{"id":4630,"date":"2023-11-17T20:29:41","date_gmt":"2023-11-17T19:29:41","guid":{"rendered":"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=4630"},"modified":"2023-11-17T20:32:24","modified_gmt":"2023-11-17T19:32:24","slug":"texte-yves-charnet-journal-de-la-desolitude-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2023\/11\/17\/texte-yves-charnet-journal-de-la-desolitude-2\/","title":{"rendered":"[Texte] Yves Charnet, Journal de la d\u00e9solitude (2)"},"content":{"rendered":"<div>\n<p class=\"xmsonormal\" align=\"right\"><i>Toulouse, 03 octobre 2023.<\/i><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"xmsonormal\" style=\"text-align: justify;\">Retourner \u00e0 Pasolini.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"xmsonormal\" style=\"text-align: justify;\"><i>Je suis un homme ancien, qui a lu les classiques, qui a r\u00e9colt\u00e9 les raisins dans la vigne, qui a contempl\u00e9 le lever et le coucher du soleil sur les champs. Je ne sais donc pas quoi faire d\u2019un monde cr\u00e9\u00e9 par la violence, par la n\u00e9cessit\u00e9 de la production et de la consommation. Je d\u00e9teste tout de ce monde\u00a0: la pr\u00e9cipitation, le bruit, la vulgarit\u00e9, l\u2019arrivisme\u2026 Je suis un homme qui pr\u00e9f\u00e8re perdre plut\u00f4t que de gagner par des mani\u00e8res d\u00e9loyales et impitoyables. Et la beaut\u00e9 c\u2019est que j\u2019ai l\u2019effronterie de d\u00e9fendre cette culpabilit\u00e9, de la consid\u00e9rer comme une vertu.<\/i><i>\u00a0<\/i><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"xmsonormal\"><i>\u00a0<\/i><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"xmsonormal\" align=\"right\"><i>Toulouse, 04 octobre 2023.<\/i><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"xmsonormal\" style=\"text-align: justify;\">Il va donc falloir vivre avec \u00e7a. L\u2019\u00e9preuve de l\u2019impensable comme en plus. Ce furent, ce matin, les premi\u00e8res images. Entre dormir &amp; r\u00e9veil. Elles m\u2019\u00e9taient tomb\u00e9es dessus la veille. Au moment de tomber de sommeil. Je trompe souvent l\u2019angoisse du coucher en surfant une derni\u00e8re fois sur Internet. Une derni\u00e8re fois apr\u00e8s la derni\u00e8re. Je suis allong\u00e9. Dans le petit lit \u00e0 une place. La possession me prend. Mon cercueil pr\u00e9paratoire. Je suis dans le noir. La lumi\u00e8re blafarde de l\u2019\u00e9cran. Je m\u2019use les yeux. Petite ruse en cachette de personne. Et soudain c\u2019est lui. Sur cette video. Il joue du piano. Dans une salle du mus\u00e9e Gr\u00e9vin. Il y a des bougies partout. Tout autour du grand piano noir. Il improvise sur des musiques du chanteur Christophe. Avec ces mouvements de la t\u00eate &amp; du torse que je connais par corps. La performance date d\u2019il y a une bonne dizaine de jours. L\u2019avalanche de compliments sous ce post ; un commentaire \u00e9logieux de sa s\u0153ur. Ils ont vraiment fait une croix sur moi. P\u00e8re ratur\u00e9, page arrach\u00e9e. J\u2019ai du mal \u00e0 le croire. Et pourtant. Il y a de la col\u00e8re. Dans la fa\u00e7on de me lever. Je m\u2019extirpe du lit. Pour \u00e9chapper au retour de ces maudites images. Elles me font trop mal. L\u2019abandon, la blessure. C\u2019\u00e9tait ma hantise. Avant le 21 juillet dernier. Un jour je ne verrai plus ce qu\u2019ils font. Mes deux enfants. Un jour je n\u2019assisterai plus aux concerts de mon fils. Aux repr\u00e9sentations de ma fille. Je serai six pieds sous terre. Un peu de cendre dans une urne. Je ne pourrai plus rien savoir. Des grands moments de leur carri\u00e8re. C\u2019\u00e9tait \u00e7a qui me faisait de la peine. En pensant \u00e0 mon passage de vie \u00e0 tr\u00e9pas. C\u2019est comme s\u2019ils avaient fait rentrer la mort. En avance dans les ar\u00e8nes du Temps. C\u2019est comme s\u2019ils avaient ouvert la porte de ce toril. Pour lib\u00e9rer beaucoup plus t\u00f4t que pr\u00e9vu ce monstre destin\u00e9 \u00e0 m\u2019encorner brutalement.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"xmsonormal\"><i>Tellement abracadabranque.<\/i><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"xmsonormal\" style=\"text-align: justify;\">Il y a une autre photo. Le petit pianiste disque d\u2019or pour son travail sur les deux derniers albums du chanteur des <i>Paradis perdus<\/i>. D\u2019\u00eatre soudain priv\u00e9 de ces joies me para\u00eet encore plus injuste que d\u00e9chirant. Une telle annulation de mon adoration. Il savait combien j\u2019aimais \u00eatre \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s dans ces cas-l\u00e0. Dans la salle, dans les loges. Je prenais un train. Un h\u00f4tel. Je venais. Pareil pour les pi\u00e8ces de sa s\u0153ur. Je ne leur ai jamais manqu\u00e9. Pas une fois. Je les invitais. Bien s\u00fbr au restaurant. Ce renversement est tellement incompr\u00e9hensible. Tellement abracadabranque. Je mettrai longtemps \u00e0 les chasser de mes yeux. Ces fichues images. Je m\u2019attardais plus que de coutume au bureau du professeur Charnet. Jusqu\u2019\u00e0 presque huit heures du soir. J\u2019essayerai de tuer ma peine. En travaillant. C\u2019est fait pour \u00e7a. Les r\u00e9unions, les courriels, les rendez-vous. Je tombe de sommeil. En \u00e9crivant ces lignes. Il est bient\u00f4t 