{"id":3834,"date":"2023-03-30T19:07:34","date_gmt":"2023-03-30T17:07:34","guid":{"rendered":"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=3834"},"modified":"2023-03-30T19:29:52","modified_gmt":"2023-03-30T17:29:52","slug":"chronique-francois-crosnier-quatre-femmes-puissantes-a-propos-de-florence-jou-payvagues","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2023\/03\/30\/chronique-francois-crosnier-quatre-femmes-puissantes-a-propos-de-florence-jou-payvagues\/","title":{"rendered":"[Chronique] Fran\u00e7ois Crosnier, Quatre femmes puissantes (\u00e0 propos de Florence Jou, Payvagues)"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Florence Jou, <strong><em>Payvagues<\/em><\/strong>, \u00e9ditions de l\u2019Attente, collection \u00ab\u00a0Alimage\u00a0\u00bb, janvier 2023, 102 pages, 12 \u20ac, ISBN\u00a0: 978-2-493426-08-6.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Conform\u00e9ment au principe de la collection, la couverture pr\u00e9sente une photographie, \u00ab\u00a0Quai des mar\u00e9es \u2013 4 juin 2020-3\u00a0\u00bb de Christophe Bouvier, soulignant la connivence entre l\u2019\u00e9criture et les arts visuels.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: center;\"><em>*<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>On s\u2019enfonce dans l\u2019\u00e9paisseur des <\/em>Payvagues<em>, zones ruin\u00e9es, perturb\u00e9es, espaces soi-disant fant\u00f4mes<\/em>.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Le lecteur qui accepte de s\u2019enfoncer dans ce livre dense, dont le titre fait r\u00e9f\u00e9rence au latin <em>Pagus, <\/em>petite zone, territoire d\u00e9limit\u00e9 par des bornes, et au su\u00e9dois <em>V\u00e5g,<\/em> onde, ne regrettera pas l\u2019exp\u00e9rience. \u00ab\u00a0Voyage en quatre r\u00e9cits avec pour guide des voix de femmes aux pouvoirs<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-3837\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Payvagues.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"295\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Payvagues.jpg 220w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Payvagues-112x150.jpg 112w\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/> cosmo-telluriques\u00a0\u00bb, comme l\u2019indique la quatri\u00e8me de couverture, <strong><em>Payvagues<\/em><\/strong> est construit selon une alternance de descriptions et de discours amples, et plut\u00f4t que \u00ab\u00a0r\u00e9cits\u00a0\u00bb on pourrait presque parler de \u00ab\u00a0chants\u00a0\u00bb au sens maldororien du terme. Y participe une \u00e9criture savante, \u00e9maill\u00e9e de mots rares, de r\u00e9f\u00e9rences \u00e9cologiques, anthropologiques et po\u00e9tiques dont l\u2019identification n\u2019est pas toujours ais\u00e9e, et un discours tr\u00e8s soutenu qui indique d\u2019embl\u00e9e le niveau d\u2019exigence vis\u00e9 par Florence Jou.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Tellurique, lisons-nous. Mais \u00ab\u00a0le sol est la peau\u00a0\u00bb, la zone est un tissu vivant. <em>Payvagues <\/em>parle de cette couche g\u00e9ologique essentielle o\u00f9 vivent des entit\u00e9s, humaines et non-humaines. Le vocabulaire est celui de la g\u00e9ologie et de la botanique, le texte s\u2019ordonne autour de la relation entre le dessus et le dessous, la fronti\u00e8re, les points de vie anim\u00e9s. Ces concepts abstraits s\u2019incarnent dans quatre fictions.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">La premi\u00e8re d\u00e9crit un d\u00e9placement. Un cort\u00e8ge d\u2019hommes, de femmes et d\u2019enfants cheminent dans une <em>oc\u00e9anie noire gel\u00e9e<\/em> en suivant des voies de rondins et en pronon\u00e7ant cette litanie, <em>la chose traverse, arrache, d\u00e9tache et met en d\u00e9route<\/em>. Il pourrait s\u2019agir de survivants d\u2019une catastrophe \u00e9cologique.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Dans le deuxi\u00e8me chant, on assiste \u00e0 un combat souterrain entre des individus vivant sur une dalle et des ennemis dont ils ignorent tout.