{"id":4576,"date":"2023-10-31T17:06:00","date_gmt":"2023-10-31T16:06:00","guid":{"rendered":"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=4576"},"modified":"2023-10-31T17:45:55","modified_gmt":"2023-10-31T16:45:55","slug":"texte-yves-charnet-journal-de-la-desolitude-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2023\/10\/31\/texte-yves-charnet-journal-de-la-desolitude-1\/","title":{"rendered":"[Texte] Yves Charnet, Journal de la d\u00e9solitude (1)"},"content":{"rendered":"<div>\n<p class=\"xmsonormal\" align=\"right\"><i>\u00a0<\/i><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"xmsonormal\" style=\"text-align: right;\" align=\"right\"><i>Toulouse, 27 septembre 2023<\/i>.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"xmsonormal\" style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai beaucoup trop \u00e0 faire avec la mauvaise fiction de ma vie. Pour pouvoir me payer le luxe d\u2019\u00e9crire de bons romans.<i>\u00a0<\/i><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"xmsonormal\" align=\"right\"><i>\u00a0<\/i><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"xmsonormal\" style=\"text-align: right;\" align=\"right\"><i>Toulouse, 28 septembre 2023.<\/i><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"xmsonormal\" style=\"text-align: justify;\">Il y a plusieurs fa\u00e7ons de passer son trac. Plus la mienne.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"xmsonormal\">Je viens donc de me laisser happer par la rediffusion en <i>streaming <\/i>&amp; en <i>replay<\/i> d\u2019un documentaire assez racoleur &amp; complaisant sur Canal +. <i>Michel Sardou, une vie en chantant<\/i>. J\u2019ai d\u2019abord cru regarder les cinq premi\u00e8res minutes. Puis les dix, les quinze. J\u2019ai pens\u00e9 que j\u2019irai faire quelques courses pour le d\u00eener. Avant la fermeture des boutiques du quartier. J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 grapiller n\u2019importe quoi dans le frigo. Dans les placards. Je ne me souviens m\u00eame plus. Comment et pourquoi ce bloc de foie gras. Je ne suis pas sorti. La radio, la vaisselle pas faite, la table en d\u00e9sordre. J\u2019ai remis le documentaire. Cinq minutes, une chanson, et puis stop. Je savais d\u00e9j\u00e0 tout par c\u0153ur. Les paroles, Pierre Billon, les anecdotes, Jacques Revaux. Je souriais. Comme un imb\u00e9cile. J\u2019\u00e9crasais ma larme. Aussi. <i>Je n\u2019aurai jamais cru que ma m\u00e8re ait su faire l\u2019amour<\/i>. \u00ab\u00a0Dix ans plus t\u00f4t\u00a0\u00bb. <i>Ne m\u2019appelez plus jamais France\u00a0! <\/i>\u00ab\u00a0Comme d\u2019habitude\u00a0\u00bb. J\u2019en passe. Et des pires. C\u2019est la bande-son de nos quarante derni\u00e8res ann\u00e9es. Une certaine id\u00e9e de l\u2019histoire sur des airs populaires. J\u2019aurai donc aim\u00e9 \u00e7a comme fou. Sous les quolibets de la troupe. Qu\u2019est-ce que je fous. \u00c0 sombrer comme \u00e7a dans une nostalgie facile. Ferai mieux de faire mon fichu plan. Pour savoir quoi dire \u00e0 Sarah Chiche en animant, demain, la rencontre \u00e0 la librairie Ombres Blanches sur <i>Les Alchimies<\/i>. J\u2019ai fini, l\u2019autre soir, ma troisi\u00e8me lecture de ce roman fabuleusement baroque. Un d\u00e9dale \u00e0 ne jamais croiser son \u00e2me. C\u2019est \u00e0 chaque relecture plus complexe. Horlogerie d\u2019une diabolique subtilit\u00e9. Je ne sais toujours pas quoi faire, quarante ans apr\u00e8s, de cette incurable angoisse des \u00e9coliers avant un examen. Ce<i> sentiment d\u2019appr\u00e9hension qui envahit une personne<\/i>, selon le dictionnaire, <i>avant d\u2019affronter le public, de subir une \u00e9preuve<\/i>, etc. Ce sera la fois de trop. Demain soir. \u00c7a va bien finir par se voir. Imposteur &amp; Cie. Je poserai des questions trop b\u00eates. Ou trop compliqu\u00e9es. Je resterai sec. Les mots en travers de la gorge. J\u2019aurai honte. Ce d\u00e9sir forcen\u00e9 de foutre le camp. Elle me remonte de si loin. La honte. Je me r\u00e9p\u00e8te cette formule. <i>Prendre la poudre d\u2019escampette<\/i>. C\u2019est une petite crise. Du calme. \u00c7a va passer. \u00ab\u00a0Dans les bals populaires\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0La maladie d\u2019amour\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0En chantant\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"xmsonormal\" style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-4582\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/CharnetChutes.jpg\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"320\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/CharnetChutes.jpg 540w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/CharnetChutes-300x178.jpg 300w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/CharnetChutes-150x89.jpg 150w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/CharnetChutes-366x217.jpg 366w\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" \/><\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"xmsonormal\"><i>Pages blanches.