{"id":4821,"date":"2024-01-14T10:12:58","date_gmt":"2024-01-14T09:12:58","guid":{"rendered":"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=4821"},"modified":"2024-01-14T10:27:59","modified_gmt":"2024-01-14T09:27:59","slug":"texte-yves-charnet-journal-de-desolitude-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2024\/01\/14\/texte-yves-charnet-journal-de-desolitude-3\/","title":{"rendered":"[Texte] Yves Charnet, Journal de la d\u00e9solitude (3)"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400; text-align: right;\"><em>Toulouse, 14 octobre 2023.<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Didier Goupil a compos\u00e9 cette tr\u00e8s belle nouvelle. <em>L\u2019art de faire des passes<\/em>. Il l\u2019a cr\u00e9\u00e9e, ce soir, \u00e0 ma demande. Pour conclure les manifestations organis\u00e9es par les Arts &amp; cultures lors de la Journ\u00e9e Portes Ouvertes de SUPAERO. Nous n\u2019\u00e9tions plus qu\u2019une poign\u00e9e dans la vaste salle de l\u2019A\u00e9roth\u00e8que. Ce beau b\u00e2timent de verre fi\u00e8rement amarr\u00e9 d\u00e9sormais sur notre campus. Qui dira la solitude de l\u2019\u00e9criture. L\u2019isolement des \u00e9crivains. Didier a lu &amp; comment\u00e9 ce texte in\u00e9dit comme s\u2019il avait prononc\u00e9 la conf\u00e9rence pl\u00e9ni\u00e8re \u00e0 la fin d\u2019un grand colloque international. Le panache sinon rien. Il l\u2019a fait sans aucune forfanterie. Dans une justesse \u00e0 la <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-4823\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/Le-journal-d-un-cameleon.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"280\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/Le-journal-d-un-cameleon.jpg 200w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/01\/Le-journal-d-un-cameleon-107x150.jpg 107w\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/>fois bouleversante &amp; fragile. C\u2019est une tr\u00e8s belle nouvelle.\u00a0Bien dans son style subtil. Il ne s\u2019agit pas d\u2019une de ces <em>autruifictions <\/em>dont il a le secret. Comme dans son prodigieux <em>Journal d\u2019un cam\u00e9l\u00e9on<\/em>. Ce sont, pour ainsi dire, ses premiers pas sur un terrain de je o\u00f9 j\u2019aurai, pour ma part, us\u00e9 mes semelles \u00e0 crampons. C\u2019est une tr\u00e8s pudique m\u00e9ditation sur les rapports d\u2019un p\u00e8re &amp; de son fils. Les plis &amp; replis d\u2019une difficile filiation. Nous avons, Didier &amp; Yves, cette fraternit\u00e9 des Sans P\u00e8re. Cette reconnaissance secr\u00e8te entre les enfants non-reconnus. Nous avons chacun notre fa\u00e7on de le tor\u00e9er. L\u2019abandon. Didier se risquait, pour une des toutes premi\u00e8res fois, dans cette ar\u00e8ne de mots. Histoire de faire couler comme de l\u2019encre le sang de l\u2019absence. Il s\u2019est longuement expliqu\u00e9 sur les enjeux personnels de cette nouvelle. Apr\u00e8s une lecture vibrante de tact &amp; de sobri\u00e9t\u00e9. Il essuyait machinalement en parlant les verres de ses lunettes. Avec le tissu de son T-shirt gris\u00e2tre. Il m\u2019a confi\u00e9 ne pas avoir eu conscience de ce geste. Pas plus que du fait d\u2019avoir, apr\u00e8s ce long et minutieux d\u00e9poussi\u00e9rage, repos\u00e9 sur la table ronde cette paire de lunettes. Je repensais, en l\u2019\u00e9coutant, \u00e0 cet incurable abandon. Revenu soudain en boomerang dans ma vie. J\u2019\u00e9tais touch\u00e9 de voir mon talentueux ami se d\u00e9battre avec ce probl\u00e8me. Comme un petit fr\u00e8re avec un an de moins\u00a0; un an &amp; deux mois de moins que Bibyves. Nous reparlions de toutes ces choses. Dans la voiture du retour en longeant le canal du Midi. C\u2019\u00e9tait une bonne journ\u00e9e finalement. Malgr\u00e9 le caract\u00e8re confidentiel de ces rencontres. Denis Fa\u00efck avait captiv\u00e9 la petite assistance avec sa conf\u00e9rence sur le corps &amp; la pens\u00e9e. Nos discussions anim\u00e9es, pendant le d\u00e9jeuner, sur la situation en Isra\u00ebl, l\u2019assassinat de notre coll\u00e8gue \u00e0 Arras. Nous avions pris plaisir \u00e0 partager ces moments de rencontres avec Ausias Gamisans. La g\u00e9n\u00e9reuse agilit\u00e9 de ce chef de d\u00e9partement pas comme les autres. J\u2019ai redit que j\u2019avais eu cette chance dans ma vie professionnelle maintenant proche de son ach\u00e8vement. D\u2019avoir pos\u00e9 les bases, voil\u00e0 bient\u00f4t trente ans, de cette cabane pour les humanit\u00e9s de l\u2019ing\u00e9nieur. Dans ce moment si difficile de ma vie personnelle j\u2019\u00e9tais heureux, malgr\u00e9 tout, de \u00e7a. Et de pouvoir favoriser des circonstances comme celles que nous venions de vivre. J\u2019irai d\u00eener, pendant la semaine de vacances, chez Didier. Dans cette accueillante maison que, avec sa femme &amp; sa fille, il sait ouvrir aux vieux copains. C\u2019est vraiment quelqu\u2019un sur qui je peux compter. \u00c0 Toulouse Didier Goupil. Le soir tombait sur le canal. Une atmosph\u00e8re obscure d\u00e9j\u00e0 sur la ville. Je prendrai, demain matin, le train pour Paris. Pour aller \u00e9couter, lundi soir, Sarah Chiche \u00e0 la Maison de la Po\u00e9sie. Ce sera le premier s\u00e9jour \u00e0 Paname o\u00f9 je n\u2019inviterai pas au restaurant l\u2019un ou l\u2019autre des deux m\u00f4mes. Mon \u00e2me en panne \u00e0 Paname. Je ferai les quais. La Seine &amp; les noy\u00e9s. \u00c7a fait prendre l\u2019air. Comme dans la chanson de L\u00e9o Ferr\u00e9. Et \u00e7a distrait. Paname, Paname. Il n\u2019y a plus beaucoup d\u2019alchimies. Dans ma vie. L\u2019amiti\u00e9 reste l\u2019une des derni\u00e8res. Avec l\u2019amour de la litt\u00e9rature.