{"id":4866,"date":"2024-02-04T10:20:35","date_gmt":"2024-02-04T09:20:35","guid":{"rendered":"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=4866"},"modified":"2024-02-04T10:27:53","modified_gmt":"2024-02-04T09:27:53","slug":"chronique-lili-frikh-un-mot-sans-lautre-dialogue-avec-philippe-bouret-par-jean-azarel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2024\/02\/04\/chronique-lili-frikh-un-mot-sans-lautre-dialogue-avec-philippe-bouret-par-jean-azarel\/","title":{"rendered":"[Chronique] Lili FRIKH, Un mot sans l\u2019autre, dialogue avec Philippe BOURET, par Jean Azarel"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Lili FRIKH, <strong><em>Un mot sans l\u2019autre<\/em><\/strong>, dialogue avec Philippe BOURET, \u00e9ditions Marsa Virolle M, printemps-\u00e9t\u00e9 2023, 106 pages, 15 \u20ac, ISBN\u00a0: 978-2-494-65205-7.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Attention, pas motus, et bouche d\u00e9cousue\u00a0! <strong><em>Un mot sans l\u2019autre<\/em><\/strong> est un livre fort, plus fort que le caf\u00e9 le plus fort, mais en aucun cas fort de caf\u00e9. C&rsquo;est un livre difficile \u00e0 lire parce qu&rsquo;il ne triche pas comme sait si bien le faire le genre humain, entre autres en litt\u00e9rature et po\u00e9sie. Ac-couch\u00e9e sur le divan du psychanalyste, mais aussi po\u00e8te et \u00e9crivain, Philippe Bouret, Lili Frikh <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-4867\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/lilifrisk.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"310\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/lilifrisk.jpg 220w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/lilifrisk-213x300.jpg 213w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/lilifrisk-106x150.jpg 106w\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/>nous donne en un peu moins de cent pages les cl\u00e9s de compr\u00e9hension qui ouvrent grandes les portes de ses travaux d&rsquo;\u00e9criture et graphiques. Ici la confiserie po\u00e9tique, cette perversit\u00e9 consum\u00e9riste du syst\u00e8me marchand, n&rsquo;est pas de mise. Lili pr\u00e9vient\u00a0: quand elle \u00e9crit <em>c&rsquo;est dans le vide. Il n&rsquo;y a pas de chaise pas de table pas de papier pas de stylo&#8230;C&rsquo;est aveugle. <\/em>Et plus loin, lorsque sortant opportun\u00e9ment du retrait qu&rsquo;il s&rsquo;impose, Philippe Bouret pose la question <em>\u00e9crire \u00e0 partir de l&rsquo;oralit\u00e9\u00a0?<\/em> elle pr\u00e9cise\u00a0: <em>oui, j&rsquo;\u00e9cris \u00e0 voix haute. Ecrire \u00e0 voix haute, ce n&rsquo;est pas lire ou relire \u00e0 voix haute. J&rsquo;\u00e9cris avec la voix qui prononce, dans le souffle de l&rsquo;oralit\u00e9. Le passage de cette voix dans l&rsquo;espace litt\u00e9raire a \u00e9t\u00e9 et reste une v\u00e9ritable traduction. <\/em>Le papier fige la voix, l&#8217;embaume, le livre consacre sa mort, ou la renvoie dans la lecture performance o\u00f9 trop souvent la forme colonise le fond. Le livre est une amputation, <em>un livre \u00e7a coupe<\/em>, alors que <em>parler<\/em>, nous dit Lili, <em>c&rsquo;est pour tenir dans le vide, pas sur la page. <\/em>Elle nous ram\u00e8ne au myst\u00e8re de la cr\u00e9ation, ce visc\u00e9ral besoin sans cause diagnostiqu\u00e9e de d\u00e9passer les normes, ces tue- l&rsquo;amour n\u00e9cessaires dans toute leur effroyable dualit\u00e9, parce que constate Philippe Bouret, <em>vous \u00eates plus une amoureuse qu&rsquo;une artiste. <\/em>Et l&rsquo;artiste, surtout quand il se vend au genre contemporain en oubliant les mots perd pour Lili sa capacit\u00e9 de r\u00e9sistance et de souffrance\u00a0; <em>l&rsquo;obligation \u00e0 verbaliser dans l&rsquo;indicible, l&rsquo;effondrement n&rsquo;est pas plastique. <\/em>Lili Frikh nous instruit de la jouissance de la voix d&rsquo;avant les mots, fluide circulant dans l&rsquo;espace du corps que la sortie en langue mortifie. Elle nous rappelle aussi la putasserie <em>des cr\u00e9ateurs de tendances qui vont faire un tour de bidonville pour d\u00e9tecter et s&#8217;emparer des trouvailles de la mis\u00e8re mat\u00e9rielle. Quand le fond humain est d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 et l&rsquo;\u0153uvre de l&rsquo;autre, le crime est parfait. <\/em>Pour se guider, sur son chemin, l&rsquo;auteure plaide pour le renouvellement de l&rsquo;inconnu qui <em>existe comme tel et fait partie de vivre<\/em>, la plong\u00e9e dans l&rsquo;insoup\u00e7onn\u00e9 de nous-m\u00eame car \u00e7<em>a permet de laver les \u0153uvres, et oui faut laver les \u0153uvres pour qu&rsquo;on ne les prenne plus pour des objets d&rsquo;art. <\/em>Il nous appartient de <em>ne pas faire basculer les mots tout de suite dans la langue, ne pas les prostituer trop vite, les laisser parler avant de les \u00e9gorger dans le miroir.