<\/i><\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"xmsonormal\">\u00c7a avait d\u00e9but\u00e9 comme \u00e7a. Ma premi\u00e8re d\u00e9pression rep\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"xmsonormal\" style=\"text-align: justify;\">Je pr\u00e9parais l\u2019agr\u00e9gation. De lettres modernes. J\u2019avais vingt-cinq ans. Un commentaire compos\u00e9 sur <i>L\u2019\u00c9ducation sentimentale<\/i>. J\u2019avais install\u00e9 la petite table. Devant une des fen\u00eatres de nos chambres de bonne. Au sixi\u00e8me \u00e9tage du 64, avenue Ledru-Rollin. C\u2019\u00e9tait encore l\u2019automne. D\u00e9j\u00e0 l\u2019hiver. Il a de nouveau fait si chaud. Tout ce jeudi 28 septembre. C\u2019\u00e9tait encore une chaleur d\u2019\u00e9t\u00e9. 33\u00b0 aux premiers jours de cet automne hors de son nom. J\u2019avais pris des notes. Cahiers, feuilles volantes. J\u2019avais soulign\u00e9 les phrases-clefs. Tout le bordel. Je savais tout. Sur Flaubert, sur le chapitre en question. J\u2019avais photocopi\u00e9 les commentaires les<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-4583\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/Flaubert_education.jpg\" alt=\"\" width=\"225\" height=\"270\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/Flaubert_education.jpg 225w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/Flaubert_education-125x150.jpg 125w\" sizes=\"auto, (max-width: 225px) 100vw, 225px\" \/> plus sophistiqu\u00e9s. Les pr\u00e9faces de Jean-Pierre Richard\u00a0; l\u2019effet de r\u00e9el selon Roland Barthes. J\u2019avais tout \u00e7a dans ma t\u00eate. Et rien \u00e0 faire. Je ne pouvais pas. Pas une ligne, une id\u00e9e\u00a0; rien de rien. Marie-Pierre me demandait ce que j\u2019avais. La (pas en corps) m\u00e8re de mes deux enfants. Nous vivions ensemble depuis quatre ou cinq ans. Deux \u00e9tudiants dans ces deux chambres de bonne avec vue sur l\u2019h\u00f4pital des aveugles. Ils n\u2019\u00e9taient pas n\u00e9s. Les deux enfants. Ce serait un long d\u00e9tour. Une histoire compliqu\u00e9e. J\u2019ai dit que je voulais me jeter par la fen\u00eatre. Tomber par terre. Je voulais m\u2019\u00e9craser en bas. Me r\u00e9duire \u00e0 rien sur le trottoir. Que c\u2019\u00e9tait mort dans ma t\u00eate. Mort de chez mort. Je me souviens que mon cerveau \u00e9tait vide. Un lac gel\u00e9. Je le voyais s\u2019ouvrir. Devant mes yeux. Je voyais les pages blanches de mon cerveau. Leur \u00e9blouissante illisibilit\u00e9. Il n\u2019y avait plus que des signes scl\u00e9ros\u00e9s. Des mots pris dans la glace. J\u2019ai repos\u00e9 mon stylo. Drapeau blanc. C\u2019\u00e9tait fini. Cette \u00e9cume, vierge vers. Je ne sais pas si c\u2019est ce dimanche. Ou un autre. Que Marie-Pierre m\u2019a conduit aux urgences \u00e0 Cochin. Puis \u00e0 celles de Sainte-Anne. <i>En ce temps-l\u00e0 j\u2019avais un surveillant des classes secondaires<\/i>\u2026 <i>Mauvais homme, mauvais mari, mauvais amant<\/i>\u2026 <i>Vous nous connaissez bien<\/i>\u2026 <i>Nous les artistes<\/i>\u2026 <i>Un soir on est trop gai<\/i>\u2026 <i>Un soir trop triste<\/i>\u2026 J\u2019ai dit \u00e0 la blouse blanche que j\u2019avais vu s\u2019ouvrir mon cerveau<i>\u2026 <\/i>Des pages encore plus blanches que sa blouse, que la neige, que la porcelaine du lavabo\u2026 <i>Salut, je suis venu vous dire salut<\/i>\u2026 <i>Entre l\u2019alcool et les calmants<\/i>\u2026 J\u2019aurai mieux fait de les lui d\u00e9boucher pour de bon\u2026 Les tubes de Michel Sardou\u2026 La blouse blanche a fini par dire \u00e0 Marie-Pierre qu\u2019elle allait rentrer chez elle sans Yves\u2026 Sans <i>monsieur Charnet<\/i>\u2026 Que j\u2019allais rester quelques temps \u00e0 Sainte-Anne\u2026 Le temps de\u2026 Apr\u00e8s je ne me souviens plus\u2026 Le lit de fer, les perfusions, le goutte-\u00e0-goutte\u2026<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"xmsonormal\">\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"xmsonormal\" style=\"text-align: right;\" align=\"right\"><i>Toulouse, 29 septembre 2023.<\/i><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"xmsonormal\"><i>Continuer \u00e0 vivre, oui, mais en se d\u00e9fenestrant de soi-m\u00eame pour quelques heures.