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Le troisi\u00e8me r\u00e9cit met en sc\u00e8ne deux agronomes se livrant \u00e0 des exp\u00e9riences dans leur <em>farm<\/em>, \u00ab\u00a0entre zone p\u00e9riurbaine et estuaire sur un terrain compos\u00e9 de pr\u00e9s sal\u00e9s et de champs\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Enfin, le voyage solitaire que Luz (\u00ab lumi\u00e8re \u00bb) entreprend vers un lieu (<em>via the moon to the beach<\/em>) qui s\u2019av\u00e8re <em>une couche sup\u00e9rieure d\u2019exploration <\/em>fait l\u2019objet de la derni\u00e8re fiction.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Dans chacune d\u2019elles interviennent de puissantes figures f\u00e9minines, pr\u00e9sences ou voix qui <em>composent un ensemble de rites,<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-3839\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/JouScene.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"270\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/JouScene.jpg 220w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/JouScene-122x150.jpg 122w\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/> performances, transes (\u2026)<\/em> et dont les grands monologues tendent \u00e0 d\u00e9montrer que les femmes <em>savent certaines choses en ayant retourn\u00e9 le sol et en composant avec les limons, les tourbillons de l\u2019air, les esp\u00e8ces souterraines<\/em>.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Ainsi, le cort\u00e8ge du premier chant se voit pris dans un discours chamanique port\u00e9 par une femme qui<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>jette les d\u00e9s au sol, tape de son b\u00e2ton une suite de frappes ininterrompues, calant ses mouvements sur des fr\u00e9quences r\u00e9guli\u00e8res, peut-\u00eatre les cycles d\u2019une lune invisible<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">et dont le sens est le reproche d\u2019avoir oubli\u00e9 les instincts, les forces de la meute, et incitant les participants \u00e0 red\u00e9couvrir leur corps et la texture \u00e9lastique du sol dans une sorte de transe.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Les agronomes, pour leur part, rencontrent une femme qui les invite \u00e0 enfouir en eux<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>viril et restes d\u2019homme,<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00e0 <em>d\u00e9faire les n\u0153uds, d\u00e9comprimer les os<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">et \u00e0 <em>red\u00e9couvrir leurs \u00e9nergies corporelles<\/em>, \u00e0 <em>acqu\u00e9rir de nouvelles dispositions physiques et mentales, des interactions plus fortes avec leur environnement<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Si Luz parvient \u00e0 la terre promise, c\u2019est parce qu\u2019elle a \u00e9chapp\u00e9 <em>au destin de ceux qui avaient perdu le contact avec les myriades de cr\u00e9atures, leurs g\u00e9ographies aux multiples strates, s\u2019\u00e9taient \u00e9loign\u00e9s du vierge, du farouche et de l\u2019intimit\u00e9 avec les non-humains <\/em>et qu\u2019elle a conserv\u00e9 <em>les explosions originelles, les premi\u00e8res pens\u00e9es vivantes, l\u2019exub\u00e9ration primitive, les traces des transmutations originelles en cellules d\u2019air, eau et soleil.<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Chaque r\u00e9cit met en sc\u00e8ne une exp\u00e9rience de lib\u00e9ration, de transmutation de l\u2019humain. Le livre \u00e9voque de la sorte la cr\u00e9ation d\u2019une nouvelle humanit\u00e9 post-apocalypse\u00a0: \u00ab\u00a0Nous serions capables de nous r\u00e9parer \u00bb.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Si le discours des figures f\u00e9minines peut parfois appara\u00eetre (surtout dans le quatri\u00e8me chant) un peu trop programmatique et par l\u00e0-m\u00eame susceptible d\u2019introduire une baisse de tension, cette r\u00e9serve mineure ne doit pas emp\u00eacher de go\u00fbter l\u2019extraordinaire beaut\u00e9 de la phrase de Florence Jou. Je n\u2019en donnerai que deux exemples, invitant avec insistance le lecteur \u00e0 y aller voir lui-m\u00eame. Le premier, que l\u2019on pourrait croire n\u00e9 sous la plume de Joseph Beuys :<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">(\u2026) <em>vous sentirez aussi qu\u2019on vous feutre en interne, on vous feutrera, on vous arrachera les poils, vos poils seront remplac\u00e9s<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-3838\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Mycorhize.