{"id":5140,"date":"2024-05-15T14:40:13","date_gmt":"2024-05-15T12:40:13","guid":{"rendered":"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=5140"},"modified":"2024-05-16T07:39:39","modified_gmt":"2024-05-16T05:39:39","slug":"chronique-pierre-gauyat-voyage-au-bout-du-roman-noir-a-propos-de-natacha-levet-le-roman-noir-une-histoire-francaise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2024\/05\/15\/chronique-pierre-gauyat-voyage-au-bout-du-roman-noir-a-propos-de-natacha-levet-le-roman-noir-une-histoire-francaise\/","title":{"rendered":"[Chronique] Pierre Gauyat, Voyage au bout du roman noir (\u00e0 propos de Natacha Levet, Le Roman noir, une histoire fran\u00e7aise)"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Natacha Levet, <em>Le Roman noir, une histoire fran\u00e7aise<\/em>, Paris, Presses universitaires de France, f\u00e9vrier 2024, 416 pages, 22 \u20ac, ISBN\u00a0: 978-2-13-084198-2.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Le roman noir est devenu un ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9ditorial, mais aussi de soci\u00e9t\u00e9. On ne compte plus les collections dans toutes les maisons d\u2019\u00e9dition, et les salons autour du genre rencontrent un vif succ\u00e8s aupr\u00e8s du public. Toutefois, la recherche universitaire, sans le rejeter tout \u00e0 fait, semble un peu plus r\u00e9ticente \u00e0 son endroit. Toute la recherche universitaire\u00a0? Non, une facult\u00e9 fait de la r\u00e9sistance, dans le centre de la France, \u00e0 Limoges, terre de R\u00e9sistance s\u2019il en est, avec Natacha Levet qui vient de publier <em>Le Roman noir, une histoire fran\u00e7aise<\/em>, aux PUF\u2026<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Dans cet ouvrage, l\u2019autrice remonte aux origines du genre que l\u2019on attribue, parfois un peu h\u00e2tivement, aux Am\u00e9ricains. En effet, dans notre pays, le noir est solidement ancr\u00e9 et compte de tr\u00e8s nombreux auteurs, des collections prestigieuses, et des maisons d\u2019\u00e9dition d\u00e9di\u00e9es. Cet ouvrage nous emm\u00e8ne jusqu\u2019au d\u00e9but du 21<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, dans une travers\u00e9e de 100 ans de cr\u00e9ation litt\u00e9raire.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Il est de coutume de situer la naissance du roman noir fran\u00e7ais \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e des \u00e9crivains <em>hard boiled <\/em>am\u00e9ricains, \u00e0 la fin de la Seconde Guerre mondiale. Natacha Levet montre que c\u2019est un peu plus compliqu\u00e9 que cela. En effet, Dashiell Hammett, Rex Stout ou Erle Stanley Gardner ont \u00e9t\u00e9 \u00e9dit\u00e9s en France avant-guerre, mais sans que leurs \u0153uvres provoquent un engouement particulier. L\u2019acte de naissance du roman noir fran\u00e7ais a lieu pendant la guerre avec la parution de <em>120, rue de la gare<\/em>, de L\u00e9o Malet, en 1943, avec Nestor Burma en d\u00e9tective intr\u00e9pide et malin qui d\u00e9noue l\u2019intrigue, non sans bagarre et jeune femme troublante.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-5143\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Roman-Noir_Levet.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"330\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Roman-Noir_Levet.jpg 220w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Roman-Noir_Levet-200x300.jpg 200w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Roman-Noir_Levet-100x150.jpg 100w\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/>Natacha Levet montre \u00e9galement que le roman noir plonge ses racines dans le roman-feuilleton ou les r\u00e9cits du crime, mais aussi dans le roman r\u00e9aliste et naturaliste de la fin du 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et, de fa\u00e7on plus \u00e9tonnante, dans le roman prol\u00e9tarien des ann\u00e9es 1920 et 1930.