23 heures. Je vais aller me coucher. M\u2019abrutir dans le noir de la petite chambre. J\u2019\u00e9couterai des conneries \u00e0 la radio. Bruit de fond jusqu\u2019\u00e0 dormir. Je suis comme tous les innocents. Dans une incr\u00e9dulit\u00e9 stup\u00e9faite. Je ne sais toujours pas ce que j\u2019ai fait. Pour m\u00e9riter \u00e7a. J\u2019aurai pass\u00e9 mon existence \u00e0 me sentir coupable de crimes imaginaires. De fautes fantasm\u00e9es. Et puis voil\u00e0 que c\u2019est la premi\u00e8re d\u00e9cision d\u2019adulte prise par ces deux enfants. Ma condamnation \u00e0 mort. C\u2019est la peine capitale. Plus de p\u00e8re. C\u2019est l\u2019inculpation maximum. Le bannissement. Tous les mots ne veulent plus rien dire. De la charpie de charabia. Je ferai mieux d\u2019aller pioncer. Dans une h\u00e9b\u00e9tude abattue. Je me sens comme un dissident arbitrairement arr\u00eat\u00e9 par la police d\u2019un \u00e9tat totalitaire. Et d\u00e9port\u00e9 dans l\u2019Oubli comme dans la premi\u00e8re Sib\u00e9rie venue. \u00c7a n\u2019a ni queue ni t\u00eate. D\u00e9cid\u00e9ment la vie. Ils disent sur Franceinfo que c\u2019est une v\u00e9ritable soir\u00e9e de cauchemar pour le PSG. Battu 4 &#8211; 1 sur la pelouse de Newcastle. Il n\u2019a m\u00eame pas marqu\u00e9 un but de tout le match. Mbapp\u00e9, soudain, m\u00e9connaissable. J\u2019ai longtemps pens\u00e9 que c\u2019est ce qu\u2019il y avait eu de pire. L\u2019enfance sans p\u00e8re. Mais il y aura donc mieux dans le pire. La vieillesse sans les enfants. Il y a des soirs o\u00f9 je ne peux plus la voir en peinture. Mon existence \u00e9chelonn\u00e9e le long des dates. Des soirs \u00e0 d\u00e9chirer toutes les putains de pages de mon album \u00e0 rebours. L\u2019abandon est une catapulte. Me voici brutalement propuls\u00e9 de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la bordure. C\u2019est une am\u00e8re patrie. L\u2019exil \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de soi. J\u2019habite l\u2019absence. Ce pays sans pays. La cr\u00e9celle des formules me pr\u00e9c\u00e8de \u00e0 chaque pas. Comme un pestif\u00e9r\u00e9 dans les rues de ma m\u00e9lancolie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"xmsonormal\" align=\"right\"><i>Toulouse, 05 octobre 2023.<\/i><i>\u00a0<\/i><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"xmsonormal\" style=\"text-align: justify;\">Les livres qui savent o\u00f9 ils vont n\u2019arrivent nulle part.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"xmsonormal\" style=\"text-align: justify;\">Rien de plus aveugl\u00e9 que mes <i>proses du p\u00e8re<\/i>.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"xmsonormal\"><i>\u00a0<\/i><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"xmsonormal\" align=\"right\"><i>Eymet, 06 octobre 2023.<\/i><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"xmsonormal\" style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-4631\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Charnet_ProsesFils.tif\" alt=\"\" width=\"210\" height=\"315\" \/>Je suis venu me r\u00e9fugier pendant quelques jours. Dans la maison d\u2019Eug\u00e9nie. Elle ne se refermera plus. Cette blessure. Le blues<i> <\/i>m\u2019accompagne partout depuis le 21 juillet. Comme une sonorit\u00e9 bleue qui proviendrait des murs. La cicatrisation ne se fait pas. Dans ce Journal balafr\u00e9. Un jour vient toujours qu\u2019elle n\u2019est plus qu\u2019une br\u00fblure. La chair de notre existence \u00e0 vif. Il faut faire avec ce quotidien d\u00e9saffect\u00e9. Ce qui reste de. C\u2019est la d\u00e9finition de la po\u00e9sie selon Franck Venaille. La griffure des fragments. Il s\u2019agit de le restituer dans une \u00e9criture fractur\u00e9e. Le caract\u00e8re heurt\u00e9, d\u00e9chir\u00e9, de toute fiction. Elles n\u2019en finissent plus de hachurer chaque page. Les ratures de nos histoires illisibles. Et la fiction de soi n\u2019est pas la moins en lambeaux. Loques de notre double interloqu\u00e9. Les d\u00e9funtes ann\u00e9es font, le soir venu, tourner leurs robes. Leurs robes surann\u00e9es sur un balcon de hasard. Je jette un regard vide par la fen\u00eatre. En \u00e9crivant ces lignes sur mon carnet. Les maisons de l\u2019amiti\u00e9 la contiennent pendant quelques jours. Ma douleur. Le ciel est triste et beau. Comme un grand reposoir.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"xmsonormal\">\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"xmsonormal\" align=\"right\"><i>Eymet, 07 octobre 2023.<\/i><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"xmsonormal\" style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai cette monstrueuse obstination. Des acharn\u00e9s.