{"id":5001,"date":"2024-04-11T19:51:43","date_gmt":"2024-04-11T17:51:43","guid":{"rendered":"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=5001"},"modified":"2024-04-11T19:52:20","modified_gmt":"2024-04-11T17:52:20","slug":"chronique-pascal-boulanger-face-a-quelques-oeuvres-de-marc-simon-ou-regardant-ce-qui-me-regarde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2024\/04\/11\/chronique-pascal-boulanger-face-a-quelques-oeuvres-de-marc-simon-ou-regardant-ce-qui-me-regarde\/","title":{"rendered":"[Chronique] Pascal Boulanger, Face \u00e0 quelques \u0153uvres de Marc Simon ou regardant ce qui me regarde"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">La rencontre avec une \u0153uvre, quand celle-ci suscite en nous une vive \u00e9motion, nous oblige et nous encourage \u00e0 vivre une pr\u00e9sence. Vivre une pr\u00e9sence d\u00e9passe le seul espace de la repr\u00e9sentation, car ce qui se fixe en pr\u00e9sentation reste muet. A l\u2019inverse, une pr\u00e9sence parle. Et cette parole \u2013 m\u00eame silencieuse \u2013 se justifie par une sensation imm\u00e9diate, une donation sensible. Sait-on vraiment qui voit et qui est vu\u00a0? <em>Les choses nous regardent <\/em>a \u00e9crit Merleau-Ponty, qui cite dans son livre <em>L\u2019\u0153il et l\u2019esprit, <\/em>ces phrases d\u2019Andr\u00e9 Marchand\u00a0:<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>Dans une for\u00eat, j\u2019ai senti \u00e0 plusieurs reprises que ce n\u2019\u00e9tait pas moi qui regardais la for\u00eat. J\u2019ai senti, certains jours, que c\u2019\u00e9taient les arbres qui me regardaient, qui me parlaient (\u2026) J\u2019attends d\u2019\u00eatre int\u00e9rieurement submerg\u00e9, enseveli. Je peins peut-\u00eatre pour surgir.<\/em><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Rimbaud aussi avait sugg\u00e9r\u00e9 \u00e0 son professeur de Lettres que non seulement nous sommes pens\u00e9s \u2013 avant d\u2019\u00e9mettre la moindre pens\u00e9e \u2013 mais aussi pans\u00e9s (soign\u00e9s) par quelque chose de plus grand que nous. L\u2019\u00e9change intuitif s\u2019op\u00e8re, avant tout, dans l\u2019\u00e9tonnement, comme dans toute rencontre amoureuse, et dans une sortie hors de soi. L\u2019\u0153uvre aussi sort d\u2019elle-m\u00eame, et s\u2019offre \u00e0 la vue. C\u2019est le regard, plong\u00e9 dans l\u2019espace d\u2019une galerie ou d\u2019un mus\u00e9e, qui se fixe et s\u2019attarde sur l\u2019\u0153uvre expos\u00e9e. Il s\u2019y fixe en sachant que la mati\u00e8re-\u0153uvre a eu le droit \u00e0 une seconde vie, une vie pos\u00e9e et en mouvement, dans un face \u00e0 face o\u00f9 elle agit en mode sensible, po\u00e9tique et est, elle-m\u00eame, agit par la pr\u00e9sence et l\u2019insistance de notre regard.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Une rencontre est toujours une r\u00e9v\u00e9lation, je l\u2019ai v\u00e9cue en visitant quelques variations de <em>Bois br\u00fbl\u00e9s <\/em>de Marc Simon. Ecrivain, je m\u2019accorde tous ces moments privil\u00e9gi\u00e9s de regarder ce qui me regarde, de suivre le geste de retournement d\u2019un sculpteur et d\u2019un peintre, de saisir son travail d\u2019\u00e9cartement, de d\u00e9bridage, de profiter de ces fragments de mati\u00e8re morcel\u00e9s, d\u00e9multipli\u00e9s. Sans d\u00e9placement, mais par rayonnement, une \u0153uvre agit et elle agit en beaut\u00e9 (le beau est un moment du vrai). Mieux, la vision est un moyen qui m\u2019est donn\u00e9 d\u2019\u00eatre absent de moi-m\u00eame, de ma fade subjectivit\u00e9 encombr\u00e9e (et encombr\u00e9e par l\u2019image spectaculaire et marchande qui domine tout l\u2019espace social).