{"id":4673,"date":"2023-12-03T11:41:33","date_gmt":"2023-12-03T10:41:33","guid":{"rendered":"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=4673"},"modified":"2023-12-03T17:14:57","modified_gmt":"2023-12-03T16:14:57","slug":"chronique-autrices-ces-grandes-effacees-de-lhistoire-tome-2-xviiie-xixe-par-marie-josee-desvignes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2023\/12\/03\/chronique-autrices-ces-grandes-effacees-de-lhistoire-tome-2-xviiie-xixe-par-marie-josee-desvignes\/","title":{"rendered":"[Chronique] AUTRICES, CES GRANDES EFFAC\u00c9ES DE L&rsquo;HISTOIRE, TOME 2 \u2013 XVIIIe-XIXe, par Marie-Jos\u00e9e Desvignes"},"content":{"rendered":"<p class=\"information\"><b><i>AUTRICES, CES GRANDES EFFAC\u00c9ES DE L&rsquo;HISTOIRE, <\/i>TOME 2 \u2013 XVIIIe-XIXe<\/b>, textes choisis et pr\u00e9sent\u00e9s par Daphn\u00e9 Ticrizenis, \u00e9ditions Hors d&rsquo;Atteinte, automne 2023, 416 pages, 27 \u20ac, ISBN\u00a0: 978-2-38257-113-2.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\"><i>\u00ab\u00a0J&rsquo;ai la conviction que les autrices d&rsquo;aujourd&rsquo;hui ne pourront conserver de mani\u00e8re p\u00e9renne leur position dans le domaine des lettres que si nous r\u00e9habilitons les autrices d&rsquo;hier\u00a0\u00bb<\/i>, \u00e9crit Daphn\u00e9 Ticrizenis dans son Introduction \u00e0 ce second tome (XVIIIe et du XIXe si\u00e8cle) d\u00e9di\u00e9 aux autrices\u00a0 effac\u00e9es de l&rsquo;Histoire de la litt\u00e9rature, laquelle est enseign\u00e9e, aujourd&rsquo;hui encore, depuis la place des hommes les plus c\u00e9l\u00e8bres et les plus v\u00e9n\u00e9r\u00e9s tels Victor Hugo, Baudelaire, etc.<\/p>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;effacement progressif de l&rsquo;existence de ces femmes qui ont fait la litt\u00e9rature, est d\u00fb, d\u2019abord, \u00e0 la disparition du terme \u00ab\u00a0Autrice\u00a0\u00bb d\u00e8s les premiers dictionnaires de l&rsquo;Acad\u00e9mie fran\u00e7aise en 1635, alors qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait impos\u00e9 au Moyen Age, dans tous les genres et\u00a0 les th\u00e8mes\u00a0; ensuite, parce que les premi\u00e8res critiques de textes, \u00e9taient r\u00e9dig\u00e9es, \u00e0 partir du XVIIIe si\u00e8cle, par des hommes \u2013 ces derniers consid\u00e9rant que les femmes devaient s&rsquo;en tenir \u00e0 leur r\u00f4le de m\u00e8re et d&rsquo;\u00e9pouse, qualifiant les comportements des autrices de d\u00e9bauch\u00e9s ou \u00e0 l&rsquo;inverse de prudes, minimisant leur r\u00f4le, les enfermant au mieux dans des genres intimes de l&rsquo;\u00e9criture de soi ou de la Correspondance.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p class=\"Standard\" align=\"center\"><span style=\"background-color: #ff0000; color: #ffffff;\"><b>Redonner une place aux femmes de lettres<\/b><\/span><\/p>\n<p class=\"Standard\" align=\"right\"><i>\u00ab Ce r\u00e9cit lacunaire o\u00f9 la moiti\u00e9 de l\u2019humanit\u00e9 n\u2019a pas sa place,<br \/>\na \u00e9t\u00e9 perp\u00e9tr\u00e9 de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration. \u00bb<\/i><\/p>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\">\u00c9crire, rappeler l\u2019h\u00e9ritage que nous devons aujourd\u2019hui \u00e0 celles d\u2019hier est n\u00e9cessaire pour faire conna\u00eetre, en premier lieu, leur courage et leur r\u00e9sistance pour s\u2019imposer et faire reconna\u00eetre le r\u00f4le des femmes, leur parole dans la cit\u00e9, aujourd\u2019hui encore et pas seulement dans les pays o\u00f9 elle leur est encore d\u00e9ni\u00e9e. Le prix Nobel attribu\u00e9 \u00e0 Annie Ernaux en 2022 a permis d\u2019honorer la place des femmes dans la Litt\u00e9rature et on n\u2019oublie pas combien ce prix a cependant suscit\u00e9 de r\u00e9actions n\u00e9gatives.<\/p>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\">Redonner une place aux femmes de lettres commence par \u00e9tablir une chronologie de leur existence et de la puissance de leur voix.<\/p>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\">Pas question de r\u00e9duire l\u2019\u00e9criture des femmes \u00e0 une essence f\u00e9minine, les textes recens\u00e9s dans ce second tome, propose, comme dans le premier, un parcours tr\u00e8s diversifi\u00e9 et soigneusement choisi (malgr\u00e9 la difficult\u00e9 \u00e0 faire des choix) qui r\u00e9v\u00e8le non <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-4677\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Autrices2.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"330\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Autrices2.jpg 220w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Autrices2-200x300.jpg 200w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Autrices2-100x150.jpg 100w\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/>seulement des \u00e9critures mais des id\u00e9es, des convictions, des engagements de femmes sur le territoire de la France m\u00e9tropolitaine vers d\u2019autres r\u00e9gions et pays francophones. L\u2019autrice d\u00e9plore cependant avoir trouv\u00e9 insuffisamment d\u2019archives pour nourrir ce Tome 2, promettant un Tome 3, \u00e0 venir, plus riche et bien s\u00fbr forc\u00e9ment de nouveau non exhaustif au vu des quelques centaines de femmes qui ont \u00e9crit, choix frustrants et pourtant plac\u00e9s sous l\u2019\u00e9gide d\u2019historien.nes de ces derni\u00e8res d\u00e9cennies.