{"id":4045,"date":"2023-05-27T20:30:06","date_gmt":"2023-05-27T18:30:06","guid":{"rendered":"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=4045"},"modified":"2023-05-27T20:30:06","modified_gmt":"2023-05-27T18:30:06","slug":"chroniques-yves-charnet-le-libraire-de-gambetta-par-sebastien-ecorce","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2023\/05\/27\/chroniques-yves-charnet-le-libraire-de-gambetta-par-sebastien-ecorce\/","title":{"rendered":"[Chroniques] Yves Charnet, Le libraire de Gambetta, par S\u00e9bastien Ecorce"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Yves CHARNET, <strong><em>Le Libraire de Gambetta<\/em><\/strong>, Tarabuste \u00e9diteur, avril 2023, 184 pages, 18 \u20ac, ISBN : 978-2-84587-603-3.<br \/>\n[<a href=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2022\/07\/03\/revue-les-moments-litteraires-n-48-yves-charnet-torero-de-lautofiction\/\"><strong>Chronique sur pr\u00e9c\u00e9dente autofiction<\/strong><\/a>]<br \/>\n\u00a9 Trois \u0153uvres de C. SHIOTA.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Il sait que les id\u00e9es ne sont pas perdues dans le monde ; mais que ce monde-l\u00e0 est pr\u00e9sent dans l&rsquo;id\u00e9e. M\u00eame la vision des absences ne fait qu&rsquo;augmenter son ardeur et sa joie.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Chez Charnet, les id\u00e9es sont des sensations, des perceptions. Il n\u2019y aura donc pas d\u2019id\u00e9e en cette acception g\u00e9n\u00e9ralement et <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-4047\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/CHARNETGambetta.jpg\" alt=\"\" width=\"225\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/CHARNETGambetta.jpg 225w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/CHARNETGambetta-113x150.jpg 113w\" sizes=\"auto, (max-width: 225px) 100vw, 225px\" \/>commun\u00e9ment admise, abstraite et conceptuelle. Mais de l\u2019id\u00e9e que vivante, en cette circularit\u00e9 o\u00f9 se nouent le pr\u00e9sent, le possible, et le pass\u00e9. Il y a le plus souvent\u00a0 chez lui cette r\u00e9troaction dans un pr\u00e9sent d\u00e9j\u00e0 en acte. Le pr\u00e9sent n\u2019est pas que de l\u2019ordre d\u2019un pr\u00e9sent. Il est en devenir, par cette r\u00e9troaction d\u2019un pass\u00e9 \u2013 futur convoqu\u00e9. Charnet est un peintre, il <em>mati\u00e9rise<\/em> ses affects, ses sensations. Il leur donne une \u00e9paisseur, ou une trou\u00e9e. Un ab\u00eeme. Une perspective. Un devenir dans la phrase. Ou dans la vie. La phrase-vie. Vous choisirez l\u2019itin\u00e9rance, ou l\u2019<em>itinerrance<\/em>. Vous ne serez pas surpris de le suivre en son th\u00e9\u00e2tre de grands Veilleurs, C\u00e9zanne, Vang Gogh, Lautrec\u2026 Les vivants, les plus-que-vivants, le libraire, <em>Toto<\/em>, l\u2019homme-livre, de science et de mesure m\u00eame, en sa mod\u00e9ration secr\u00e8te, pivot <em>diss\u00e9minateur<\/em> \u2013 <em>catalyseur<\/em> du livre, puis les po\u00e8tes-philosophes des ann\u00e9es ULM, Deguy, Derrida. Et les intimes de la vie amoureuse, de cette premi\u00e8re vie, Marie Pierre, sa femme, ses deux enfants, autres porteurs de la vie sous l\u2019angle de la cr\u00e9ation, incarn\u00e9e et aventureuse.\u00a0 Et cette <em>matrice<\/em> qui traverse l\u2019\u0153uvre, \u00e0 sa mani\u00e8re, cette M\u00e8re, Th\u00e9r\u00e8se. Topologie de la M\u00e8re. <em>Cantologie <\/em>de la M\u00e8re. On ne sait plus trop. Pourrait-on presque \u00e0 dire. Tout se relie chez Charnet. Tout peut faire note. Tout peut avoir sa propre note. \u00a0Tout est mati\u00e8re \u00e0 \u00e9paissir \u00ab\u00a0cette \u00e9criture du soi\u00a0\u00bb. Claude Nougaro, autre bricoleur de mots chant\u00e9s, h\u00e9ritage d\u2019une autre vie dans le songe d\u2019une vie en acte. Sans oublier la trame finement distill\u00e9e des images, entre Deray, Sautet, Chabrol\u2026Ce sont l\u00e0 autant d\u2019appuis, de marqueurs de <em>pr\u00e9sences cosmogoniques intimes<\/em> que de dissipations dans le corps pluriel de ces fragments, autant de \u00ab\u00a0sc\u00e8nes d\u2019inach\u00e8vements\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00a0Ce sens du geste, de la touche, vibrante, ressort bien d\u2019une langue travaill\u00e9e au couteau. On d\u00e9pose, huile, dilue, intensifie. Joue.\u00a0 On met son corps dans cette phrase. Ce po\u00e8me-corps. Un po\u00e8me-corps suffisamment vivant pour faire voir, faire sentir, ce qu\u2019il en advint de ce paysage-corps de notre modernit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Sans \u00e9touffer les saillies, les d\u00e9viations, les digressions ma\u00eetris\u00e9es, sculpt\u00e9es. On pourra ainsi partir d\u2019un d\u00e9tail, d\u2019une \u00e9bauche d\u2019allure, d\u2019un lieu, d\u2019une pose, d\u2019une situation, d\u2019un \u00e9tat \u00e9motionnel fort, pour finir par une ritournelle d\u2019esprit. Un jeu de corps et de l\u2019esprit. Il y a incontestablement une mani\u00e8re forte de peindre l\u2019\u00e2me, en ses retranchements, ses insoumissions et impens\u00e9es. Les jeux du langage sont autant de liens et de lieux \u00e0 filer dans le po\u00e8me-vie de Charnet, ressortant d\u2019une logique de nomination, \u00e0 postuler qu\u2019en ne connaissant qu\u2019un seul \u00e9l\u00e9ment, il est possible de d\u00e9crire et de voir l\u2019ensemble se d\u00e9voiler.