<\/i><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"xmsonormal\" align=\"right\">Sarah Chiche,<i> Les Alchimies<\/i>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p class=\"xmsonormal\" style=\"text-align: right;\" align=\"right\"><i>Castres, 30 septembre 2023.<\/i><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"xmsonormal\" style=\"text-align: justify;\">J\u2019\u00e9cris le Journal d\u2019un abandon. Et d\u2019un abandon continu\u00e9.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"xmsonormal\">Cette derni\u00e8re formule m\u2019est sans doute comme souffl\u00e9e. Par la hantise de certains po\u00e8mes compos\u00e9s par James Sacr\u00e9. J\u2019entends des voix. Ce bruissement perp\u00e9tuel entre mes tempes. Je feuillette un vieux livre de Cioran. Avant d\u2019\u00e9teindre dans cette belle chambre d\u2019h\u00f4tel. Je griffonne des notes. Sur un carnet orange. Nous avons tr\u00e8s bien d\u00een\u00e9 avec Eug\u00e9nie. Cuisine inventive de ce bistrot dr\u00f4lement nomm\u00e9 L\u2019artist. Je l\u2019ai toujours trouv\u00e9e moins insupportable. La vie dans les h\u00f4tels, les restaurants. Je n\u2019aime plus que l\u2019amiti\u00e9. Les librairies, les mus\u00e9es, les ar\u00e8nes. J\u2019\u00e9tais content de ma trouvaille du jour. Cette perle, une de plus, dans <i>Aveux &amp; anath\u00e8mes<\/i>. J\u2019ai d\u00fb la r\u00e9p\u00e9ter dix fois. En rigolant \u00e0 Eug\u00e9nie. <i>Apr\u00e8s tout, je n\u2019ai pas perdu mon temps, moi aussi je me suis tr\u00e9mouss\u00e9, comme tout un chacun, dans cet univers aberrant<\/i>.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"xmsonormal\">Chapeau l\u2019artiste !<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"xmsonormal\" style=\"text-align: right;\" align=\"right\"><i>To<\/i><i>ulouse, 1<sup>er<\/sup> octobre 2023.<\/i><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"xmsonormal\" style=\"text-align: justify;\">Mon corps est encore \u00e0 Castres. Dans cette belle chambre, au troisi\u00e8me \u00e9tage de l\u2019h\u00f4tel Renaissance. J\u2019y suis rest\u00e9 jusque vers 11 heures. Apr\u00e8s \u00eatre remont\u00e9 de ce petit-d\u00e9jeuner tr\u00e8s matinal o\u00f9 j\u2019\u00e9tais, apr\u00e8s Sarah Chiche, le second client. J\u2019ai senti mon c\u0153ur d\u2019\u00e9ternel \u00e9colier se serrer. Une vingtaine de kilom\u00e8tres avant Toulouse. Nous \u00e9tions si bien depuis la veille. Dans les replis de cette vieille province. Apr\u00e8s les paysages campagnards du Tarn, les constructions pavillonnaires &amp; r\u00e9sidentielles commen\u00e7aient d\u2019annoncer la navrante approche d\u2019une grande ville bruyante &amp; pollu\u00e9e qu\u2019il me semblait avoir quitt\u00e9e depuis plusieurs jours. Encore r\u00e9fugi\u00e9 dans l\u2019\u00e9paisseur de ce trop bref d\u00e9tour dans le temps profond. Eug\u00e9nie, venue passer depuis vendredi ce week-end avec moi, me reconduisait jusqu\u2019\u00e0 Toulouse. Avant de continuer la route jusqu\u2019\u00e0 sa maison de Dordogne. Cette amie, d\u2019une curiosit\u00e9 presque enfantine, est capable de faire des centaines de kilom\u00e8tres. Pour voir des musiciens, une exposition, un chanteur, des <i>corridas<\/i>. R\u00e9veill\u00e9 t\u00f4t, ce matin, j\u2019avais appris, surfant sur Internet, en attendant le petit-d\u00e9jeuner servi \u00e0 7 heures, le dimanche, que, apr\u00e8s plusieurs autres agressions \u00e0 l\u2019arme blanche ces derniers jours, un jeune homme de dix-huit ans avait \u00e9t\u00e9, pendant la nuit, poignard\u00e9 \u00e0 mort, dans notre ville ros(s)e. Multiplication de tels actes de violence depuis plusieurs ann\u00e9es dans un centre-ville o\u00f9 l\u2019on sent dangereusement monter les tensions, les bouff\u00e9es d\u2019animosit\u00e9, les crispations. Avant de filer prendre son train trop matinal pour Toulouse, pour ensuite attraper un TGV pour Montparnasse, Sarah m\u2019avait souffl\u00e9, se retournant<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-4378\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/Chiche_Alichimies.