{"id":3944,"date":"2023-04-26T10:13:19","date_gmt":"2023-04-26T08:13:19","guid":{"rendered":"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=3944"},"modified":"2023-04-26T10:38:49","modified_gmt":"2023-04-26T08:38:49","slug":"texte-laura-caron-poesie-electrique-du-25-fevrier-2023","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2023\/04\/26\/texte-laura-caron-poesie-electrique-du-25-fevrier-2023\/","title":{"rendered":"[Texte] Laura Caron, Po\u00e9sie \u00e9lectrique du 25 f\u00e9vrier 2023"},"content":{"rendered":"<p><em>\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \/\/ Intro<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Je suis coinc\u00e9e dans le sel des sensualit\u00e9s scientifiques.<br \/>\nLes secrets serr\u00e9s contre les sentiments soumis su\u00e7ent le d\u00e9sir sans cieux et les desseins, sanscrits de simplicit\u00e9 sous la sournoiserie des supplices, s\u2019\u00e9mancipent des statistiques censur\u00e9es.<br \/>\nSe rassasier r\u00e9side souvent de l&rsquo;irrationnel.<br \/>\nEt l\u2019indicible se transmet dans ces sourires suspects.<br \/>\nS&rsquo;il te pla\u00eet ne me laisse ne me LAISSE MOI tout d\u00e9construire.<br \/>\nLe serpent sans retour ne sait se satisfaire des silences \u00e9difiants et des souvenirs essouffl\u00e9s<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <em>\/\/ Dans le train aller (direction paris)<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">L\u2019am\u00e9ricaine me dit qu\u2019elle n\u2019arrive pas \u00e0 me peindre et elle r\u00e9p\u00e8te. 5 fois le mot. \u00c7a me g\u00e8le. J\u2019ai la tragique impression d\u2019\u00eatre une forme lisse d\u00e9pourvue de fond, d\u00e9pourvue de mati\u00e8re. Une pierre. Couleur bi\u00e8re ambr\u00e9e les yeux, bi\u00e8re brune bien am\u00e8re oui. Mais la musique est un peu brutale par rapport \u00e0 la douceur de la jeune fille. Alors selon lui, je suis douce. Mon corps l\u2019est, lui, oui c\u2019est s\u00fbr. Et moi je me demande si je ne trouve pas beau que ce qui est pur. Tu ne viens pas d\u2019ici, toi, si ? Enfin, tu as des origines ? Coiff\u00e9e ainsi on croirait voir l\u2019arl\u00e9sienne. Ces femmes-l\u00e0 sont dangereuses. Ma m\u00e8re est catalane. Ah ! C\u2019est pour \u00e7a. Faudrait-il que je sourie parfois ? C\u2019est un m\u00e9lange d\u2019Ingres et Manet, on ne va pas se plaindre. Est-ce-que je pourrais avoir un peu de chaleur sur les pieds ? Ah oui qu\u2019elle ne s\u2019enrhume pas quand m\u00eame.<br \/>\nJe ne sais vraiment pas pourquoi je fais \u00e7a. Je donne en silence. \u00c7a me fait beaucoup de bien. On ne me demande rien que d\u2019\u00eatre l\u00e0 et j\u2019ai tout le loisir de penser.<br \/>\nIl y a le bleu lumineux des cit\u00e9s que l\u2019on quitte. Approximativement. C\u2019est le r\u00e8gne de la superficialit\u00e9 aux abords du volcan. Jetez-vous y un peu pour voir. Je voulais annoncer aux ombres que c\u2019est bien joli mais que \u00e7a n\u2019est pas si simple de jouer au soleil.<br \/>\nIl y a des p\u00e9riodes o\u00f9 je suis gentille avec tout le monde et d\u2019autres o\u00f9 je ne le suis avec personne. J\u2019ai vraiment h\u00e2te de vous retrouver. Mes s\u0153urs, les perles rares, mon seul collier.<\/p>\n<p><em>\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \/\/ Dans le train retour (direction Marseille)<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Souvent les hommes sont plus grands que leurs maisons. A la gare, tous les trottoirs sont roses comme les rails du chemin de fer. J\u2019ai vu des taureaux plus noirs qu\u2019un \u00e9cran sans rayures et sans traces. Et les champs de tournesol noirs, et les champs de carbonite noire. Est-ce qu\u2019ici aussi les paysages ont pris feu ?