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-4048\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Shiota1.jpg\" alt=\"\" width=\"520\" height=\"680\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Shiota1.jpg 520w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Shiota1-229x300.jpg 229w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Shiota1-115x150.jpg 115w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Shiota1-366x479.jpg 366w\" sizes=\"auto, (max-width: 520px) 100vw, 520px\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: center;\"><span style=\"background-color: #ff0000; color: #ffffff;\"><strong>Hantologie<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Ce jeu de relation rel\u00e8ve du passage de la substance pensante. Et ce qui nous oriente est cette mise en tension entre les absents vivants et les vivants presque d\u00e9j\u00e0 morts.\u00a0 Cet \u00e9cart, ce rapport, non plus tant rapport \u00e0 un manque, qu\u2019un rapport \u00e0 un plein, une saturation qui ne fait plus manque. Ce mod\u00e8le de la modernit\u00e9 consternante se logeant justement en cette saturation, <em>d\u00e9-naturation<\/em>, <em>d\u00e9-lexicalisation<\/em> d\u2019un monde d\u00e9sorient\u00e9, aussi d\u00e9sorient\u00e9 que Charnet, lui-m\u00eame. C\u2019est de cette d\u00e9sorientation qui r\u00e9oriente le d\u00e9sir que Charnet trame son \u0153uvre. Il en fait une parole exquise et intraitable. Contre lui-m\u00eame. Aussi. Le po\u00e8te est pris dans cette forme de r\u00e9gression infinie, ne s\u2019y excluant aucunement. Il la spatialise, lui permet ces passages, ses contours, ces filiations. Filiations, comme fils et Fils. Les filiations sont des emboitements du d\u00e9sir. Elles d\u00e9sencapsulent l\u2019impression de fixit\u00e9, d\u2019immobilit\u00e9, de dur\u00e9e, rejouant la dynamicit\u00e9 entrelac\u00e9e des effets du temps. Ainsi, c\u2019est bien souvent l\u2019enfance qui anticipe le r\u00e9el d\u2019un pr\u00e9sent en acte. Curieusement. Paradoxalement. Une enfance qui n\u2019est pas la doublure d\u2019un trac\u00e9, mais le c\u0153ur vivant de ce qui s\u2019\u00e9chappe de ce pr\u00e9sent, toujours, \u00e0 se recharger, entre un pass\u00e9-pr\u00e9sent, et un pr\u00e9sent-futur.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Le hors-champ de l\u2019impossible mort tendrement enlac\u00e9e au go\u00fbt d\u2019un pass\u00e9 qui fictionne son pr\u00e9sent.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Les ombres tut\u00e9laires, proches et lointaines, les \u00ab\u00a0lapsus du deuil\u00a0\u00bb sont-ils des spectres anim\u00e9s de notre propre <em>hantologie<\/em>\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-4051\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/CharnetChutes.jpg\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"320\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/CharnetChutes.jpg 540w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/CharnetChutes-300x178.jpg 300w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/CharnetChutes-150x89.jpg 150w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/CharnetChutes-366x217.jpg 366w\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" \/><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Cette figure de la comparution-invocation, pr\u00f4nant et m\u00ealant cette s\u00e9cheresse du prosa\u00efque d\u2019un corporel sur l\u2019autel transgress\u00e9 de l\u2019urgence de sa mat\u00e9rialit\u00e9, en son enveloppement des formes m\u00e9tamorphiques, parvient \u00e0 lier la suffocation l\u00e9g\u00e8re \u00e0 cet horizon jaug\u00e9 comme ind\u00e9passable, \u00e9ni\u00e8me retour des stases d\u2019un impossible, politique de la d\u00e9faite que toute vie, et particuli\u00e8rement celle-ci, voudrait renverser. En cet accablement et sa puissance, il y a toujours ce d\u00e9sir de renversement. Ce d\u00e9sir de <em>r\u00e9volution<\/em>, faire le tour, toujours, impossible. Ce d\u00e9sir \u00e0 jamais contraint d\u2019une recherche de souffle. Bris\u00e9. Arr\u00eat\u00e9. Mort sur sa tranche. Toujours en amorce de revivre.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00ab voici ton fils ce christ ob\u00e8se qui n\u2019a plus bais\u00e9 depuis longtemps je t\u2019\u00e9cris ces pages depuis le balcon de mon h\u00f4tel petite table feuilles volantes il n\u2019y a pas un souffle d\u2019air juste ce soleil de plomb c\u2019est un d\u00e9cor parfait pour te raconter ma vie plomb\u00e9e par l\u2019impossible pour abriter pendant quelques jours ma vie renvers\u00e9e par ce deuil qui ne passe pas. \u00bb<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">On pourrait se dire que \u00ab\u00a0l&rsquo;impulsion des pulsions \u00bb ne civilise pas l\u2019\u00e9criture. Mais elle lui donne pour autant un rythme. Un ensemble de coordination d\u00e9-coordonn\u00e9e. Une asc\u00e8se en sa <em>charnelit\u00e9.