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: right;\"><em>Paris, 15 octobre 2023.<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Je n\u2019aime plus Paris. Sauf certaines rues.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Il n\u2019y avait plus une table de libre chez Mamane. Rue des Cinq-Diamants. J\u2019ai chang\u00e9 de trottoir. Une nappe \u00e0 carreaux rouges &amp; blancs chez Gladines. Je me suis juste demand\u00e9 si la chaise \u2013 rudimentaire dossier en bois, pieds de fer datant d\u2019une d\u00e9faite oubli\u00e9e \u2013 supporterait mon poids. Surtout apr\u00e8s les escargots en persillade, l\u2019omelette aux c\u00e8pes &amp; aux girolles suppl\u00e9ment patates maison &amp; l\u2019\u00eele flottante. C\u2019est une certaine id\u00e9e de la province \u00e0 Paname. Et le Pays basque sur la Butte-aux-cailles. Elle n\u2019existe plus depuis mauvaise lurette. La France de mon enfance. Il y a longtemps que plus personne ne lui fait cr\u00e9dit. Sur ce comptoir en bois sans ardoise magique. J\u2019aime ces nostalgiques retrouvailles. Avec le go\u00fbt du pain perdu. L\u2019impayable patron r\u00e2lait qu\u2019il n\u2019y avait personne ce soir. \u00c0 cause de leur foutu match\u00a0; tous comme des mouches devant les \u00e9crans du rugby\u00a0; l\u2019hypnose \u00e0 gogos dans tous les bars du quartier. Une vilaine cr\u00e8ve avait emp\u00each\u00e9 Charlotte de d\u00eener avec moi comme pr\u00e9vu. Tenace mal\u00e9diction entre nous. Et je me retrouvais \u00e0 faire des clins d\u2019\u0153il \u00e0 cet \u00e9pouvantail en T-shirt &amp; pantacourt trou\u00e9. Ses dents cass\u00e9es avaient un petit coup dans le nez. Burlesque babil de son ivresse presque inaudible. Je jurais que la persillade \u00e9tait comme dans les livres. Et les escargots bougrement go\u00fbtus. Ses cheveux en bataille avaient, pour me r\u00e9pondre, la voix de certains acteurs abonn\u00e9s aux seconds r\u00f4les dans les feuilletons fran\u00e7ais du samedi soir au temps de notre t\u00e9l\u00e9 noir &amp; blanc. Sortant des fourneaux une trogne coutur\u00e9e de tics, le cuistot a trafiqu\u00e9 des fils &amp; des boutons pour mettre de la musique. Vraiment pas assez d\u2019ambiance, ce soir. Il sourit, avec une dent sur deux, en reconnaissant ce rock champ\u00eatre. Michel Delpech, \u00ab\u00a0Le Loir-et-Cher\u00a0\u00bb. Ces gens-l\u00e0 n\u2019font pas de mani\u00e8re. Le patron &amp; le cuistot non plus. Ils ne peuvent pas s\u2019emp\u00eacher. De reprendre, et pour la milli\u00e8me fois, certaines paroles. Ils sont carr\u00e9ment aux anges. Avec la suivante. Le temps dure longtemps. Et la vie s\u00fbrement plus d\u2019un million d\u2019ann\u00e9es. C\u2019est le milieu des ann\u00e9es soixante-dix. Et toujours en \u00e9t\u00e9. Je finis mon verre d\u2019Iroul\u00e9guy. Apr\u00e8s Nino Ferrer Cloclo. Un jour ou l\u2019autre il faudra qu\u2019il y ait la guerre. Demain, \u00e0 Gaza, apr\u00e8s-demain. On dit c\u2019est le destin. Tant pis pour le sud. Nos boules ont perdu le nord. Nos boussoles comme des montres arr\u00eat\u00e9s dans nos poches crev\u00e9es. On n\u2019est plus des enfants. Vous &amp; moi. C\u2019est une chanson rare. Du type sur la couverture de <em>Podium<\/em>. Il n\u2019en revient pas que je la connaisse. Celle-l\u00e0, le patron. Quand les enfants pleurent ils sont consol\u00e9s. Tous, tous, tous.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter wp-image-4578\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/matisse_latristesseduroi.jpg\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"393\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/matisse_latristesseduroi.jpg 550w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/matisse_latristesseduroi-300x218.jpg 300w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/matisse_latristesseduroi-150x109.jpg 150w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/matisse_latristesseduroi-366x266.jpg 366w\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" \/><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Je connais le chagrin. Dans chaque recoin de ses rimes de crocodile.