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"xmsonormal\">Je continue de les faire chanter malgr\u00e9 tout. Les restes d\u2019une vie bousill\u00e9e. Il est plus sombre que celui du fils b\u00e2tard. Le blues du p\u00e8re blous\u00e9. Le temps n\u2019est plus qu\u2019un bazar de jours entass\u00e9s en vrac. Une ribambelle de remembrances embrouill\u00e9es. Il y a trop de fen\u00eatres en deuil. Dans notre barraque aux portes referm\u00e9es sur le vide. Il ne poussera plus que des orties. Dans la cour de mon c\u0153ur inoccup\u00e9. Il n\u2019y a rien de plus glac\u00e9. Que les baisers dans la glace de nos souvenirs. Nul ange ne tiendra plus dans sa main un lange. Oh ! nos berceaux renvers\u00e9s. Notre m\u00e9moire est comme un tombeau. Profan\u00e9 par des pillards en ribote. Elles finissent toujours par rimer avec t\u00e9n\u00e8bres. Toutes nos strophes fun\u00e8bres. Nous n\u2019avons plus de David. Et plus de Sa\u00fcl. Un gitan le murmure sur sa corde bris\u00e9e. Le psaume des \u00e2mes veuves. Il n\u2019y a plus de pri\u00e8re. Et plus de pourquoi. Elle reste la fille des nuits pensives. Cette tristesse tisonnant la cendre de nos vies manqu\u00e9es. Plus rien ne fait m\u00fbrir. Nos c\u0153urs d\u00e9saccord\u00e9s.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"xmsonormal\" style=\"text-align: justify;\">\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"xmsonormal\" align=\"right\"><i>Eymet, 08 octobre 2023.<\/i><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"xmsonormal\" style=\"text-align: justify;\">Les visiteurs du noir.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"xmsonormal\">Je venais d\u2019assister au concert d\u2019adieu. Serge Lama sur la sc\u00e8ne de l\u2019Olympia mais aussi du Grand Rex &amp; de Pleyel. J\u2019\u00e9tais parmi les premiers rangs. Confortablement assis, sur un fauteuil bien plac\u00e9. Mais j\u2019\u00e9tais aussi derri\u00e8re le rideau rouge. Avec ma m\u00e8re &amp; Luana. J\u2019avais embrass\u00e9 le chanteur dans sa loge. Charles Aznavour, Alain Delon, Daniel Guichard, Pierre Arditi. Les c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s se bousculaient. Embrassades &amp; champagne dans la loge. J\u2019\u00e9tais avec ma fille. Avec le com\u00e9dien Arnaud Agnel. Je ne sais plus dans quelles coulisses s\u2019\u00e9tait planqu\u00e9 mon petit pianiste de fils. Arnaud avait parfois la t\u00eate de mon ami cantologue. Le doyen St\u00e9phane Hirschi. J\u2019avais sans doute trop bu. Fl\u00fbtes \u00e0 volont\u00e9. C\u2019\u00e9tait le pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 du chanteur. Ce grand cru ros\u00e9. Serge avait \u00e9t\u00e9 sublime. Pour le dernier gala de sa carri\u00e8re in\u00e9galable. Il les avait interpr\u00e9t\u00e9s comme jamais. Des titres comme \u00ab\u00a0L\u2019enfant d\u2019un autre\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0La chanteuse \u00e0 vingt ans\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Les ballons rouges\u00a0\u00bb. Il avait d\u00e9chir\u00e9 nos c\u0153urs avec \u00ab\u00a0Je voudrais tant que tu sois l\u00e0\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0D\u2019aventure en aventure\u00a0\u00bb. Et, bien s\u00fbr, un bouleversant \u00ab\u00a0Je suis malade\u00a0\u00bb pour un final inoubliable. Les gens l\u2019avaient acclam\u00e9 debout. Apr\u00e8s ce succ\u00e8s si fort. Je me souvenais de certains gestes de mains. D\u2019intonations comme des coups de couteaux. Je prenais des notes. Dans mon carnet rouge. Je ne sais plus comment je me suis soudain retrouv\u00e9 dehors. Au beau milieu de cette rue. Il y avait de nombreuses voitures de police. La lumi\u00e8re bleue de leurs sir\u00e8nes dans une nuit d\u2019hiver. Je ne me rappelle plus de quoi me parlait St\u00e9phane Agnel. Arnaud Hirschi. Les enfants avaient disparu. Rentr\u00e9s par leur propre moyen, sans doute. C\u2019est alors que le bus a fonc\u00e9. Sur nous. Il roulait \u00e0 toute vitesse. Tr\u00e8s lentement. Le chanteur Renaud conduisait. Son visage d\u00e9truit par l\u2019alcool. Ses mains tremblantes avaient du mal \u00e0 tenir le volant. S\u00e9fanarno disparus \u00e0 leur tour. Je reste tout seul. L\u2019unique t\u00e9moin de cette sc\u00e8ne fantastique. Le bus fonce toujours. Sur Michel Sardou. Renaud va l\u2019\u00e9craser. N\u2019en faire qu\u2019une bouillie. Le chanteur de \u00ab\u00a0Mauvais homme\u00a0\u00bb a les cheveux blancs. Une bonne bedaine de bedeau. Il fait un signe de la main. Au vieux Guy Bedos. Se m\u00e9tamorphose soudain. Costume vert, gros ceinturon, boucles noires. Il est une ic\u00f4ne kitch. Sa d\u00e9gaine de loubard des ann\u00e9es 70. Il a son collier en dents de requin. Ou de crocodile. Il rigole. Comme ignorant du danger. Il est aussi grand que le camion. Ou presque. Il bloque le bus. Sa botte noire sur le pneu avant gauche. Renaud stoppe. Crissement des freins. Je me r\u00e9veille. Le costume vert-bouteille de Michel Sardou\u00a0; son sourire goguenard. Je ne la reconnais pas tout de suite. La petite chambre d\u2019ami dans la maison d\u2019Eymet.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"xmsonormal\" style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai oubli\u00e9 d\u2019\u00e9crire au chanteur hier. Pour la Saint-Serge.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-4634\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Charnet_Lama.jpg\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"520\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Charnet_Lama.jpg 540w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Charnet_Lama-300x289.jpg 300w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Charnet_Lama-150x144.jpg 150w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Charnet_Lama-366x352.jpg 366w\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" \/><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"xmsonormal\">\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"xmsonormal\" align=\"right\"><i>Eymet, 09 octobre 2023.