{"id":383,"date":"2020-12-05T11:30:44","date_gmt":"2020-12-05T10:30:44","guid":{"rendered":"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=383"},"modified":"2021-05-04T11:32:24","modified_gmt":"2021-05-04T09:32:24","slug":"chronique-jean-renaud-bruno-fern-joue-free","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2020\/12\/05\/chronique-jean-renaud-bruno-fern-joue-free\/","title":{"rendered":"[Chronique] Jean Renaud, Bruno Fern joue free"},"content":{"rendered":"<p>Bruno Fern, <strong><em>Dans les roues<\/em><\/strong>, \u00e9ditions, Louise Bottu, Mugron (40), coll. \u00ab\u00a0ContraintEs\u00a0\u00bb, novembre 2020, 66 pages, 8 \u20ac, 979-10-92723-46-5.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Sur \u00ab\u00a0l\u2019asphalte de la d\u00e9partementale\u00a0\u00bb, un \u00ab\u00a0quidam\u00a0\u00bb \u00e0 \u00ab\u00a0biclou\u00a0\u00bb. De temps en temps, une pancarte\u00a0: \u00ab\u00a0cassis ou dos-d\u2019\u00e2ne\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0feux tricolores\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0sens interdit\u00a0\u00bb\u2026 Le \u00ab\u00a0p\u00e9dard\u00a0\u00bb va, baladeur sur les oreilles, \u00ab\u00a0plong\u00e9 dans ses pens\u00e9es\u00a0\u00bb. Ses pens\u00e9es qui avancent, qui tournent, comme les roues du biclou. ll y a de la m\u00e9taphore dans le titre, d\u2019autant plus que le livre, \u00ab\u00a0cyclable\u00a0\u00bb lui-m\u00eame, \u00ab\u00a0roule\u00a0pas que sur la jante\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>On h\u00e9site \u00e0 dire de ce livre que c\u2019est un po\u00e8me, comme on h\u00e9site \u00e0 dire qu\u2019il est constitu\u00e9 de versets, tant ces mots, en l\u2019occurrence, sonnent faux (\u00e9voquant, quoi qu\u2019on fasse, des \u00e9critures graves, empes\u00e9es, solennelles). Ce sont soixante pages constitu\u00e9es de morceaux (fragments serait aussi un mot trompeur) d\u2019une \u00e0 six lignes, \u00e0 la fois encha\u00een\u00e9s et disjoints de toutes les fa\u00e7ons possibles, selon la syntaxe la plus souple, le tout allant (presque) sans ponctuation, vite. Texte \u00ab\u00a0incessant \/\/ tr\u00eave ni repos\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/FernRoues.jpg\" rel=\"prettyphoto[383]\" rel=\"prettyphoto[17304]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-17307\" src=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/FernRoues.jpg\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" srcset=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/FernRoues.jpg 200w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/FernRoues-194x300.jpg 194w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/FernRoues-97x150.jpg 97w\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"310\" \/><\/a>La langue (lexique, syntaxe) est celle de tous les jours, libre pour cette raison (ne s\u2019embarrasse pas de correction), mais soigneusement am\u00e9nag\u00e9e, conduite. Empruntant joyeusement \u00e0 la \u00ab\u00a0po\u00e9sie\u00a0\u00bb certains de ses pouvoirs, ceux que propose, en particulier, la tradition carnavalesque. Versification enfantine\u00a0: \u00ab\u00a0en plan serr\u00e9 tout riquiqui en pause pipi dans les taillis\u00a0\u00bb. Pures inventions, comme cette suite de toponymes\u00a0: \u00ab\u00a0Cloulbec [salut \u00e0 Proust, en passant], Tournavent, Pisenpis, Fantes-la-Jolie, Ch\u00e9pahoux, Cr\u00e8ve-en-Auge\u00a0\u00bb (\u00e0 quoi se m\u00eale cet autre nom, authentiquement litt\u00e9raire, venu de C\u00e9line, et dans lequel, si on a lu <em>Suites<\/em>, cet autre livre de