<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Camus a dit Notre monde n\u2019a pas besoin d\u2019\u00e2mes ti\u00e8des, il a besoin de c\u0153urs br\u00fblants. Peut-\u00eatre qu\u2019avec le temps, on cesse de vouloir tout r\u00e9volutionner. Peut-\u00eatre pas du tout d\u2019ailleurs, peut-\u00eatre que c\u2019est de pire en pire pour peu qu\u2019on ne sache pas couper les poires. Je croyais avoir appris \u00e0 dire oui mais j\u2019ai encore envie de dire non, et de dire merde. Figures du refus, je m\u2019\u00e9pouvante d\u2019un rien, me refais trag\u00e9dienne en un peu plus dangereux puisque je n\u2019ai plus la totalit\u00e9 de mon insouciance.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">R\u00e9ceptacle, belle jarre ; les vases bris\u00e9s de nos sarcasmes. L\u2019osmose peut-\u00eatre adviendra.<br \/>\nJ\u2019ai des m\u00e9canismes usit\u00e9s dans mes t\u00eates.<br \/>\n\u00c7a coince, \u00e7a fait des carreaux noirs et blancs, pas tr\u00e8s int\u00e9ressants. <em>Mais merde.<br \/>\n<\/em>C\u2019est glauque, \u00e7a m\u2019obstrue, \u00e7a m\u2019octroie les bronches des n\u0153uds de gomme.<br \/>\nLes gargouilles du clocher sont fig\u00e9es et la grosse aiguille est trop lourde \u00e0 pr\u00e9sent. Je ne peux pas de mon poids la faire tomber. Attendons. R\u00e9quisitionnons, habit\u00e2t de poutres pointues. <em>Mais merde.<br \/>\n<\/em>Recevoir, restituer, d\u00e9gouliner dans un r\u00e9cit. Qu\u2019est-ce qu\u2019il faut dire ?<br \/>\nNous vous recevons, nous vous restituons, nous vous \u00e9coutons d\u00e9gouliner en silence sur nous. L\u00e2chez les ailes des funambules. Flaire les filets, tout faire foirer. <em>Mais merde<\/em>, il faut crier plus fort qu\u2019une cravache pour se d\u00e9sinterpr\u00e9ter.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">P\u00e8lerinage des gu\u00e9risons enfouies, il fallait au moins \u00e7a avant de retrouver le camino libre. Les cheveux fins et l\u00e9gers tombent comme des pluies venues d\u2019en-haut sur les v\u00eatements noirs qui ne laissent \u00e0 personne l\u2019indiff\u00e9rence d\u2019une sensibilit\u00e9 trop interloqu\u00e9e. Je ne suis pas s\u00fbre de l\u00e0 o\u00f9 j\u2019avance, et elle utilise toujours le m\u00eame rythme quand elle tente de dire quelque chose. Il est temps.\u00a0 J\u2019observe avec amusement ce qui se traverse. Il n\u2019y a rien \u00e0 faire.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Dans quelques mois \u00e0 peine trois, nous rirons de tout \u00e7a. Nous nous souviendrons de ce qui fume encore et persiste dans les braises et les gouttes des contr\u00e9es oubli\u00e9es au fin fond des entrailles g\u00e9ographiques, de notre cit\u00e9 de pierres blanches et d\u2019oranges, de pastis et d\u2019\u00e9tranges rencontres oubli\u00e9es dans les matins brulants, les l\u00e8vres closes des cr\u00e2nes coup\u00e9s de la toute affreuse r\u00e9alit\u00e9. Je ne suis que le grain de cette poudre qui se balaye du revers de la main, d\u2019un doigt gras de sucre de nos c\u0153urs toujours bruns qui ont l\u2019odeur des vieux alcools, des fruits amers. Ah la mer.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \/\/ Intro Je suis coinc\u00e9e dans le sel des sensualit\u00e9s scientifiques. 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Mais la musique est un peu brutale par rapport \u00e0 la douceur de la jeune fille. Alors selon lui, je suis douce. Mon corps l\u2019est, lui, oui c\u2019est s\u00fbr. Et moi je me demande si je ne trouve pas beau que ce qui est pur. Tu ne viens pas d\u2019ici, toi, si ? Enfin, tu as des origines ? Coiff\u00e9e ainsi on croirait voir l\u2019arl\u00e9sienne. Ces femmes-l\u00e0 sont dangereuses. Ma m\u00e8re est catalane. Ah ! C\u2019est pour \u00e7a. Faudrait-il que je sourie parfois ? C\u2019est un m\u00e9lange d\u2019Ingres et Manet, on ne va pas se plaindre. Est-ce-que je pourrais avoir un peu de chaleur sur les pieds ? Ah oui qu\u2019elle ne s\u2019enrhume pas quand m\u00eame. Je ne sais vraiment pas pourquoi je fais \u00e7a. Je donne en silence. \u00c7a me fait beaucoup de bien. On ne