<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><strong><em>Un mot sans l\u2019autre<\/em><\/strong> est une \u0153uvre de salubrit\u00e9 publique sur la mis\u00e8re d&rsquo;\u00e9crire en po\u00e8te. <em>Le po\u00e8te n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 celui qui veut \u00eatre malheureux et crever de faim. La mis\u00e8re n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 une revendication, pas plus que la souffrance, seulement la<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-4871\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Lili_FRIKH.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"220\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Lili_FRIKH.jpg 220w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Lili_FRIKH-150x150.jpg 150w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Lili_FRIKH-144x144.jpg 144w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Lili_FRIKH-75x75.jpg 75w\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/> cons\u00e9quence d&rsquo;une r\u00e9sistance. Pour changer la donne, il faudrait que le refus de la libert\u00e9, de la r\u00e9sistance \u00e0 , soient cot\u00e9s en bourse.<\/em> <strong><em>Un mot sans l\u2019autre<\/em><\/strong> est un cours de philosophie sans les aff\u00e9teries absconses de trop de philosophes dont les antiennes s\u00e9culaires n&rsquo;ont rien corrig\u00e9 de la nature humaine. Ainsi, rel\u00e8ve Lili Frikh, <em>la d\u00e9construction linguistique n&rsquo;est charg\u00e9e que de la part conceptuelle de la langue et passe totalement \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du souffle analphab\u00e8te qui traverse la totalit\u00e9 du langage et unit tous les mots de tous les pays de tous les hommes. <strong>Un mot sans l\u2019autre<\/strong><\/em> est l&rsquo;ouvrage indispensable pour comprendre comment \u00e9chapper \u00e0 la dictature du portrait sur la v\u00e9rit\u00e9 du visage, savoir qui on est et o\u00f9 et comment on va en po\u00e9sie. Enfin. <em>Quand Rimbaud parlait de<\/em> changer la vie, <em>c&rsquo;\u00e9tait pour plus de vie, pas pour moins de vie.<\/em> Dont acte.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lili FRIKH, Un mot sans l\u2019autre, dialogue avec Philippe BOURET, \u00e9ditions Marsa Virolle M, printemps-\u00e9t\u00e9 2023, 106 pages, 15 \u20ac, ISBN\u00a0: 978-2-494-65205-7. &nbsp; Attention, pas motus, et bouche d\u00e9cousue\u00a0! Un mot sans l\u2019autre est un livre fort, plus fort que le caf\u00e9 le plus fort, mais en aucun cas fort de caf\u00e9. C&rsquo;est un livre difficile \u00e0 lire parce qu&rsquo;il ne triche pas comme sait si bien le faire le genre humain, entre autres en litt\u00e9rature et po\u00e9sie. Ac-couch\u00e9e sur le divan du psychanalyste, mais aussi po\u00e8te et \u00e9crivain, Philippe Bouret, Lili Frikh nous donne en un peu moins de cent pages les cl\u00e9s de compr\u00e9hension qui ouvrent grandes les portes de ses travaux d&rsquo;\u00e9criture et graphiques. Ici la confiserie po\u00e9tique, cette perversit\u00e9 consum\u00e9riste du syst\u00e8me marchand, n&rsquo;est pas de mise. Lili pr\u00e9vient\u00a0: quand elle \u00e9crit c&rsquo;est dans le vide. Il n&rsquo;y a pas de chaise pas de table pas de papier pas de stylo&#8230;C&rsquo;est aveugle. Et plus loin, lorsque sortant opportun\u00e9ment du retrait qu&rsquo;il s&rsquo;impose, Philippe Bouret pose la question \u00e9crire \u00e0 partir de l&rsquo;oralit\u00e9\u00a0? elle pr\u00e9cise\u00a0: oui, j&rsquo;\u00e9cris \u00e0 voix haute. Ecrire \u00e0 voix haute, ce n&rsquo;est pas lire ou relire \u00e0 voix haute. J&rsquo;\u00e9cris avec la voix qui prononce, dans le souffle de l&rsquo;oralit\u00e9. 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Et l&rsquo;artiste, surtout quand il se vend au genre contemporain en oubliant les mots perd pour Lili sa capacit\u00e9 de r\u00e9sistance et de souffrance\u00a0; l&rsquo;obligation \u00e0 verbaliser dans l&rsquo;indicible, l&rsquo;effondrement n&rsquo;est pas plastique. Lili Frikh nous instruit de la jouissance de la voix d&rsquo;avant les mots, fluide circulant dans l&rsquo;espace du corps que la sortie en langue mortifie. Elle nous rappelle aussi la putasserie des cr\u00e9ateurs de tendances qui vont faire un tour de bidonville pour d\u00e9tecter et s&#8217;emparer des trouvailles de la mis\u00e8re mat\u00e9rielle. Quand le fond humain est d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 et l&rsquo;\u0153uvre de l&rsquo;autre, le crime est parfait. 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