Bruno Fern, on trouvera peut-\u00eatre le souvenir \u00e9mu de son bisa\u00efeul : \u00ab\u00a0Noirceur-sur-la-Lys\u00a0\u00bb). Rimes\u00a0mirlitonesques : \u00ab\u00a0en pleine for\u00eat alpine aiguilles s\u00e8ve et r\u00e9sine loin des particules fines pics crevasses &amp; ravines \u00e7a gonfle puis ratatine\u00a0\u00bb. Transcriptions de la langue parl\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0\u00e7ui qui jogge\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0\u00e7ui qu\u2019h\u00e9site\u00a0\u00bb. Jeux de mots\u00a0: \u00ab\u00a0saccades ou \u00e7a passe\u00a0\u00bb. Double sens\u00a0: \u00ab\u00a0c\u2019est voil\u00e9 pour des raisons x\u00a0\u00bb (double double sens, puisque \u00ab\u00a0voil\u00e9\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0x\u00a0\u00bb sont l\u2019un et l\u2019autre objets du jeu). Le tout emport\u00e9, rebondissant\u00a0: \u00ab\u00a0\u00e7a roule ma poule\u00a0\u00bb. Droit devant, sans s\u2019arr\u00eater : \u00ab\u00a0en combi fluo il sprinte illico\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Il faut noter, d\u2019un morceau de texte \u00e0 l\u2019autre, la pratique de la coupe. Non que Bruno Fern l\u2019invente, mais l\u2019usage qu\u2019il en fait para\u00eet \u00e0 la fois mesur\u00e9 et juste. Ainsi rebondit ou bifurque le sens\u00a0: \u00ab\u00a0c\u2019est un truc \u00e0 essayer pour voir ce que \u00e7a rend \/\/ enrag\u00e9 \u00e0 force de chercher\u2026\u00a0\u00bb\u00a0; \u00ab\u00a0ce qui explique qu\u2019il trans \/\/ pire en pire sous les aisselles\u2026\u00a0\u00bb\u00a0; \u00ab\u00a0c\u2019est le m\u00e9tier qui entre \/\/ et sort par l\u2019autre\u2026\u00a0\u00bb Le texte avance comme le v\u00e9lo roule, sans tomber\u00a0: \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9quilibre n\u2019est qu\u2019une succession de chutes \u00e9vit\u00e9es\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ce qu\u2019il faut ajouter, c\u2018est que dans cette suite de phrases (presque) jamais achev\u00e9es, dans ce flux de pens\u00e9es, revient ce qu\u2019on se<a href=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/Peep-show.jpg\" rel=\"prettyphoto[383]\" rel=\"prettyphoto[17304]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-17352\" src=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/Peep-show.jpg\" sizes=\"auto, (max-width: 230px) 100vw, 230px\" srcset=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/Peep-show.jpg 230w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/Peep-show-203x300.jpg 203w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/Peep-show-101x150.jpg 101w\" alt=\"\" width=\"230\" height=\"340\" \/><\/a> r\u00e9soudra \u00e0 appeler le th\u00e8me \u00e9rotique. Comme on a pu le deviner d\u00e9j\u00e0 dans telles des citations donn\u00e9es ci-dessus, le p\u00e9daleur ne pense qu\u2019\u00e0 \u00e7a\u00a0: souvenirs ou sc\u00e8nes imaginaires, \u00e0 la fois fuyantes et obstin\u00e9es, sc\u00e8nes de films ou de peep-show, la voisine, la\u00a0fente, la culotte, les bas, jusqu\u2019au \u00ab\u00a0matos mis \u00e0 dispo\u00a0\u00bb. On pense (et on a une autre raison de le penser, qu\u2019on indiquera plus bas) au faune de Mallarm\u00e9 et \u00e0 son apr\u00e8s-midi\u00a0: \u00ab\u00a0Ces nymphes, je les veux perp\u00e9tuer.\u00a0\u00bb Puisqu\u2019elles sont absentes, comme sont absents les corps auxquels, sur son v\u00e9lo, r\u00eave le quidam.