<\/i><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"xmsonormal\" style=\"text-align: justify;\">Depuis samedi soir que, rentrant avec Eug\u00e9nie d\u2019une promenade autour du lac de l\u2019Escourou, nous en avons d\u00e9couvert l\u2019horreur, le \u00ab\u00a011 septembre isra\u00eblien\u00a0\u00bb, perp\u00e9tr\u00e9 avec une diabolique efficacit\u00e9 par les barbares terroristes du Hamas, me laisse sans voix. L\u2019effroi devant la sauvagerie humaine, trop humaine. Et je pr\u00e9f\u00e8re ne pas penser aux terrifiantes cons\u00e9quences d\u2019un acte de guerre qui, avec la <i>rave-party <\/i>transform\u00e9e en charnier, contient m\u00eame son Bataclan \u00e0 ciel ouvert. \u2013 Tour d\u2019\u00e9crou, chaque ann\u00e9e plus asphyxiant, de notre \u00e9poque emport\u00e9e par la spirale du pire.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"xmsonormal\">\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"xmsonormal\" align=\"right\"><i>Toulouse, 10 octobre 2023.<\/i><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"xmsonormal\" style=\"text-align: justify;\">Toujours sous le choc de l\u2019attaque d\u2019Isra\u00ebl par les massacreurs du Hamas. Atroces r\u00e9cits des survivants t\u00e9moignant, dans une parole disloqu\u00e9e, de leur quotidien soudain ravag\u00e9 par l\u2019impensable. Cruaut\u00e9 toujours incroyable des \u00eatres laissant le champ libre \u00e0 leurs plus t\u00e9n\u00e9breuses pulsions. Les terroristes font irruption dans l\u2019univers de nos petites habitudes comme des \u00e9pouvantails travers\u00e9s par un inassouvissable d\u00e9sir de mort. Humains chang\u00e9s en b\u00eates sans compassion\u00a0; vampires en mal de chair inoffensive. Les proies les plus faibles font les troph\u00e9es d\u2019un abominable butin. Des vieilles dames, des gosses \u00e0 peine sortis du berceau. <i>Les moches, on les tue\u00a0; les bonnes on les garde\u00a0! <\/i>Du destin des femmes selon l\u2019optique proclam\u00e9e par ces ravisseurs d\u2019un islamisme mortif\u00e8re. On pense aux h\u00e9ro\u00efques Antigones croupissant dans les prisons iraniennes. D\u2019avoir d\u00e9fendu leur s\u0153ur tu\u00e9e pour une m\u00e8che de cheveu d\u00e9passant du voile. On pressent qu\u2019il y a quelque chose de sans retour. Dans tout ce sang furieusement r\u00e9pandu. Les cons\u00e9quences de notre samedi noir seront terribles. Encore impr\u00e9visibles \u00e0 quelques heures de l\u2019offensive terrestre, sans doute in\u00e9vitable, de la part d\u2019une arm\u00e9e isra\u00e9lienne si gravement humili\u00e9e par le d\u00e9sastre du 7 octobre. Pour ma g\u00e9n\u00e9ration l\u2019Histoire est sortie de ses gonds le 11 septembre 2001. Tragique r\u00e9plique vingt ans apr\u00e8s. L\u2019automne mijote toujours \u00e0 30\u00b0. Dans la ville martyris\u00e9e par M. Merah. On \u00e9touffe chaque jour davantage. Sous le soleil de Satan. Il est temps de relire Bernanos. Baudelaire &amp; Bataille. Le Mal va s\u2019en donner \u00e0 c\u0153ur joie. Dans notre monde en bord d\u2019ab\u00eeme.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"xmsonormal\">\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"xmsonormal\" align=\"right\"><i>Toulouse, 11 octobre 2023.<\/i><i>\u00a0<\/i><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"xmsonormal\" style=\"text-align: justify;\">Il y a quatorze ans. Selon FB.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"xmsonormal\">Les souvenirs sont coupants. Comme de lames de couteau. Je me souviens parfaitement de cette soir\u00e9e. Le 10 octobre 2009. \u00a0Il n\u2019a pas quinze ans. Mon petit pianiste. Nous sommes assis dans les premiers rangs. Vue fabuleuse sur la l\u00e9gende. Nous les voyons \u00e0 presque les toucher. Les longues mains noires. Elles ont l\u2019\u00e2ge des notes pas encore jou\u00e9es. Nous la voyons de profil. La fine moustache blanche. La l\u00e9gende du soir a l\u2019\u00e9l\u00e9gance d\u00e9pouill\u00e9e des simples. La tranquille virtuosit\u00e9 des Ma\u00eetres. Le rythme fait la diff\u00e9rence. Le swing sinon rien. Nous sommes englu\u00e9s dans la poisse de ce divorce. Le gamin &amp; moi. Il n\u2019y a pas si longtemps qu\u2019il veut bien me revoir un peu. Mon fils, cet ange bless\u00e9. C\u2019\u00e9tait encore pire que le d\u00e9part de leur m\u00e8re. Pire que la rupture avec l\u2019amour fou de ma jeunesse. Je ne la souhaite \u00e0 personne. Cette brutale d\u00e9fection des enfants. Je n\u2019ai jamais compris comment certaines m\u00e8res font \u00e7a. Convaincre nos m\u00f4mes de partir avec elle. De ne plus voir leur p\u00e8re soudain tomb\u00e9 du pi\u00e9destal. J\u2019en paye sans doute encore le prix. Quinze ans apr\u00e8s. C\u2019est comme si les deux enfants redoublaient, apr\u00e8s la tragique mort de Marie-Pierre, ce moment atroce dans ma vie. Cette d\u00e9cision empoisonn\u00e9e de ne plus me calculer. Il faudrait pourtant bien les laisser en dehors de nos d\u00e9samours. Les gamins n\u00e9s de nos c\u0153urs battant si fort. Ce furent mes chemins pour les retrouver. Le jazz, la <i>corrida<\/i>, le th\u00e9\u00e2tre. J\u2019allais \u00e9crire mes ruses. Mes tentatives d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-4582\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/CharnetChutes.jpg\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"320\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/CharnetChutes.jpg 540w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/CharnetChutes-300x178.jpg 300w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/CharnetChutes-150x89.jpg 150w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/CharnetChutes-366x217.jpg 366w\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" \/><\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"xmsonormal\">C\u2019\u00e9tait donc le jazz. Le soir du 20 octobre 2009.