{"id":3937,"date":"2023-04-22T13:25:35","date_gmt":"2023-04-22T11:25:35","guid":{"rendered":"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=3937"},"modified":"2023-04-22T13:26:35","modified_gmt":"2023-04-22T11:26:35","slug":"chronique-christophe-esnault-lapatride-culturel-par-carole-darricarrere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2023\/04\/22\/chronique-christophe-esnault-lapatride-culturel-par-carole-darricarrere\/","title":{"rendered":"[Chronique] Christophe Esnault, L&rsquo;Apatride culturel, par Carole Darricarr\u00e8re"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Christophe Esnault, <strong><em>L\u2019Apatride culturel<\/em><\/strong>, Ars Poetica, 2023, 107 pages, 16 \u20ac, ISBN\u00a0: 978-2-9577215-7-3.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: center;\"><strong>Attention, fragile\u00a0!<\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">J\u2019en attendais trois<a href=\"applewebdata:\/\/DBC247B8-3A96-487F-BA9E-B5CDFA1B9CA5#_edn1\" name=\"_ednref1\">[i]<\/a>, ayant imagin\u00e9 qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un tryptique dans la lign\u00e9e des peintres ; il n\u2019en est arriv\u00e9 qu\u2019un, <strong><em>L\u2019apatride culturel<\/em><\/strong>, vraisemblablement la pi\u00e8ce ma\u00eetresse la plus signifiante et ch\u00e8re \u00e0 son auteur, celle aussi susceptible de faire miroir \u00e0 mon for int\u00e9rieur\u00a0: bingo\u00a0!<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-3941\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/ApatrideCulturel.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"310\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/ApatrideCulturel.jpg 220w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/ApatrideCulturel-213x300.jpg 213w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/ApatrideCulturel-106x150.jpg 106w\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/>Rien de savant ne s\u2019y revendique, aucune posture avant-gardiste ni pr\u00e9tention conceptuelle, Christophe Esnault \u00e9crit en grande simplicit\u00e9 ses r\u00eaveries d\u2019un buveur de bi\u00e8re solitaire, le c\u0153ur battant librement \u00e0 ciel ouvert, avec cet humour d\u00e9sabus\u00e9 qui est la marque de fabrique d\u2019un souffle au c\u0153ur et d\u2019une authenticit\u00e9 vraie\u00a0: pas une ligne qui n\u2019ait \u00e9t\u00e9 valid\u00e9e par cet esp\u00e8ce de lutin \u2013 ou de f\u00e9e \u2013 que la plupart des intellectuels purs et durs s\u2019empressent de mettre au placard une fois atteint l\u2019\u00e2ge de raison.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Et s\u2019il est question de sexe \u2013 et m\u00eame d\u2019un penchant pornographe, \u00ab\u00a0<em>le blanc \/ D\u2019une culotte<\/em>\u00a0\u00bb menant pr\u00e9cocement \u00e0 \u00ab\u00a0<em>l\u2019existence d\u2019une petite fente<\/em>\u00a0\u00bb \u2013, l\u2019intimit\u00e9 tutoyant la nudit\u00e9, le forever kid n\u2019est jamais loin, sa po\u00e9sie indissociable du sentiment.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">All that jazz \u2013 le moi social, l\u2019\u00e9veil de la sexualit\u00e9 et l\u2019impulsion en gestation d\u2019\u00e9crire \u2013 prenant concomitamment racine dans l\u2019enfance entrelace les mailles d\u2019un texte sans ponctuation \u00e0 porter \u00e0 m\u00eame la peau sans fa\u00e7on tel un pull maison \u00e0 m\u00e9moire de forme ravaud\u00e9 de main maternelle en remontant le fil rouge d\u2019une nostalgie fondamentale.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Le livre initie le tango d\u2019un t\u00eate-\u00e0-t\u00eate\u00a0; lisant lentement, un pas en avant trois pages en arri\u00e8re, s\u2019impr\u00e9gner de ce solo, un think-tendre \u00e0 lui tout seul\u00a0: le dit du mouton noir.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">En couverture et grande complicit\u00e9, Aur\u00e9lia B\u00e9cuwe nous offre une version contemporaine du Penseur de Rodin, un penseur sans solution, poings li\u00e9s sur la margoulette t\u00eate en berne sous la ligne des \u00e9paules indiquant qu\u2019il en chie.