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Mais c\u2019est une collection qui va donner le coup d\u2019envoi du roman noir en France, la S\u00e9rie noire, lanc\u00e9e par Marcel Duhamel, chez Gallimard, en 1945. Les premiers auteurs sont anglo-saxons\u00a0: Peter Cheyney, James Hadley Chase, Dashiell Hammett, Raymond Chandler, Don Tracy ou Horace McCoy. Les premiers Fran\u00e7ais font leur apparition, sous pseudonymes am\u00e9ricains, Terry Stewart, pour Serge Arcou\u00ebt, et John Amila, pour Jean Meckert, d\u00e8s 1948 et 1950. Les collections se multiplient chez de tr\u00e8s nombreux \u00e9diteurs proposant des textes de tous niveaux, faisant du roman noir un ph\u00e9nom\u00e8ne de soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Cette dynamique, comme toute vague, finit par perdre de sa force et ronronner dans des sentiers battus et rebattus. Heureusement, Mai 68 passe par l\u00e0 et bouscule la soci\u00e9t\u00e9, mais aussi la litt\u00e9rature polici\u00e8re qui va s\u2019en trouver toute retourn\u00e9e. Dans les ann\u00e9es 1970, une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration fait son apparition \u00e0 la suite de Jean-Patrick Manchette, avec ADG ou Jean Vautrin, celle du n\u00e9o-polar qui va dynamiter les codes du roman policier.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Ils seront suivis par une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration, au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, avec des auteurs comme Fr\u00e9d\u00e9ric H. Fajardie, Didier Daeninckx, Thierry Jonquet, Jean-Fran\u00e7ois Vilar, Jean-Bernard Pouy, qui ont en commun un pass\u00e9 de militants de gauche et d\u2019extr\u00eame gauche\u00a0; d\u00e9senchant\u00e9s des vertus de l\u2019action politique, ils poursuivent leur combat par le biais de la litt\u00e9rature.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Depuis le d\u00e9but du 21<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, le paysage du roman noir a \u00e9volu\u00e9. D\u00e9j\u00e0, il s\u2019est beaucoup f\u00e9minis\u00e9 avec des autrices comme Dominique Manotti, Maud Tabachnick, Sylvie Granotier, Pascale Fonteneau ou Elsa Marpeau. De nouveaux et jeunes auteurs publient des romans plus inquiets, voire inqui\u00e9tants, sur fond de d\u00e9gradation de l\u2019environnement et de destructions sociales.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Natacha Levet nous offre un aper\u00e7u pr\u00e9cis de la litt\u00e9rature noire en France depuis un si\u00e8cle, dans un livre \u00e9rudit et tr\u00e8s agr\u00e9able \u00e0 lire.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Natacha Levet, Le Roman noir, une histoire fran\u00e7aise, Paris, Presses universitaires de France, f\u00e9vrier 2024, 416 pages, 22 \u20ac, ISBN\u00a0: 978-2-13-084198-2. &nbsp; Le roman noir est devenu un ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9ditorial, mais aussi de soci\u00e9t\u00e9. On ne compte plus les collections dans toutes les maisons d\u2019\u00e9dition, et les salons autour du genre rencontrent un vif succ\u00e8s aupr\u00e8s du public. Toutefois, la recherche universitaire, sans le rejeter tout \u00e0 fait, semble un peu plus r\u00e9ticente \u00e0 son endroit. Toute la recherche universitaire\u00a0? Non, une facult\u00e9 fait de la r\u00e9sistance, dans le centre de la France, \u00e0 Limoges, terre de R\u00e9sistance s\u2019il en est, avec Natacha Levet qui vient de publier Le Roman noir, une histoire fran\u00e7aise, aux PUF\u2026 Dans cet ouvrage, l\u2019autrice remonte aux origines du genre que l\u2019on attribue, parfois un peu h\u00e2tivement, aux Am\u00e9ricains. En effet, dans notre pays, le noir est solidement ancr\u00e9 et compte de tr\u00e8s nombreux auteurs, des collections prestigieuses, et des maisons d\u2019\u00e9dition d\u00e9di\u00e9es. Cet ouvrage nous emm\u00e8ne jusqu\u2019au d\u00e9but du 21e si\u00e8cle, dans une travers\u00e9e de 100 ans de cr\u00e9ation litt\u00e9raire. Il est de coutume de situer la naissance du roman noir fran\u00e7ais \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e des \u00e9crivains hard boiled am\u00e9ricains, \u00e0 la fin de la Seconde Guerre mondiale. Natacha Levet montre que c\u2019est un peu plus compliqu\u00e9 