9, justifi\u00e9 dans la conclusion de l\u2019ouvrage\u00a0; car le monde n\u2019est pas une architecture d\u00e9finitive, encastr\u00e9e dans des<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-3772\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/MondzainConfiscation.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"330\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/MondzainConfiscation.jpg 220w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/MondzainConfiscation-200x300.jpg 200w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/MondzainConfiscation-100x150.jpg 100w\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/> dogmes immuables, mais il est plut\u00f4t \u00a0l\u2019objet d\u2019un songe de r\u00e9enchantement, de diss\u00e9mination vagabonde des clart\u00e9s humaines, de contre-intelligences et par ce que Marie Jos\u00e9 Mondzain appelle, dans son livre sur les radicalit\u00e9s n\u00e9cessaires, \u00ab\u00a0<em>les Saxifrages<\/em>\u00a0\u00bb (\u00e9nergie naturelle, pouss\u00e9e des \u00e9l\u00e9ments au-del\u00e0 de la compacit\u00e9 des syst\u00e8mes) pour\u00a0 att\u00e9nuer les sortil\u00e8ges de l\u2019ali\u00e9nation, de la soumission par ce qui est irr\u00e9cusable dans la vie et pour infl\u00e9chir l\u2019inhumanit\u00e9 de l\u2019humanit\u00e9, l\u2019absence de spiritualit\u00e9, les impasses concr\u00e8tes, la m\u00e9lancolie de l\u2019avenir.<br \/>\nEt ce n\u2019est pas surprenant que les deux correspondants retrouvent un d\u00e9bat interne \u00e0 la psychiatrie, les neurosciences, les abus de celle-ci\u00a0; le r\u00f4le r\u00e9el de la psychanalyse revue selon la diff\u00e9rence des contextes culturels (p. 60), dans un monde en mutation o\u00f9 les fronti\u00e8res entre l\u2019intime et le collectif sont confuses\u00a0; la reconsid\u00e9ration de \u00ab\u00a0<em>l\u2019individu marginal<\/em> \u00bb (chez l\u2019un et l\u2019autre) comme valeur contemporaine. Dans plusieurs moments de cette correspondance, on retrouve les grandes questions de notre temps abord\u00e9es soit comme possibilit\u00e9 libre de filiation ou alors dans une perspective critique alliant lucidit\u00e9 et connaissance comme \u2013 pour donner un exemple \u2013 les propos de Bennani sur les caricatures du proph\u00e8te ou l\u2019assassinat du professeur fran\u00e7ais ou sur l\u2019\u00e9nigme des violences contemporaines, o\u00f9 il fait preuve de nuance et de circonspection.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Mais ce qui m\u2019importe, c\u2019est l\u2019autre parole de la correspondance, l\u2019\u00e9nonciation de soi, les territoires de la subjectivit\u00e9, le souci de soi comme style de pens\u00e9e et d\u2019existence, comme cela est clair dans cette d\u00e9claration de Bennani\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Tu vois, cher Roland, moi aussi j\u2019ai pouss\u00e9 la confidence sur mon v\u00e9cu personnel. Ces clarifications se sont impos\u00e9es \u00e0 moi, le secret de l\u2019\u00e9criture \u00e9tant de nous r\u00e9v\u00e9ler, avec ce qui nous \u00e9chappe et rel\u00e8ve de notre inconscient. L\u2019\u00e9criture m\u2019interroge sur moi-m\u00eame\u2026<\/em>\u00a0\u00bb.<br \/>\nEt Gori fait \u00e9cho \u00e0 ce m\u00eame souci\u00a0:<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0J\u2019\u00e9cris pour spatialiser mon espace psychique, lui donner un lieu de visibilit\u00e9 o\u00f9 je puisse l\u2019appr\u00e9hender comme un Autre. Curieux, cette fonction de l\u2019\u00e9criture (\u2026) le style c\u2019est la chair de l\u2019\u00e9crit, sa sueur, ses effluves, ses pulsations<\/em>\u2026\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Cette parole \u00a0qui lie les r\u00e9flexions \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience de soi, perce ici et l\u00e0, sur la multiplicit\u00e9 <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-3774\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/EspoirBennaniGori.jpg\" alt=\"\" width=\"225\" height=\"320\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/EspoirBennaniGori.jpg 