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">L\u2019\u00e9pouvantail me sert une fameuse dose de Patxaran. Dans un grand verre avec gla\u00e7ons. <em>Parce que vous le m\u00e9ritez bien. Monsieur. <\/em>Quatre touristes ressortent apr\u00e8s s\u2019\u00eatre longuement fait expliquer la carte par le cuistot. Sa fa\u00e7on de prononcer, avec un \u00e9pouvantable accent anglais, le nom fran\u00e7ais de chaque produit. <em>C\u2019\u00e9taient des v\u00e9g\u00e2nes. Monsieur. <\/em>Le patron fulmine. Sur les ardoises au-dessus du comptoir en bois\u00a0: salade de g\u00e9siers\u00a0; salade de foie de volailles\u00a0; foie gras rhum, gingembre &amp; citron vert\u00a0; patates jambon cantal\u00a0; poulet basquaise\u00a0; tripes\u00a0; confit de canard aux c\u00e8pes &amp; pommes de terre\u00a0; andouillette sauce moutarde \u00e0 l\u2019ancienne\u00a0; sp\u00e9cialit\u00e9 de la maison avec pommes de terre, jambon de pays, escalope de veau, cantal &amp; sauce cr\u00e8me champignons. Le serveur black passe des coups d\u2019\u00e9ponge sur les carreaux rouges &amp; blancs. Des chaises sur les tables vides. Je fais durer ce plaisir m\u00e9lancolique. Derni\u00e8re clope du patron sur le trottoir, sa d\u00e9gaine pour caricaturiste picaresque. Je veux rester encore un peu dans ce film de Simenon. Ce roman de Henri Verneuil. Maigret devrait bient\u00f4t trouver le coupable. Dans les cinq derni\u00e8res minutes de notre \u00e9pisode. C\u2019est dimanche soir. Au si\u00e8cle dernier. Personne n\u2019a l\u2019air tr\u00e8s press\u00e9 de vivre le lundi 16 octobre 2023. Et surtout pas l\u2019\u00e9paule ronde de cette magnifique italienne qui aurait rendu Stendhal dingue. Elle n\u2019a pas fini son omelette basquaise. Juste un caf\u00e9. Elle a n\u00e9gligemment remont\u00e9 le pull sur son \u00e9paule&#8230; Avant de se lever pour partir&#8230; Son sourire en direction du cuistot a fait sauter les plombs de ce bistrot basque si loin de Paris&#8230; Derni\u00e8res gorg\u00e9es de Patxaran&#8230; <em>Je vous l\u2019offre<\/em>\u2026 Le patron en me pr\u00e9sentant l\u2019addition griffonn\u00e9e sur un bout de papier jauni&#8230; <em>Mais n&rsquo;allez pas le crier sur les toits\u2026 Ah ah ah\u2026 <\/em>Les Bleus menaient 21-19 face aux Springboks&#8230; Les \u00e9crans g\u00e9ants sur le trajet du retour \u00e0 mon h\u00f4tel&#8230; Toute la presse raconte, et depuis des semaines, qu\u2019ils vont la gagner\u2026 Les Fran\u00e7ais, cette fois, la Coupe du monde\u2026 Qu\u2019il faut juste passer ce quart-de-finale\u2026 Antoine Dupont &amp; son casque noir\u2026 On en avait chant\u00e9 une derni\u00e8re\u2026 Avec le patron avant de fermer la bo\u00eete\u2026 C\u2019\u00e9tait mon sourire\u2026 Mon atout majeur\u2026 Et \u00e7a distrait ma vie\u2026 Ce tube de Michel Delpech en 1975\u2026 Je ne sais pas si j\u2019ai encore le droit d\u2019\u00e9crire que j\u2019aimais beaucoup la reprise de cette chanson\u2026 Par G\u00e9rard Depardieu dans le film de Xavier Giannoli en 2006\u2026 Je ne crois pas que je les aurai un jour\u2026 Mes soixante-treize ans\u2026 L\u2019automne est tomb\u00e9 sans crier gare\u2026 8\u00b0, cette nuit, sur Paris\u2026 Pour moi y a longtemps qu\u2019c\u2019est fini\u2026 Doucement les basses\u2026 Il n\u2019y a plus personne pour me les pardonner\u2026 Tous mes \u00e9carts, toutes mes histoires\u2026<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-4585\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/Portrait-Charnet-Paris.jpg\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"360\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/Portrait-Charnet-Paris.jpg 540w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/Portrait-Charnet-Paris-300x200.jpg 300w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/Portrait-Charnet-Paris-150x100.jpg 150w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/Portrait-Charnet-Paris-366x244.jpg 366w\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: right;\"><em>Paris, 16 octobre 2023.<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Nous prenions un verre au Caf\u00e9 Beaubourg. Apr\u00e8s la lecture de Sarah Chiche \u00e0 la Maison de la Po\u00e9sie. Il y avait son \u00e9diteur. Et trois amies proches de la romanci\u00e8re. Il y avait des si\u00e8cles que je n\u2019\u00e9tais plus rentr\u00e9 dans cette brasserie chiqu\u00e9branch\u00e9e. Toujours aussi mal \u00e0 l\u2019aise &amp; empot\u00e9 dans ce genre d\u2019endroit. Je me souviens d\u2019avoir dit \u00e0 Sarah qu\u2019elle avait r\u00e9ussi \u00e0 me faire oublier, le temps de sa lecture particuli\u00e8rement p\u00e9tillante, l\u2019angoisse du moment ent\u00e9n\u00e9br\u00e9 que nous vivions ces derniers jours. Un Gin Tonic servi dans une petite carafe. J\u2019ai quitt\u00e9 la compagnie vers 22 heures. Des nems &amp; une soupe japonaise au bar Oishi Ramen de la rue Saint-Martin. Deux filles parlaient \u00e0 voix haute de leurs probl\u00e8mes de couple. Aussi difficile de vivre \u00e0 deux que seules. Elles d\u00e9cortiquaient le comportement de leurs derniers mecs. Leurs fa\u00e7ons de faire l\u2019amour ou de s\u2019affaler sur le canap\u00e9 pour mater un match. Le serveur \u00e9tait tr\u00e8s gentil. Et la soupe aux choux \u00e9pic\u00e9e tr\u00e8s bonne. J\u2019ai pris un taxi. Pour rentrer \u00e0 mon Ibis de la rue de Tolbiac. Ils ne savent m\u00eame plus mon pr\u00e9nom \u00e9corch\u00e9. Les fant\u00f4mes du quartier Latin. Je les ai furtivement regard\u00e9es glisser dans la nuit. Les rues de la jeunesse perdue. La plupart des librairies ont ferm\u00e9 depuis lurette. Plus que des banques, des zenseignes de fringue &amp; des Macstarburgerdomidepinzalabriochedor\u00e9michelsingermain. J\u2019ai mis BFM. Pour prendre des nouvelles de la situation en Isra\u00ebl. Un terroriste islamiste venait de buter deux nouveaux innocents. Dans les rues de Bruxelles. Il<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright wp-image-4378\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/Chiche_Alichimies.