<\/p>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\">Le XVIIIe si\u00e8cle, celui des Lumi\u00e8res, celui qu\u2019on admire tant nous demeure aussi, h\u00e9las, et il faut le rappeler, celui de la diff\u00e9renciation des genres, et son corollaire : les pr\u00e9jug\u00e9s sur les deux sexes \u00ab <i>soi-disant justifi\u00e9s par la\u00a0biologie<\/i> \u00bb ainsi que l\u2019\u00e9viction des femmes dans l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9ducation, celles-ci \u00e9tant pr\u00e9tendument par nature ignorantes. \u00ab <i>En bref, elle [la biologie] permet d\u2019expliquer \u00ab scientifiquement \u00bb la domination des hommes sur les femmes <\/i>\u00bb.<\/p>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\">Le choix donc pour ce tome 2 s\u2019est port\u00e9 sur les nombreux essais autour de la condition des femmes, celles-ci, <i>\u00ab \u00e0 l\u2019approche de la R\u00e9volution, revendiqu[ant] publiquement leur participation au domaine des lettres et lors de l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre tous les citoyens, participent activement \u00e0 la vie politique et r\u00e9clament leur part \u00bb<\/i>, Olympe de Gouges, la plus connue, n\u2019est pas en cela la seule repr\u00e9sentante.<\/p>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\">Compos\u00e9 de deux parties, l\u2019une pour le XVIIIe et l\u2019autre pour le XIXe si\u00e8cle, chacune examinant une progression depuis l\u2019esprit des Lumi\u00e8res de ces femmes du XVIIIe, engag\u00e9es \u00e0 d\u00e9fendre le droit \u00e0 l\u2019\u00e9ducation, \u00e0 donner voix aux femmes, elles aussi actrices de la R\u00e9volution, jusqu\u2019\u00e0 leur pers\u00e9v\u00e9rance le si\u00e8cle suivant dans le domaine de la litt\u00e9rature et des id\u00e9es, romans, th\u00e9\u00e2tre, \u00e9criture du voyage, m\u00e9moires, id\u00e9es engag\u00e9es, po\u00e9sie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p class=\"Standard\" align=\"center\"><span style=\"background-color: #ff0000; color: #ffffff;\"><b>Femmes des Lumi\u00e8res<\/b><\/span><\/p>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\">On lira avec d\u00e9lectation de longs passages de leurs \u00e9crits, r\u00e9flexions, correspondances, romans, po\u00e8mes. On y retrouvera ce r\u00f4le de la correspondance aux XVIIIe qui a permis aux femmes d\u2019\u00e9changer leurs r\u00e9flexions et de participer \u00e0 des d\u00e9bats sur l\u2019\u00e9ducation, la condition des femmes ou la religion. On apprendra par ce texte \u00e9crit par Henriette de Marans, que celle-ci brava \u00ab<i> un d\u00e9cret royal mena\u00e7ant d\u2019ex\u00e9cution tout auteur ou imprimeur d\u2019ouvrages oppos\u00e9s \u00e0 la religion \u00bb<\/i>, d\u00e9fiant par l\u00e0-m\u00eame quiconque continuerait \u00e0 dire que toutes les femmes sont des d\u00e9votes ou, par cette lettre de Louise d\u2019\u00c9pinay \u2013 dont les id\u00e9es n\u2019\u00e9taient pas seulement consult\u00e9es mais reprises, \u00e0 propos d\u2019un essai misogyne de l\u2019abb\u00e9 Thomas, combien les id\u00e9es re\u00e7ues sur les femmes sont surfaites et fausses et ces id\u00e9es fabriqu\u00e9es davantage par l\u2019\u00e9ducation re\u00e7ue que par la nature.<\/p>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\">On prendra connaissance de ce texte, publi\u00e9 en 1749 par Anne Marie du Bocage, intitul\u00e9 <i>Les Amazones,<\/i> une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre classique dans l\u2019esprit des Lumi\u00e8res, dans laquelle \u00ab <i>pour emp\u00eacher toute domination masculine des lois de la soci\u00e9t\u00e9, des Amazones interdisent le mariage et l\u2019Amour<\/i>. \u00bb<\/p>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\">Fanny de Beauharnais, quant \u00e0 elle, excella dans un genre mis \u00e0 la mode par Voltaire et incontournable du XVIIIe si\u00e8cle, le conte philosophique. Tout comme dans son Ep\u00eetre aux hommes, \u00ab elle d\u00e9nonce avec sarcasme le sexe raisonneur qui se croit le ma\u00eetre \u00bb, moquant sur le ton faussement l\u00e9ger et de la d\u00e9rision, la tyrannie des hommes.<\/p>\n<div>\n<p class=\"Standard\" align=\"center\">\u00ab <i>Sexe qui vous croyez les ma\u00eetres,<br \/>\n<\/i><i>Soyez au moins digne de l\u2019\u00eatre ;<br \/>\n<\/i><i>Justifiez votre fiert\u00e9,<br \/>\n<\/i><i>Et puis ce sera votre affaire,<br \/>\n<\/i><i>Quand vous l\u2019aurez bien m\u00e9rit\u00e9,<br \/>\n<\/i><i>De vous surpasser pour nous plaire. <\/i>\u00bb<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\">Elle est \u00e9galement l\u2019autrice d\u2019un conte philosophique dans lequel de vieux messieurs marchent \u00e0 quatre pattes depuis qu\u2019ils ont commenc\u00e9 \u00e0 m\u00e9priser les femmes.