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"xmsonormal\">Mon gosse vibre \u00e0 chaque note. Son cerveau-clavier. Sa joie redouble la mienne. Son \u00e9coute \u00e9lectris\u00e9e. Il y a ce tr\u00e8s vieux pianiste sur la sc\u00e8ne. Et ce fiston hypnotis\u00e9 dans la salle. Il applaudira si fort que la moustache noire lui d\u00e9cochera un sourire. Inoubliable clin d\u2019\u0153il en direction de la rel\u00e8ve. Nous en reparlerons souvent. De ce moment de gr\u00e2ce. C\u2019est comme une b\u00e9n\u00e9diction. Le sourire de Hank Jones. C\u2019est un de ces moments miraculeux o\u00f9 elles naissent. Les vocations pour la vie. La l\u00e9gende n\u2019a plus qu\u2019un an \u00e0 vivre. Premi\u00e8res-derni\u00e8res notes du jazz en personne. Elle avait regard\u00e9 de toutes ses oreilles Art Tatum en 1943. Comme mon m\u00f4me la l\u00e9gende ce soir-l\u00e0. C\u2019\u00e9tait un de ces moments o\u00f9 je ressentais dans toutes mes tripes que je faisais ce putain de job. Mon impossible boulot de p\u00e8re. Je n\u2019avais jamais vu \u00e7a dans la vie. Pas une minute un p\u00e8re. J\u2019improvisais. Reprenant tout \u00e0 z\u00e9ro. Mais je me disais que c\u2019\u00e9tait \u00e7a. La transmission. Que c\u2019est \u00e7a qui m\u2019avait tant manqu\u00e9. Un type qui m\u2019am\u00e8ne voir un g\u00e9nie. Comme Hank Jones au sommet de son art. J\u2019ai repens\u00e9 \u00e0 toutes ces b\u00eatises. Tombant ce matin sur ce souvenir FB. C\u2019est le plus ancien. En date du 11 octobre. Le type que je suis en octobre 2009 \u00e9crit avoir <i>commenc\u00e9, hier-soir, le festival <\/i>Jazz sur son 31 <i>par un merveilleux concert du pianiste Hank Jones en trio. En compagnie de son fils musicien. Joie pour joie. <\/i>C\u2019est un poignard. Cette joie quinze ans apr\u00e8s. Tout est blues. Et fum\u00e9e de fum\u00e9e. \u00c7a ferait un beau titre. <i>Le sourire de Hank Jones<\/i>. Mais ce n\u2019est pas un roman \u00e0 l\u2019eau de rose. Mes proses du pire.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"xmsonormal\" style=\"text-align: justify;\">\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"xmsonormal\" align=\"right\"><i>Toulouse, 12 octobre 2023.<\/i><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"xmsonormal\" style=\"text-align: justify;\">Elles les regardent fascin\u00e9es. Mes insomnies ces documentaires sur Delon.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"xmsonormal\" style=\"text-align: justify;\">Hier-nuit c\u2019\u00e9tait le fameux entretien avec Fr\u00e9d\u00e9ric Tadde\u00ef. Le Gu\u00e9pard face camera pendant une heure \u00e0 <i>Ce soir (ou jamais\u00a0!)<\/i>. Cette nuit c\u2019est <i>Delon, cet inconnu<\/i>. Le documentaire d\u2019Arte. Je connais les r\u00e9ponses par c\u0153ur. Les questions. Je sais quand le Samoura\u00ef va sourire. Ses gestes de la main pour balayer la question. \u00c7a m\u2019a toujours aid\u00e9 \u00e0 tenir. De regarder comme \u00e7a mes rocs. Ils sont l\u00e0 depuis l\u2019enfance. Raimu, Gabin, Ventura, Delon. Quand \u00e7a va vraiment tr\u00e8s mal je retombe sur Delon. Le bel Alain ; le Solitaire du cin\u00e9ma. Il n\u2019est pas d\u2019ici. Moi non plus. Je n\u2019aime que les marginaux. Les intempestifs. Alain Delon dit que c\u2019est un accident. Alain Delon. Que l\u2019acteur a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 sur une orbite. Plus qu\u2019\u00e0 s\u2019y tenir. Il n\u2019y a rien d\u2019autre \u00e0 faire. Que d\u2019y rester. Qu\u2019on est entra\u00een\u00e9 dans cette folie. Et puis d\u2019un seul coup. On vous colle une \u00e9tiquette. Un panneau autour du cou. Et vous \u00eates Delon. Que vous \u00eates oblig\u00e9, du coup, de continuer \u00e0 l\u2019\u00eatre. Oblig\u00e9 de jouer ce personnage. Qu\u2019il faut le rester. Le demeurer. Parce que le public le veut comme \u00e7a. Vous aussi, d\u2019une certaine fa\u00e7on. Que c\u2019est la loi du genre. Ou du spectacle. Il ne sait pas. L\u2019instinct, le flair des fauves. \u00c7a finit par vous d\u00e9passer. Le vertige, parfois. Mais c\u2019est un jeu. Au fond. C\u2019est un jeu terrible. Une partie sans retour. Que c\u2019est plus fort que vous. Plus vite que vous. Mais qu\u2019au fond cette star de grand \u00e9cran, ce demi-dieu au Japon, c\u2019est toujours le petit gar\u00e7on effar\u00e9. Ce gosse adopt\u00e9 qui jouait dans la cour de Fresnes. Qu\u2019il a commenc\u00e9 de jouer l\u00e0. Dans la cour de la prison, \u00e0 Fresnes. Qu\u2019il s\u2019y conna\u00eet depuis sa petite enfance. En gendarme &amp; en voleur ; en flic &amp; en voyou. Qu\u2019il n\u2019a pas interpr\u00e9t\u00e9 pour rien un de mes r\u00f4les pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s. Celui du Gitan dans le film de Jos\u00e9 Giovanni. J\u2019ai douze ans. En 1975. Je pleure longtemps. Dans la salle obscure \u00e0 Nevers. Elle trouve \u00e7a ridicule. Ma m\u00e8re. Delon se souvient encore du son de la salve. Encore dans ses oreilles la salve qui tua Laval le 15 octobre 1945. Il n\u2019a pas de fr\u00e8res dans le fond. Rocco. Qu\u2019il y aura toujours un mur. Un mur entre le monde &amp; Delon. Ils n\u2019ont qu\u2019une fid\u00e9lit\u00e9, les fils surexpos\u00e9s. Leur enfance.