<\/em> Une incarnation en ce \u00ab reste \u00bb de mort. L\u2019image de cet impossible, je le m\u00e2che presque en \u00ab mes plages de saintet\u00e9 \u00bb. Cela illumine autant que cela nous imbrique en l\u2019obscur. Elle n\u2019est que la Figure visible de ces petits saints. L\u2019enfant <em>petit-saint<\/em>. Deviendra <em>grand- Sain(t).<\/em> Ou innommable Saint. Quelque chose nous signe de cet attachement. De ces attachements. Allons savoir. Cela tourne. Cela fait pouss\u00e9e. Cela donne du flou \u00e0 la clart\u00e9, et de la clart\u00e9 \u00e0 cet insondable noir. Rouge. Jaune. Cela fait archive en nos corps. L\u2019aplomb d\u2019une crise de mots dans la remont\u00e9e d\u2019un conte de l\u2019enfance. D\u2019un conte \u00ab\u00a0d\u00e9cont\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-1796\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/Portrait-Charnet-Paris.jpg\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"360\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/Portrait-Charnet-Paris.jpg 540w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/Portrait-Charnet-Paris-300x200.jpg 300w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/Portrait-Charnet-Paris-150x100.jpg 150w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2021\/10\/Portrait-Charnet-Paris-366x244.jpg 366w\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" \/><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Et notre destin devrait \u00eatre l&rsquo;\u00e9vasion, ne serait-ce que l&rsquo;\u00e9vasion dans une plus grande prison. Et dans une prison encore plus grande apr\u00e8s \u00e7a. Tout ne serait question que d&rsquo;analogie et d&rsquo;\u00e9chelle. Ce \u00ab\u00a0Ma\u00a0\u00bb, ( particule segment\u00e9e d&rsquo;une ode \/ marque d&rsquo;un <em>\u00e2nonner<\/em>) \u00e0 accorder avec son bout, ou cet embout <em>d\u00e9-bout\u00e9<\/em>, de \u00ab\u00a0Man\u00a0\u00bb, formant cette cellule invisible de l&rsquo;absence \u00e0 incarner pr\u00e9sence dans l&rsquo;ordre du langage, \u00ab\u00a0un Ma \/ Man\u00a0\u00bb qui vascularise tout le champ de ce long po\u00e8me, long cri, \u00e0 nous fixer autant en sa b\u00e9atitude que sa d\u00e9ception, que quelque chose ne sera plus, ou ne sera plus comme avant, que ce comme avant fera motif, en un surgissement nouveau que le po\u00e8me fera flotter, circuler, non pas hors des carcans du temps, de l&rsquo;espace et du corps, mais en un autre th\u00e9\u00e2tre de ces manifestations. On ne vise pas la fuite, ici, puisqu&rsquo;elle est de l&rsquo;ordre de l&rsquo;impossible, on s&rsquo;enfonce avec toute la pesanteur du corps, avec les images et souvenirs qui sont autant <em>de mites \/ mythes<\/em> de la m\u00e9moire, de celle du po\u00e8te Charnet. L&rsquo;absence qui travaille et verrouille la force m\u00eame de cette pr\u00e9sence agissante dans le corps du po\u00e8me, entre le regard qui sait et celui qui sait en d\u00e9couvrant, et d\u00e9couvre en ne sachant pas encore le tout et le pas-Tout de ce savoir, comme un long collage de formes famili\u00e8res que la m\u00e9moire redessine \u00e0 sa mani\u00e8re, entre les prises de chansons qui ins\u00e9minent, dispersent et <em>immaculent.<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Cette <em>absence <\/em>tout du long, qui n\u2019est pas \u00e0 proprement parler une blessure, mais cette part vivante, toujours, qui ne veut pas \u00eatre remplac\u00e9e. Elle infuse toutes les pages, \u00e0 sa mani\u00e8re, nous prend \u00e0 revers, discr\u00e8te, \u00e0 contretemps, et ne devrait en quelque sorte n\u2019avoir qu\u2019un seul nom propre possible. Mais il semble \u00e9vident qu\u2019avec Charnet, elle en est cette <em>vari\u00e9t\u00e9 modifiante<\/em>, \u00e0 faire retour l\u00e0 o\u00f9 on ne l\u2019escomptait plus. Elle nous enserre en son espace, nous tenaille. Avec lui. Nous familiarise. Ce qui pr\u00e9cis\u00e9ment ne peut v\u00e9ritablement l\u2019\u00eatre.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">De ces puissances, celle qui chez lui aura \u00e9t\u00e9 ind\u00e9niablement la plus pr\u00e9sente, c&rsquo;est l&rsquo;espace laiss\u00e9 aux absents, aux morts impossibles, aux fant\u00f4mes, aux confidents secrets, aux grandes amiti\u00e9s menant \u00e0 une forme de feuilletage et de grain particulier d&rsquo;un pr\u00e9sent fictionnalis\u00e9 dans le limon de la phrase m\u00eame.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: center;\"><span style=\"background-color: #ff0000; color: #ffffff;\"><strong>Trouvaille et retrouvaille<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Cette m\u00e9lancolie native et rageuse, consiste presque \u00e0 nous faire sentir une image exacte du pr\u00e9sent, fuyante et oblique \u00e0 la fl\u00e8che du temps. Figure ainsi toujours le motif ou dessein d\u2019un chant, tel un instrument du funambule, duquel il est possible de se raccrocher, de retrouver un \u00e9quilibre, \u00e0 faire passage, une mani\u00e8re d\u2019accueillir cet ab\u00eeme en soi, ce chaos int\u00e9rieur, provoqu\u00e9. L\u00e0 o\u00f9 la musique se faufile dans le po\u00e8me-vie, d\u00e9pla\u00e7ant les effets d\u2019une terreur secr\u00e8te mise \u00e0 mal. Mise \u00e0 nu.