<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-5003\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/Marc_Simon.jpg\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"600\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/Marc_Simon.jpg 540w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/Marc_Simon-270x300.jpg 270w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/Marc_Simon-135x150.jpg 135w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/Marc_Simon-366x407.jpg 366w\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" \/><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Une \u0153uvre est parfaite, dans son ach\u00e8vement, quand elle a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e dans une volont\u00e9 de puissance avec laquelle une c\u00e9r\u00e9monie rituelle l\u2019\u00e9l\u00e8ve en chef-d\u2019\u0153uvre. Pour recr\u00e9er le monde, le r\u00e9ordonner, il faut acqu\u00e9rir un savoir-faire, qui ouvre un nouveau champ o\u00f9 tout ce qui a pu s\u2019exprimer auparavant est \u00e0 refaire autrement. L\u2019exigence de Marc Simon \u2013 sa force cr\u00e9atrice qui pense sa d\u00e9pense &#8211; est l\u2019inverse exacte de la pulsion de mort. Elle offre la plus haute intensit\u00e9 dans une profondeur formant densit\u00e9. Elle ajoute de la vie (du <em>faire <\/em>rattach\u00e9 \u00e0 l\u2019enthousiasme) \u00e0 la vie de la pierre, du bois, de la mati\u00e8re. L\u2019art, et singuli\u00e8rement celui de Marc Simon, est toujours le reflet abouti d\u2019un exc\u00e8s dans lequel corps et esprit, acte et pens\u00e9e, rendent la vie admirable. Si la perfection n\u2019existait pas, on ajouterait un coup de ciseau et de marteau \u00e0 la <em>Piet\u00e0 <\/em>de Michel-Ange, ou, pourquoi pas, une nouvelle couche de couleur \u00e0 une toile de C\u00e9zanne. Or la perfection dans l\u2019art existe, elle exerce une pression aussi forte que celle qui nous est inflig\u00e9e par toutes les soci\u00e9t\u00e9s. Et c\u2019est parce qu\u2019elle existe qu\u2019on a la chance de ne pas p\u00e9rir de d\u00e9go\u00fbt et de naus\u00e9e devant l\u2019immonde du monde. Marc Simon nous dit, sans nous le dire, qu\u2019il y a sans doute une perfection de la nature, mais surtout une perfection surnaturelle. Il se peut m\u00eame qu\u2019il y ait une d\u00e9ficience de la nature et la n\u00e9cessit\u00e9 de la gr\u00e2ce, autrement dit, n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une perfection hors-nature, comme en t\u00e9moignent ses propres \u0153uvres.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>Penser est un travail de la main <\/em>(Heidegger), la main offre et re\u00e7oit, elle trace des signes et ceux qui apparaissent sur les bois br\u00fbl\u00e9s de Marc Simon rel\u00e8vent d\u2019une d\u00e9licate pr\u00e9cision, dans le souci des d\u00e9tails, accentu\u00e9 par des stries et des cr\u00eates lumineuses jusqu\u2019au br\u00fblage sombre qui s\u2019\u00e9l\u00e8ve et suinte. Toutes interpr\u00e9tations symboliques me semblent r\u00e9duire le pouvoir de fascination d\u2019une \u0153uvre. Donner un sens pr\u00e9cis et litt\u00e9raire r\u00e9duit le polymorphisme