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"xmsonormal\">\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"xmsonormal\" align=\"right\"><i>Toulouse, 13 octobre 2023.<\/i><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"xmsonormal\" style=\"text-align: justify;\">Il est douze heures quinze. Depuis plusieurs heures.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"xmsonormal\">Je ne saurai pas dire combien. Combien exactement. J\u2019\u00e9tais de retour dans mon bureau. Apr\u00e8s ce travail, dans des conditions un peu rocambolesques, avec ma nouvelle assistante. Nous avancions sur la brochure. Les ateliers d\u2019Arts &amp; cultures pour la saison 23-24 en premi\u00e8re &amp; seconde ann\u00e9e. Les choses \u00e9taient tr\u00e8s compliqu\u00e9es ces derniers temps. Des probl\u00e8mes institutionnels, mes retards personnels. Je pensais rester travailler l\u2019apr\u00e8s-midi sur le campus. Apr\u00e8s une pause d\u00e9jeuner. Tant qu\u2019\u00e0 griller au soleil par ces plus de 30\u00b0 j\u2019envisageais d\u2019aller grignoter une grillade. Dans un sympathique restaurant pour carnivores, \u00e0 quatre arr\u00eats de bus. J\u2019aime bien sa terrasse. Cette fausse impression d\u2019\u00eatre presque \u00e0 la campagne. J\u2019essayais de mettre un peu d\u2019ordre. Dans le bordel de mes papiers. Je finissais de remplir le dossier de St\u00e9phane Chomienne. Pour son recrutement dans mon \u00e9quipe de vacataires. Je mis, sans m\u00eame m\u2019en rendre compte, la petite fl\u00e8che sur le site du <i>Monde<\/i>. La seconde mort de Samuel Paty. Je m\u2019inqui\u00e9tais justement, ces derniers jours, de l\u2019approche du troisi\u00e8me anniversaire de sa d\u00e9capitation. Encore plus depuis les atrocit\u00e9s du Hamas en Isra\u00ebl et les premiers bombardements sur Gaza pr\u00e9parant la terrible Vengeance. Il fallait que je parle \u00e0 quelqu\u2019un. Absolument. Presque tout le monde \u00e9tait parti manger. Les couloirs \u00e9taient vides. Les bureaux ferm\u00e9s. J\u2019allais voir dans notre salle des profs. Quelques coll\u00e8gues &amp; des vacataires de langues. Je bredouillais la nouvelle. D\u00e9fait. Je ne sais plus tr\u00e8s bien ce que j\u2019ai fait. Franceinfo au bureau. J\u2019ai fini par rentrer. Franceinfo sur la p\u00e9niche en vrac. J\u2019ai mang\u00e9 ce qui me tombait sous la main. Sans m\u00eame m\u2019asseoir. J\u2019ai tent\u00e9 d\u2019attaquer le travail en retard. Impossible de me concentrer. Le Hamas avait fait de ce vendredi 13 une journ\u00e9e noire. Une journ\u00e9e mondiale du Djihad. Il y avait deux autres bless\u00e9s graves. En plus du professeur assassin\u00e9. Franceinfo faisait semblant de parler d\u2019<i>attaque<\/i>. D\u2019<i>attaque au couteau<\/i>. Le jeune terroriste \u00e9tait fich\u00e9 S. Comme d\u2019habitude. Toute sa famille, d\u2019origine tch\u00e9tch\u00e8ne, barbotait dans le fondamentalisme salafiste. Une arnaque de plus au droit d\u2019asile. Des associations s\u2019\u00e9taient bien s\u00fbr oppos\u00e9es \u00e0 l\u2019expulsion de la tribu Mougouchkov en 2014. Le grand fr\u00e8re \u00e0 la prison de la Sant\u00e9, une premi\u00e8re fois pour <i>apologie du terrorisme <\/i>et, la seconde, pour <i>association de malfaiteurs terroristes<\/i>. Jean-Luc M\u00e9lenchonte a du mal, ces derniers temps, \u00e0 prononcer ces mots. Moi non plus. Ledit grand-fr\u00e8re se passait en boucle des vid\u00e9os d\u2019assassinats mis en sc\u00e8ne par Daech. Des chants de guerre dans son t\u00e9l\u00e9phone. <i>Allons-y, \u00e9gorgeons\u00a0!<\/i> Le pantin sans \u00e2me qui nous tient lieu de pr\u00e9sident a fait, dans l\u2019apr\u00e8s-midi, un copier-coller de ses pr\u00e9c\u00e9dents discours sur des attentats semblables. Quasiment les m\u00eames mots m\u00e9caniques qu\u2019apr\u00e8s la d\u00e9capitation de Samuel Paty. Plus tard dans la soir\u00e9e le petit Gabriel, propuls\u00e9 ministre de l\u2019\u00c9ducation nationale, a r\u00e9p\u00e9t\u00e9 que l\u2019\u00c9cole de la R\u00e9publique ne tremblerait pas. Croix de fer &amp; langue de bois. C\u2019est un coll\u00e8gue. L\u2019enseignant poignard\u00e9 \u00e0 mort. Ses \u00e9l\u00e8ves semblaient l\u2019adorer. 57 ans, agr\u00e9g\u00e9 de Lettres, admirateur de Truffaut &amp; Gracq. C\u2019est \u00e0 sangloter de connerie. <i>Mourir en martyr pour le Califat<\/i>.