225w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/EspoirBennaniGori-211x300.jpg 211w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/EspoirBennaniGori-105x150.jpg 105w\" sizes=\"auto, (max-width: 225px) 100vw, 225px\" \/>int\u00e9rieure \u00e0 soi (p. 60)\u00a0; l\u2019exote (p. 66)\u00a0; la nostalgie (p. 73)\u00a0; la force plastique du sujet\u00a0; la dissym\u00e9trie (p. 75) qui fait l\u2019objet d\u2019une grande puissance \u00e9vocatrice dans la lettre 7 de Bennani ; le go\u00fbt de la parole\u00a0; \u00a0l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 heureuse et les souvenirs de convivialit\u00e9 (pp. 78, 81, 88)\u00a0; les r\u00e9f\u00e9rences litt\u00e9raires ramen\u00e9es \u00e0 la lecture de l\u2019actualit\u00e9, comme \u00e0 propos de Camus et de Khatibi\u00a0; le silence cr\u00e9atif (p. 107)\u00a0; la n\u00e9cessit\u00e9 de la spiritualit\u00e9 dans son association avec le mat\u00e9rialisme ind\u00e9passable (p. 112)\u00a0; la question de la traduction, du sacr\u00e9, du bilinguisme comme vertu (p. 132), et j\u2019en passe.<br \/>\nCela pour dire que ce livre est une v\u00e9ritable mosa\u00efque d\u2019\u00e9rudition chaude\u00a0; ce que le genre \u00e9pistolaire permet et favorise justement comme musique \u00e0 quatre mains. Et d\u2019une lettre \u00e0 l\u2019autre, les auteurs se tiennent en haleine. Toute une gamme d\u2019\u00e9motions se donne \u00e0 lire dans une proximit\u00e9 de pens\u00e9e o\u00f9 se d\u00e9ploient les t\u00e9moignages avec ferveur et inclination naturelle\u00a0; cette ferveur ram\u00e8ne la singularit\u00e9 au c\u0153ur de leurs vies. Il s\u2019agit d\u2019une correspondance compr\u00e9hensive, dialogique, polyphonique.<br \/>\nCette question du sujet, de son regard traverse toute cette correspondance comme un leitmotiv. Cela t\u00e9moigne de l\u2019attention ininterrompue des deux auteurs \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 des \u00eatres, \u00e0 la complexit\u00e9 des situations humaines. Cela coule de source car chacun est impr\u00e9gn\u00e9 par sa soci\u00e9t\u00e9\u00a0: Pour Bennani, par une forte interrogation sur la pr\u00e9sence psychanalytique dans une soci\u00e9t\u00e9 traditionnelle avec l\u2019attention sociale \u00e0 l\u2019enfance, \u00e0 la migration\u00a0; pour Gori, redoutable pamphl\u00e9taire \u00e0 propos de l\u2019imposture, du terrorisme, de l\u2019artifice acad\u00e9mique, v\u00e9ritable emp\u00eacheur de penser en rond en quelque sorte. Dans un contexte de vuln\u00e9rabilit\u00e9, qui de mieux plac\u00e9 que nos deux humanistes m\u00e9diterran\u00e9ens pour parler d\u2019\u00e9thique en \u00e9tablissant des distinctions entre le vivre et le mal vivre, entre la capacit\u00e9 \u00e0 dire le monde et les \u00ab\u00a0<em>\u00e9l\u00e9ments de langage politiques trompeurs<\/em>\u00a0\u00bb (Gori, p. 136).<br \/>\nIl y a \u00e9norm\u00e9ment de choses \u00e0 raconter \u00e0 propos de cette correspondance \u00e0 la fois euphorique et dysphorique dans ses \u00e9lucidations parce que fond\u00e9e sur l\u2019attention (\u00ab\u00a0<em>cette pri\u00e8re de l\u2019\u00e2me\u00a0\u00bb<\/em>, disait S. Weil et que Gori aime rappeler).<br \/>\nIl est clair d\u00e9sormais pour nos deux correspondants que le r\u00e9gime conflictuel est inh\u00e9rent \u00e0 la vie collective et aux rapports de force. Leurs paroles insistent sur ces clivages, sur la sc\u00e8ne spectrale des humains sociaux tout en s\u2019autorisant le devenir, les col\u00e8res saines comme signal sensible, les possibles, les autres formes de rationalit\u00e9. Mais malheureusement, il n\u2019y a pas de vie sans ennemi, m\u00eame au Sud. Le plaidoyer en faveur de ces possibles, du partage du sensible (J. Ranci\u00e8re) est \u2013 c\u2019est la moindre des croyances \u2013 une r\u00e9appropriation de l\u2019\u00e9nergie cr\u00e9atrice et de l\u2019id\u00e9e, \u00e0 d\u00e9fendre constamment, de l\u2019irr\u00e9ductibilit\u00e9 de la libert\u00e9 humaine, l\u2019intelligence du regard sur la mortalit\u00e9 des civilisations.