<\/p>\n<p>Mais si le texte dit abondamment le sexuel, il ne dit pas moins la conscience qu\u2019il a de lui-m\u00eame. Du corps au corpus, il ne s\u2019en faut que d\u2019une syllabe\u00a0: \u00ab\u00a0sous le jupon vert amande \u00e0 l\u00e9cher il la tourne \/\/ sur toute la longueur du corpus\u2026\u00a0\u00bb Ce m\u00e9lange, ou ce passage, donne lieu \u00e0 de savoureuses formules\u00a0: la ballade \u00e0 biclou ne cesse de \u00ab\u00a0couper \/\/ \u00e0 travers les champs lexicaux\u00a0\u00bb\u00a0; il faut \u00ab\u00a0\u00e9viter \/\/ que la langue se contracte\u00a0\u00bb\u00a0et se soucier des \u00ab\u00a0muscles buccaux\u00a0\u00bb, sans oublier la \u00ab\u00a0tension pas que syntaxique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>On notera toutefois, il faut \u00eatre honn\u00eate, que des pens\u00e9es s\u00e9rieuses ou sombres viennent, par instants, \u00e0 l\u2019esprit du quidam. La mort, qui \u00ab\u00a0ne s\u2019\u00e9crit pas\u00a0\u00bb, r\u00f4de par instants, toute voisine de la pens\u00e9e du plaisir. Ou bien c\u2019est l\u2019\u00ab\u00a0Histoire \u00e0 ne plus dormir\u00a0\u00bb, avec ses images douloureuses\u00a0: \u00ab\u00a03 pel\u00e9s 1 tondu (l\u2019oncle Jean\u00a0?)\u00a0\u00bb. Mais ce peuvent \u00eatre des souvenirs d\u2019une autre sorte, en particulier des phrases d\u2019\u00e9crivains. Le texte comporte d\u2019assez nombreuses citations (de toute \u00e9vidence ce p\u00e9daleur est cultiv\u00e9), dont des notes indiquent les auteurs\u00a0: Queneau, Kafka, Beckett, etc. Mais il en est un, au moins, outre C\u00e9line dont on a dit un mot, que le texte \u00e9voque \u00e0 plusieurs reprises tout en se refusant, mais d\u00e9licieusement, \u00e0 le nommer. C\u2019est Mallarm\u00e9. Citons, apr\u00e8s avoir \u00e9voqu\u00e9 plus haut la pr\u00e9sence du faune, ces trois formules, dont il est inutile de souligner l\u2019humour\u00a0: l\u2019\u00ab\u00a0universel papotage\u00a0\u00bb, la \u00ab\u00a0vivace et peu vierge\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0l\u2019absente de tous pelotons\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La ballade, pas plus que la pens\u00e9e, n\u2019a de d\u00e9but ni de fin. L\u2019une et l\u2019autre sont libres, sont <em>free<\/em>, comme la musique d\u2019\u00a0\u00ab\u00a0Ornette\u00a0\u00bb (Coleman), qu\u2019on ne saurait s\u2019\u00e9tonner de voir passer dans le texte.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bruno Fern, Dans les roues, \u00e9ditions, Louise Bottu, Mugron (40), coll. \u00ab\u00a0ContraintEs\u00a0\u00bb, novembre 2020, 66 pages, 8 \u20ac, 979-10-92723-46-5. &nbsp; Sur \u00ab\u00a0l\u2019asphalte de la d\u00e9partementale\u00a0\u00bb, un \u00ab\u00a0quidam\u00a0\u00bb \u00e0 \u00ab\u00a0biclou\u00a0\u00bb. De temps en temps, une pancarte\u00a0: \u00ab\u00a0cassis ou dos-d\u2019\u00e2ne\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0feux tricolores\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0sens interdit\u00a0\u00bb\u2026 Le \u00ab\u00a0p\u00e9dard\u00a0\u00bb va, baladeur sur les oreilles, \u00ab\u00a0plong\u00e9 dans ses pens\u00e9es\u00a0\u00bb. Ses pens\u00e9es qui avancent, qui tournent, comme les roues du biclou. ll y a de la m\u00e9taphore dans le titre, d\u2019autant plus que le livre, \u00ab\u00a0cyclable\u00a0\u00bb lui-m\u00eame, \u00ab\u00a0roule\u00a0pas que sur la jante\u00a0\u00bb. On h\u00e9site \u00e0 dire de ce livre que c\u2019est un po\u00e8me, comme on h\u00e9site \u00e0 dire qu\u2019il est constitu\u00e9 de versets, tant ces mots, en l\u2019occurrence, sonnent faux (\u00e9voquant, quoi qu\u2019on fasse, des \u00e9critures graves, empes\u00e9es, solennelles). Ce sont soixante pages constitu\u00e9es de morceaux (fragments