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Au carrefour de la quarantaine autobiographiquement bien tass\u00e9e, quelque chose affleure mi-figue mi-raisin de r\u00e9miniscence en confession sous l\u2019horizontalit\u00e9 fragment\u00e9e de la dict\u00e9e qui ressemble au d\u00e9chant d\u2019un <em>Qui suis-je\u00a0?<\/em>, soit un inextricable m\u00e9lange d\u2019ennui, de fatigue existentielle, de causticit\u00e9 et de tendresse \u00e9maill\u00e9 \u00ab\u00a0<em>Vingt jours par an \/ Si tu montes le curser du vivre<\/em>\u00a0\u00bb d\u2019instants \u00e0 haute valeur ajout\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Pour pierre d\u2019angle le constat que le livre, cet objet f\u00e9tiche \u2013 une addiction comme une autre \u2013, l\u2019\u00e9criture, ce refuge, ce projet, cette mission de vie improbable, cet in\u00e9puisable substitut au d\u00e9senchantement simple, <em>ne sont pas<\/em> un trait d\u2019union f\u00e9d\u00e9rateur entre soi et l\u2019autre mais a contrario le passeport pour le d\u00e9sert d\u2019une passion solitaire et le point de rupture de tout sentiment de<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-3942\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/Christophe-Esnault.jpg\" alt=\"\" width=\"225\" height=\"220\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/Christophe-Esnault.jpg 225w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/Christophe-Esnault-150x147.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 225px) 100vw, 225px\" \/> filiation.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">De l\u00e0 osciller, de d\u00e9marcation en d\u00e9marcation, de points d\u2019acm\u00e9 autocr\u00e9ateurs de sens en bouff\u00e9es de contrition face \u00e0 sa propre marginalit\u00e9 insubmersible dans l\u2019eau du bain qui arase tout ce qui d\u00e9passe et aspire \u00e0 se surpasser.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">D\u2019o\u00f9 l\u2019aveu de la tentation vague d\u2019un environnement sans livres, nature &amp; d\u00e9couverte, recentr\u00e9 sur une passion simple partageable \u00e0 l\u2019infini de la dur\u00e9e ramass\u00e9e dans un bouchon de li\u00e8ge.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Mais la culture bon sang, la culture d\u2019abord, mon beau combat\u00a0!<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Lire et \u00e9crire \u00e9tant les deux p\u00f4les d\u2019une passion inavouable et la promesse d\u2019un suppl\u00e9ment de solitude, le texte se compose autour de ces \u00e9clairs de lucidit\u00e9 dont on pressent qu\u2019ils sont pr\u00e9curseurs du point de bascule d\u2019une crise existentielle fondamentale.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Faut-il forcer le cochon \u00e0 aimer la confiture ? \u00c0 quoi bon persister \u00e0 vouloir \u00e9crire <em>\u00e0 l\u2019ancienne<\/em> ? Pour qui ? \u00c0 quel prix ? Comment atteindre le quidam \u00e9teint, l\u2019hyperactif qui court apr\u00e8s un labyrinthe d\u2019illusions inclusives, les \u0153ill\u00e8res\u00a0pragmatiques de la noria ?<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Du rouleau de comptoir au livre de po\u00e9sie il y a mille bons pr\u00e9textes pour d\u00e9serter la langue et mille raisons de se l\u2019approprier\u00a0; et si la po\u00e9sie a consid\u00e9rablement investi l\u2019oralit\u00e9 \u2013 \u00ab\u00a0<em>Jusqu\u2019o\u00f9 le po\u00e8te doit-il \u00eatre le clown \/ Qu\u2019on lui demande d\u2019\u00eatre ?<\/em>\u00a0\u00bb \u2013 c\u2019est sans doute parce que plus personne ne lit, hormis les messages qui s\u2019affichent contin\u00fbment sur nos \u00e9crans, <em>Cette ann\u00e9e faites le plein de voyages<\/em>, <em>Go\u00fbtez les th\u00e9s du monde entier<\/em>, <em>Votre cadeau vous attend<\/em> : le t\u00e9l\u00e9phone portable a remplac\u00e9 partout et en toute occasion le livre compagnon.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">C\u2019est de facto un petit livre saignant qui mine de rien soul\u00e8ve des questions que personne n\u2019ose poser frontalement et qui de coup de blues en coup de gueule mezzo voce, les poings sur les hanches met les points sur les i.