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">A trop figurer, une perte de contact avec l\u2019essentiel. O\u00f9 serait cet essentiel pour Charnet, en cet opus, si ce n\u2019est par une association des puissances de filiations, au-del\u00e0 de toute psychologisation, mais dans le chant de l\u2019\u00e9nonciation de la c\u00e9sure et de la perte, et de la retrouvaille. Je dirai, avec cet esprit, <em>trouvaille<\/em> et <em>retrouvaille<\/em>. Charnet habite la c\u00e9sure, l\u2019interruption, en nous y faisant toucher la contigu\u00eft\u00e9. Si bien que l\u2019inach\u00e8vement se dresse, se cambre, et rejoint presque la forme d\u2019un commencement, qui n\u2019est jamais pur recommencement. Il y a toujours un retour vers ce qui n\u2019\u00e9tait pas tout \u00e0 fait la m\u00eame chose, la m\u00eame situation, la m\u00eame sensation. Une ouverture et le contraire d\u2019une ouverture. On explore, on d\u00e9couvre \u00e0 mesure. Une lenteur et une vitesse. Conjointe.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-4053\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Shiota2.jpg\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"400\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Shiota2.jpg 540w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Shiota2-300x222.jpg 300w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Shiota2-150x111.jpg 150w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Shiota2-366x271.jpg 366w\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" \/><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Une page suspensive. Une notation. Une respiration. Un appui. Une assertion digne d\u2019un moraliste de ces temps d\u00e9sax\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Il pourrait se contenter de g\u00e9n\u00e9ralisations abusives sur tel ou tel fait, d\u00e9rive, entrelacement, au risque d\u2019un affadissement de toute profondeur par la superposition plate et sociologisante. Mais non. Charnet d\u00e9veloppe presque une th\u00e9orie des \u00ab\u00a0amiti\u00e9s singuli\u00e8res\u00a0\u00bb, des filiations singuli\u00e8res, au gr\u00e9 des \u00e9videntes r\u00e9elles rencontres, laissant \u00ab\u00a0cette marge\u00a0\u00bb \u00e0 la libert\u00e9, cette science des singularit\u00e9s<strong><em>, <\/em><\/strong>\u00ab\u00a0science des \u00eatres uniques\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Si la lenteur dicte au d\u00e9sir, il reste cependant un clavier infini de vitesse. Cette lenteur permettant une approche fine. Une adh\u00e9rence entre la vitesse et la fa\u00e7on d\u2019o\u00f9 un mot peut ouvrir l\u2019espace. Charnet au plus juste, parvient \u00e0 trouver ce juste<em>Tempo<\/em>. Int\u00e9rieur \u00e0 la conscience de la phrase. En tant qu\u2019elle produit. Un \u00e9tat de pr\u00e9sence. De conscience aig\u00fce et<em>(\u00e9)perdue<\/em>. Elle se d\u00e9couvre en tant que v\u00e9rit\u00e9 d\u2019un percept, le Sujet venant apr\u00e8s. Avant l\u2019\u00e9go. Ailleurs. Toujours en recherche de \u00ab\u00a0l\u2019irrempla\u00e7able particularit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Cet entre-deux, le flottement entre des polarit\u00e9s (le chant, la parole), cet ailleurs, au lieu de gommer le chant et la parole, les exalte. Une vocalit\u00e9 qui s\u2019accomplit dans l\u2019espace d\u2019un pr\u00e9sent (un espace ferm\u00e9 et transparent qui ouvre) qui fictionnalise ses dur\u00e9es propres.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: center;\"><span style=\"background-color: #ff0000; color: #ffffff;\"><strong>\u00ab\u00a0Poursuivre la po\u00e9sie entre les lignes\u00a0\u00bb<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Tout ce qui peut s\u2019inventer, hors d\u2019une m\u00e9trique <em>du seul-avec-soi-m\u00eame<\/em>, entre le murmure, le chuchotement, le cri, l\u2019air, une prof\u00e9ration, le regain, la r\u00e9sistance, l\u2019effondrement, le silence, etc., cette mani\u00e8re de \u00ab\u00a0poursuivre la po\u00e9sie entre les lignes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Une fa\u00e7on d\u2019advenir, de marcher dans la phrase comme on d\u00e9couvre un lieu, un rapprochement \u00e0 l\u2019\u00e9tendue inou\u00efe, d\u2019\u00e9clater dans l\u2019espace, comme une source qui permet ce d\u00e9placement, cette transition dans l\u2019espace dans lequel elle retentit.<\/p>\n<div id=\"attachment_2906\" style=\"width: 235px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2906\" class=\"size-full wp-image-2906\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Yves-Charnet-par-Olivier-Roller2.jpg\" alt=\"\" width=\"225\" height=\"200\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Yves-Charnet-par-Olivier-Roller2.jpg 225w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/Yves-Charnet-par-Olivier-Roller2-150x133.