de la mati\u00e8re qui est travaill\u00e9e, transcend\u00e9e. Une \u0153uvre peut \u00eatre parfaite et impure, impure donc parfaite, dans le sens o\u00f9, monumentale, elle agit par r\u00e9p\u00e9titions, rejets, augmentations, \u00e0 travers prises, reprises et sur-prises, qui m\u00ealent des strates et composent avec des dimensions et des couleurs multiples, formant des s\u00e9ries en appelant d\u2019autres, et cela, dans un jeu infini o\u00f9 maitrise, hypoth\u00e8se de l\u2019inconscient et hasard relancent les d\u00e9s. L\u2019art ici comme conscience et sensation multipli\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: center;\">\u2666\u2666\u2666\u2666\u2666<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">J\u2019ai d\u00e9couvert une infime partie de l\u2019\u0153uvre de Marc Simon, dans <em>La Galerie <\/em>(collectif du printemps des arts) \u00e0 Bazouges la P\u00e9rouse (Ile et Vilaine), village dans lequel je vis.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Dipl\u00f4m\u00e9 en Histoire de l\u2019Art, sculpteur sp\u00e9cialis\u00e9 dans la pierre, dessinateur, peintre, graveur et enseignant\u2026 Marc Simon a un parcours \u00e9clectique qui donne la pr\u00e9\u00e9minence aux formes et aux volumes. Ce sont essentiellement ses <em>bois br\u00fbl\u00e9s <\/em>et ses sculptures sur pierre qui m\u2019ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 l\u2019importance de cet artiste dont l\u2019\u0153uvre dans sa totalit\u00e9 est encore \u00e0 d\u00e9couvrir.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La rencontre avec une \u0153uvre, quand celle-ci suscite en nous une vive \u00e9motion, nous oblige et nous encourage \u00e0 vivre une pr\u00e9sence. Vivre une pr\u00e9sence d\u00e9passe le seul espace de la repr\u00e9sentation, car ce qui se fixe en pr\u00e9sentation reste muet. A l\u2019inverse, une pr\u00e9sence parle. Et cette parole \u2013 m\u00eame silencieuse \u2013 se justifie par une sensation imm\u00e9diate, une donation sensible. Sait-on vraiment qui voit et qui est vu\u00a0? Les choses nous regardent a \u00e9crit Merleau-Ponty, qui cite dans son livre L\u2019\u0153il et l\u2019esprit, ces phrases d\u2019Andr\u00e9 Marchand\u00a0: Dans une for\u00eat, j\u2019ai senti \u00e0 plusieurs reprises que ce n\u2019\u00e9tait pas moi qui regardais la for\u00eat. J\u2019ai senti, certains jours, que c\u2019\u00e9taient les arbres qui me regardaient, qui me parlaient (\u2026) J\u2019attends d\u2019\u00eatre int\u00e9rieurement submerg\u00e9, enseveli. Je peins peut-\u00eatre pour surgir. Rimbaud aussi avait sugg\u00e9r\u00e9 \u00e0 son professeur de Lettres que non seulement nous sommes pens\u00e9s \u2013 avant d\u2019\u00e9mettre la moindre pens\u00e9e \u2013 mais aussi pans\u00e9s (soign\u00e9s) par quelque chose de plus grand que nous. L\u2019\u00e9change intuitif s\u2019op\u00e8re, avant tout, dans l\u2019\u00e9tonnement, comme dans toute rencontre amoureuse, et dans une sortie hors de soi. L\u2019\u0153uvre aussi sort d\u2019elle-m\u00eame, et s\u2019offre \u00e0 la vue. C\u2019est le regard, plong\u00e9 dans l\u2019espace d\u2019une galerie ou d\u2019un mus\u00e9e, qui se fixe et s\u2019attarde sur l\u2019\u0153uvre expos\u00e9e. Il s\u2019y fixe en sachant que la mati\u00e8re-\u0153uvre a eu le droit \u00e0 une seconde vie, une vie pos\u00e9e et en mouvement, dans un face \u00e0 face o\u00f9 elle agit en mode sensible, po\u00e9tique et est, elle-m\u00eame, agit par la pr\u00e9sence et l\u2019insistance de notre regard. Une rencontre est toujours une r\u00e9v\u00e9lation, je l\u2019ai v\u00e9cue en visitant quelques variations de Bois br\u00fbl\u00e9s de Marc Simon. 