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Comment alors, \u00e9crire terre \u00e0 terre un recueil de po\u00e9sie concr\u00e8te sans passer pour un bourgeois, \u00e9crire au plus proche du lecteur, aller \u00e0 l\u2019essentiel, sinon \u00e9crire cash avec son c\u0153ur un livre \u00e0 port\u00e9e d\u2019entendement en prise directe avec le r\u00e9el dans lequel au ras de la ligne bruisserait le quotidien du monde et juste en dessous, en miroir, ce qu\u2019il nous fait, intimement et de mani\u00e8re absolument singuli\u00e8re, d\u00e8s lors que l\u2019on autorise son moi social \u2013 son moi adulte \u2013 \u00e0 se laisser sombrer par les couches profondes de tous les moi souverains qui nous constituent, depuis les aurores bor\u00e9ales de notre enfant int\u00e9rieur jusqu\u2019aux scell\u00e9s du \u00ab\u00a0<em>gros consommateur naze<\/em>\u00a0\u00bb format\u00e9 au conditionnement r\u00e9flexe\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-3940\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/Extrait_Esnault.jpg\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"650\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/Extrait_Esnault.jpg 540w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/Extrait_Esnault-249x300.jpg 249w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/Extrait_Esnault-125x150.jpg 125w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/04\/Extrait_Esnault-366x441.jpg 366w\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" \/><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Autant de cris du corps et du c\u0153ur, de coups de pied \u00e0 contre-courant dans le ciel, autant de clips &amp; de drops qui jouent de la satire en vers librement assum\u00e9s et feuilles d\u00e9tach\u00e9es, avec l\u2019espoir d\u2019induire ce grand retournement qui nous ferait passer de la fabrique intellectuelle du livre de po\u00e8mes \u00e0 l\u2019\u00e9tat natif de po\u00e9sie, du temps court de \u00ab\u00a0<em>la foutaise des jours<\/em>\u00a0\u00bb au temps long de la lecture, du mords de l\u2019\u00e2ge adulte \u00e0 la vocation nagu\u00e8re de vivre par tous les pores de la peau et de la vue sa diff\u00e9rence \u00e9clair\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Comment rester en prise avec le vivant, rejoindre, stimuler, inspirer, r\u00e9veiller le kid et le faire grandir en po\u00e9sie, communier ensemble depuis sa propre sensibilit\u00e9 \u00e0 mi-chemin de son soi et du soi de son <em>prochain<\/em>, r\u00e9concilier le brin de paille des commissures et le purin quotidien de l\u2019\u00e9table ?<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">La lutte des classes est-elle miscible dans le domaine de la po\u00e9sie ? La lucidit\u00e9 est-elle le privil\u00e8ge de quelques-uns ? Le droit \u00e0 l\u2019\u00e9l\u00e9vation de la pens\u00e9e est-il l\u00e9gitime, n\u00e9cessaire, vital ? Que faire de soi lorsque, frustr\u00e9, l\u2019on r\u00e9alise que l\u2019on ne se reconna\u00eet dans aucun milieu ? O\u00f9 trouver sa place en ce monde, que ce soit dans le corps social ou sur la sc\u00e8ne po\u00e9tique, sans se renier ni surjouer telle ou telle posture, gardien de son centre, sa voix, sa voie\u00a0?<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">S<em>oul to soul<\/em> compatir, oui le po\u00e8te est un apatride et \u00ab\u00a0<em>la cosse ouverte de l<\/em><em>\u2019enfance<\/em>\u00a0\u00bb le fonds de commerce de la po\u00e9sie et une patrie \u00e0 part enti\u00e8re, dernier bastion en p\u00e9ril avant l\u2019extinction et de la po\u00e9sie et de l\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00ab\u00a0<em>Et l\u2019\u00e9criture permet \/ D\u2019y retourner<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"applewebdata:\/\/DBC247B8-3A96-487F-BA9E-B5CDFA1B9CA5#_ednref1\" name=\"_edn1\">[i]<\/a> Christophe Esnault vient de publier aux \u00e9ditions \u00c6thalid\u00e8s <strong><em>Pas m\u00eame le boucher<\/em><\/strong>, aux \u00e9ditions Cactus In\u00e9branlable <strong><em>Hilarit\u00e9 confite<\/em><\/strong> <em>suivi de<\/em> <strong><em>Cas contact de cas social<\/em><\/strong>, aux \u00e9ditions Ars Poetica <strong><em>L\u2019apatride culturel<\/em><\/strong>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Christophe Esnault, L\u2019Apatride culturel, Ars Poetica, 2023, 107 pages, 16 \u20ac, ISBN\u00a0: 