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"330\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/Chiche_Alichimies.jpg 220w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/Chiche_Alichimies-200x300.jpg 200w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/Chiche_Alichimies-100x150.jpg 100w\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/> dans la salle du petit-d\u00e9jeuner d\u00e9serte \u00e0 cette heure, que j\u2019avais raison pour cet h\u00f4tel. Pour son charme hors du temps. Qu\u2019on se sentait loin de tout. Si merveilleusement loin de Paris. Nous avions juste eu le temps d\u2019\u00e9changer cinq minutes. Devant la coquille vide et fendill\u00e9e de son \u0153uf dans un coquetier bleu &amp; quelques miettes de pain autour de sa tasse de th\u00e9. Elle m\u2019a pudiquement confi\u00e9 la fatigue de cette tourn\u00e9e. Les dates nombreuses &amp; rapproch\u00e9es des invitations par des librairies ou par des salons du livre. Qu\u2019elle essayait d\u2019honorer tout \u00e7a. Tr\u00e8s touch\u00e9e, bien s\u00fbr, par l\u2019accueil des <i>Alchimies<\/i>. Mais que \u00e7a commen\u00e7ait \u00e0 faire beaucoup. Trop, peut-\u00eatre. Que c\u2019\u00e9tait un vertige parfois. Tous ces trains, ces h\u00f4tels. Qu\u2019il ne fallait pas se plaindre. Bien s\u00fbr. Elle m\u2019a de nouveau remerci\u00e9 d\u2019\u00eatre venu jusqu\u2019\u00e0 Castres. Un geste touchant de la main pour redire aurevoir en se retournant juste avant de quitter la pi\u00e8ce. Je restais un instant les yeux dans le vide de cette grande salle vide. En repensant \u00e0 la solitude de la romanci\u00e8re de fond, aux premi\u00e8res heures de l\u2019aube, entre une chambre &amp; un train, pour continuer d\u2019accompagner son livre aussi d\u00e9vorant que, pour des parents \u00e9puis\u00e9s, certains gamins trop remuants, comme increvables. La main est brusquement repass\u00e9e dans le champ de mon regard. La clef de sa chambre rest\u00e9e sous la serviette blanche froiss\u00e9e. Nous avons souri de cet acte manqu\u00e9. Derni\u00e8re complicit\u00e9 de passage.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"xmsonormal\">Je suis all\u00e9 prendre place \u00e0 l\u2019une des nombreuses tables inoccup\u00e9es. Avec nappes, tasses, serviettes, etc. La serveuse est venue demander ce que monsieur prendrait comme boisson chaude. Du caf\u00e9 noir, beaucoup de caf\u00e9 noir. J\u2019avais insist\u00e9, dans notre rapide \u00e9change, pour redire \u00e0 Sarah comme c\u2019\u00e9tait bien. La veille, son intervention, dans cette belle salle du mus\u00e9e Goya. C\u2019\u00e9tait profond, habit\u00e9. Une sorte de palpitation dans la parole. Que j\u2019avais m\u00eame pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 ce moment \u00e0 notre s\u00e9ance du vendredi \u00e0 Ombres Blanches. Qu\u2019elle avait admirablement parl\u00e9 de la peinture notamment. Et de sa passion, n\u00e9e \u00e0 l\u2019adolescence, pour Goya. Sarah a paru presque surprise. Me disant qu\u2019elle ne se rendait pas compte. C\u2019\u00e9tait un bonheur rare que ces deux jours dans l\u2019\u00e9motion d\u2019une romanci\u00e8re v\u00e9ritablement d\u00e9couverte avec la bouleversante r\u00e9v\u00e9lation des <i>Ent\u00e9n\u00e9br\u00e9s<\/i>. Voil\u00e0 d\u00e9j\u00e0 quatre ans de<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-4586\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/Goya_Saturne.jpg\" alt=\"\" width=\"230\" height=\"400\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/Goya_Saturne.jpg 230w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/Goya_Saturne-173x300.jpg 173w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/Goya_Saturne-86x150.jpg 86w\" sizes=\"auto, (max-width: 230px) 100vw, 230px\" \/> cette \u00e9trange gravitation dans laquelle nous entra\u00eenent, et presque \u00e0 notre insu, les grands livres. Certaines lectures sont des coups de foudre. D\u2019\u00e9blouissants renversements. Seules certaines pages de Barthes, Duras ou Derrida ont ainsi retenti dans mon cerveau. Rien \u00e9prouv\u00e9 de tel depuis le choc de <i>Vie secr\u00e8te <\/i>de Pascal Quignard au printemps de 1998. Je reprends un croissant. Avec une nouvelle tasse de caf\u00e9 noir. Il n\u2019y a que la serveuse &amp; moi. Dans la salle des petits-d\u00e9jeuners. L\u2019h\u00f4tel Renaissance est complet. Silence des dormeurs dominicaux \u00e0 huit heures du matin. C\u2019est une amie aussi d\u00e9licate que myst\u00e9rieuse. Sarah Chiche. J\u2019essaye de trouver la distance la plus juste. Avec la furtive intranquillit\u00e9 d\u2019une pr\u00e9sence qui m\u2019aura tant apport\u00e9e ces derni\u00e8res ann\u00e9es. J\u2019\u00e9prouve une profonde <i>admiraffection<\/i> pour sa personne. Pour ses livres \u00e0 l\u2019\u00e9criture superbement incandescente. C\u2019\u00e9tait un moment de ma vie o\u00f9 je n\u2019arrivais plus du tout \u00e0 lire. La parution des <i>Ent\u00e9n\u00e9br\u00e9s <\/i>en janvier 2019. C\u2019est un peu comme si j\u2019avais tr\u00e8s lentement r\u00e9appris le sens de la marche. En p\u00e9n\u00e9trant, pas apr\u00e8s pas, dans cet espace romanesque terrible &amp; sid\u00e9rant. Nous vivons &amp; mourons dans un cauchemar de Goya. Dans une peinture noire de ce visionnaire aux confins de la folie. Je n\u2019ai peut-\u00eatre jamais ressenti cette impression aussi sourdement depuis le drame de ma naissance b\u00e2tarde. Impression douloureusement raviv\u00e9e par le geste si violent, cet \u00e9t\u00e9, des deux enfants. Je finis de boire ma troisi\u00e8me tasse de caf\u00e9. Dans une sorte d\u2019h\u00e9b\u00e9tude sacr\u00e9e. Je semble tenir le coup malgr\u00e9 tout. Sans savoir ni comment ni pourquoi. \u00c7a reste un truc assez inexplicable. La turbulente pulsion de survivre. Elle dit qu\u2019elle les voit comme exalt\u00e9es par quelques taches rouges. Sarah Chiche les peintures pourtant si sombres de Goya.