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 225px) 100vw, 225px\" \/><p id=\"caption-attachment-2906\" class=\"wp-caption-text\">\u00a9 Portrait photographique sign\u00e9 Olivier Roller<\/p><\/div>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Etre \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de soi-m\u00eame pour en cr\u00e9er l\u2019identit\u00e9 prismatique et diffuse m\u00eame de cette prose-po\u00e8me, son intr\u00e9pide \u00ab\u00a0rendez-vous avec l\u2019impossible\u00a0\u00bb, avec ce lyrisme travaill\u00e9 au c\u0153ur d\u2019une noce profane d\u2019un po\u00e8me noir. Et cette image lascive \u00ab\u00a0des draps mon \u00e2me horriblement froiss\u00e9es\u00a0\u00bb, traces aussi m\u00e9lancoliques que n\u00e9o-romantiques.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">On passera car tout passe pour mieux durer sur les sc\u00e8nes rocambolesques autour de Tillinac, et son cort\u00e8ge d\u2019exc\u00e8s baroques, \u00ab\u00a0la mauvaise r\u00e9putation\u00a0\u00bb en plus. Une maison-phare ou pivot. Une chambre des premi\u00e8res libert\u00e9s. A distiller l\u00e0 aussi des connivences. Des amiti\u00e9s. Des observations sur un \u00ab\u00a0mundillo\u00a0\u00bb \u00e0 courte vue.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Ne l\u2019oublions pas, avec Charnet, on aime la vie, mais on ne l\u2019aime jamais autant d\u00e8s lors qu\u2019on ne l\u2019aime pas assez. Elle en redemande, en ce \u00ab\u00a0combat de mots\u00a0\u00bb. Il faudrait se lib\u00e9rer de \u00ab\u00a0l\u2019emprise mortif\u00e8re\u00a0\u00bb. Pourrait-on ainsi se lib\u00e9rer de ce sympt\u00f4me. Autant en faire, sa phrase, son po\u00e8me. De \u00ab\u00a0cette emprise\u00a0\u00bb, de la vie dans la vie.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">On vit la m\u00e9tamorphose du texte, d\u2019un texte fut-il de commande \u00e0 ce qui deviendra \u00ab\u00a0\u00e0 l\u2019insu\u00a0\u00bb un livre, un livre-pivot. \u00a0Un livre de transmission. Un texte soumis \u00e0 la tension m\u00eame de \u00ab\u00a0l\u2019irrempla\u00e7able\u00a0\u00bb, ou \u00ab\u00a0l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019impossible mort\u00a0\u00bb. Ce qui dans la langue Charnet, a quelque correspondance.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00ab\u00a0L\u2019impossible \u00e0 dire, c\u2019est \u00e7a\u00a0\u00bb, les mots, la musique. Cet ailleurs. Et ce c\u0153ur. Le film des mots impossibles.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Les figures mouvement\u00e9es d\u2019un solipsisme \u00e0 tenter la \u00ab\u00a0forme en mouvement\u00a0\u00bb, entre le \u00ab\u00a0d\u00e9tail\u00a0\u00bb savant, reste d\u2019un fond d\u2019encyclop\u00e9disme des Lumi\u00e8res, et la teinte d\u2019un prosa\u00efque, \u00e0 conserver en toute ralentie et vitesse, cette \u00e9nergie.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Chaque \u00ab\u00a0lucarne\u00a0\u00bb est la marque vivante, de ce \u00ab\u00a0carnettiste\u00a0\u00bb hors pair.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Profession\u00a0: carnettiste\u00a0\u00bb aime-t-il ainsi se d\u00e9finir<strong><em>, <\/em><\/strong>en savant provocateur. Le signifiant n\u2019est jamais loin.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Comme Michaux, il commence par ce qu\u2019il nomme graphiquement par des lignes, comme s\u2019il \u00e9crivait en peignant (rappelez-vous, Charnet est peut-\u00eatre un peintre qui s\u2019ignore) des \u00ab\u00a0gribouillis\u00a0\u00bb, des <em>gribrouillons<\/em>. Le <em>gribrouillon <\/em>faisant anamn\u00e8se, de ce qui fut transitoire dans l\u2019\u00e9ternelle transition.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-4052\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Shiota3.jpg\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"700\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Shiota3.jpg 540w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Shiota3-231x300.jpg 231w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Shiota3-116x150.jpg 116w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/05\/Shiota3-366x474.jpg 366w\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" \/><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: center;\"><span style=\"background-color: #ff0000; color: #ffffff;\"><strong>Les Vies de plusieurs passages<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00ab La b\u00e2tardise \u00bb, th\u00e8me cher \u00e0 Charnet, comme un syntagme \u00e0 venir caviarder \u00ab ces cancers de l\u2019identit\u00e9 \u00bb. Charnet se d\u00e9part de cette question de l\u2019identit\u00e9. Il vous parle avec gravit\u00e9 et incroyable l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, de ce sentiment quasi ontologique chez lui de n\u2019\u00eatre jamais \u00e0 sa place. Ou de n\u2019\u00eatre \u00e0 nulle place autre que de cette transition perp\u00e9tuelle. Les vies de plusieurs passages. Avec les grands Ain\u00e9s, les quelques-uns, singuliers par l\u2019\u00e9vidence, pr\u00e9sents dans ce po\u00e8me-vie. Et son cort\u00e8ge de \u00ab mal incurable \u00bb.