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Pour recr\u00e9er le monde, le r\u00e9ordonner, il faut acqu\u00e9rir un savoir-faire, qui ouvre un nouveau champ o\u00f9 tout ce qui a pu s\u2019exprimer auparavant est \u00e0 refaire autrement. L\u2019exigence de Marc Simon \u2013 sa force cr\u00e9atrice qui pense sa d\u00e9pense &#8211; est l\u2019inverse exacte de la pulsion de mort. Elle offre la plus haute intensit\u00e9 dans une profondeur formant densit\u00e9. Elle ajoute de la vie (du faire rattach\u00e9 \u00e0 l\u2019enthousiasme) \u00e0 la vie de la pierre, du bois, de la mati\u00e8re. L\u2019art, et singuli\u00e8rement celui de Marc Simon, est toujours le reflet abouti d\u2019un exc\u00e8s dans lequel corps et esprit, acte et pens\u00e9e, rendent la vie admirable. Si la perfection n\u2019existait pas, on ajouterait un coup de ciseau et de marteau \u00e0 la Piet\u00e0 de Michel-Ange, ou, pourquoi pas, une nouvelle couche de couleur \u00e0 une toile de C\u00e9zanne. Or la perfection dans l\u2019art existe, elle exerce une pression aussi forte que celle qui nous est inflig\u00e9e par toutes les soci\u00e9t\u00e9s. Et c\u2019est parce qu\u2019elle existe qu\u2019on a la chance de ne pas p\u00e9rir de d\u00e9go\u00fbt et de naus\u00e9e devant l\u2019immonde du monde. Marc Simon nous dit, sans nous le dire, qu\u2019il y a sans doute une perfection de la nature, mais surtout une perfection surnaturelle. Il se peut m\u00eame qu\u2019il y ait une d\u00e9ficience de la nature et la n\u00e9cessit\u00e9 de la gr\u00e2ce, autrement dit, n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une perfection hors-nature, comme en t\u00e9moignent ses propres \u0153uvres. Penser est un travail de la main (Heidegger), la main offre et re\u00e7oit, elle trace des signes et ceux qui apparaissent sur les bois br\u00fbl\u00e9s de Marc Simon rel\u00e8vent d\u2019une d\u00e9licate pr\u00e9cision, dans le souci des d\u00e9tails, accentu\u00e9 par des stries et des cr\u00eates lumineuses jusqu\u2019au br\u00fblage sombre qui s\u2019\u00e9l\u00e8ve et suinte. Toutes interpr\u00e9tations symboliques me semblent r\u00e9duire le pouvoir de fascination d\u2019une \u0153uvre. Donner un sens pr\u00e9cis et litt\u00e9raire r\u00e9duit le polymorphisme de la mati\u00e8re qui est travaill\u00e9e, transcend\u00e9e. Une \u0153uvre peut \u00eatre parfaite et impure, impure donc parfaite, dans le sens o\u00f9, monumentale, elle agit par r\u00e9p\u00e9titions, rejets, augmentations, \u00e0 travers prises, reprises et sur-prises, qui m\u00ealent des strates et composent avec des dimensions et des couleurs multiples, formant des s\u00e9ries en appelant d\u2019autres, et cela, dans un jeu infini o\u00f9 maitrise, hypoth\u00e8se de l\u2019inconscient et hasard relancent les d\u00e9s. L\u2019art ici comme conscience et sensation multipli\u00e9es. \u2666\u2666\u2666\u2666\u2666 J\u2019ai d\u00e9couvert une infime partie de l\u2019\u0153uvre de Marc Simon, dans La Galerie (collectif du printemps des arts) \u00e0 Bazouges la P\u00e9rouse (Ile et Vilaine), village dans lequel je vis. 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