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"xmsonormal\" align=\"right\"><i>\u00a0<\/i><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"xmsonormal\" style=\"text-align: right;\" align=\"right\"><i>Toulouse, 02 octobre 2023.<\/i><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"xmsonormal\" style=\"text-align: justify;\">Pour en arriver l\u00e0\u2026 J\u2019\u00e9coute Dalida\u2026 Sublime, forc\u00e9ment sublime\u2026<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"xmsonormal\">Il aura fallu donc attendre le trente-deuxi\u00e8me\u2026 Pour ne pas f\u00eater l\u2019anniversaire de ma fille&#8230; La m\u00e9moire automatique de Facebook l\u2019a fait pour moi ce matin\u2026 Toutes ces pages du deux octobre d\u00e9goulinantes d\u2019amour fou\u2026 Je n\u2019ai pas pu en regarder beaucoup\u2026 Ce matin avant de partir \u00e0 l\u2019\u00c9cole\u2026 Il y avait les courriels en retard\u2026 Comme d\u2019habitude\u2026 Je retrouvais Ausias, Didier, Denis\u2026 Pour ce d\u00e9jeuner de travail au restaurant du campus\u2026 J\u2019avais rendez-vous ensuite avec ma nouvelle assistante\u2026 Faire le point sur les inscriptions des \u00e9l\u00e8ves \u00e0 nos quatre workshops\u00a0: arts plastiques, \u00e9criture(s), \u00e9loquence &amp; th\u00e9\u00e2tre\u2026 Je recevais St\u00e9phane, vers 16 h 30, pour lui remettre les lettres de motivation des \u00e9l\u00e8ves\u2026 Et chercher, dans nos b\u00e2timents, pas pr\u00e9vus pour \u00e7a, la moins mauvaise salle pour faire malgr\u00e9 tout du th\u00e9\u00e2tre\u2026 Il ne faudrait pas oublier de passer \u00e0 l\u2019atelier de Sandrine, entre Saint-Sernin &amp; le Capitole\u2026 Pour lui remettre, apr\u00e8s 19 heures, les lettres de motivation pour les arts plastiques&#8230; \u00c9tait-ce une journ\u00e9e id\u00e9ale pour marcher dans la for\u00eat\u2026 Ce premier lundi d\u2019octobre bizarrement \u00e9cras\u00e9 par un soleil de juillet\u2026 Il aurait fait jusqu\u2019\u00e0 35,7\u00b0\u2026 Dans les Pyr\u00e9n\u00e9es-Atlantiques, du c\u00f4t\u00e9 d\u2019Orthez\u2026 Je ne compte m\u00eame plus\u2026 L\u2019air br\u00fblant, hier \u00e0 Castres, comme \u00e0 Toulouse, aujourd\u2019hui\u2026 C\u2019est tous les jours le lundi au soleil\u2026 P\u00f4vre Cloclo\u2026 Je regarde ma montre\u2026 D\u00e9j\u00e0 22 heures\u2026 J\u2019avais dix ans en 1972\u2026 \u00c0 la sortie de cet ind\u00e9modable tube\u2026 J\u2019avais si mal au p\u00e8re\u2026 Si mal au manque\u2026 Je ne pouvais savoir qu\u2019un jour\u2026 Cinquante ans plus tard\u2026 Qu\u2019un jour j\u2019aurai mal d\u2019\u00eatre ce p\u00e8re abandonn\u00e9\u2026 On dirait le titre d\u2019une chanson de Claude Fran\u00e7ois\u2026 Des paroles de Jean-Pierre Rivat sur une musique de Jean-Michel Bourtayre au milieu des ann\u00e9es soixante-dix au si\u00e8cle dernier\u2026 C\u2019est d\u00e9j\u00e0 la nuit\u2026 La nuit de ce jour hors des jours\u2026 Je ne posterai pas sur ma page FB notre chanson de Serge Reggiani\u2026 Elles sont d\u2019Eddy Marnay\u2026 Les paroles de \u00ab\u00a0Ma fille\u00a0\u00bb\u2026 Raymond Bernard a trouv\u00e9 cette d\u00e9chirante m\u00e9lodie\u2026 Sous ces doigts de pianiste inspir\u00e9\u2026 C\u2019\u00e9tait aussi l\u2019arrangeur de Gilbert B\u00e9caud\u2026 L\u2019accompagnateur de Marl\u00e8ne Dietrich\u2026 On savait faire de la musique\u2026 De la musique en ce temps-l\u00e0\u2026 Il devait faire si beau sur les routes\u2026 Si chaud, ce lundi au soleil\u2026 Je ne pouvais pas imaginer qu\u2019il faudrait s\u2019en passer aussi\u2026 De l\u2019amour des enfants\u2026 Qu\u2019elle serait cruelle jusqu\u2019\u00e0 ce point-l\u00e0\u2026 Cette petite entreprise de d\u00e9molition appel\u00e9e La Vie\u2026 Les derni\u00e8res heures sont les plus difficiles\u2026 Comme dans le succ\u00e8s du chanteur malheureux\u2026 Je ne chercherai pas pendant des heures\u2026 Dans quel nouvel \u00e9toil\u00e9 f\u00eater \u00e7a\u2026 Rien n\u2019\u00e9tait trop beau pour nos moments vol\u00e9s\u2026 Pour \u00e9peler, dans le Guide Michelin, les ann\u00e9es de