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/Chiche_Alichimies.jpg 220w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/Chiche_Alichimies-200x300.jpg 200w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/09\/Chiche_Alichimies-100x150.jpg 100w\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/> n\u2019y aura plus de r\u00e9pit. Ni de repos. Ces salops ne nous l\u00e2cheront plus. \u00c9dition sp\u00e9ciale &amp; reporters en direct. Je me souviens d\u2019avoir dit \u00e0 Sarah qu\u2019elle ressemblait un peu au Gilles de Watteau. Envelopp\u00e9e dans cette longue veste pendant sa lecture. Que j\u2019avais ador\u00e9 la sorte d\u2019espi\u00e8glerie adolescente avec laquelle elle avait, d\u00e8s les premiers mots, captiv\u00e9 la salle. Ses mimiques de clown &amp; les couleurs de sa voix. Qu\u2019elle \u00e9tait centr\u00e9e et concentr\u00e9e. Comme une <em>torera <\/em>de mots. Qu\u2019elle se confondait de plus en plus avec \u00e7a. Son geste d\u2019\u00e9crire. Je suis heureux d\u2019avoir cette romanci\u00e8re si singuli\u00e8re pour amie. Comme une br\u00e8ve bouff\u00e9e de bleu dans tout ce noir \u00e9touffant qui nous gagne. J\u2019ai fini par couper le spectacle de la terreur t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e. Grattant rapidement cette page de journal avant de tenter de trouver, pour quelques heures, le passage vers un mauvais sommeil. C\u2019est comme un cauchemar de Goya. Le monde en ce d\u00e9but d\u2019automne. Je l\u2019\u00e9cris \u00e0 l\u2019insu de mon plein gr\u00e9. Ce Journal d\u2019une \u00e9poque d\u00e9traqu\u00e9e.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: right;\"><em>Entre Paris &amp; Toulouse, 17 octobre 2023<\/em><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Il cherchait un professeur d\u2019histoire. Pour le tuer.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Il voulait tuer un professeur. Dans son ancien lyc\u00e9e. Il voulait faire \u00e7a trois ans apr\u00e8s. Pour le troisi\u00e8me anniversaire de la d\u00e9capitation de Samuel Paty. Il a demand\u00e9 \u00e7a. \u00c0 un professeur de philosophie crois\u00e9 dans sa br\u00e8ve \u00e9quip\u00e9e meurtri\u00e8re. S\u2019il \u00e9tait professeur d\u2019histoire. Il s\u2019appelait Mohammed M. Pour une presse incapable de prononcer son nom. La plupart des m\u00e9dias parlent d\u2019<em>attaque<\/em> &amp; d\u2019<em>assaillant<\/em>. Plut\u00f4t que de qualifier, comme un attentat de plus, l\u2019acte barbare de ce jeune terroriste. Nous payons le prix de ces ann\u00e9es de d\u00e9ni. Le prix exorbitsang. Il \u00e9tait ancien \u00e9l\u00e8ve de ce coll\u00e8ge-lyc\u00e9e. Un parmi les autres \u00e0 se voir offrir gratuitement, \u00e0 Gambetta, le tr\u00e9sor de l\u2019\u00e9ducation nationale. Ces vieux mots feront ricaner les imb\u00e9ciles. Les nantis, les suffisants\u00a0; les bouffons de l\u2019imposture boursouffl\u00e9e. Il a vingt ans. Et une rage \u00e0 mort contre cette France qui lui aura pourtant donn\u00e9 l\u2019asile comme \u00e0 toute sa famille salafiste. Tous les hommes de cette maudite tribu ont bascul\u00e9 dans l\u2019Islam radical. Le p\u00e8re, les fr\u00e8res, Mohammed M. Ils partagent tous cette d\u00e9testation. Cette haine visc\u00e9rale de notre patrie\u00a0; cet absolu m\u00e9pris de notre r\u00e9publique. Il a tu\u00e9 mon Double. Un coll\u00e8gue de 57 ans, mon \u00e2ge \u00e0 quatre ans pr\u00e8s. Nous sommes les m\u00eames. Toute cette cohorte d\u2019\u00e9ducateurs en fin de carri\u00e8re. Il a tu\u00e9 un agr\u00e9g\u00e9 de Lettres. Classiques pour le p\u00e8re de trois orphelines\u00a0; Modernes pour le p\u00e8re abandonn\u00e9 par ses deux enfants. Monsieur Bernard avait fait le choix d\u2019enseigner au coll\u00e8ge. Hussard du rang, soldat du front. C\u2019est l\u00e0 que \u00e7a se passait. L\u2019\u00e9ducation, la transmission. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019on pouvait encore les sauver. Les enfants perdus de notre r\u00e9publique. C\u2019\u00e9tait le prof de fran\u00e7ais de Gambetta. Un prof perfectionniste, m\u00e9thodique, organis\u00e9. Il avait d\u00fb r\u00eaver, comme moi, de <em>changer la vie<\/em>. Ce modeste artisan du sens en mai 1981. Je ne peux continuer d\u2019\u00e9crire ces lignes. Yeux embu\u00e9s de larmes. Je passe d\u2019un article \u00e0 l\u2019autre dans le TGV du retour. T\u00e9moignages bouleversants. Ce prof a donc prot\u00e9g\u00e9 ses jeunes \u00e9l\u00e8ves jusqu\u2019au dernier jour. Au m\u00e9pris de sa propre vie. C\u2019est un h\u00e9ros du quotidien. Un h\u00e9ros fran\u00e7ais. Il appartient, et par toutes ces fibres, \u00e0 une certaine histoire de France. La mienne. Elles en avaient fabriqu\u00e9, par fourn\u00e9es enti\u00e8res, des Monsieur Bernard. Madame G. \u00e0 la Charit\u00e9-sur-Loire, Madame Th\u00e9r\u00e8se \u00e0 Nevers. Je fais partie des derniers des Mohicans qui leur doivent tout. \u00c0 ces institutrices la\u00efques qui l\u2019avaient comme une foi chevill\u00e9e au corps leur plus beau m\u00e9tier du monde. C\u2019\u00e9tait sacr\u00e9. Un professeur. \u00c7a valait de l\u2019or. Un Monsieur Bernard.