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"Standard\">On d\u00e9couvrira que Constance Pipelet, que l\u2019on conna\u00eet surtout pour son <i>Vingt-quatre heures d\u2019une femme sensible<\/i> sous le nom de Constance de Salm (nom de son second mari), est l\u2019autrice d\u2019une satire, (<i>Ep\u00eetre aux femmes<\/i>) genre r\u00e9serv\u00e9 aux hommes car dit inconvenant pour les femmes, qui en reprend les codes pour ridiculiser ces derniers, <i>\u00ab avec virulence, soulignant notamment leur manque de virilit\u00e9 pour les blesser \u00bb.<\/i><\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"Standard\">Cette anthologie rend gr\u00e2ce \u00e0 des noms moins connus auxquelles cependant nous devons encore beaucoup. Parmi elles, beaucoup<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-4679\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Madame_Roland_-_musee_Lambinet.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"250\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Madame_Roland_-_musee_Lambinet.jpg 220w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Madame_Roland_-_musee_Lambinet-132x150.jpg 132w\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/> de f\u00e9ministes, com\u00e9diennes, femmes libres, courageuses, qui osent, prennent des risques non seulement en \u00e9crivant mais en bravant parfois les interdits, engag\u00e9es politiquement durant la R\u00e9volution comme Th\u00e9roigne de Mericourt au destin tragique qui <i>\u00ab paiera cher sa libert\u00e9 et ses prises de position \u00bb<\/i>.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"Standard\">Manon Roland, femme politique et de lettres, figure c\u00e9l\u00e8bre de la R\u00e9volution, v\u00e9n\u00e9r\u00e9e par Chateaubriand et Stendhal <i>\u00ab victime tragique de la R\u00e9volution, dont la l\u00e9gende dit qu\u2019elle aurait prononc\u00e9 cette phrase avant de monter sur l\u2019\u00e9chafaud : \u00d4 libert\u00e9, que de crimes on commet en ton nom ! \u00bb<\/i> est la premi\u00e8re \u00e0 s\u2019\u00eatre essay\u00e9e au genre des M\u00e9moires et nous laisse un manuscrit \u00e0 la crois\u00e9e de l\u2019intime et de l\u2019Histoire, qu\u2019elle a r\u00e9dig\u00e9 en quelques semaines.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"Standard\">Il est tout de m\u00eame naturel et l\u00e9gitime de voir les femmes se d\u00e9fendre, face aux privations de libert\u00e9s grandissantes depuis le Code civil de Napol\u00e9on en 1804. C\u2019est par exemple en r\u00e9action au projet du r\u00e9volutionnaire Sylvain Mar\u00e9chal qui sugg\u00e8re de d\u00e9fendre aux femmes le droit d\u2019apprendre \u00e0 lire, qu\u2019une jeune femme de trente ans, Fanny Raoul \u00e9crira <i>Opinion d\u2019une femme sur les femmes<\/i>, \u0153uvre que l\u2019historienne contemporaine, Genevi\u00e8ve Fraisse republie en 1989.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"Standard\">Ne pas oublier non plus, l\u2019engagement important des femmes dans les r\u00e9voltes r\u00e9volutionnaires pour combattre les privil\u00e8ges, les luttes collectives pour la libert\u00e9 de culte et de la presse et les nombreux t\u00e9moignages qui nous restent de leurs revendications (<i>Requ\u00eate des dames \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale, Projet de d\u00e9cret<\/i>, 1789). En t\u00e9moigne cet \u00e9v\u00e9nement qui a marqu\u00e9 l\u2019Histoire de la R\u00e9volution de 1789 avec la marche de 7000 femmes sur Versailles d\u2019octobre 1789, pour r\u00e9clamer du pain, des armes et des munitions, leur participation \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e qui influence les d\u00e9bats o\u00f9 elles d\u00e9fendent de nombreux projets et propositions de d\u00e9crets. Rapidement, de tr\u00e8s nombreux salons voient le jour dans lesquels elles d\u00e9lib\u00e8rent et votent leur orientation politique. Mais en 1793, les clubs f\u00e9ministes sont interdits, les femmes exclues de l\u2019arm\u00e9e (dans laquelle elles s\u2019\u00e9taient engag\u00e9es volontairement), la Terreur s\u2019installe.