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"165\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Mycorhize.jpg 220w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Mycorhize-150x113.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/> par des fibres, vous vous sentirez fibr\u00e9s de partout, noyau et manteau de fibres, plus l\u00e9gers<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">L\u2019autre illustrant la puissance d\u2019un style convoquant un vocabulaire sp\u00e9cifique, pr\u00e9cis, scientifique, au service d\u2019une image po\u00e9tique, ce qui nous \u00e9voque, de nouveau, Lautr\u00e9amont (la mycorhize est le r\u00e9sultat de l\u2019association symbiotique entre des champignons et les racines des plantes. Les mycorhizes s\u2019associent \u00e0 des bact\u00e9ries du sol pour dissoudre des min\u00e9raux et rendre accessible le phosphore aux plantes. La mergule est un oiseau marin vivant en Arctique) :<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>Dans l\u2019air chaud et sec, des gouttes d\u2019oligo-\u00e9l\u00e9ments tombent. Sucre et mycorhize et varech dentel\u00e9 que les mergules d\u00e9collant \u00e0 toute vitesse viennent laper<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Florence Jou, Payvagues, \u00e9ditions de l\u2019Attente, collection \u00ab\u00a0Alimage\u00a0\u00bb, janvier 2023, 102 pages, 12 \u20ac, ISBN\u00a0: 978-2-493426-08-6. &nbsp; Conform\u00e9ment au principe de la collection, la couverture pr\u00e9sente une photographie, \u00ab\u00a0Quai des mar\u00e9es \u2013 4 juin 2020-3\u00a0\u00bb de Christophe Bouvier, soulignant la connivence entre l\u2019\u00e9criture et les arts visuels. * On s\u2019enfonce dans l\u2019\u00e9paisseur des Payvagues, zones ruin\u00e9es, perturb\u00e9es, espaces soi-disant fant\u00f4mes. Le lecteur qui accepte de s\u2019enfoncer dans ce livre dense, dont le titre fait r\u00e9f\u00e9rence au latin Pagus, petite zone, territoire d\u00e9limit\u00e9 par des bornes, et au su\u00e9dois V\u00e5g, onde, ne regrettera pas l\u2019exp\u00e9rience. \u00ab\u00a0Voyage en quatre r\u00e9cits avec pour guide des voix de femmes aux pouvoirs cosmo-telluriques\u00a0\u00bb, comme l\u2019indique la quatri\u00e8me de couverture, Payvagues est construit selon une alternance de descriptions et de discours amples, et plut\u00f4t que \u00ab\u00a0r\u00e9cits\u00a0\u00bb on pourrait presque parler de \u00ab\u00a0chants\u00a0\u00bb au sens maldororien du terme. Y participe une \u00e9criture savante, \u00e9maill\u00e9e de mots rares, de r\u00e9f\u00e9rences \u00e9cologiques, anthropologiques et po\u00e9tiques dont l\u2019identification n\u2019est pas toujours ais\u00e9e, et un discours tr\u00e8s soutenu qui indique d\u2019embl\u00e9e le niveau d\u2019exigence vis\u00e9 par Florence Jou. Tellurique, lisons-nous. Mais \u00ab\u00a0le sol est la peau\u00a0\u00bb, la zone est un tissu vivant. Payvagues parle de cette couche g\u00e9ologique essentielle o\u00f9 vivent des entit\u00e9s, humaines et non-humaines. Le vocabulaire est celui de la g\u00e9ologie et de la botanique, le texte s\u2019ordonne autour de la relation entre le dessus et le dessous, la fronti\u00e8re, les points de vie anim\u00e9s. Ces concepts abstraits s\u2019incarnent dans quatre fictions. La premi\u00e8re d\u00e9crit un d\u00e9placement. Un cort\u00e8ge d\u2019hommes, de femmes et d\u2019enfants cheminent dans une oc\u00e9anie noire gel\u00e9e en suivant des voies de rondins et en pronon\u00e7ant cette litanie, la chose traverse, arrache, d\u00e9tache et met en d\u00e9route. Il pourrait s\u2019agir de survivants d\u2019une catastrophe \u00e9cologique. Dans le deuxi\u00e8me chant, on assiste \u00e0 un combat souterrain