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Le libraire de Gambetta en son ton se fait aussi \u00ab\u00a0Rousseauiste\u00a0\u00bb que \u00ab\u00a0Baudelairien\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Les yeux dans la voix\u00a0\u00bb. Une forme de densit\u00e9 peu commune, de mise \u00e0 nu, non pas pour imiter, mais pour faire trembler autrement ces Saints, et maudire en cr\u00e9ant d\u2019autres espaces \u00ab\u00a0notre immonde \u00bb.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Charnet nous place devant les \u00ab\u00a0ratages\u00a0\u00bb de la modernit\u00e9 pris dans les plis de son d\u00e9sir entre le r\u00eave et la vie. Avec cette transgression, d\u2019une saison d\u00e9finitive. Ce go\u00fbt de la solitude. Et ce go\u00fbt de la r\u00e9sistance.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Voil\u00e0, chers lecteurs, lectrices, mu\u00e9s, avec ce d\u00e9sir de savoir, envo\u00fbt\u00e9s par cette \u00e9criture de la \u00ab\u00a0songerie\u00a0\u00bb et de la \u00ab\u00a0bifurcation\u00a0\u00bb. Ce go\u00fbt de soupir au bout de la langue. Ce gout de la \u00ab\u00a0fid\u00e9lit\u00e9\u00a0\u00bb, et du \u00ab\u00a0fabuleux suppl\u00e9ment\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">On tournera toujours autour, sans savoir r\u00e9ellement, ce qu\u2019il en est de cette vie-po\u00e8me comme de cette \u00e9criture, suspendue comme une r\u00eaverie, la possibilit\u00e9 d\u2019un accord qui nous d\u00e9saccorde encore. Du fond des \u00e2ges, loin et proche. Une fa\u00e7on de s\u2019\u00e9noncer par l\u2019impossible de cette pr\u00e9sence, dans la m\u00e9moire, le souvenir, le d\u00e9sir, l\u2019enfance. Pour ne pas \u00ab\u00a0dispara\u00eetre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Une sorte de <em>big bang int\u00e9rieur<\/em>, \u00e0 ne pas confondre avec sa voix. Cet \u00ab\u00a0ailleurs\u00a0\u00bb, cet \u00ab\u00a0avant\u00a0\u00bb des d\u00e9buts, des commencements, \u00e0 faire retour par les bords de la conscience. Celle \u00e0 se reconna\u00eetre. A se d\u00e9faire entre \u00ab\u00a0les linceuls\u00a0\u00bb de ces flottements.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Une qualit\u00e9 de la pr\u00e9sence vocale, de <em>ce film des voix<\/em> qui ins\u00e9mine tout le \u00ab\u00a0corps-vitrail\u00a0\u00bb du texte. Entre \u00ab\u00a0bifurcation\u00a0\u00bbet \u00ab\u00a0inachev\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Charnet se recompose en cette vocalit\u00e9, ce flottement, ce rapport intimement li\u00e9 \u00e0 notre modernit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Une livre choral de \u00ab\u00a0petites chansons\u00a0\u00bb dont la vocalit\u00e9 ins\u00e9min\u00e9e n\u2019est jamais excluante.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Un travail de deuil impossible, et tout ce qui peut se dire, s\u2019inventer par ces fragments.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Au bout du d\u00e9conte. Ce ne sont pas seulement des registres de dur\u00e9e. Mais des fa\u00e7ons d\u2019endurer. Ce n\u2019est pas toujours facile de continuer \u00e0 marcher. Sous le ciel sans pourquoi. Il y a tant de jours sans. Sans moi, sans les autres. Je n\u2019ai pas trouv\u00e9 d\u2019autre parade pour traverser ces temps morts. Un livre apr\u00e8s l\u2019autre. Je me recompose un peu. Composant, au fur et \u00e0 mesure, mes petites chansons de prose. Je ne sais pas r\u00e9pondre autrement. Que par ces fragments \u00bb (p. 160).<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">La fl\u00e2nerie, \u00ab\u00a0cette marge de libert\u00e9\u00a0\u00bb, la position de l\u00e9ger d\u00e9crochement, \u00e0 chercher la forme id\u00e9ale qui ne viendrait jamais. Cette \u00ab\u00a0d\u00e9raison\u00a0\u00bb. Indice d\u2019une <em>d\u00e9convenance<\/em>, \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 du faire-valoir, indice des \u00ab\u00a0affinit\u00e9s \u00e9lectives\u00a0\u00bb, natives, s\u2019inventent par elles-m\u00eames, pour elles-m\u00eames.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">L\u2019amiti\u00e9 comme les livres, seraient-ils de l\u2019ordre d\u2019une fulgurance \u00e0 dur\u00e9e longue\u00a0? Il semble que Charnet nous en livre des indices poignants.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\u00ab\u00a0C\u2019est une politique. L\u2019amiti\u00e9\u00a0\u00bb (p. 169).<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Un mouvement non pas de retour, mais une expression du mouvement qui favorise ce qui \u00e9merge de la r\u00e9miniscence, et de l\u2019espace sonore.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Cette mati\u00e8re des mots qui attendent \u00e0 anticiper des sons avant qu\u2019ils ne deviennent des sons.