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-4680\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Femmes_guillotine.jpg\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"370\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Femmes_guillotine.jpg 540w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Femmes_guillotine-300x206.jpg 300w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Femmes_guillotine-150x103.jpg 150w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Femmes_guillotine-366x251.jpg 366w\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" \/><\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"Standard\">Mais, \u00ab L\u2019histoire des luttes f\u00e9ministes modernes d\u00e9bute ainsi. \u00c0 partir de 1793, plusieurs lois visent \u00e0 faire taire celles qui donnent de la voix : les clubs f\u00e9minins sont interdits, la pr\u00e9sence des femmes refus\u00e9e \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e. Les lois tyranniques se multiplient et atteignent leur apog\u00e9e avec la promulgation du Code civil en 1804 \u00bb, dont certains articles jusque dans la moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, r\u00e9duisent la femme \u00e0 une propri\u00e9t\u00e9 de son mari, lequel d\u00e9cide si elle a le droit ou non de travailler, si elle peut se pr\u00e9senter \u00e0 des examens, ouvrir un compte en banque, ou avoir le droit de se faire soigner ; quant \u00e0 l\u2019article 324 du Code P\u00e9nal, \u00ab<i> de loin le plus inf\u00e2me, [il] excuse le f\u00e9minicide en cas de flagrant d\u00e9lit d\u2019adult\u00e8re <\/i>\u00bb jusqu\u2019en 1975.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"Standard\">Chass\u00e9es de l\u2019espace public, les femmes sont somm\u00e9es de rester chez elles, le Code civil de 1804 les r\u00e9duit \u00e0 des servantes de leurs \u00e9poux et contribue \u00e0 les priver de libert\u00e9s.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"Standard\"><i>\u00ab Elles n\u2019auront jamais eu acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits proclam\u00e9e ; et les quelques acquis qu\u2019elles aient obtenus, comme l\u2019\u00e9galit\u00e9 dans l\u2019h\u00e9ritage, le droit au divorce, le droit de recherche en paternit\u00e9 et l\u2019abolition de l\u2019autorit\u00e9 paternelle leur sont progressivement retir\u00e9s et dans une escalade qui aboutit au premier Code civil. Ce monument du patriarcat est promulgu\u00e9 en 1804\u2026 \u00bb<\/i><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-4683\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/CodeNapoleon_Femmes.jpg\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"400\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/CodeNapoleon_Femmes.jpg 540w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/CodeNapoleon_Femmes-300x222.jpg 300w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/CodeNapoleon_Femmes-150x111.jpg 150w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/CodeNapoleon_Femmes-366x271.jpg 366w\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" \/><\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\">C\u2019est aussi dans le m\u00eame temps, que s\u2019\u00e9tablira la r\u00e9volte des esclaves, dans les colonies, qui conduira Ha\u00efti \u00e0 son Ind\u00e9pendance, en 1804. Et c\u2019est \u00e0 Marie-Th\u00e9r\u00e8se Lucidor Corbin qu\u2019on doit ce <i>Discours de la citoyenne Lucidor Corbin<\/i>, prononc\u00e9 par elle-m\u00eame au temple de la raison :<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"Standard\"><i>\u00ab Peuples Fran\u00e7ais, le grand jour est arriv\u00e9, le talisman de la f\u00e9odalit\u00e9 est enfin bris\u00e9. La libert\u00e9, l\u2019\u00e9galit\u00e9, r\u00e8gnent sur notre h\u00e9misph\u00e8re, toutes nos peines sont termin\u00e9es, le pr\u00e9cieux d\u00e9cret rendu par nos l\u00e9gislateurs nous met \u00e9gaux \u00e0 tous les autres hommes\u2026 \u00bb<\/i><\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"Standard\">On doit aussi \u00e0 Gabrielle-Suzanne Villeneuve (autrice d\u2019une premi\u00e8re version de la Belle et la B\u00eate en 1740) une critique de l\u2019institution du mariage dans laquelle les femmes sont impuissantes et oblig\u00e9es de se soumettre \u00e0 la tyrannie des p\u00e8res, conte que Jeanne Marie LePrince de Beaumont a rendu c\u00e9l\u00e8bre, en lui donnant une morale plus conservatrice.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"Standard\">En ce sens l\u2019h\u00e9ritage de ces autrices nous est pr\u00e9cieux tant dans leurs luttes pour s\u2019imposer par leurs \u00e9crits, que par leur courage et leur engagement.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"Standard\">En ce XVIIIe si\u00e8cle, o\u00f9 tous les genres se d\u00e9ploient, les femmes s\u2019emparent du roman. C\u2019est le cas de Mme de Tencin, intellectuelle influente en politique et dans la finance, qui n\u2019avait pas besoin de devenir une femme de lettres pour \u00ab d\u00e9fier les hommes sur leur terrain \u00bb, d\u2019abord publi\u00e9e anonymement, elle sera diffus\u00e9e dans toute l\u2019Europe et traduite en plusieurs langues, r\u00e9imprim\u00e9e jusqu\u2019au d\u00e9but du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\">M\u00ealant \u00e9pistolaire et exotisme, les romans de ces autrices que furent Mme de Graffigny, Marie-Jeanne Riccoboni, Isabelle de Charri\u00e8re, explorent les sentiments et la relation conjugale, et annoncent le romantisme du si\u00e8cle suivant. \u00ab Le XVIIIe si\u00e8cle correspond au triomphe de la sensibilit\u00e9 et du \u00ab