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Cette correspondance s\u2019affirme dans le sens d\u2019un optimisme averti ou vital, bien que la b\u00eatise <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-3775\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/BennaniEspoir.jpg\" alt=\"\" width=\"225\" height=\"160\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/BennaniEspoir.jpg 225w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/BennaniEspoir-150x107.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 225px) 100vw, 225px\" \/>humaine d\u00e9fie la pens\u00e9e, que la pulsion de mort soit aussi forte que son contraire et que les mutations modernes d\u00e9racinent le sujet de son propre d\u00e9sir. Cela explique les pr\u00e9occupations des auteurs pour donner et prendre en charge une diversit\u00e9 de questions. Ce qui donne un br\u00e9viaire des id\u00e9es contemporaines avec leurs connexions, avec ce qu\u2019esp\u00e9rer peut signifier encore comme appel d\u2019air. Voici donc une multiplicit\u00e9 de rep\u00e8res d\u2019une carte spirituelle. Les lettres s\u2019encha\u00eenent, suivent plusieurs pistes, se nuancent, se font \u00e9cho d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment. On retrouve ici l\u2019art de la conversation. Chacun ses mots, chacun ses lettres. Il y a l\u00e0, certes, une m\u00e9taphore de la v\u00e9rit\u00e9 du monde ins\u00e9parable de la diversit\u00e9 et du chaos des choses.<br \/>\nLa correspondance est alors le r\u00e9gime d\u2019une parole de d\u00e9voilement, de d\u00e9frichement de ce qui se fait et de ce qui se d\u00e9fait devant nos yeux inquiets. Un plaidoyer pour laisser agir la pouss\u00e9e de l\u2019attendu et de l\u2019inattendu\u00a0; un plaidoyer de recouvrement du symbolique dans des compositions multiples dans la vie antagonistique, pour un affect politique hospitalier, en tout cas pour un droit \u00e0 l\u2019horizon ou pour la n\u00e9cessit\u00e9 de la m\u00e9diation m\u00eame en temps de d\u00e9sarroi. D\u2019o\u00f9 cette id\u00e9e du Sud comme r\u00e9alit\u00e9 et m\u00e9taphore d\u2019un lieu dionysiaque, multiple, transculturel\u00a0; mais qui doit se d\u00e9lester de ce qui le d\u00e9fait pour accueillir librement la beaut\u00e9 des influences, la beaut\u00e9 de la dissym\u00e9trie.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: right;\">Hassan Wahbi est enseignant universitaire des litt\u00e9rature et d\u2019autres disciplines<br \/>\n\u00e0 Agadir (Maroc).\u00a0Il a \u00e0 son actif plusieurs essais et recueils de po\u00e9sie.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019espoir viendra du Sud, Correspondance entre Jalil Bennani et Roland Gori, \u00e9ditions La Crois\u00e9e des chemins, Casablanca, 2023, 258 pages, 19 \u20ac. [Commander] &nbsp; Une rencontre \u00e0 propos d\u2019un livre, \u00e0 propos des liens avec les auteurs de ce livre est en elle-m\u00eame une promesse d\u2019alliance, un prolongement de la vie \u00e9crite par la vie lectrice. Et pour commencer \u00e0 vif, deux choses s\u2019imposent \u00e0 l\u2019esprit du lecteur du livre de J. Bennani et R. Gori\u00a0: l\u2019importance des id\u00e9es se situant entre litt\u00e9rature et sciences humaines, entre l\u2019urgence de la pens\u00e9e et la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019arr\u00eat sur les notions, de la survivance intellectuelle et sur les devenirs humains. C\u2019est un v\u00e9ritable retour sur les \u00e9vidences qui demandent \u00e0 revenir, qui insistent comme id\u00e9es incontournables, comme id\u00e9es qui s\u2019ent\u00eatent \u00e0 vouloir venir dans des corps sensibles. La seconde chose, il s\u2019agit ici d\u2019une rencontre comme croisement d\u2019id\u00e9es que permettent certaines formes litt\u00e9raires, comme le genre \u00e9pistolaire dans ses sonorit\u00e9s existentielles, ses d\u00e9clinaisons th\u00e9matiques, ses foisonnements, soit de circonstance ou de contingence, soit de d\u00e9sir volontaire d\u2019interrogation