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">L\u2019immobilit\u00e9, cette tendance virtuelle \u00e0 faire marque dans le r\u00e9el de l\u2019espace, de la page. Ce qui lance cette langue, ce fragment, \u00e0 donner \u00e0 l\u2018existence sonore une responsabilit\u00e9, une radicalit\u00e9. La langue est habit\u00e9e, puis, elle retentit. S\u00e8che. Et ample. En cette solitude o\u00f9 ne peut appara\u00eetre de l\u2019espace que de cette condition o\u00f9 elle peut justement dispara\u00eetre.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Charnet, si ponctuel qu\u2019il soit, nous assure un petit coma, une suspension, une virgule disparaissante. En cette intensit\u00e9 de son \u00ab\u00a0\u00e9coute, attention flottante.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Ainsi, la vie dans l\u2019\u00e9criture Charnet ne serait-elle pas ce mouvement du <em>lir\u00e9crire<\/em> un fragment au-dessus de l&rsquo;\u00e9paule de l&rsquo;oubli. Et de le prendre avec soi tel un baiser fauve assez noir et lumineux \u00e0 \u00e9tirer l\u2019impossible. Car on n\u2019oublie rien. Cette vie m\u00eame qui se prom\u00e8ne en cette absence, et qui peut laisser place \u00e0 tout.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: right;\">S\u00e9bastien Ecorce, Professeur de Neurobiologie (Piti\u00e9 salp\u00eatri\u00e8re, ICM),<br \/>\nco-responsable de la plateforme Neurocytolab, bricoleur de mots, cr\u00e9ateur graphique.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Yves CHARNET, Le Libraire de Gambetta, Tarabuste \u00e9diteur, avril 2023, 184 pages, 18 \u20ac, ISBN : 978-2-84587-603-3. [Chronique sur pr\u00e9c\u00e9dente autofiction] \u00a9 Trois \u0153uvres de C. SHIOTA. &nbsp; Il sait que les id\u00e9es ne sont pas perdues dans le monde ; mais que ce monde-l\u00e0 est pr\u00e9sent dans l&rsquo;id\u00e9e. M\u00eame la vision des absences ne fait qu&rsquo;augmenter son ardeur et sa joie. Chez Charnet, les id\u00e9es sont des sensations, des perceptions. Il n\u2019y aura donc pas d\u2019id\u00e9e en cette acception g\u00e9n\u00e9ralement et commun\u00e9ment admise, abstraite et conceptuelle. Mais de l\u2019id\u00e9e que vivante, en cette circularit\u00e9 o\u00f9 se nouent le pr\u00e9sent, le possible, et le pass\u00e9. Il y a le plus souvent\u00a0 chez lui cette r\u00e9troaction dans un pr\u00e9sent d\u00e9j\u00e0 en acte. Le pr\u00e9sent n\u2019est pas que de l\u2019ordre d\u2019un pr\u00e9sent. Il est en devenir, par cette r\u00e9troaction d\u2019un pass\u00e9 \u2013 futur convoqu\u00e9. Charnet est un peintre, il mati\u00e9rise ses affects, ses sensations. Il leur donne une \u00e9paisseur, ou une trou\u00e9e. Un ab\u00eeme. Une perspective. Un devenir dans la phrase. Ou dans la vie. La phrase-vie. Vous choisirez l\u2019itin\u00e9rance, ou l\u2019itinerrance. Vous ne serez pas surpris de le suivre en son th\u00e9\u00e2tre de grands Veilleurs, C\u00e9zanne, Vang Gogh, Lautrec\u2026 Les vivants, les plus-que-vivants, le libraire, Toto, l\u2019homme-livre, de science et de mesure m\u00eame, en sa mod\u00e9ration secr\u00e8te, pivot diss\u00e9minateur \u2013 catalyseur du livre, puis les po\u00e8tes-philosophes des ann\u00e9es ULM, Deguy, Derrida. Et les intimes de la vie amoureuse, de cette premi\u00e8re vie, Marie Pierre, sa femme, ses deux enfants, autres porteurs de la vie sous l\u2019angle de la cr\u00e9ation, incarn\u00e9e et aventureuse.\u00a0 Et cette matrice qui traverse l\u2019\u0153uvre, \u00e0 sa mani\u00e8re, cette M\u00e8re, Th\u00e9r\u00e8se. Topologie de la M\u00e8re. Cantologie de la M\u00e8re. On ne sait plus trop. Pourrait-on presque \u00e0 dire. Tout se relie chez Charnet. Tout peut faire note. Tout peut avoir sa propre note. \u00a0Tout est mati\u00e8re \u00e0 \u00e9paissir \u00ab\u00a0cette \u00e9criture du soi\u00a0\u00bb. Claude Nougaro, autre bricoleur de mots chant\u00e9s, h\u00e9ritage d\u2019une autre vie dans le songe d\u2019une vie en acte. Sans oublier la trame finement distill\u00e9e des images, entre Deray, Sautet, Chabrol\u2026Ce sont l\u00e0 autant d\u2019appuis, de marqueurs de pr\u00e9sences cosmogoniques intimes que de dissipations dans le corps pluriel de ces fragments, autant de \u00ab\u00a0sc\u00e8nes d\u2019inach\u00e8vements\u00a0\u00bb. \u00a0Ce sens du geste, de la touche, vibrante, ressort bien d\u2019une langue travaill\u00e9e au couteau. On d\u00e9pose, huile, dilue, intensifie. Joue.\u00a0 On met son corps dans cette phrase. Ce po\u00e8me-corps. Un po\u00e8me-corps suffisamment vivant pour faire voir, faire sentir, ce qu\u2019il en advint de ce paysage-corps de notre modernit\u00e9. Sans \u00e9touffer les saillies, les d\u00e9viations, les digressions ma\u00eetris\u00e9es, sculpt\u00e9es. On pourra ainsi partir d\u2019un d\u00e9tail, d\u2019une \u00e9bauche d\u2019allure, d\u2019un lieu, d\u2019une pose, d\u2019une situation, d\u2019un \u00e9tat \u00e9motionnel fort, pour finir par une ritournelle d\u2019esprit. Un jeu de corps et de l\u2019esprit. Il y a incontestablement une mani\u00e8re forte de peindre l\u2019\u00e2me, en ses retranchements, ses insoumissions et impens\u00e9es. Les jeux du langage sont autant de liens et de lieux \u00e0 filer dans le po\u00e8me-vie de Charnet, ressortant d\u2019une logique de nomination, \u00e0 postuler qu\u2019en ne connaissant qu\u2019un seul \u00e9l\u00e9ment, il est possible de d\u00e9crire et de voir l\u2019ensemble se d\u00e9voiler. &nbsp; Hantologie Ce jeu de relation rel\u00e8ve du passage de la substance pensante. Et ce qui nous oriente est cette mise en tension entre les absents vivants et les vivants presque d\u00e9j\u00e0 morts.