Cogito sensible \u00ab (Je sens donc je suis \u00bb) pr\u00f4n\u00e9 par Rousseau. \u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p class=\"Standard\" align=\"center\"><span style=\"background-color: #ff0000; color: #ffffff;\"><b>Autrices du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle<\/b><\/span><\/p>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\">On conna\u00eet heureusement encore quelques noms c\u00e9l\u00e8bres : Germaine de Sta\u00ebl, grande intellectuelle, autrice d\u2019ouvrages de politique, de philosophie, d\u2019histoire et de litt\u00e9rature, Mme de S\u00e9gur, figure de la litt\u00e9rature jeunesse, en particulier pour les jeunes filles, Flora Tristan, ou Mme de Duras, George Sand et parmi les po\u00e9tesses : Louise Michel, Ren\u00e9e Vivien, Anne de Noailles, Marceline Desbordes-Valmore, Louise Colet. Et selon, la chercheuse Christine Plant\u00e9, ce si\u00e8cle tr\u00e8s misogyne pour les autrices, l\u2019est encore plus pour les po\u00e9tesses.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"Standard\">En ce XIXe qui est cependant le si\u00e8cle \u00ab du f\u00e9minisme et des perspectives de progr\u00e8s \u00bb, aucune d\u2019entre elles n\u2019est reconnue <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-4686\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Fraisse_Perrot_19e.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"335\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Fraisse_Perrot_19e.jpg 220w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Fraisse_Perrot_19e-197x300.jpg 197w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Fraisse_Perrot_19e-99x150.jpg 99w\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/>comme chef de file d\u2019un mouvement : \u00ab La rupture op\u00e9r\u00e9e au tournant du si\u00e8cle est aussi l\u2019acte qui fonde l\u2019exclusion des femmes de la vie de la cit\u00e9, exclusion autrement plus radicale que celle de la f\u00e9odalit\u00e9 \u00bb (Genevi\u00e8ve Fraisse et Michelle Perrot, <i>Histoire des femmes en Occident<\/i>, tome 4).<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"Standard\">Qui conna\u00eet ou lit encore aujourd\u2019hui l\u2019\u00e9rudite Judith Gautier, \u00e9pouse de Catulle Mend\u00e8s, pourtant tr\u00e8s c\u00e9l\u00e8bre en son temps, prix F\u00e9mina 1904 (un prix qui comptabilise aujourd\u2019hui \u00e0 peine plus de 37 % de laur\u00e9ates, soit dit en passant), premi\u00e8re femme membre du jury de l\u2019Acad\u00e9mie Goncourt en 1910, ou la feuilletoniste Marie-Louise Gagneur, reconnue pourtant de son temps, autrice de romans populaires sur la mis\u00e8re sociale, et la condition ouvri\u00e8re ? C\u2019est pourtant en 2019 qu\u2019un de ses romans verra de nouveau le jour.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"Standard\">Parmi les femmes qui ont pris un pseudonyme d\u2019homme comme George Sand (qui a plut\u00f4t f\u00e9minis\u00e9 le pr\u00e9nom Georges en lui \u00f4tant son \u00ab s \u00bb final) il y a Marie d\u2019Agoult \/ Daniel Stern mais aussi Victoire L\u00e9odile B\u00e9ra \/ Andr\u00e9 L\u00e9o qui utilise la fiction pour questionner la condition des plus pauvres et l\u2019\u00e9mancipation des femmes, qui fonde la Soci\u00e9t\u00e9 pour la revendication des droits des femmes, premi\u00e8re association de ce type, en 1869. Elle \u00e9crit en 1871 : \u00ab Croit-on pouvoir faire la R\u00e9volution sans les femmes ? Voil\u00e0 vingt-quatre ans qu\u2019on essaie et qu\u2019on n\u2019en vient pas \u00e0 bout. \u00bb Et quid de Georges de Peyrebrune qui a publi\u00e9 plus de trente romans dans le courant r\u00e9aliste et naturaliste, sans doute les plus consid\u00e9r\u00e9s par la post\u00e9rit\u00e9, mais dont l\u2019effacement aujourd\u2019hui est effectif ; ou encore Rachilde qui avait obtenu un accord de la pr\u00e9fecture pour s\u2019habiller en homme, \u00ab appel\u00e9e Mademoiselle Baudelaire \u00bb ou \u00ab Reine des d\u00e9cadents \u00bb, romanci\u00e8re scandaleuse qui refusa l\u2019appellation de \u00ab femmes de lettres \u00bb, revendiquant son androgynie.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"Standard\">Parmi les \u00ab femmes de th\u00e9\u00e2tre \u00bb, genre consid\u00e9r\u00e9 comme inconvenant pour les femmes, on compte Delphine de Girardin qui s\u2019emploie \u00e0 faire l\u2019apologie de la libert\u00e9 d\u2019expression, et dont les pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre furent d\u2019abord encens\u00e9es par la critique puis censur\u00e9es au pr\u00e9texte que les personnages \u00e9taient violents, reconnue par Victor Hugo ou Marceline Desbordes-Valmore qui lui rendirent hommage \u00e0 sa mort. Virginie Ancelot, autrice de vingt-cinq pi\u00e8ces, attaqu\u00e9e par la presse qui la traite de virago, se consacra \u00e0 l\u2019\u00e9criture de romans, ses personnages f\u00e9minins \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s comme \u00e9tant au plus pr\u00e8s de leur v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"Standard\">Com\u00e9dienne et autrice de plus de trente pi\u00e8ces, C\u00e9leste de Chabrillan dite C\u00e9leste Mogador d\u00e9non\u00e7a les conditions de vie des prostitu\u00e9es et leur mis\u00e8re ; elle sera d\u2019abord consid\u00e9r\u00e9e comme immorale par la critique d\u00e9cha\u00een\u00e9e et malgr\u00e9 le succ\u00e8s de ses pi\u00e8ces repr\u00e9sent\u00e9es durant pr\u00e8s de trente ans qui interrogent la condition des femmes, leur \u00e9ducation, l\u2019incons\u00e9quence des maris.