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-4632\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Dominique-Bernard-Samuel-Paty.jpg\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"290\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Dominique-Bernard-Samuel-Paty.jpg 540w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Dominique-Bernard-Samuel-Paty-300x161.jpg 300w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Dominique-Bernard-Samuel-Paty-150x81.jpg 150w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Dominique-Bernard-Samuel-Paty-366x197.jpg 366w\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" \/><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Ma g\u00e9n\u00e9ration a vu tout cela s\u2019effondrer. S\u2019ab\u00eemer dans l\u2019\u00e9c\u0153urante vulgarit\u00e9 de l\u2019\u00e9poque. Ils ont \u00e9t\u00e9 de plus en plus m\u00e9pris\u00e9s. Les profs, de plus en plus mal pay\u00e9s. M\u00eame leurs dipl\u00f4mes ont \u00e9t\u00e9 brad\u00e9s. Leur drapeau sur les tranch\u00e9es du savoir. On les recrute d\u00e9sormais en moins de dix minutes. \u00c0 la sauvette, au rectorat de Versailles. Ce n\u2019\u00e9tait m\u00eame pas le temps d\u2019une passe. Dans les bordels \u00e0 la petite semaine. Il n\u2019y a plus que pour nos ennemis qu\u2019ils repr\u00e9sentent encore quelque chose. La figure de l\u2019homme \u00e0 abattre. Il s\u2019est tromp\u00e9 de cible, Mohammed M. Un prof de lettres \u00e0 la place d\u2019un prof d\u2019histoire. Tous les martyrs sont les m\u00eames. Toutes les victimes de ces monstrueux criminels. Elle \u00e9tait \u00e9norme la flaque de sang. Sur le parking du coll\u00e8ge Gambetta. Ils ne sont pas pr\u00e8s d\u2019en revenir. Les \u00e9l\u00e8ves t\u00e9moins de \u00e7a. On l\u2019a d\u2019abord recouverte d\u2019un drap. L\u2019\u00e9norme flaque de sang sur le parking du coll\u00e8ge Gambetta. Monsieur Bernard ne nourrira plus les poules. Dans la cour de sa ferme, le soir, avant de corriger un dernier paquet de copies. <em>Peut mieux faire\u00a0; en progr\u00e8s.<\/em> C\u2019\u00e9tait le genre du conducteur \u00e0 ne pas \u00e9craser un lapin. En roulant dans sa modeste bagnole sur les routes du Pas-de-Calais. Il les avait choisis comme d\u00e9cor. L\u2019Artois de Bernanos, les corons du Nord. C\u2019\u00e9tait un de ces passeurs qui vous changeait la vie quotidienne. Comme le professeur dans la chanson de Jean-Jacques Goldman. Je pleure en \u00e9crivant ces mots. Dans ce foutu TGV du retour \u00e0 Toulouse. C\u2019est la ville o\u00f9 toute cette horreur a commenc\u00e9. La ville d\u2019un autre Mohammed M. Et je lis, effar\u00e9, dans ce papier du <em>Monde<\/em>, les impr\u00e9cations du jeune terroriste. Sa fureur crach\u00e9e au visage de la France, de sa r\u00e9publique, de son \u00e9cole. Il les a r\u00e9p\u00e9t\u00e9es en boucle. Ces insultes pendant sa ricanante garde-\u00e0-vue. Il a dit que c\u2019\u00e9tait l\u2019enfer. La d\u00e9mocratie, les droits de l\u2019homme. Que m\u00eame les talibans d\u2019Al-Quaida \u00e9taient des apostats. Pour ne pas r\u00e9primer plus f\u00e9rocement l\u2019homosexualit\u00e9. Que son petit-fr\u00e8re de quinze ans l\u2019avait rancard\u00e9. Sur ces histoires de carotide &amp; de couteau. Qu\u2019il en avait deux. Des couteaux. Qu\u2019il restait fier d\u2019avoir cri\u00e9 \u00e7a dans la cour de Gambetta. <em>Qui te donne l\u2019air que tu respires, qui est le seul dieu\u00a0? <\/em>Dans la cour, \u00e0 cet autre ensaignant \u00e0 port\u00e9e de scalpel. <em>Appelle Marianne, appelle ta R\u00e9publique\u00a0! <\/em>J\u2019\u00e9prouve de la col\u00e8re &amp; du d\u00e9go\u00fbt. Bien s\u00fbr. J\u2019\u00e9prouve aussi quelque chose d\u2019autre. En pensant \u00e0 mon coll\u00e8gue Dominique Bernard. Je ressens quelque chose d\u2019immense qui d\u00e9passe la scandaleuse mis\u00e8re de son assassinat par des mains aussi stupidement fanatiques. Quelque chose, peut-\u00eatre, comme cette <em>piti\u00e9 sacr\u00e9e <\/em>dont parlait Malraux \u00e0 propos de Bernanos.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: right;\"><em>Toulouse, 18 octobre 2023.<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">21h 30.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Il y a des soirs o\u00f9 l\u2019on se cogne plus que d\u2019autres. Contre le vide de sa vie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: right;\"><em>Toulouse, 19 octobre 2023.<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Une blague juive, ce matin, sur la page FB de Andr\u00e9 Markowicz\u00a0:<br \/>\n<em>\u2013 Tu es juif ?<br \/>\n<\/em><em>\u2013 Non, je suis inquiet.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: right;\"><em>Toulouse, 20 octobre 2023.