<i>\u00a0<\/i><\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"xmsonormal\" style=\"text-align: center;\"><i><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-4632\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Dominique-Bernard-Samuel-Paty.jpg\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"290\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Dominique-Bernard-Samuel-Paty.jpg 540w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Dominique-Bernard-Samuel-Paty-300x161.jpg 300w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Dominique-Bernard-Samuel-Paty-150x81.jpg 150w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Dominique-Bernard-Samuel-Paty-366x197.jpg 366w\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" \/>\u00a0<\/i><\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"xmsonormal\"><i>Sarabande.<\/i><\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"xmsonormal\">Il est 23 h 30 (d\u2019apr\u00e8s l\u2019ordi). 12 h 15 dans ma t\u00eate morte.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"xmsonormal\" style=\"text-align: justify;\">Je ne sais pas pourquoi ces mots me viennent soudain. <i>Stupeur &amp; tremblements<\/i>. \u00c7a parle. Quelque part dans mon cr\u00e2ne. Ils ne nous l\u00e2cheront plus. Les chiens de l\u2019enfer. Des kibboutz ont \u00e9t\u00e9 transform\u00e9s en autant d\u2019Oradour. Samedi dernier, en Isra\u00ebl. Le pire met ses bottes de sept bombes. <i>Horror, horror, horror<\/i>. Elle n\u2019est pas pour demain la veille. L\u2019aurore. Nous avons gagn\u00e9 malgr\u00e9 nous ce billet \u00e0 la tombola. Ce billet sans retour pour un voyage au bout de la nuit. J\u2019ai voulu t\u00e9l\u00e9phoner \u00e0 ma m\u00e8re bien s\u00fbr&#8230; \u00c0 midi quinze au bureau&#8230; <i>Tu as vu Maman\u2026 Ce professeur \u00e0 Arras\u2026 C\u2019est un affreux\u2026 Un professeur de Lettres, comme moi\u2026 <\/i>J\u2019ai presque entendu sa voix\u2026 Sa fa\u00e7on, dans ces cas-l\u00e0, de dire <i>Mon Grand<\/i>\u2026 C\u2019est presque impensable\u2026 Dans des circonstances pareilles\u2026 Qu\u2019ils ne cherchent m\u00eame pas \u00e0 parler \u00e0 leur p\u00e8re\u2026 Les deux enfants\u2026 Ils sont partis tr\u00e8s loin\u2026 Du c\u00f4t\u00e9 noir de la filiation\u2026 Ils sont peut-\u00eatre emport\u00e9s dans la grande d\u00e9r\u00e9gulation du monde\u2026 Cette macabre sarabande qui va tous nous embringuer dans son orbite aberrante&#8230; Tout devient de plus en plus m\u00e9connaissable\u2026 Ma France, ma vie\u2026 Elles ne s\u2019envolent plus des l\u00e8vres d\u2019\u00c9luard\u2026 Les colombes\u2026 C\u2019\u00e9tait une si belle chanson de Jean Ferrat\u2026 \u00ab\u00a0Ma France\u00a0\u00bb\u2026 Il s\u2019appelle Dominique Bernard\u2026 Le Samuel Paty d\u2019Arras\u2026 Elle est plus loin que l\u2019Inde et que la Chine\u2026\u00a0Aujourd\u2019hui ma France\u2026<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Toulouse, 03 octobre 2023. Retourner \u00e0 Pasolini. Je suis un homme ancien, qui a lu les classiques, qui a r\u00e9colt\u00e9 les raisins dans la vigne, qui a contempl\u00e9 le lever et le coucher du soleil sur les champs. Je ne sais donc pas quoi faire d\u2019un monde cr\u00e9\u00e9 par la violence, par la n\u00e9cessit\u00e9 de la production et de la consommation. Je d\u00e9teste tout de ce monde\u00a0: la pr\u00e9cipitation, le bruit, la vulgarit\u00e9, l\u2019arrivisme\u2026 Je suis un homme qui pr\u00e9f\u00e8re perdre plut\u00f4t que de gagner par des mani\u00e8res d\u00e9loyales et impitoyables. Et la beaut\u00e9 c\u2019est que j\u2019ai l\u2019effronterie de d\u00e9fendre cette culpabilit\u00e9, de la consid\u00e9rer comme une vertu.\u00a0 \u00a0 Toulouse, 04 octobre 2023. Il va donc falloir vivre avec \u00e7a. L\u2019\u00e9preuve de l\u2019impensable comme en plus. Ce furent, ce matin, les premi\u00e8res images. Entre dormir &amp; r\u00e9veil. Elles m\u2019\u00e9taient tomb\u00e9es dessus la veille. Au moment de tomber de sommeil. Je trompe souvent l\u2019angoisse du coucher en surfant une derni\u00e8re fois sur Internet. Une derni\u00e8re fois apr\u00e8s la derni\u00e8re. Je suis allong\u00e9. Dans le petit lit \u00e0 une place. La possession me prend. Mon cercueil pr\u00e9paratoire. Je suis dans le noir. La lumi\u00e8re blafarde de l\u2019\u00e9cran. Je m\u2019use les yeux. Petite ruse en cachette de personne. Et soudain c\u2019est lui. Sur cette video. Il joue du piano. Dans une salle du mus\u00e9e Gr\u00e9vin. Il y a des bougies partout. Tout autour du grand piano noir. Il improvise sur des musiques du chanteur Christophe. Avec ces mouvements de la t\u00eate &amp; du torse que je connais par corps. La performance date d\u2019il y a une bonne dizaine de jours. L\u2019avalanche de compliments sous ce post ; un commentaire \u00e9logieux de sa s\u0153ur. Ils ont vraiment fait une croix sur moi. P\u00e8re ratur\u00e9, page arrach\u00e9e. J\u2019ai du mal \u00e0 le croire. Et pourtant. Il y a de la col\u00e8re. Dans la fa\u00e7on de me lever. Je m\u2019extirpe du lit. Pour \u00e9chapper au retour de ces maudites images. Elles me font trop mal. L\u2019abandon, la blessure. C\u2019\u00e9tait ma hantise. Avant le 21 juillet dernier. Un jour je ne verrai plus ce qu\u2019ils font. Mes deux enfants. Un jour je n\u2019assisterai plus aux concerts de mon fils. Aux repr\u00e9sentations de ma fille. Je serai six pieds sous terre. Un peu de cendre dans une urne. Je ne pourrai plus rien savoir. Des grands moments