pour mieux souligner, signifier ce qui se passe dans le pr\u00e9sent\u00a0; ce pr\u00e9sent contradictoire, lamin\u00e9 par le ressentiment et l\u2019impuissance politique ou ces difficult\u00e9s \u00e9normes devant le roc du conservatisme. La correspondance \u00e9tait et reste un genre entre auteurs relevant de l\u2019\u00e9gotisme litt\u00e9raire, des exercices d\u2019admiration, de croisements d\u2019exp\u00e9riences autour de l\u2019\u00e9criture, du quotidien de l\u2019\u00e9criture, des affects, des sentiments, allant de l\u2019int\u00e9ressant aux futilit\u00e9s d\u00e9risoires des jours, des humeurs et de toutes ces poussi\u00e8res humaines qui se vivent et se disent universellement par la litt\u00e9rature, par l\u2019expression de soi ou par rituel social. Dans la correspondance entre Bennani et Gori, favoris\u00e9e par le confinement comme p\u00e9riode de suspension des liens et des va-et-vient entre personnes, il y a comme l\u2019usage conscient, d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 d\u2019un genre particulier qui devient pr\u00e9texte \u00e0 une r\u00e9flexion commune, une volont\u00e9 d\u2019en d\u00e9coudre avec les passions n\u00e9gatives \u2013 \u00e9conomiques, psychiatriques, politiques \u2013 qui emp\u00eachent les intensit\u00e9s ontologiques et les devenirs perfectibles. Cette correspondance se fait sentir comme la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une \u00e9thique de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, la qu\u00eate d\u2019un autre d\u00e9sir, d\u2019une autre esp\u00e9rance d\u00e9lest\u00e9e des oripeaux du malheur et du tragique r\u00e9current, m\u00eame si le malheur et le tragique ne font que revenir, harasser nos consciences, relativiser nos existences, fragiliser nos appartenances. C\u2019est pour cela que cette correspondance est un retour sur des th\u00e8mes br\u00fblants, relatifs \u00e0 la pratique psychiatrique dans le sillage de la critique de Foucault et par rapport aux soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles\u00a0; la pr\u00e9dation des syst\u00e8mes n\u00e9olib\u00e9raux\u00a0; le faux universel\u00a0; les \u00ab\u00a0contradictions matricielles\u00a0\u00bb (Gori), c\u2019est-\u00e0-dire le m\u00e9lange de l\u2019h\u00e9ritage des lumi\u00e8res et l\u2019imp\u00e9ratif du gain \u00e9conomique\u00a0; les le\u00e7ons du confinement\u00a0; le pathos des soci\u00e9t\u00e9s. Il s\u2019agit de blessures politiques\u00a0: les avenirs malmen\u00e9s, les jeunesses broy\u00e9es, la mondialit\u00e9 pervertie par la mondialisation, la sorcellerie capitaliste, la d\u00e9possession des \u00eatres, les frilosit\u00e9s des identit\u00e9s, etc. Ce livre est une sorte d\u2019espace de parole o\u00f9 diverses perceptions se succ\u00e8dent les unes aux autres, se m\u00ealent en une variation d\u2019opinions et de perceptions\u00a0; et cela de fa\u00e7on jubilatoire, g\u00e9n\u00e9reuse. Ce n\u2019est pas un hasard qu\u2019il y ait le mot \u00ab\u00a0espoir\u00a0\u00bb dans le titre, renforc\u00e9, justifi\u00e9 dans la conclusion de l\u2019ouvrage\u00a0; car le monde n\u2019est pas une architecture d\u00e9finitive, encastr\u00e9e dans des dogmes immuables, mais il est plut\u00f4t \u00a0l\u2019objet d\u2019un songe de r\u00e9enchantement, de diss\u00e9mination vagabonde des clart\u00e9s humaines, de contre-intelligences et par ce que Marie Jos\u00e9 Mondzain appelle, dans son livre sur les radicalit\u00e9s n\u00e9cessaires, \u00ab\u00a0les Saxifrages\u00a0\u00bb (\u00e9nergie naturelle, pouss\u00e9e des \u00e9l\u00e9ments au-del\u00e0 de la compacit\u00e9 des syst\u00e8mes) pour\u00a0 att\u00e9nuer les sortil\u00e8ges de l\u2019ali\u00e9nation, de la soumission par ce qui est irr\u00e9cusable dans la vie et pour infl\u00e9chir l\u2019inhumanit\u00e9 de l\u2019humanit\u00e9, l\u2019absence de spiritualit\u00e9, les impasses concr\u00e8tes, la m\u00e9lancolie de l\u2019avenir. Et ce n\u2019est pas surprenant que les deux correspondants retrouvent un d\u00e9bat interne \u00e0 la