<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Je recopie dans mon carnet noir les paroles admirables &amp; d\u00e9chirantes prononc\u00e9es hier, dans la cath\u00e9drale d\u2019Arras, par l\u2019\u00e9pouse de Dominique Bernard lors des obs\u00e8ques de son mari. Portrait d\u2019un coll\u00e8gue qui, comme tant d\u2019autres litt\u00e9raires de notre g\u00e9n\u00e9ration, nous ressemblait comme un fr\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>Il aimait Julien Gracq, Flaubert, Stendhal, Balzac. Il aimait Proust, il aimait Claude Simon, C\u00e9line &amp; Pierre Michon.<br \/>\n<\/em><em>Il aimait la po\u00e9sie, Ren\u00e9 Char, Baudelaire, Rimbaud, Mallarm\u00e9, Val\u00e9ry.<br \/>\n<\/em><em>Il aimait la philosophie.<br \/>\n<\/em><em>Il aimait le cin\u00e9ma, Truffaut, Ford, Kubrick, Lubitsch, Orson Welles.<br \/>\n<\/em><em>Il aimait le baroque.<br \/>\n<\/em><em>Il aimait Ozu, Miyazaki, Kurosawa, Almodovar, Fellini, Visconti.<br \/>\n<\/em><em>Il aimait l\u2019Italie, l\u2019italien, la Toscane, les fresques de Giotto, Masaccio, Gozzoli. Il aimait le Titien et V\u00e9ron\u00e8se, le Caravage.<br \/>\n<\/em><em>Il aimait Shakespeare, Racine, Beckett.<br \/>\n<\/em><em>Il aimait Van Gogh, Picasso, Vermeer, Matisse, Bonnard, Manet, Courbet, C\u00e9zanne, Soulages, Marquet, Hockney.<br \/>\n<\/em><em>Il aimait Bach.<br \/>\n<\/em><em>Il aimait Beethoven, Faur\u00e9, Haydn, Ravel, Mahler.<br \/>\n<\/em><em>Il aimait le Gothique, les cath\u00e9drales qu\u2019on d\u00e9couvrait de villes en villes. Il aimait les glaciers pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s du Routard. Il aimait la Provence, ses couleurs, ses senteurs. Il aimait les \u00e9tangs, les rivi\u00e8res et les fleurs, les for\u00eats. Il aimait la lumi\u00e8re rasante du soir.<br \/>\n<\/em><em>Il n\u2019aimait pas l\u2019informatique, ni les r\u00e9seaux sociaux. Le t\u00e9l\u00e9phone, il n\u2019en avait m\u00eame pas.<br \/>\n<\/em><em>Il n\u2019aimait pas la foule ni les honneurs, les c\u00e9r\u00e9monies qu\u2019il avait en horreur. Sensible et discret, il n\u2019aimait pas le bruit et la fureur du monde.<br \/>\n<\/em><em>Il aimait profond\u00e9ment ses filles. Sa m\u00e8re &amp; sa s\u0153ur.<br \/>\n<\/em><em>Nous nous aimions.<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: right;\"><em>Toulouse, 21 octobre 2023.<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Trois mois d\u00e9j\u00e0\u00a0; toujours rien\u00a0; aucun signe de vie.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Il doit \u00eatre plus simple de <em>tuer<\/em> son p\u00e8re que de le <em>ressusciter<\/em>. M\u00eame symboliquement. Dans ces jours d\u2019angoisse, o\u00f9 chacun devrait avoir \u00e0 c\u0153ur de dire \u00e0 ses proches combien il les aime, ce silence r\u00e9sonne de fa\u00e7on plus terrible encore. D\u2019une fa\u00e7on encore plus implacable. C\u2019est comme une autre guerre. Chacun retranch\u00e9 dans sa tranch\u00e9e. Plus personne ne sait pourquoi ni<img decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-4631\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Charnet_ProsesFils.tif\" alt=\"\" \/> comment elles ont finalement commenc\u00e9. Les hostilit\u00e9s. Un jour vient que c\u2019est un champ de tir. L\u2019afamille. Il n&rsquo;y a plus que cette plombante impossibilit\u00e9. Deux monologues plut\u00f4t qu\u2019un dialogue v\u00e9ritable. Il est br\u00fbl\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la racine. Le terrain de je o\u00f9 nous nous passions jadis la parole comme un ballon. Tout est d\u00e9sormais fig\u00e9. Chacun arc-bout\u00e9 sur sa position incompr\u00e9hensible \u00e0 l\u2019autre. On ne sait m\u00eame pas s\u2019il souffre. L\u2019autre. Ou s\u2019il fanfaronne. Dansant sur les ruines de son triomphe. Ils me retenaient au Temps. Les enfants. Je pouvais encore me faire croire que c\u2019\u00e9tait une histoire. <em>Mavie<\/em>. Il n\u2019y aura plus de r\u00e9cit. Non, plus jamais. On est \u00e0 peine capable de tenir un Journal. Au jour le jour. Tant qu\u2019il y aura des journ\u00e9es. Quelqu\u2019un pour en d\u00e9rouler le registre. On n\u2019a plus que cette rampe branlante. Pour s\u2019accrocher malgr\u00e9 tout. J\u2019essaye, \u00e0 l\u2019autre bout de ma vie, de faire sans. Sans les deux polissons. J\u2019ai bien appris, toute mon enfance, \u00e0 m\u2019en passer. De mon daron. On est \u00e9tonn\u00e9 d\u2019\u00eatre encore debout. Comme dans la chanson de Brel. Je suis toujours parvenu \u00e0 me priver du plus pr\u00e9cieux. Du plus intens\u00e9ment d\u00e9sir\u00e9. On sait bien qu\u2019on va bient\u00f4t tomber \u00e0 son tour. Sans doute au prochain tournant de la route. En attendant le manque est un bon camarade de je. Et l\u2019abandon une chienne fid\u00e8le. Ma compagnie n\u2019a pas d\u2019autres animaux. Perles enfil\u00e9es pour me faire des colliers de mots. Je ne suis jamais seul. Avec ma solitude. Chacun se d\u00e9brouille avec son ticket. Dans cette tombola bord\u00e9lique. C\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 comme \u00e7a. Dans la chanson de Moustaki reprise