l\u2019impronon\u00e7able pr\u00e9nom\u2026 Aucune fr\u00e9gate ne m\u2019envolera\u2026 Aucun wagon pour les paradis parfum\u00e9s\u2026 Je l\u2019avais trouv\u00e9 dans un po\u00e8me de Baudelaire\u2026 Le plus beau pr\u00e9nom du monde\u2026 Ils sont plus loin que l\u2019Inde, ce soir, beaucoup plus loin,\u2026 Les violons, les chansons\u2026 Ils sont plus loin que la Chine\u2026 Les brocs de vin, les bouquets\u2026 Elle m\u2019a quitt\u00e9 pour de bon\u2026 Ma fille, mon enfant\u2026 Il est vraiment bris\u00e9\u2026 Notre d\u00e9saccord de guitare\u2026 Je ne lui dirai plus bonne route\u2026 Bonne route\u2026 Il a sans doute chang\u00e9 pour toujours de pays\u2026 Son c\u0153ur d\u00e9sormais plein d\u2019une d\u00e9concertante ranc\u0153ur\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-4585\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/Portrait-Charnet-Paris.jpg\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"360\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/Portrait-Charnet-Paris.jpg 540w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/Portrait-Charnet-Paris-300x200.jpg 300w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/Portrait-Charnet-Paris-150x100.jpg 150w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/Portrait-Charnet-Paris-366x244.jpg 366w\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" \/><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"xmsonormal\" style=\"text-align: justify;\">Je ne l\u2019ai vraiment pas vu venir\u2026 Ce coup de poignard dans notre pass\u00e9\u2026 La chanson de Reggiani date de 1971\u2026 Notre fa\u00e7on d\u2019\u00eatre bons compagnons\u2026 Mes cris plaintifs ne les ranimeront pas\u2026 Les furtifs plaisirs du temps perdu \u00e0 d\u00e9vorer des yeux cette exquise esquisse\u2026 Nous n\u2019irons plus cueillir le raisin\u2026 Le lundi au soleil\u2026 Je l\u2019\u00e9coute pour rien\u2026 Pour personne ce foutu soir\u2026 C\u2019\u00e9tait, bien s\u00fbr, notre chanson pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e\u2026 \u00ab\u00a0Ton h\u00e9ritage\u00a0\u00bb dans l\u2019album <i>La superbe<\/i>, en 2009\u2026 Le clip ne para\u00eetra qu\u2019en 2011\u2026 Le clip<i> live officiel<\/i>\u2026 C\u2019\u00e9taient des mots de passe entre nous\u2026 Ces rimes sublimes de Benjamin Biolay\u2026 Je ne pensais pas qu\u2019elles passeraient pour rien une nuit\u2026 Pour personne &amp; pour rien\u2026 Il y a longtemps qu\u2019elle n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 aussi basse\u2026 Vraiment la mar\u00e9e dans ma vie\u2026 Je croyais que nous l\u2019aimerions toujours\u2026 Le soleil sur la terrasse\u2026 Je croyais lui mettre des \u00e9toiles dans les yeux\u2026 En la conviant, les jours du temps qui tourne, dans des restaurants de folie\u2026 J\u2019ai perdu sa trace\u2026 Du c\u00f4t\u00e9 de la plage de la Corniche\u2026 Il va falloir faire avec\u2026 Ou plut\u00f4t sans\u2026 Je ne sais pourquoi je crois que c\u2019est cette guerri\u00e8re qui a trouv\u00e9 l\u2019id\u00e9e\u2026 De d\u00e9serter, sans un mot d\u2019explication, notre h\u00f4tel du 21 juillet, la Junior Suite vue sur mer, \u00e0 S\u00e8te\u2026 Je n\u2019arrive toujours pas \u00e0 comprendre comment son fr\u00e8re a fait pour la suivre\u2026 Dans cette d\u00e9sastreuse \u00e9quip\u00e9e par-dessus bord\u2026 J\u2019ignore o\u00f9 il la trouvera\u2026 Chaque jour l\u2019\u00e9nergie, mon fils, de ne pas faire signe\u2026 Je ne sais m\u00eame pas s\u2019ils se demandent comment je le passe\u2026 Le jour de ce trente-deuxi\u00e8me passage\u2026 Je ne sais pas comment on peut le laisser en plan, comme \u00e7a\u2026 Son p\u00e8re\u2026 Je n\u2019ai pas peur du vide\u2026 M\u00eame pas mal, mon enfant\u2026 Il n\u2019y a m\u00eame plus d\u2019automne vermeil\u2026 Mon enfant\u2026 Et jamais rien ne se d\u00e9roule comme dans mes plans\u2026 Chacun son h\u00e9ritage\u2026 Et je me demande si son c\u0153ur est au nord\u2026 Et toutes ces choses\u2026 Et je me demande si l\u2019on se reverra\u2026 Dans le temps s\u00e9par\u00e9\u2026 Si nous deviendrons simplement des amis\u2026 Et toutes ces choses\u2026 Ma fille a peut-\u00eatre d\u00e9j\u00e0 oubli\u00e9 tout \u00e7a\u2026 Page d\u00e9chiratur\u00e9e\u2026 Oui, c\u2019est moi, ce soir\u2026 Le chanteur malheureux que l\u2019on n\u2019\u00e9coute plus\u2026 Et j\u2019ai le c\u0153ur presque en \u00e9tat d\u2019urgence\u2026 Tous mes miroirs salis d\u00e9sormais par l\u2019absence\u2026 Il est l\u2019heure de tomber le masque\u2026 De tomber les armes\u2026 Il nous aura fallu trente-deux ans\u2026 Pour en arriver l\u00e0\u2026 C\u2019est juste une fa\u00e7on de