978-2-9577215-7-3. &nbsp; Attention, fragile\u00a0! J\u2019en attendais trois[i], ayant imagin\u00e9 qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un tryptique dans la lign\u00e9e des peintres ; il n\u2019en est arriv\u00e9 qu\u2019un, L\u2019apatride culturel, vraisemblablement la pi\u00e8ce ma\u00eetresse la plus signifiante et ch\u00e8re \u00e0 son auteur, celle aussi susceptible de faire miroir \u00e0 mon for int\u00e9rieur\u00a0: bingo\u00a0! Rien de savant ne s\u2019y revendique, aucune posture avant-gardiste ni pr\u00e9tention conceptuelle, Christophe Esnault \u00e9crit en grande simplicit\u00e9 ses r\u00eaveries d\u2019un buveur de bi\u00e8re solitaire, le c\u0153ur battant librement \u00e0 ciel ouvert, avec cet humour d\u00e9sabus\u00e9 qui est la marque de fabrique d\u2019un souffle au c\u0153ur et d\u2019une authenticit\u00e9 vraie\u00a0: pas une ligne qui n\u2019ait \u00e9t\u00e9 valid\u00e9e par cet esp\u00e8ce de lutin \u2013 ou de f\u00e9e \u2013 que la plupart des intellectuels purs et durs s\u2019empressent de mettre au placard une fois atteint l\u2019\u00e2ge de raison. Et s\u2019il est question de sexe \u2013 et m\u00eame d\u2019un penchant pornographe, \u00ab\u00a0le blanc \/ D\u2019une culotte\u00a0\u00bb menant pr\u00e9cocement \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019existence d\u2019une petite fente\u00a0\u00bb \u2013, l\u2019intimit\u00e9 tutoyant la nudit\u00e9, le forever kid n\u2019est jamais loin, sa po\u00e9sie indissociable du sentiment. All that jazz \u2013 le moi social, l\u2019\u00e9veil de la sexualit\u00e9 et l\u2019impulsion en gestation d\u2019\u00e9crire \u2013 prenant concomitamment racine dans l\u2019enfance entrelace les mailles d\u2019un texte sans ponctuation \u00e0 porter \u00e0 m\u00eame la peau sans fa\u00e7on tel un pull maison \u00e0 m\u00e9moire de forme ravaud\u00e9 de main maternelle en remontant le fil rouge d\u2019une nostalgie fondamentale. Le livre initie le tango d\u2019un t\u00eate-\u00e0-t\u00eate\u00a0; lisant lentement, un pas en avant trois pages en arri\u00e8re, s\u2019impr\u00e9gner de ce solo, un think-tendre \u00e0 lui tout seul\u00a0: le dit du mouton noir. En couverture et grande complicit\u00e9, Aur\u00e9lia B\u00e9cuwe nous offre une version contemporaine du Penseur de Rodin, un penseur sans solution, poings li\u00e9s sur la margoulette t\u00eate en berne sous la ligne des \u00e9paules indiquant qu\u2019il en chie. Au carrefour de la quarantaine autobiographiquement bien tass\u00e9e, quelque chose affleure mi-figue mi-raisin de r\u00e9miniscence en confession sous l\u2019horizontalit\u00e9 fragment\u00e9e de la dict\u00e9e qui ressemble au d\u00e9chant d\u2019un Qui suis-je\u00a0?, soit un inextricable m\u00e9lange d\u2019ennui, de fatigue existentielle, de causticit\u00e9 et de tendresse \u00e9maill\u00e9 \u00ab\u00a0Vingt jours par an \/ Si tu montes le curser du vivre\u00a0\u00bb d\u2019instants \u00e0 haute valeur ajout\u00e9e. Pour pierre d\u2019angle le constat que le livre, cet objet f\u00e9tiche \u2013 une addiction comme une autre \u2013, l\u2019\u00e9criture, ce refuge, ce projet, cette mission de vie improbable, cet in\u00e9puisable substitut au d\u00e9senchantement simple, ne sont pas un trait d\u2019union f\u00e9d\u00e9rateur entre soi et l\u2019autre mais a contrario le passeport pour le d\u00e9sert d\u2019une passion solitaire et le point de rupture de tout sentiment de filiation. De l\u00e0 osciller, de d\u00e9marcation en d\u00e9marcation, de points d\u2019acm\u00e9 autocr\u00e9ateurs de sens en bouff\u00e9es de contrition face \u00e0 sa propre marginalit\u00e9 insubmersible dans l\u2019eau du bain qui arase tout ce qui d\u00e9passe et aspire \u00e0 se surpasser. D\u2019o\u00f9 l\u2019aveu de la tentation vague d\u2019un environnement sans livres, nature &amp; d\u00e9couverte, recentr\u00e9 sur une passion simple partageable \u00e0 l\u2019infini de la dur\u00e9e ramass\u00e9e dans un bouchon de li\u00e8ge. Mais la culture bon sang, la culture d\u2019abord, mon beau combat\u00a0! Lire et \u00e9crire \u00e9tant les deux p\u00f4les d\u2019une passion inavouable et la promesse d\u2019un suppl\u00e9ment de solitude, le texte se compose autour de ces \u00e9clairs de lucidit\u00e9 