par Reggiani. Elle prend toute la place dans mon lit \u00e0 une place. La solitude. Ce n\u2019est pas nous qui les tenons. Les cartes. Nous nous contentons de les tirer. L\u2019une apr\u00e8s l\u2019autre. On est comme un f\u0153tus empaill\u00e9. Comme un vieil ovale \u00e0 l\u2019envers. L\u2019espoir a les yeux d\u2019un voyou. Comme dans la chanson de Lama. On s\u2019\u00e9puise en courant. Poursuivis par la perte de tous ceux qui nous furent ravis. Partout l\u2019absence me fait escorte. La garce en robes surann\u00e9es. Elle est revenue. La voil\u00e0. Elle m\u2019attend chaque soir. Dans la p\u00e9niche en vrac. Elle d\u00e9fait les valises. Au retour de mes fugues chaque fois plus futiles. Elle vous le renifle \u00e0 vingt m\u00e8tres \u00e0 la ronde. Le malheur d\u2019aimer. Elle remonte le drap de nos nuits blanches. La solitude. Elle a, bien s\u00fbr, de larges yeux cern\u00e9s. Comme dans la chanson de Barbara. Ils auront donc clou\u00e9 le dernier clou. Les deux blancs-becs sur le cercueil de mon destin. Ils n\u2019\u00e9taient pourtant pas particuli\u00e8rement bricoleurs. Ces jeunes adultes devenus tellement \u00e9trangers apr\u00e8s ces trois mois d\u2019enfer ordinaire. On croit conna\u00eetre certains autres sur le bout du c\u0153ur. Et puis non, doigt dans l\u2019\u0153il, les quatre fers en l\u2019air. Ils me l\u2019ont confirm\u00e9 par leur fuite du 21 juillet. Les deux enfants. Que je n\u2019\u00e9tais bon qu\u2019\u00e0 \u00e7a. Bon qu\u2019\u00e0 l\u2019abandon. Elles cognent contre mes tempes. Ces cinq syllabes. Il ne tombe pas sur tout le monde. Le gros lot. C\u2019est comme un mot d\u2019impasse. <em>Bonkalabandon. <\/em>On revient toujours. \u00c0 la cage d\u00e9part. On n\u2019aura juste \u00e9largi les barreaux de sa prison. <em>Bonkalabandon. <\/em>Il n\u2019y avait rien \u00e0 faire contre \u00e7a. Contre ce fatum \u00e0 hauteur d\u2019homme. Je ne sais m\u00eame pas s\u2019ils ont du chagrin. Les deux gamins. Si \u00e7a leur fait quelque chose de m\u2019avoir fait dispara\u00eetre. Un peu avant mon heure. J\u2019\u00e9tais depuis longtemps fait comme un rat. Comme dans la chanson de Biolay. Je ne sais pas comment est leur peine. Aux deux petits parricides. La mienne est comme \u00e7a. Comme un journal abandonn\u00e9 sur le comptoir d\u2019un quelconque bar-tabac. On aura fait trente-trois fois le tour de la question. Avant de retirer sa r\u00e9f\u00e9rence Il ne nous reste, apr\u00e8s nos ann\u00e9es de boh\u00eame, que des chansons. Des chansons de Brel, d\u2019Aznavour, de Moustaki, de Barbara, de Reggiani, de Biolay. Elle me pr\u00eatera rimes fortes toute cette difficile journ\u00e9e.\u00a0\u00ab\u00a0D\u2019o\u00f9 qu\u2019on parte\u00a0\u00bb de Serge Lama. Je ne sais pas quelle voix me le souffle. Ce Journal de la d\u00e9solitude.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: right;\">[<a href=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2023\/11\/17\/texte-yves-charnet-journal-de-la-desolitude-2\/\"><strong>Lire le 2e volet<\/strong><\/a>]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Toulouse, 14 octobre 2023. Didier Goupil a compos\u00e9 cette tr\u00e8s belle nouvelle. L\u2019art de faire des passes. Il l\u2019a cr\u00e9\u00e9e, ce soir, \u00e0 ma demande. Pour conclure les manifestations organis\u00e9es par les Arts &amp; cultures lors de la Journ\u00e9e Portes Ouvertes de SUPAERO. Nous n\u2019\u00e9tions plus qu\u2019une poign\u00e9e dans la vaste salle de l\u2019A\u00e9roth\u00e8que. Ce beau b\u00e2timent de verre fi\u00e8rement amarr\u00e9 d\u00e9sormais sur notre campus. Qui dira la solitude de l\u2019\u00e9criture. L\u2019isolement des \u00e9crivains. Didier a lu &amp; comment\u00e9 ce texte in\u00e9dit comme s\u2019il avait prononc\u00e9 la conf\u00e9rence pl\u00e9ni\u00e8re \u00e0 la fin d\u2019un grand colloque international. Le panache sinon rien. Il l\u2019a fait sans aucune forfanterie. Dans une justesse \u00e0 la fois bouleversante &amp; fragile. C\u2019est une tr\u00e8s belle nouvelle.\u00a0Bien dans son style subtil. Il ne s\u2019agit pas d\u2019une de ces autruifictions dont il a le secret. Comme dans son prodigieux Journal d\u2019un cam\u00e9l\u00e9on. Ce sont, pour ainsi dire, ses premiers pas sur un terrain de je o\u00f9 j\u2019aurai, pour ma part, us\u00e9 mes semelles \u00e0 crampons. C\u2019est une tr\u00e8s pudique m\u00e9ditation sur les rapports d\u2019un p\u00e8re &amp; de son fils. Les plis &amp; replis d\u2019une difficile filiation. Nous avons, Didier &amp; Yves, cette fraternit\u00e9 des Sans P\u00e8re. Cette reconnaissance secr\u00e8te entre les enfants non-reconnus. Nous avons chacun notre fa\u00e7on de le tor\u00e9er. L\u2019abandon. Didier se risquait, pour une des toutes premi\u00e8res fois, dans cette ar\u00e8ne de mots. Histoire de faire couler comme de l\u2019encre le sang de l\u2019absence. Il s\u2019est longuement expliqu\u00e9 sur les enjeux personnels de cette nouvelle. Apr\u00e8s une lecture vibrante de tact &amp; de sobri\u00e9t\u00e9. Il essuyait machinalement en parlant les verres de ses lunettes. Avec le tissu de son T-shirt gris\u00e2tre. Il m\u2019a