hurler en dedans de soi\u2026 L\u2019\u00e9criture\u2026 Il a sa mani\u00e8re de tra\u00eener tous ces chagrins\u2026 Mon c\u0153ur en soixantaine\u2026 Ma vie n\u2019est pas vraiment ma vie\u2026 Le bonheur comme un n\u0153ud \u00e0 mon mouchoir\u2026 Ils ont fait tomber un dr\u00f4le de rideau\u2026 En se carapatant sans crier gare les sacripants\u2026 On voit tellement qu\u2019elle n\u2019y croit plus\u2026 Dalida dans ses derni\u00e8res chansons\u2026 Plus rien ne remplira cette poche dans le d\u00e9sir\u2026 M\u00eame une salle comble\u2026 On finit par avoir honte de ses mains\u2026 En voyant que tout \u00e9tait mirage, ou presque\u2026 Un jour vient que c\u2019est sans doute irr\u00e9versible\u2026 Une telle envie de tirer sa r\u00e9v\u00e9rence\u2026 Et je n\u2019ai pas d\u2019autre sc\u00e8ne o\u00f9 mourir que mes livres\u2026 Au revoir &amp; mercyves\u2026 Je me demande \u00e0 quoi \u00e7a a bien pu servir\u2026 Tant d\u2019amour, oui, pour en arriver l\u00e0\u2026<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 Toulouse, 27 septembre 2023. J\u2019ai beaucoup trop \u00e0 faire avec la mauvaise fiction de ma vie. Pour pouvoir me payer le luxe d\u2019\u00e9crire de bons romans.\u00a0 \u00a0 Toulouse, 28 septembre 2023. Il y a plusieurs fa\u00e7ons de passer son trac. Plus la mienne. Je viens donc de me laisser happer par la rediffusion en streaming &amp; en replay d\u2019un documentaire assez racoleur &amp; complaisant sur Canal +. Michel Sardou, une vie en chantant. J\u2019ai d\u2019abord cru regarder les cinq premi\u00e8res minutes. Puis les dix, les quinze. J\u2019ai pens\u00e9 que j\u2019irai faire quelques courses pour le d\u00eener. Avant la fermeture des boutiques du quartier. J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 grapiller n\u2019importe quoi dans le frigo. Dans les placards. Je ne me souviens m\u00eame plus. Comment et pourquoi ce bloc de foie gras. Je ne suis pas sorti. La radio, la vaisselle pas faite, la table en d\u00e9sordre. J\u2019ai remis le documentaire. Cinq minutes, une chanson, et puis stop. Je savais d\u00e9j\u00e0 tout par c\u0153ur. Les paroles, Pierre Billon, les anecdotes, Jacques Revaux. Je souriais. Comme un imb\u00e9cile. J\u2019\u00e9crasais ma larme. Aussi. Je n\u2019aurai jamais cru que ma m\u00e8re ait su faire l\u2019amour. \u00ab\u00a0Dix ans plus t\u00f4t\u00a0\u00bb. Ne m\u2019appelez plus jamais France\u00a0! \u00ab\u00a0Comme d\u2019habitude\u00a0\u00bb. J\u2019en passe. Et des pires. C\u2019est la bande-son de nos quarante derni\u00e8res ann\u00e9es. Une certaine id\u00e9e de l\u2019histoire sur des airs populaires. J\u2019aurai donc aim\u00e9 \u00e7a comme fou. Sous les quolibets de la troupe. Qu\u2019est-ce que je fous. \u00c0 sombrer comme \u00e7a dans une nostalgie facile. Ferai mieux de faire mon fichu plan. Pour savoir quoi dire \u00e0 Sarah Chiche en animant, demain, la rencontre \u00e0 la librairie Ombres Blanches sur Les Alchimies. J\u2019ai fini, l\u2019autre soir, ma troisi\u00e8me lecture de ce roman fabuleusement baroque. Un d\u00e9dale \u00e0 ne jamais croiser son \u00e2me. C\u2019est \u00e0 chaque relecture plus complexe. Horlogerie d\u2019une diabolique subtilit\u00e9. Je ne sais toujours pas quoi faire, quarante ans apr\u00e8s, de cette incurable angoisse des \u00e9coliers avant un examen. Ce sentiment d\u2019appr\u00e9hension qui envahit une personne, selon le dictionnaire, avant d\u2019affronter le public, de subir une \u00e9preuve, etc. Ce sera la fois de trop. Demain soir. \u00c7a va bien finir par se voir. Imposteur &amp; Cie. Je poserai des questions trop b\u00eates. Ou trop compliqu\u00e9es. Je resterai sec. Les mots en travers de la gorge. J\u2019aurai honte. Ce d\u00e9sir forcen\u00e9 de foutre le camp. Elle me remonte de si loin. La honte. Je me r\u00e9p\u00e8te cette formule. Prendre la poudre d\u2019escampette. C\u2019est une petite crise. Du calme. \u00c7a va passer. \u00ab\u00a0Dans les bals populaires\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0La maladie d\u2019amour\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0En chantant\u00a0\u00bb. Pages blanches. \u00c7a avait d\u00e9but\u00e9 comme \u00e7a. Ma premi\u00e8re d\u00e9pression rep\u00e9r\u00e9e. Je pr\u00e9parais l\u2019agr\u00e9gation. De lettres modernes. J\u2019avais vingt-cinq ans. Un commentaire compos\u00e9 sur L\u2019\u00c9ducation sentimentale. J\u2019avais install\u00e9 la petite table. Devant une des fen\u00eatres de nos chambres de bonne. Au sixi\u00e8me \u00e9tage du 64, avenue Ledru-Rollin. C\u2019\u00e9tait encore l\u2019automne. D\u00e9j\u00e0 l\u2019hiver. Il a de nouveau fait si chaud. Tout ce jeudi 28 septembre. C\u2019\u00e9tait encore une chaleur d\u2019\u00e9t\u00e9. 