serait aussi un mot trompeur) d\u2019une \u00e0 six lignes, \u00e0 la fois encha\u00een\u00e9s et disjoints de toutes les fa\u00e7ons possibles, selon la syntaxe la plus souple, le tout allant (presque) sans ponctuation, vite. Texte \u00ab\u00a0incessant \/\/ tr\u00eave ni repos\u00a0\u00bb. La langue (lexique, syntaxe) est celle de tous les jours, libre pour cette raison (ne s\u2019embarrasse pas de correction), mais soigneusement am\u00e9nag\u00e9e, conduite. Empruntant joyeusement \u00e0 la \u00ab\u00a0po\u00e9sie\u00a0\u00bb certains de ses pouvoirs, ceux que propose, en particulier, la tradition carnavalesque. Versification enfantine\u00a0: \u00ab\u00a0en plan serr\u00e9 tout riquiqui en pause pipi dans les taillis\u00a0\u00bb. Pures inventions, comme cette suite de toponymes\u00a0: \u00ab\u00a0Cloulbec [salut \u00e0 Proust, en passant], Tournavent, Pisenpis, Fantes-la-Jolie, Ch\u00e9pahoux, Cr\u00e8ve-en-Auge\u00a0\u00bb (\u00e0 quoi se m\u00eale cet autre nom, authentiquement litt\u00e9raire, venu de C\u00e9line, et dans lequel, si on a lu Suites, cet autre livre de Bruno Fern, on trouvera peut-\u00eatre le souvenir \u00e9mu de son bisa\u00efeul : \u00ab\u00a0Noirceur-sur-la-Lys\u00a0\u00bb). Rimes\u00a0mirlitonesques : \u00ab\u00a0en pleine for\u00eat alpine aiguilles s\u00e8ve et r\u00e9sine loin des particules fines pics crevasses &amp; ravines \u00e7a gonfle puis ratatine\u00a0\u00bb. Transcriptions de la langue parl\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0\u00e7ui qui jogge\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0\u00e7ui qu\u2019h\u00e9site\u00a0\u00bb. Jeux de mots\u00a0: \u00ab\u00a0saccades ou \u00e7a passe\u00a0\u00bb. Double sens\u00a0: \u00ab\u00a0c\u2019est voil\u00e9 pour des raisons x\u00a0\u00bb (double double sens, puisque \u00ab\u00a0voil\u00e9\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0x\u00a0\u00bb sont l\u2019un et l\u2019autre objets du jeu). Le tout emport\u00e9, rebondissant\u00a0: \u00ab\u00a0\u00e7a roule ma poule\u00a0\u00bb. Droit devant, sans s\u2019arr\u00eater : \u00ab\u00a0en combi fluo il sprinte illico\u00a0\u00bb. Il faut noter, d\u2019un morceau de texte \u00e0 l\u2019autre, la pratique de la coupe. Non que Bruno Fern l\u2019invente, mais l\u2019usage qu\u2019il en fait para\u00eet \u00e0 la fois mesur\u00e9 et juste. Ainsi rebondit ou bifurque le sens\u00a0: \u00ab\u00a0c\u2019est un truc \u00e0 essayer pour voir ce que \u00e7a rend \/\/ enrag\u00e9 \u00e0 force de chercher\u2026\u00a0\u00bb\u00a0; \u00ab\u00a0ce qui explique qu\u2019il trans \/\/ pire en pire sous les aisselles\u2026\u00a0\u00bb\u00a0; \u00ab\u00a0c\u2019est le m\u00e9tier qui entre \/\/ et sort par l\u2019autre\u2026\u00a0\u00bb Le texte avance comme le v\u00e9lo roule, sans tomber\u00a0: \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9quilibre n\u2019est qu\u2019une succession de chutes \u00e9vit\u00e9es\u00a0\u00bb. Ce qu\u2019il faut ajouter, c\u2018est que dans cette suite de phrases (presque) jamais achev\u00e9es, dans ce flux de pens\u00e9es, revient ce qu\u2019on se r\u00e9soudra \u00e0 appeler le th\u00e8me \u00e9rotique. Comme on a pu le deviner d\u00e9j\u00e0 dans telles des citations donn\u00e9es ci-dessus, le p\u00e9daleur ne pense qu\u2019\u00e0 \u00e7a\u00a0: souvenirs ou sc\u00e8nes imaginaires, \u00e0 la fois fuyantes et obstin\u00e9es, sc\u00e8nes de films ou de peep-show, la voisine, la\u00a0fente, la culotte, les bas, jusqu\u2019au \u00ab\u00a0matos mis \u00e0 dispo\u00a0\u00bb. On pense (et on a une autre raison de le penser, qu\u2019on indiquera plus bas) au faune de Mallarm\u00e9 et \u00e0 son apr\u00e8s-midi\u00a0: \u00ab\u00a0Ces nymphes, je les veux perp\u00e9tuer.