que cela. En effet, Dashiell Hammett, Rex Stout ou Erle Stanley Gardner ont \u00e9t\u00e9 \u00e9dit\u00e9s en France avant-guerre, mais sans que leurs \u0153uvres provoquent un engouement particulier. L\u2019acte de naissance du roman noir fran\u00e7ais a lieu pendant la guerre avec la parution de 120, rue de la gare, de L\u00e9o Malet, en 1943, avec Nestor Burma en d\u00e9tective intr\u00e9pide et malin qui d\u00e9noue l\u2019intrigue, non sans bagarre et jeune femme troublante. Natacha Levet montre \u00e9galement que le roman noir plonge ses racines dans le roman-feuilleton ou les r\u00e9cits du crime, mais aussi dans le roman r\u00e9aliste et naturaliste de la fin du 19e si\u00e8cle et, de fa\u00e7on plus \u00e9tonnante, dans le roman prol\u00e9tarien des ann\u00e9es 1920 et 1930. Mais c\u2019est une collection qui va donner le coup d\u2019envoi du roman noir en France, la S\u00e9rie noire, lanc\u00e9e par Marcel Duhamel, chez Gallimard, en 1945. Les premiers auteurs sont anglo-saxons\u00a0: Peter Cheyney, James Hadley Chase, Dashiell Hammett, Raymond Chandler, Don Tracy ou Horace McCoy. Les premiers Fran\u00e7ais font leur apparition, sous pseudonymes am\u00e9ricains, Terry Stewart, pour Serge Arcou\u00ebt, et John Amila, pour Jean Meckert, d\u00e8s 1948 et 1950. Les collections se multiplient chez de tr\u00e8s nombreux \u00e9diteurs proposant des textes de tous niveaux, faisant du roman noir un ph\u00e9nom\u00e8ne de soci\u00e9t\u00e9. Cette dynamique, comme toute vague, finit par perdre de sa force et ronronner dans des sentiers battus et rebattus. Heureusement, Mai 68 passe par l\u00e0 et bouscule la soci\u00e9t\u00e9, mais aussi la litt\u00e9rature polici\u00e8re qui va s\u2019en trouver toute retourn\u00e9e. Dans les ann\u00e9es 1970, une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration fait son apparition \u00e0 la suite de Jean-Patrick Manchette, avec ADG ou Jean Vautrin, celle du n\u00e9o-polar qui va dynamiter les codes du roman policier. Ils seront suivis par une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration, au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, avec des auteurs comme Fr\u00e9d\u00e9ric H. Fajardie, Didier Daeninckx, Thierry Jonquet, Jean-Fran\u00e7ois Vilar, Jean-Bernard Pouy, qui ont en commun un pass\u00e9 de militants de gauche et d\u2019extr\u00eame gauche\u00a0; d\u00e9senchant\u00e9s des vertus de l\u2019action politique, ils poursuivent leur combat par le biais de la litt\u00e9rature. Depuis le d\u00e9but du 21e si\u00e8cle, le paysage du roman noir a \u00e9volu\u00e9. D\u00e9j\u00e0, il s\u2019est beaucoup f\u00e9minis\u00e9 avec des autrices comme Dominique Manotti, Maud Tabachnick, Sylvie Granotier, Pascale Fonteneau ou Elsa Marpeau. De nouveaux et jeunes auteurs publient des romans plus inquiets, voire inqui\u00e9tants, sur fond de d\u00e9gradation de l\u2019environnement et de destructions sociales. Natacha Levet nous offre un aper\u00e7u pr\u00e9cis de la litt\u00e9rature noire en France depuis un si\u00e8cle, dans un livre \u00e9rudit et tr\u00e8s agr\u00e9able \u00e0 lire.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":5144,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[35,2],"tags":[264,811,2415,814,1988,2416],"class_list":["post-5140","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-chronique","category-une","tag-editions-gallimard","tag-jean-meckert","tag-natacha-levet","tag-pierre-gauyat","tag-puf-editions","tag-roman-noir"],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5140","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5140"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5140\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5147,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5140\/revisions\/5147"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media\/5144"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5140"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5140"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5140"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}