psychiatrie, les neurosciences, les abus de celle-ci\u00a0; le r\u00f4le r\u00e9el de la psychanalyse revue selon la diff\u00e9rence des contextes culturels (p. 60), dans un monde en mutation o\u00f9 les fronti\u00e8res entre l\u2019intime et le collectif sont confuses\u00a0; la reconsid\u00e9ration de \u00ab\u00a0l\u2019individu marginal \u00bb (chez l\u2019un et l\u2019autre) comme valeur contemporaine. Dans plusieurs moments de cette correspondance, on retrouve les grandes questions de notre temps abord\u00e9es soit comme possibilit\u00e9 libre de filiation ou alors dans une perspective critique alliant lucidit\u00e9 et connaissance comme \u2013 pour donner un exemple \u2013 les propos de Bennani sur les caricatures du proph\u00e8te ou l\u2019assassinat du professeur fran\u00e7ais ou sur l\u2019\u00e9nigme des violences contemporaines, o\u00f9 il fait preuve de nuance et de circonspection. Mais ce qui m\u2019importe, c\u2019est l\u2019autre parole de la correspondance, l\u2019\u00e9nonciation de soi, les territoires de la subjectivit\u00e9, le souci de soi comme style de pens\u00e9e et d\u2019existence, comme cela est clair dans cette d\u00e9claration de Bennani\u00a0: \u00ab\u00a0Tu vois, cher Roland, moi aussi j\u2019ai pouss\u00e9 la confidence sur mon v\u00e9cu personnel. Ces clarifications se sont impos\u00e9es \u00e0 moi, le secret de l\u2019\u00e9criture \u00e9tant de nous r\u00e9v\u00e9ler, avec ce qui nous \u00e9chappe et rel\u00e8ve de notre inconscient. L\u2019\u00e9criture m\u2019interroge sur moi-m\u00eame\u2026\u00a0\u00bb. Et Gori fait \u00e9cho \u00e0 ce m\u00eame souci\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019\u00e9cris pour spatialiser mon espace psychique, lui donner un lieu de visibilit\u00e9 o\u00f9 je puisse l\u2019appr\u00e9hender comme un Autre. Curieux, cette fonction de l\u2019\u00e9criture (\u2026) le style c\u2019est la chair de l\u2019\u00e9crit, sa sueur, ses effluves, ses pulsations\u2026\u00a0\u00bb. Cette parole \u00a0qui lie les r\u00e9flexions \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience de soi, perce ici et l\u00e0, sur la multiplicit\u00e9 int\u00e9rieure \u00e0 soi (p. 60)\u00a0; l\u2019exote (p. 66)\u00a0; la nostalgie (p. 73)\u00a0; la force plastique du sujet\u00a0; la dissym\u00e9trie (p. 75) qui fait l\u2019objet d\u2019une grande puissance \u00e9vocatrice dans la lettre 7 de Bennani ; le go\u00fbt de la parole\u00a0; \u00a0l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 heureuse et les souvenirs de convivialit\u00e9 (pp. 78, 81, 88)\u00a0; les r\u00e9f\u00e9rences litt\u00e9raires ramen\u00e9es \u00e0 la lecture de l\u2019actualit\u00e9, comme \u00e0 propos de Camus et de Khatibi\u00a0; le silence cr\u00e9atif (p. 107)\u00a0; la n\u00e9cessit\u00e9 de la spiritualit\u00e9 dans son association avec le mat\u00e9rialisme ind\u00e9passable (p. 112)\u00a0; la question de la traduction, du sacr\u00e9, du bilinguisme comme vertu (p. 132), et j\u2019en passe. Cela pour dire que ce&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":3770,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[35,2],"tags":[1922,1782,1921,1920,590,404,266,593],"class_list":["post-3767","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-chronique","category-une","tag-bennani-humanisme","tag-bennati-psychanalyse","tag-gori-humanisme","tag-hassan-wahbi","tag-jalil-bennani","tag-marie-jose-mondzain","tag-michel-foucault","tag-roland-gori"],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3767","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3767"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3767\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3778,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3767\/revisions\/3778"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3770"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3767"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3767"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3767"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}