entre des individus vivant sur une dalle et des ennemis dont ils ignorent tout. Le troisi\u00e8me r\u00e9cit met en sc\u00e8ne deux agronomes se livrant \u00e0 des exp\u00e9riences dans leur farm, \u00ab\u00a0entre zone p\u00e9riurbaine et estuaire sur un terrain compos\u00e9 de pr\u00e9s sal\u00e9s et de champs\u00a0\u00bb. Enfin, le voyage solitaire que Luz (\u00ab lumi\u00e8re \u00bb) entreprend vers un lieu (via the moon to the beach) qui s\u2019av\u00e8re une couche sup\u00e9rieure d\u2019exploration fait l\u2019objet de la derni\u00e8re fiction. Dans chacune d\u2019elles interviennent de puissantes figures f\u00e9minines, pr\u00e9sences ou voix qui composent un ensemble de rites, performances, transes (\u2026) et dont les grands monologues tendent \u00e0 d\u00e9montrer que les femmes savent certaines choses en ayant retourn\u00e9 le sol et en composant avec les limons, les tourbillons de l\u2019air, les esp\u00e8ces souterraines. Ainsi, le cort\u00e8ge du premier chant se voit pris dans un discours chamanique port\u00e9 par une femme qui jette les d\u00e9s au sol, tape de son b\u00e2ton une suite de frappes ininterrompues, calant ses mouvements sur des fr\u00e9quences r\u00e9guli\u00e8res, peut-\u00eatre les cycles d\u2019une lune invisible et dont le sens est le reproche d\u2019avoir oubli\u00e9 les instincts, les forces de la meute, et incitant les participants \u00e0 red\u00e9couvrir leur corps et la texture \u00e9lastique du sol dans une sorte de transe. Les agronomes, pour leur part, rencontrent une femme qui les invite \u00e0 enfouir en eux viril et restes d\u2019homme, \u00e0 d\u00e9faire les n\u0153uds, d\u00e9comprimer les os et \u00e0 red\u00e9couvrir leurs \u00e9nergies corporelles, \u00e0 acqu\u00e9rir de nouvelles dispositions physiques et mentales, des interactions plus fortes avec leur environnement Si Luz parvient \u00e0 la terre promise, c\u2019est parce qu\u2019elle a \u00e9chapp\u00e9 au destin de ceux qui avaient perdu le contact avec les myriades de cr\u00e9atures, leurs g\u00e9ographies aux multiples strates, s\u2019\u00e9taient \u00e9loign\u00e9s du vierge, du farouche et de l\u2019intimit\u00e9 avec les non-humains et qu\u2019elle a conserv\u00e9 les explosions originelles, les premi\u00e8res pens\u00e9es vivantes, l\u2019exub\u00e9ration primitive, les traces des transmutations originelles en cellules d\u2019air, eau et soleil. Chaque r\u00e9cit met en sc\u00e8ne une exp\u00e9rience de lib\u00e9ration, de transmutation de l\u2019humain. Le livre \u00e9voque de la sorte la cr\u00e9ation d\u2019une nouvelle humanit\u00e9 post-apocalypse\u00a0: \u00ab\u00a0Nous serions capables de nous r\u00e9parer \u00bb. Si le discours des figures f\u00e9minines peut parfois appara\u00eetre (surtout dans le quatri\u00e8me chant) un peu trop programmatique et par l\u00e0-m\u00eame susceptible d\u2019introduire une baisse de tension, cette r\u00e9serve mineure ne doit pas emp\u00eacher de go\u00fbter l\u2019extraordinaire beaut\u00e9 de la phrase de Florence Jou. Je n\u2019en donnerai que deux exemples, invitant avec insistance le lecteur \u00e0 y aller voir lui-m\u00eame. Le premier, que l\u2019on pourrait croire n\u00e9 sous la plume de Joseph Beuys : (\u2026) vous sentirez aussi qu\u2019on vous feutre en interne, on vous feutrera, on vous arrachera les poils, vos poils seront remplac\u00e9s par des fibres, vous vous sentirez fibr\u00e9s de partout, noyau et manteau de fibres, plus l\u00e9gers L\u2019autre illustrant la puissance d\u2019un style convoquant un vocabulaire sp\u00e9cifique, pr\u00e9cis, scientifique, au service d\u2019une image po\u00e9tique, ce qui nous \u00e9voque, de nouveau, Lautr\u00e9amont (la mycorhize est le r\u00e9sultat de l\u2019association symbiotique entre des champignons et les racines des plantes. Les mycorhizes s\u2019associent \u00e0 des bact\u00e9ries du sol pour dissoudre des min\u00e9raux et rendre accessible le phosphore aux plantes. La mergule est un oiseau marin vivant en Arctique) : Dans l\u2019air chaud et sec, des gouttes d\u2019oligo-\u00e9l\u00e9ments tombent. 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