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"Standard\">Les femmes ont-elles le droit de voyager seules au XIXe si\u00e8cle sans \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es\u00a0comme des d\u00e9bauch\u00e9es ? Celles qui ont \u00e9crit<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-4687\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Hubertine_Auclert.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"310\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Hubertine_Auclert.jpg 220w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Hubertine_Auclert-213x300.jpg 213w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/12\/Hubertine_Auclert-106x150.jpg 106w\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/> des r\u00e9cits de leur voyage, notamment en Orient, s\u2019employ\u00e8rent \u00e0 donner \u00e0 voir un \u00ab Orient \u00bb r\u00eav\u00e9, mythique. Si toutes n\u2019ont pas d\u00e9nonc\u00e9 la pr\u00e9sence des colons, Hubertine Auclert rapporta la violence de ceux-l\u00e0 dans <i>Les Femmes arabes en Alg\u00e9rie<\/i> (1900), de m\u00eame, Isabelle Eberhardt dans ses <i>Notes de route<\/i> (1908). Flora Tristan, dans son premier texte <i>N\u00e9cessit\u00e9 de faire un bon accueil aux femmes \u00e9trang\u00e8res<\/i>, d\u00e9non\u00e7a les situations de d\u00e9pendance des femmes, tenta d\u2019ouvrir un foyer pour femmes \u00e9trang\u00e8res et raconta la vie pitoyable de femmes \u00ab esclaves \u00bb des aristocrates et des bourgeois.<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"Standard\">Concernant le r\u00e9cit de soi dont le plus c\u00e9l\u00e8bre est <i>L\u2019Histoire de ma vie<\/i> de George Sand, le choix dans l\u2019anthologie s\u2019est port\u00e9 sur l\u2019autobiographie de Suzanne Voilquin au destin unique (ouvri\u00e8re brodeuse puis directrice du journal <i>La Femme libre<\/i>, entre autres).<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"Standard\">L\u2019essai n\u2019est pas en reste, et il est impossible de citer toutes les femmes ayant contribu\u00e9 \u00e0 la r\u00e9daction de revues et journaux. L\u2019anthologie choisit de pr\u00e9senter Olympe Audouard qui \u00e9crit : \u00ab Messieurs, c\u2019est bel et bien la guerre que je vous d\u00e9clare. J\u2019attaque plus fort que moi, j\u2019attaque le sexe fort, tandis que je fais partie du sexe faible ; je dois donc avoir pour moi les gens de c\u0153ur toujours pr\u00eats \u00e0 secourir le faible contre le fort. \u00bb Premi\u00e8res lignes de son essai : <i>Guerre aux hommes<\/i> (1866).<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"Standard\">Mais \u00e9galement S\u00e9verine [de son vrai nom Caroline R\u00e9my], d\u00e9fenseuse des libert\u00e9s, f\u00e9ministe et pacifiste, premi\u00e8re r\u00e9dactrice d\u2019un quotidien en France, Hubertine Auclert, secr\u00e9taire du journal <i>L\u2019Avenir des femmes<\/i> et du mensuel <i>La Citoyenne<\/i> ; Marguerite Durand, fondatrice du journal <i>La Fronde<\/i> : \u00ab Oser \u00e9crire, oser parler, oser agir sans l\u2019abri du masque ou de l\u2019\u00e9ventail, n\u2019\u00e9tait-ce pas sortir de cette r\u00e9serve que les m\u0153urs, les lois, les religions ont de temps imm\u00e9moriaux, recommand\u00e9 ou impos\u00e9 aux femmes comme \u00e9tant leur plus belle parure ? Aux hommes le forum, aux femmes le foyer\u2026 Ainsi pensait la majorit\u00e9. J\u2019\u00e9tais alors la majorit\u00e9. \u00bb<\/p>\n<\/div>\n<div style=\"text-align: justify;\">\n<p class=\"Standard\">Enfin on refermera l\u2019ouvrage sur les po\u00e9tesses, autrices les plus \u00e0 bl\u00e2mer en ce si\u00e8cle tr\u00e8s misogyne, et on garde en m\u00e9moire le message de Rimbaud dans sa Lettre au Voyant : \u00ab Quand sera bris\u00e9 l\u2019infini servage de la femme, quand elle vivra pour elle et par elle, l\u2019homme, \u2013 jusqu\u2019ici abominable \u2013 lui ayant donn\u00e9 son renvoi, elle sera po\u00e8te, elle aussi ! \u2013 qui ne leur reconnait pas encore de l\u00e9gitimit\u00e9, tout en d\u00e9plorant leur joug. Jamais admises dans les clans tr\u00e8s ferm\u00e9s de la po\u00e9sie, elles ne trouvent pas de place dans l\u2019histoire, malgr\u00e9 leur pr\u00e9sence, dont les plus marquantes : Marceline Desbordes-Valmore, Louise Colet, Louise Ackerman, Louise Michel, Ren\u00e9e Vivien, Anna de Noailles, Marie Krysinska, Virginie Sampeur.