33\u00b0 aux premiers jours de cet automne hors de son nom. J\u2019avais pris des notes. Cahiers, feuilles volantes. J\u2019avais soulign\u00e9 les phrases-clefs. Tout le bordel. Je savais tout. Sur Flaubert, sur le chapitre en question. J\u2019avais photocopi\u00e9 les commentaires les plus sophistiqu\u00e9s. Les pr\u00e9faces de Jean-Pierre Richard\u00a0; l\u2019effet de r\u00e9el selon Roland Barthes. J\u2019avais tout \u00e7a dans ma t\u00eate. Et rien \u00e0 faire. Je ne pouvais pas. Pas une ligne, une id\u00e9e\u00a0; rien de rien. Marie-Pierre me demandait ce que j\u2019avais. La (pas en corps) m\u00e8re de mes deux enfants. Nous vivions ensemble depuis quatre ou cinq ans. Deux \u00e9tudiants dans ces deux chambres de bonne avec vue sur l\u2019h\u00f4pital des aveugles. Ils n\u2019\u00e9taient pas n\u00e9s. Les deux enfants. Ce serait un long d\u00e9tour. Une histoire compliqu\u00e9e. J\u2019ai dit que je voulais me jeter par la fen\u00eatre. Tomber par terre. Je voulais m\u2019\u00e9craser en bas. Me r\u00e9duire \u00e0 rien sur le trottoir. Que c\u2019\u00e9tait mort dans ma t\u00eate. Mort de chez mort. Je me souviens que mon cerveau \u00e9tait vide. Un lac gel\u00e9. Je le voyais s\u2019ouvrir. Devant mes yeux. Je voyais les pages blanches de mon cerveau. Leur \u00e9blouissante illisibilit\u00e9. Il n\u2019y avait plus que des signes scl\u00e9ros\u00e9s. Des mots pris dans la glace. J\u2019ai repos\u00e9 mon stylo. Drapeau blanc. C\u2019\u00e9tait fini. Cette \u00e9cume, vierge vers. Je ne sais pas si c\u2019est ce dimanche. Ou un autre. Que Marie-Pierre m\u2019a conduit aux urgences \u00e0 Cochin. Puis \u00e0 celles de Sainte-Anne. En ce temps-l\u00e0 j\u2019avais un surveillant des classes secondaires\u2026 Mauvais homme, mauvais mari, mauvais amant\u2026 Vous nous connaissez bien\u2026 Nous les artistes\u2026 Un soir on est trop gai\u2026 Un soir trop triste\u2026 J\u2019ai dit \u00e0 la blouse blanche que j\u2019avais vu s\u2019ouvrir mon cerveau\u2026 Des pages encore plus blanches que sa blouse, que la neige, que la porcelaine du lavabo\u2026 Salut, je suis venu vous dire salut\u2026 Entre l\u2019alcool et les calmants\u2026 J\u2019aurai mieux fait de les lui d\u00e9boucher pour de bon\u2026 Les tubes de Michel Sardou\u2026 La blouse blanche a fini par dire \u00e0 Marie-Pierre qu\u2019elle allait rentrer chez elle sans Yves\u2026 Sans monsieur Charnet\u2026 Que j\u2019allais rester quelques temps \u00e0 Sainte-Anne\u2026 Le temps de\u2026 Apr\u00e8s je ne me souviens plus\u2026 Le lit de fer, les perfusions, le goutte-\u00e0-goutte\u2026 Toulouse, 29 septembre 2023. Continuer \u00e0 vivre, oui, mais en se d\u00e9fenestrant de soi-m\u00eame pour quelques heures. Sarah Chiche, Les Alchimies. &nbsp; Castres, 30 septembre 2023. J\u2019\u00e9cris le Journal d\u2019un abandon. Et d\u2019un abandon continu\u00e9. Cette derni\u00e8re formule m\u2019est sans doute comme souffl\u00e9e. Par la hantise de certains po\u00e8mes compos\u00e9s par James Sacr\u00e9. J\u2019entends des voix. Ce bruissement perp\u00e9tuel entre mes tempes. Je feuillette un vieux livre de Cioran. Avant d\u2019\u00e9teindre dans cette belle chambre d\u2019h\u00f4tel. Je griffonne des notes. Sur un carnet orange. Nous avons tr\u00e8s bien d\u00een\u00e9 avec Eug\u00e9nie. Cuisine inventive de ce bistrot dr\u00f4lement nomm\u00e9 L\u2019artist. Je l\u2019ai toujours trouv\u00e9e moins insupportable. La vie dans les h\u00f4tels, les restaurants. Je n\u2019aime plus que l\u2019amiti\u00e9. Les librairies, les mus\u00e9es, les ar\u00e8nes. J\u2019\u00e9tais content de ma trouvaille du jour. Cette perle, une de plus, dans&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":4577,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[9,2],"tags":[2214,2212,2213,659,487],"class_list":["post-4576","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-creation","category-une","tag-charnet-chansons","tag-charnet-journal","tag-goya","tag-sarah-chiche","tag-yves-charnet"],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4576","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4576"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4576\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4589,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4576\/revisions\/4589"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4577"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4576"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4576"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4576"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}