me demande rien que d\u2019\u00eatre l\u00e0 et j\u2019ai tout le loisir de penser. Il y a le bleu lumineux des cit\u00e9s que l\u2019on quitte. Approximativement. C\u2019est le r\u00e8gne de la superficialit\u00e9 aux abords du volcan. Jetez-vous y un peu pour voir. Je voulais annoncer aux ombres que c\u2019est bien joli mais que \u00e7a n\u2019est pas si simple de jouer au soleil. Il y a des p\u00e9riodes o\u00f9 je suis gentille avec tout le monde et d\u2019autres o\u00f9 je ne le suis avec personne. J\u2019ai vraiment h\u00e2te de vous retrouver. Mes s\u0153urs, les perles rares, mon seul collier. \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \/\/ Dans le train retour (direction Marseille) Souvent les hommes sont plus grands que leurs maisons. A la gare, tous les trottoirs sont roses comme les rails du chemin de fer. J\u2019ai vu des taureaux plus noirs qu\u2019un \u00e9cran sans rayures et sans traces. Et les champs de tournesol noirs, et les champs de carbonite noire. Est-ce qu\u2019ici aussi les paysages ont pris feu ? Camus a dit Notre monde n\u2019a pas besoin d\u2019\u00e2mes ti\u00e8des, il a besoin de c\u0153urs br\u00fblants. Peut-\u00eatre qu\u2019avec le temps, on cesse de vouloir tout r\u00e9volutionner. Peut-\u00eatre pas du tout d\u2019ailleurs, peut-\u00eatre que c\u2019est de pire en pire pour peu qu\u2019on ne sache pas couper les poires. Je croyais avoir appris \u00e0 dire oui mais j\u2019ai encore envie de dire non, et de dire merde. Figures du refus, je m\u2019\u00e9pouvante d\u2019un rien, me refais trag\u00e9dienne en un peu plus dangereux puisque je n\u2019ai plus la totalit\u00e9 de mon insouciance. R\u00e9ceptacle, belle jarre ; les vases bris\u00e9s de nos sarcasmes. L\u2019osmose peut-\u00eatre adviendra. J\u2019ai des m\u00e9canismes usit\u00e9s dans mes t\u00eates. \u00c7a coince, \u00e7a fait des carreaux noirs et blancs, pas tr\u00e8s int\u00e9ressants. Mais merde. C\u2019est glauque, \u00e7a m\u2019obstrue, \u00e7a m\u2019octroie les bronches des n\u0153uds de gomme. Les gargouilles du clocher sont fig\u00e9es et la grosse aiguille est trop lourde \u00e0 pr\u00e9sent. Je ne peux pas de mon poids la faire tomber. Attendons. R\u00e9quisitionnons, habit\u00e2t de poutres pointues. Mais merde. Recevoir, restituer, d\u00e9gouliner dans un r\u00e9cit. Qu\u2019est-ce qu\u2019il faut dire ? Nous vous recevons, nous vous restituons, nous vous \u00e9coutons d\u00e9gouliner en silence sur nous. L\u00e2chez les ailes des funambules. Flaire les filets, tout faire foirer. Mais merde, il faut crier plus fort qu\u2019une cravache pour se d\u00e9sinterpr\u00e9ter. P\u00e8lerinage des gu\u00e9risons enfouies, il fallait au moins \u00e7a avant de retrouver le camino libre. Les cheveux fins et l\u00e9gers tombent comme des pluies venues d\u2019en-haut sur les v\u00eatements noirs qui ne laissent \u00e0 personne l\u2019indiff\u00e9rence d\u2019une sensibilit\u00e9 trop interloqu\u00e9e. Je ne suis pas s\u00fbre de l\u00e0 o\u00f9 j\u2019avance, et elle utilise toujours le m\u00eame rythme quand elle tente de dire quelque chose. Il est temps.\u00a0 J\u2019observe avec amusement ce qui se traverse. Il n\u2019y a rien \u00e0 faire. Dans quelques mois \u00e0 peine trois, nous rirons de tout \u00e7a. Nous nous souviendrons de ce qui fume encore et persiste dans les braises et les gouttes des contr\u00e9es oubli\u00e9es au fin fond des entrailles g\u00e9ographiques, de notre cit\u00e9 de pierres blanches et d\u2019oranges, de pastis et d\u2019\u00e9tranges rencontres oubli\u00e9es dans les matins brulants, les l\u00e8vres closes des cr\u00e2nes coup\u00e9s de la toute affreuse r\u00e9alit\u00e9. Je ne suis que le grain de cette poudre qui se balaye du revers de la main, d\u2019un doigt gras de sucre de nos c\u0153urs toujours bruns qui ont l\u2019odeur des vieux alcools, des fruits amers. 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