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\">Ouvrage remarquable, tant par sa r\u00e9flexion que ses choix et sa pr\u00e9cision sur la vie et les \u00e9crits des autrices recens\u00e9es, c\u2019est avec beaucoup de plaisir qu\u2019on apprendra sur ces femmes de lettres et qu\u2019on d\u00e9couvrira ou red\u00e9couvrira certaines d\u2019entre elles, gr\u00e2ce aux larges extraits de leurs \u00e9crits illustrant leur pens\u00e9e.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>AUTRICES, CES GRANDES EFFAC\u00c9ES DE L&rsquo;HISTOIRE, TOME 2 \u2013 XVIIIe-XIXe, textes choisis et pr\u00e9sent\u00e9s par Daphn\u00e9 Ticrizenis, \u00e9ditions Hors d&rsquo;Atteinte, automne 2023, 416 pages, 27 \u20ac, ISBN\u00a0: 978-2-38257-113-2. &nbsp; \u00ab\u00a0J&rsquo;ai la conviction que les autrices d&rsquo;aujourd&rsquo;hui ne pourront conserver de mani\u00e8re p\u00e9renne leur position dans le domaine des lettres que si nous r\u00e9habilitons les autrices d&rsquo;hier\u00a0\u00bb, \u00e9crit Daphn\u00e9 Ticrizenis dans son Introduction \u00e0 ce second tome (XVIIIe et du XIXe si\u00e8cle) d\u00e9di\u00e9 aux autrices\u00a0 effac\u00e9es de l&rsquo;Histoire de la litt\u00e9rature, laquelle est enseign\u00e9e, aujourd&rsquo;hui encore, depuis la place des hommes les plus c\u00e9l\u00e8bres et les plus v\u00e9n\u00e9r\u00e9s tels Victor Hugo, Baudelaire, etc. L&rsquo;effacement progressif de l&rsquo;existence de ces femmes qui ont fait la litt\u00e9rature, est d\u00fb, d\u2019abord, \u00e0 la disparition du terme \u00ab\u00a0Autrice\u00a0\u00bb d\u00e8s les premiers dictionnaires de l&rsquo;Acad\u00e9mie fran\u00e7aise en 1635, alors qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait impos\u00e9 au Moyen Age, dans tous les genres et\u00a0 les th\u00e8mes\u00a0; ensuite, parce que les premi\u00e8res critiques de textes, \u00e9taient r\u00e9dig\u00e9es, \u00e0 partir du XVIIIe si\u00e8cle, par des hommes \u2013 ces derniers consid\u00e9rant que les femmes devaient s&rsquo;en tenir \u00e0 leur r\u00f4le de m\u00e8re et d&rsquo;\u00e9pouse, qualifiant les comportements des autrices de d\u00e9bauch\u00e9s ou \u00e0 l&rsquo;inverse de prudes, minimisant leur r\u00f4le, les enfermant au mieux dans des genres intimes de l&rsquo;\u00e9criture de soi ou de la Correspondance. &nbsp; Redonner une place aux femmes de lettres \u00ab Ce r\u00e9cit lacunaire o\u00f9 la moiti\u00e9 de l\u2019humanit\u00e9 n\u2019a pas sa place, a \u00e9t\u00e9 perp\u00e9tr\u00e9 de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration. \u00bb \u00c9crire, rappeler l\u2019h\u00e9ritage que nous devons aujourd\u2019hui \u00e0 celles d\u2019hier est n\u00e9cessaire pour faire conna\u00eetre, en premier lieu, leur courage et leur r\u00e9sistance pour s\u2019imposer et faire reconna\u00eetre le r\u00f4le des femmes, leur parole dans la cit\u00e9, aujourd\u2019hui encore et pas seulement dans les pays o\u00f9 elle leur est encore d\u00e9ni\u00e9e. Le prix Nobel attribu\u00e9 \u00e0 Annie Ernaux en 2022 a permis d\u2019honorer la place des femmes dans la Litt\u00e9rature et on n\u2019oublie pas combien ce prix a cependant suscit\u00e9 de r\u00e9actions n\u00e9gatives. Redonner une place aux femmes de lettres commence par \u00e9tablir une chronologie de leur existence et de la puissance de leur voix. Pas question de r\u00e9duire l\u2019\u00e9criture des femmes \u00e0 une essence f\u00e9minine, les textes recens\u00e9s dans ce second tome, propose, comme dans le premier, un parcours tr\u00e8s diversifi\u00e9 et soigneusement choisi (malgr\u00e9 la difficult\u00e9 \u00e0 faire des choix) qui r\u00e9v\u00e8le non seulement des \u00e9critures mais des id\u00e9es, des convictions, des engagements de femmes sur le territoire de la France m\u00e9tropolitaine vers d\u2019autres r\u00e9gions et pays francophones. L\u2019autrice d\u00e9plore cependant avoir trouv\u00e9 insuffisamment d\u2019archives pour nourrir ce Tome 2, promettant un Tome 3, \u00e0 venir, plus riche et bien s\u00fbr forc\u00e9ment de nouveau non exhaustif au vu des quelques centaines de femmes qui ont \u00e9crit, choix frustrants et pourtant plac\u00e9s sous l\u2019\u00e9gide d\u2019historien.nes de ces derni\u00e8res d\u00e9cennies. Le XVIIIe si\u00e8cle, celui des Lumi\u00e8res, celui qu\u2019on admire tant nous demeure aussi, h\u00e9las, et il faut le rappeler, celui de la diff\u00e9renciation des genres, et son corollaire : les pr\u00e9jug\u00e9s sur les deux sexes \u00ab soi-disant justifi\u00e9s par la\u00a0biologie \u00bb ainsi que l\u2019\u00e9viction des femmes dans l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9ducation, celles-ci \u00e9tant pr\u00e9tendument par nature ignorantes. \u00ab En bref, elle [la biologie] permet d\u2019expliquer \u00ab scientifiquement \u00bb la domination des hommes sur les femmes \u00bb. Le choix donc pour ce tome 2 s\u2019est port\u00e9 sur les nombreux essais autour de la condition des femmes, celles-ci, \u00ab \u00e0 l\u2019approche de la R\u00e9volution, revendiqu[ant] publiquement leur participation au domaine des lettres et lors de l\u2019\u00e9galit\u00e9 entre tous les citoyens, participent activement \u00e0 la vie politique et r\u00e9clament leur part \u00bb, Olympe de Gouges, la plus connue, n\u2019est pas en cela la seule repr\u00e9sentante. Compos\u00e9 de deux parties, l\u2019une pour le XVIIIe et l\u2019autre pour le XIXe si\u00e8cle, chacune examinant une progression depuis l\u2019esprit des Lumi\u00e8res de ces femmes du XVIIIe, engag\u00e9es \u00e0 d\u00e9fendre le droit \u00e0 l\u2019\u00e9ducation, \u00e0 donner voix aux femmes, elles aussi actrices de la R\u00e9volution, jusqu\u2019\u00e0 leur pers\u00e9v\u00e9rance le si\u00e8cle suivant dans le domaine de la litt\u00e9rature et des id\u00e9es, romans, th\u00e9\u00e2tre, \u00e9criture du voyage, m\u00e9moires, id\u00e9es engag\u00e9es, po\u00e9sie. &nbsp; Femmes des Lumi\u00e8res On lira avec d\u00e9lectation de longs passages de leurs \u00e9crits, r\u00e9flexions, correspondances, romans, po\u00e8mes. On y retrouvera ce r\u00f4le de la correspondance aux XVIIIe qui a permis aux femmes d\u2019\u00e9changer leurs r\u00e9flexions et de participer \u00e0 des d\u00e9bats sur l\u2019\u00e9ducation, la condition des femmes ou la religion. On apprendra par ce texte \u00e9crit par Henriette de Marans, que celle-ci brava \u00ab un d\u00e9cret royal mena\u00e7ant d\u2019ex\u00e9cution tout auteur ou imprimeur d\u2019ouvrages oppos\u00e9s \u00e0 la religion \u00bb, d\u00e9fiant par l\u00e0-m\u00eame quiconque continuerait \u00e0 dire que toutes les femmes sont des d\u00e9votes ou, par cette lettre de Louise d\u2019\u00c9pinay \u2013 dont les id\u00e9es n\u2019\u00e9taient pas seulement consult\u00e9es mais reprises, \u00e0 propos d\u2019un essai misogyne de l\u2019abb\u00e9 Thomas, combien les id\u00e9es re\u00e7ues sur les femmes sont surfaites et fausses et ces id\u00e9es fabriqu\u00e9es davantage par l\u2019\u00e9ducation re\u00e7ue que par la nature. On prendra connaissance de ce texte, publi\u00e9 en 1749 par Anne Marie du Bocage, intitul\u00e9 Les Amazones, une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre classique dans l\u2019esprit des Lumi\u00e8res, dans laquelle \u00ab pour emp\u00eacher toute domination masculine des lois de la soci\u00e9t\u00e9, des Amazones interdisent le mariage et l\u2019Amour. \u00bb Fanny de Beauharnais, quant \u00e0 elle, excella dans un genre mis \u00e0 la mode par Voltaire et incontournable du XVIIIe si\u00e8cle, le conte philosophique. Tout comme dans son Ep\u00eetre aux hommes, \u00ab elle d\u00e9nonce avec sarcasme le sexe raisonneur qui se croit le ma\u00eetre \u00bb, moquant sur le ton faussement l\u00e9ger et de la d\u00e9rision, la tyrannie des hommes. \u00ab Sexe qui vous croyez les ma\u00eetres, Soyez au moins digne de l\u2019\u00eatre ; Justifiez votre fiert\u00e9, Et puis ce sera votre affaire, Quand vous l\u2019aurez bien m\u00e9rit\u00e9, De vous surpasser pour nous plaire. \u00bb Elle est \u00e9galement l\u2019autrice d\u2019un conte philosophique dans lequel de vieux messieurs marchent \u00e0 quatre pattes depuis qu\u2019ils ont commenc\u00e9 \u00e0 m\u00e9priser les femmes. On d\u00e9couvrira que Constance Pipelet, que l\u2019on conna\u00eet surtout pour son Vingt-quatre heures d\u2019une femme sensible sous le nom de Constance&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":4674,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[35,7,2],"tags":[2246,2238,1847,1845,2240,2242,2239,2243,2236,2250,2252,2248,2249,2251,2244,2247,2235,2012,1844,2254,2253,2237,2245,2241],"class_list":["post-4673","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-chronique","category-livres-recus","category-une","tag-anna-de-noailles","tag-autrices","tag-daphne-ticrizenis","tag-editions-hors-datteinte","tag-fanny-de-beauharnais","tag-feminisme","tag-femmes-de-lettres-aux-18e-et-19e-siecles","tag-gabrielle-suzanne-villeneuve","tag-george-sand","tag-georges-de-peyrebrune","tag-germaine-de-stael","tag-hubertine-auclert","tag-isabelle-eberhardt","tag-judith-gautier","tag-louise-colet","tag-louise-michel","tag-manon-roland","tag-marceline-desbordes-valmore","tag-marie-josee-desvignes","tag-marie-therese-lucidor-corbin","tag-mme-de-tencin","tag-olympe-de-gouges","tag-renee-vivien","tag-theroigne-de-mericourt"],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4673","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4673"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4673\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4688,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4673\/revisions\/4688"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4674"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4673"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4673"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4673"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}