\u00a0 Cet \u00e9cart, ce rapport, non plus tant rapport \u00e0 un manque, qu\u2019un rapport \u00e0 un plein, une saturation qui ne fait plus manque. Ce mod\u00e8le de la modernit\u00e9 consternante se logeant justement en cette saturation, d\u00e9-naturation, d\u00e9-lexicalisation d\u2019un monde d\u00e9sorient\u00e9, aussi d\u00e9sorient\u00e9 que Charnet, lui-m\u00eame. C\u2019est de cette d\u00e9sorientation qui r\u00e9oriente le d\u00e9sir que Charnet trame son \u0153uvre. Il en fait une parole exquise et intraitable. Contre lui-m\u00eame. Aussi. Le po\u00e8te est pris dans cette forme de r\u00e9gression infinie, ne s\u2019y excluant aucunement. Il la spatialise, lui permet ces passages, ses contours, ces filiations. Filiations, comme fils et Fils. Les filiations sont des emboitements du d\u00e9sir. Elles d\u00e9sencapsulent l\u2019impression de fixit\u00e9, d\u2019immobilit\u00e9, de dur\u00e9e, rejouant la dynamicit\u00e9 entrelac\u00e9e des effets du temps. Ainsi, c\u2019est bien souvent l\u2019enfance qui anticipe le r\u00e9el d\u2019un pr\u00e9sent en acte. Curieusement. Paradoxalement. Une enfance qui n\u2019est pas la doublure d\u2019un trac\u00e9, mais le c\u0153ur vivant de ce qui s\u2019\u00e9chappe de ce pr\u00e9sent, toujours, \u00e0 se recharger, entre un pass\u00e9-pr\u00e9sent, et un pr\u00e9sent-futur. Le hors-champ de l\u2019impossible mort tendrement enlac\u00e9e au go\u00fbt d\u2019un pass\u00e9 qui fictionne son pr\u00e9sent. Les ombres tut\u00e9laires, proches et lointaines, les \u00ab\u00a0lapsus du deuil\u00a0\u00bb sont-ils des spectres anim\u00e9s de notre propre hantologie\u00a0? Cette figure de la comparution-invocation, pr\u00f4nant et m\u00ealant cette s\u00e9cheresse du prosa\u00efque d\u2019un corporel sur l\u2019autel transgress\u00e9 de l\u2019urgence de sa mat\u00e9rialit\u00e9, en son enveloppement des formes m\u00e9tamorphiques, parvient \u00e0 lier la suffocation l\u00e9g\u00e8re \u00e0 cet horizon jaug\u00e9 comme ind\u00e9passable, \u00e9ni\u00e8me retour des stases d\u2019un impossible, politique de la d\u00e9faite que toute vie, et particuli\u00e8rement celle-ci, voudrait renverser. En cet accablement et sa puissance, il y a toujours ce d\u00e9sir de renversement. Ce d\u00e9sir de r\u00e9volution, faire le tour, toujours, impossible. Ce d\u00e9sir \u00e0 jamais contraint d\u2019une recherche de souffle. Bris\u00e9. Arr\u00eat\u00e9. Mort sur sa tranche. Toujours en amorce de revivre. \u00ab voici ton fils ce christ ob\u00e8se qui n\u2019a plus bais\u00e9 depuis longtemps je t\u2019\u00e9cris ces pages depuis le balcon de mon h\u00f4tel petite table feuilles volantes il n\u2019y a pas un souffle d\u2019air juste ce soleil de plomb c\u2019est un d\u00e9cor parfait pour te raconter ma vie plomb\u00e9e par l\u2019impossible pour abriter pendant quelques jours ma vie renvers\u00e9e par ce deuil qui ne passe pas. \u00bb On pourrait se dire que \u00ab\u00a0l&rsquo;impulsion des pulsions \u00bb ne civilise pas l\u2019\u00e9criture. Mais elle lui donne pour autant un rythme. Un ensemble de coordination d\u00e9-coordonn\u00e9e. Une asc\u00e8se en sa charnelit\u00e9. Une incarnation en ce \u00ab reste \u00bb de mort. L\u2019image de cet impossible, je le m\u00e2che presque en \u00ab mes plages de saintet\u00e9 \u00bb. Cela illumine autant que cela nous imbrique en l\u2019obscur. Elle n\u2019est que la Figure visible de ces petits saints. L\u2019enfant petit-saint. Deviendra grand- Sain(t). Ou&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":4050,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[35,7,2],"tags":[1665,2003,2001,31,78,56,2002,1857,487],"class_list":["post-4045","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-chronique","category-livres-recus","category-une","tag-charnet-autofiction","tag-charnet-carnettiste","tag-charnet-hantologie","tag-ecorce-sebastien","tag-editions-tarabuste","tag-henri-michaux","tag-jacques-derrida","tag-michel-deguy","tag-yves-charnet"],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4045","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4045"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4045\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4055,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4045\/revisions\/4055"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4050"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4045"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4045"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4045"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}