de leur carri\u00e8re. C\u2019\u00e9tait \u00e7a qui me faisait de la peine. En pensant \u00e0 mon passage de vie \u00e0 tr\u00e9pas. C\u2019est comme s\u2019ils avaient fait rentrer la mort. En avance dans les ar\u00e8nes du Temps. C\u2019est comme s\u2019ils avaient ouvert la porte de ce toril. Pour lib\u00e9rer beaucoup plus t\u00f4t que pr\u00e9vu ce monstre destin\u00e9 \u00e0 m\u2019encorner brutalement. Tellement abracadabranque. Il y a une autre photo. Le petit pianiste disque d\u2019or pour son travail sur les deux derniers albums du chanteur des Paradis perdus. D\u2019\u00eatre soudain priv\u00e9 de ces joies me para\u00eet encore plus injuste que d\u00e9chirant. Une telle annulation de mon adoration. Il savait combien j\u2019aimais \u00eatre \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s dans ces cas-l\u00e0. Dans la salle, dans les loges. Je prenais un train. Un h\u00f4tel. Je venais. Pareil pour les pi\u00e8ces de sa s\u0153ur. Je ne leur ai jamais manqu\u00e9. Pas une fois. Je les invitais. Bien s\u00fbr au restaurant. Ce renversement est tellement incompr\u00e9hensible. Tellement abracadabranque. Je mettrai longtemps \u00e0 les chasser de mes yeux. Ces fichues images. Je m\u2019attardais plus que de coutume au bureau du professeur Charnet. Jusqu\u2019\u00e0 presque huit heures du soir. J\u2019essayerai de tuer ma peine. En travaillant. C\u2019est fait pour \u00e7a. Les r\u00e9unions, les courriels, les rendez-vous. Je tombe de sommeil. En \u00e9crivant ces lignes. Il est bient\u00f4t 23 heures. Je vais aller me coucher. M\u2019abrutir dans le noir de la petite chambre. J\u2019\u00e9couterai des conneries \u00e0 la radio. Bruit de fond jusqu\u2019\u00e0 dormir. Je suis comme tous les innocents. Dans une incr\u00e9dulit\u00e9 stup\u00e9faite. Je ne sais toujours pas ce que j\u2019ai fait. Pour m\u00e9riter \u00e7a. J\u2019aurai pass\u00e9 mon existence \u00e0 me sentir coupable de crimes imaginaires. De fautes fantasm\u00e9es. Et puis voil\u00e0 que c\u2019est la premi\u00e8re d\u00e9cision d\u2019adulte prise par ces deux enfants. Ma condamnation \u00e0 mort. C\u2019est la peine capitale. Plus de p\u00e8re. C\u2019est l\u2019inculpation maximum. Le bannissement. Tous les mots ne veulent plus rien dire. De la charpie de charabia. Je ferai mieux d\u2019aller pioncer. Dans une h\u00e9b\u00e9tude abattue. Je me sens comme un dissident arbitrairement arr\u00eat\u00e9 par la police d\u2019un \u00e9tat totalitaire. Et d\u00e9port\u00e9 dans l\u2019Oubli comme dans la premi\u00e8re Sib\u00e9rie venue. \u00c7a n\u2019a ni queue ni t\u00eate. D\u00e9cid\u00e9ment la vie. Ils disent sur Franceinfo que c\u2019est une v\u00e9ritable soir\u00e9e de cauchemar pour le PSG. Battu 4 &#8211; 1 sur la pelouse de Newcastle. Il n\u2019a m\u00eame pas marqu\u00e9 un but de tout le match. Mbapp\u00e9, soudain, m\u00e9connaissable. J\u2019ai longtemps pens\u00e9 que c\u2019est ce qu\u2019il y avait eu de pire. L\u2019enfance sans p\u00e8re. Mais il y aura donc mieux dans le pire. La vieillesse sans les enfants. Il y a des soirs o\u00f9 je ne peux plus la voir en peinture. Mon existence \u00e9chelonn\u00e9e le long des dates. Des soirs \u00e0 d\u00e9chirer toutes les putains de pages de mon album \u00e0 rebours. L\u2019abandon est une catapulte. Me voici brutalement propuls\u00e9 de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la bordure. C\u2019est une am\u00e8re patrie. L\u2019exil \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de soi. J\u2019habite l\u2019absence. Ce pays sans pays. La cr\u00e9celle des formules me pr\u00e9c\u00e8de \u00e0 chaque pas. Comme un pestif\u00e9r\u00e9 dans les rues de ma m\u00e9lancolie. &nbsp; Toulouse, 05 octobre 2023.\u00a0 Les livres qui savent o\u00f9 ils vont n\u2019arrivent nulle part. Rien de plus aveugl\u00e9 que mes proses du p\u00e8re. \u00a0 Eymet, 06 octobre 2023. Je suis venu me r\u00e9fugier pendant quelques jours. Dans la maison d\u2019Eug\u00e9nie. Elle ne se refermera plus. Cette blessure. Le blues m\u2019accompagne partout depuis le 21 juillet. Comme une sonorit\u00e9 bleue qui proviendrait des murs. La cicatrisation ne se fait pas. Dans ce Journal balafr\u00e9. Un jour vient toujours qu\u2019elle n\u2019est plus qu\u2019une br\u00fblure. La chair de notre existence \u00e0 vif. 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Ce qui reste&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":4577,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[9,2],"tags":[2214,2212,487],"class_list":["post-4630","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-creation","category-une","tag-charnet-chansons","tag-charnet-journal","tag-yves-charnet"],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4630","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4630"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4630\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4635,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4630\/revisions\/4635"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4577"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4630"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4630"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4630"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}