confi\u00e9 ne pas avoir eu conscience de ce geste. Pas plus que du fait d\u2019avoir, apr\u00e8s ce long et minutieux d\u00e9poussi\u00e9rage, repos\u00e9 sur la table ronde cette paire de lunettes. Je repensais, en l\u2019\u00e9coutant, \u00e0 cet incurable abandon. Revenu soudain en boomerang dans ma vie. J\u2019\u00e9tais touch\u00e9 de voir mon talentueux ami se d\u00e9battre avec ce probl\u00e8me. Comme un petit fr\u00e8re avec un an de moins\u00a0; un an &amp; deux mois de moins que Bibyves. Nous reparlions de toutes ces choses. Dans la voiture du retour en longeant le canal du Midi. C\u2019\u00e9tait une bonne journ\u00e9e finalement. Malgr\u00e9 le caract\u00e8re confidentiel de ces rencontres. Denis Fa\u00efck avait captiv\u00e9 la petite assistance avec sa conf\u00e9rence sur le corps &amp; la pens\u00e9e. Nos discussions anim\u00e9es, pendant le d\u00e9jeuner, sur la situation en Isra\u00ebl, l\u2019assassinat de notre coll\u00e8gue \u00e0 Arras. Nous avions pris plaisir \u00e0 partager ces moments de rencontres avec Ausias Gamisans. La g\u00e9n\u00e9reuse agilit\u00e9 de ce chef de d\u00e9partement pas comme les autres. J\u2019ai redit que j\u2019avais eu cette chance dans ma vie professionnelle maintenant proche de son ach\u00e8vement. D\u2019avoir pos\u00e9 les bases, voil\u00e0 bient\u00f4t trente ans, de cette cabane pour les humanit\u00e9s de l\u2019ing\u00e9nieur. Dans ce moment si difficile de ma vie personnelle j\u2019\u00e9tais heureux, malgr\u00e9 tout, de \u00e7a. Et de pouvoir favoriser des circonstances comme celles que nous venions de vivre. J\u2019irai d\u00eener, pendant la semaine de vacances, chez Didier. Dans cette accueillante maison que, avec sa femme &amp; sa fille, il sait ouvrir aux vieux copains. C\u2019est vraiment quelqu\u2019un sur qui je peux compter. \u00c0 Toulouse Didier Goupil. Le soir tombait sur le canal. Une atmosph\u00e8re obscure d\u00e9j\u00e0 sur la ville. Je prendrai, demain matin, le train pour Paris. Pour aller \u00e9couter, lundi soir, Sarah Chiche \u00e0 la Maison de la Po\u00e9sie. Ce sera le premier s\u00e9jour \u00e0 Paname o\u00f9 je n\u2019inviterai pas au restaurant l\u2019un ou l\u2019autre des deux m\u00f4mes. Mon \u00e2me en panne \u00e0 Paname. Je ferai les quais. La Seine &amp; les noy\u00e9s. \u00c7a fait prendre l\u2019air. Comme dans la chanson de L\u00e9o Ferr\u00e9. Et \u00e7a distrait. Paname, Paname. Il n\u2019y a plus beaucoup d\u2019alchimies. Dans ma vie. L\u2019amiti\u00e9 reste l\u2019une des derni\u00e8res. Avec l\u2019amour de la litt\u00e9rature. &nbsp; Paris, 15 octobre 2023. Je n\u2019aime plus Paris. Sauf certaines rues. Il n\u2019y avait plus une table de libre chez Mamane. Rue des Cinq-Diamants. J\u2019ai chang\u00e9 de trottoir. Une nappe \u00e0 carreaux rouges &amp; blancs chez Gladines. Je me suis juste demand\u00e9 si la chaise \u2013 rudimentaire dossier en bois, pieds de fer datant d\u2019une d\u00e9faite oubli\u00e9e \u2013 supporterait mon poids. Surtout apr\u00e8s les escargots en persillade, l\u2019omelette aux c\u00e8pes &amp; aux girolles suppl\u00e9ment patates maison &amp; l\u2019\u00eele flottante. C\u2019est une certaine id\u00e9e de la province \u00e0 Paname. Et le Pays basque sur la Butte-aux-cailles. Elle n\u2019existe plus depuis mauvaise lurette. La France de mon enfance. Il y a longtemps que plus personne ne lui fait cr\u00e9dit. Sur ce comptoir en bois sans ardoise magique. J\u2019aime ces nostalgiques retrouvailles. Avec le go\u00fbt du pain perdu. L\u2019impayable patron r\u00e2lait qu\u2019il n\u2019y avait personne ce soir. \u00c0 cause de leur foutu match\u00a0; tous comme des mouches devant les \u00e9crans du rugby\u00a0; l\u2019hypnose \u00e0 gogos dans tous les bars du quartier. Une vilaine cr\u00e8ve avait emp\u00each\u00e9 Charlotte de d\u00eener avec moi comme pr\u00e9vu. Tenace mal\u00e9diction entre nous. Et je me retrouvais \u00e0 faire des clins d\u2019\u0153il \u00e0 cet \u00e9pouvantail en T-shirt &amp; pantacourt trou\u00e9. Ses dents cass\u00e9es avaient un petit coup dans le nez. Burlesque babil de son ivresse presque inaudible. Je jurais que la persillade \u00e9tait comme dans les livres. Et les escargots bougrement go\u00fbtus. Ses cheveux en bataille avaient, pour me r\u00e9pondre, la voix de certains acteurs abonn\u00e9s aux seconds r\u00f4les dans les feuilletons fran\u00e7ais du samedi soir au temps de notre t\u00e9l\u00e9 noir &amp; blanc. Sortant des fourneaux une trogne coutur\u00e9e de tics, le cuistot a trafiqu\u00e9 des fils &amp; des boutons pour mettre de la musique. Vraiment pas assez d\u2019ambiance, ce soir. Il sourit, avec une dent sur deux, en reconnaissant ce rock champ\u00eatre. Michel Delpech, \u00ab\u00a0Le Loir-et-Cher\u00a0\u00bb. Ces gens-l\u00e0 n\u2019font pas de mani\u00e8re. Le patron &amp; le cuistot non plus. Ils ne peuvent pas s\u2019emp\u00eacher. De reprendre, et pour la milli\u00e8me fois, certaines paroles. Ils sont carr\u00e9ment aux anges. Avec la suivante. Le temps dure longtemps. Et la vie s\u00fbrement plus d\u2019un million d\u2019ann\u00e9es. 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