\u00a0\u00bb Puisqu\u2019elles sont absentes, comme sont absents les corps auxquels, sur son v\u00e9lo, r\u00eave le quidam. Mais si le texte dit abondamment le sexuel, il ne dit pas moins la conscience qu\u2019il a de lui-m\u00eame. Du corps au corpus, il ne s\u2019en faut que d\u2019une syllabe\u00a0: \u00ab\u00a0sous le jupon vert amande \u00e0 l\u00e9cher il la tourne \/\/ sur toute la longueur du corpus\u2026\u00a0\u00bb Ce m\u00e9lange, ou ce passage, donne lieu \u00e0 de savoureuses formules\u00a0: la ballade \u00e0 biclou ne cesse de \u00ab\u00a0couper \/\/ \u00e0 travers les champs lexicaux\u00a0\u00bb\u00a0; il faut \u00ab\u00a0\u00e9viter \/\/ que la langue se contracte\u00a0\u00bb\u00a0et se soucier des \u00ab\u00a0muscles buccaux\u00a0\u00bb, sans oublier la \u00ab\u00a0tension pas que syntaxique\u00a0\u00bb. On notera toutefois, il faut \u00eatre honn\u00eate, que des pens\u00e9es s\u00e9rieuses ou sombres viennent, par instants, \u00e0 l\u2019esprit du quidam. La mort, qui \u00ab\u00a0ne s\u2019\u00e9crit pas\u00a0\u00bb, r\u00f4de par instants, toute voisine de la pens\u00e9e du plaisir. Ou bien c\u2019est l\u2019\u00ab\u00a0Histoire \u00e0 ne plus dormir\u00a0\u00bb, avec ses images douloureuses\u00a0: \u00ab\u00a03 pel\u00e9s 1 tondu (l\u2019oncle Jean\u00a0?)\u00a0\u00bb. Mais ce peuvent \u00eatre des souvenirs d\u2019une autre sorte, en particulier des phrases d\u2019\u00e9crivains. Le texte comporte d\u2019assez nombreuses citations (de toute \u00e9vidence ce p\u00e9daleur est cultiv\u00e9), dont des notes indiquent les auteurs\u00a0: Queneau, Kafka, Beckett, etc. Mais il en est un, au moins, outre C\u00e9line dont on a dit un mot, que le texte \u00e9voque \u00e0 plusieurs reprises tout en se refusant, mais d\u00e9licieusement, \u00e0 le nommer. C\u2019est Mallarm\u00e9. Citons, apr\u00e8s avoir \u00e9voqu\u00e9 plus haut la pr\u00e9sence du faune, ces trois formules, dont il est inutile de souligner l\u2019humour\u00a0: l\u2019\u00ab\u00a0universel papotage\u00a0\u00bb, la \u00ab\u00a0vivace et peu vierge\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0l\u2019absente de tous pelotons\u00a0\u00bb. La ballade, pas plus que la pens\u00e9e, n\u2019a de d\u00e9but ni de fin. L\u2019une et l\u2019autre sont libres, sont free, comme la musique d\u2019\u00a0\u00ab\u00a0Ornette\u00a0\u00bb (Coleman), qu\u2019on ne saurait s\u2019\u00e9tonner de voir passer dans le texte.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":384,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[35,7,2],"tags":[75,229,376,377,378,125],"class_list":["post-383","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-chronique","category-livres-recus","category-une","tag-bruno-fern","tag-editions-louise-bottu","tag-fern-contrainte-faite-style","tag-fern-humour","tag-fern-ludisme-formel","tag-jean-renaud"],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/383","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=383"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/383\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":385,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/383\/revisions\/385"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media\/384"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=383"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=383"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=383"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}