dont on pressent qu\u2019ils sont pr\u00e9curseurs du point de bascule d\u2019une crise existentielle fondamentale. Faut-il forcer le cochon \u00e0 aimer la confiture ? \u00c0 quoi bon persister \u00e0 vouloir \u00e9crire \u00e0 l\u2019ancienne ? Pour qui ? \u00c0 quel prix ? Comment atteindre le quidam \u00e9teint, l\u2019hyperactif qui court apr\u00e8s un labyrinthe d\u2019illusions inclusives, les \u0153ill\u00e8res\u00a0pragmatiques de la noria ? Du rouleau de comptoir au livre de po\u00e9sie il y a mille bons pr\u00e9textes pour d\u00e9serter la langue et mille raisons de se l\u2019approprier\u00a0; et si la po\u00e9sie a consid\u00e9rablement investi l\u2019oralit\u00e9 \u2013 \u00ab\u00a0Jusqu\u2019o\u00f9 le po\u00e8te doit-il \u00eatre le clown \/ Qu\u2019on lui demande d\u2019\u00eatre ?\u00a0\u00bb \u2013 c\u2019est sans doute parce que plus personne ne lit, hormis les messages qui s\u2019affichent contin\u00fbment sur nos \u00e9crans, Cette ann\u00e9e faites le plein de voyages, Go\u00fbtez les th\u00e9s du monde entier, Votre cadeau vous attend : le t\u00e9l\u00e9phone portable a remplac\u00e9 partout et en toute occasion le livre compagnon. C\u2019est de facto un petit livre saignant qui mine de rien soul\u00e8ve des questions que personne n\u2019ose poser frontalement et qui de coup de blues en coup de gueule mezzo voce, les poings sur les hanches met les points sur les i. Comment alors, \u00e9crire terre \u00e0 terre un recueil de po\u00e9sie concr\u00e8te sans passer pour un bourgeois, \u00e9crire au plus proche du lecteur, aller \u00e0 l\u2019essentiel, sinon \u00e9crire cash avec son c\u0153ur un livre \u00e0 port\u00e9e d\u2019entendement en prise directe avec le r\u00e9el dans lequel au ras de la ligne bruisserait le quotidien du monde et juste en dessous, en miroir, ce qu\u2019il nous fait, intimement et de mani\u00e8re absolument singuli\u00e8re, d\u00e8s lors que l\u2019on autorise son moi social \u2013 son moi adulte \u2013 \u00e0 se laisser sombrer par les couches profondes de tous les moi souverains qui nous constituent, depuis les aurores bor\u00e9ales de notre enfant int\u00e9rieur jusqu\u2019aux scell\u00e9s du \u00ab\u00a0gros consommateur naze\u00a0\u00bb format\u00e9 au conditionnement r\u00e9flexe\u00a0? Autant de cris du corps et du c\u0153ur, de coups de pied \u00e0 contre-courant dans le ciel, autant de clips &amp; de drops qui jouent de la satire en vers librement assum\u00e9s et feuilles d\u00e9tach\u00e9es, avec l\u2019espoir d\u2019induire ce grand retournement qui nous ferait passer de la fabrique intellectuelle du livre de po\u00e8mes \u00e0 l\u2019\u00e9tat natif de po\u00e9sie, du temps court de \u00ab\u00a0la foutaise des jours\u00a0\u00bb au temps long de la lecture, du mords de l\u2019\u00e2ge adulte \u00e0 la vocation nagu\u00e8re de vivre par tous les pores de la peau et de la vue sa diff\u00e9rence \u00e9clair\u00e9e. Comment rester en prise avec le vivant, rejoindre, stimuler, inspirer, r\u00e9veiller le kid et le faire grandir en po\u00e9sie, communier ensemble depuis sa propre sensibilit\u00e9 \u00e0 mi-chemin de son soi et du soi de son prochain, r\u00e9concilier le brin de paille des&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":3939,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[35,7,2],"tags":[1914,195,99,245,1969,1970],"class_list":["post-3937","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-chronique","category-livres-recus","category-une","tag-ars-poetica","tag-carole-darricarrere","tag-christophe-esnault","tag-critique-sociale","tag-poete-clown","tag-reflexion-sur-le-poete-et-la-poesie"],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3937","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3937"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3937\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3943,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3937\/revisions\/3943"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3939"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3937"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3937"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3937"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}