{"id":5349,"date":"2024-08-18T15:46:58","date_gmt":"2024-08-18T13:46:58","guid":{"rendered":"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=5349"},"modified":"2024-08-18T18:13:05","modified_gmt":"2024-08-18T16:13:05","slug":"chronique-pascal-boulanger-vinca-coude-la-grace-dune-guerriere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2024\/08\/18\/chronique-pascal-boulanger-vinca-coude-la-grace-dune-guerriere\/","title":{"rendered":"[Chronique] Pascal Boulanger, Vinca Coud\u00e9, la gr\u00e2ce d\u2019une guerri\u00e8re"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">L\u2019\u0153il c\u2019est le cercle et \u00e0 partir de cet \u0153il, par le pinceau et sa fl\u00e8che d\u00e9coch\u00e9e, s\u2019inventent des cibles, des fictions, des paysages dans des paysages o\u00f9 r\u00e9sonnent aussi bien les \u00e9meutes du c\u0153ur que les rumeurs du monde.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Une co-naissance a lieu dans le lieu m\u00eame d\u2019un espace ouvert et en extension. Le geste de Vinca Coud\u00e9 travaille le creusement, il ploie, d\u00e9ploie, reploie le corps m\u00eame de ce creux, celui de la femme r\u00e9ceptacle qui re\u00e7oit et aussi offre un entrelacs de visions et de mouvements\u00a0; c\u00f4nes, collines du dos, des fesses et des seins, all\u00e9es verticales et courb\u00e9es des jambes et des bras\u2026 Le charnel n\u2019est jamais resserr\u00e9 dans ces peintures, ni fix\u00e9, encore moins vocif\u00e9rant et f\u00e9roce, comme, par exemple, dans les Woman de de Kooning. Le charnel agit plut\u00f4t par vibration et rayonnement, sans surcharge, \u00e0 la fois d\u00e9li\u00e9 et tendu, lib\u00e9r\u00e9 et inquiet. Il est ins\u00e9parable d\u2019une po\u00e9tique et d\u2019une \u00e9rotique, avec, sur la toile de lin, des lignes et des traits de couleurs qui suintent (larmes, sang, mouillure du d\u00e9sir), brouillant et m\u00eame effa\u00e7ant la masse du corps quand il n\u2019est que pesanteur. Car ce qui se donne \u00e0 voir avant tout, c\u2019est la jouissance des formes, leur force et leur vuln\u00e9rabilit\u00e9, leur po\u00e9ticit\u00e9 sensuelle.<\/p>\n<div id=\"attachment_5353\" style=\"width: 550px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-5353\" class=\"size-full wp-image-5353\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/Coude_Femme_dos.jpg\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"730\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/Coude_Femme_dos.jpg 540w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/Coude_Femme_dos-222x300.jpg 222w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/Coude_Femme_dos-111x150.jpg 111w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/Coude_Femme_dos-366x495.jpg 366w\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" \/><p id=\"caption-attachment-5353\" class=\"wp-caption-text\">\u00ab\u00a0Dos au monde\u00a0\u00bb, acrylique\/encre sur toile de lin libre, 170 x 140 cm, juin 2024<\/p><\/div>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Vinca Coud\u00e9, qui a pratiqu\u00e9 des arts martiaux, int\u00e9riorise, s\u00e9dimente et lance des formats et des vitesses, des souffles et des vides, rejouant en guerri\u00e8re des cycles entam\u00e9s, sans jamais s\u2019encombrer de jouissance narcissique ni de puritanisme abstrait. Son art qui s\u2019incarne loin de l\u2019indiff\u00e9renci\u00e9 rayonne \u00e0 la pointe du feu de la v\u00e9rit\u00e9 ressentie. Les corps ne sont pas en repr\u00e9sentation, ils se nouent et se d\u00e9nouent, s\u2019offrent de dos, de biais, de profil, se voilent par la chevelure, se d\u00e9voilent dans les rondeurs apaisantes et maternelles. Se d\u00e9voile aussi le dessous des choses, le dessous de jupes soulev\u00e9es en quelque sorte, l\u00e0 o\u00f9 se joue le d\u00e9sir, ponctu\u00e9 par des coul\u00e9es color\u00e9es de brun, de noir, de sang ou bien de bleu, de blanc et de larmes. Il y a dans les peintures de Vinca Coud\u00e9 une puissance d\u2019abandon et de gr\u00e2ce, une ouverture qui n\u2019est rendue possible que par une d\u00e9chirure. Il y a aussi une fragilit\u00e9 et m\u00eame une vuln\u00e9rabilit\u00e9 qui nous oblige \u00e0 une distance d\u2019\u00e2me. Les points de contact et de cristallisation sont, en effet, t\u00e9nus et d\u00e9licats. Ce n\u2019est pas de retrait qu\u2019il s\u2019agit mais d\u2019un tremblement qui met l\u2019espace de la toile \u00e0 bonne distance, c\u2019est-\u00e0-dire entre la lourde promiscuit\u00e9, les concessions spectaculaires \u00e0 la r\u00e9tine et l\u2019absence radicale de tout bouquet. Ces corps de formes et de couleurs sont donc pr\u00e9sents mais dans l\u2019\u00e9loignement. Ils sont touchants car on sent bien qu\u2019ils m\u00e8nent une vie secr\u00e8te\u00a0; ils ondulent et flottent comme suspendus et en apesanteur, comme eau-dormante dans l\u2019amour. De cette profondeur intime surgit alors non pas la prise mais la sur-prise devant l\u2019inattendu et pourtant le d\u00e9j\u00e0-l\u00e0. Le silence de cette peinture n\u2019est pas somnolence mais conscience m\u00e9dit\u00e9e et multipli\u00e9e. Et beaut\u00e9 seule.<\/p>\n<div id=\"attachment_5356\" style=\"width: 550px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-5356\" class=\"size-full wp-image-5356\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/Deesse1_Coude.jpg\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"410\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/Deesse1_Coude.jpg 540w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/Deesse1_Coude-300x228.jpg 300w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/Deesse1_Coude-150x114.jpg 150w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/Deesse1_Coude-366x278.jpg 366w\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" \/><p id=\"caption-attachment-5356\" class=\"wp-caption-text\">\u00a0\u00bbTr\u00eave\u00a0\u00bb, acrylique\/encre sur toile de lin libre, 140 x 170 cm, juin 2024<\/p><\/div>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\"><em>Mes d\u00e9esses ne d\u00e9voilent pas leur secret, surtout pas leur regard\u2026 <\/em>nous dit Vinca Coud\u00e9. En effet, elles sugg\u00e8rent plut\u00f4t, voilent leur propre essence et dans le mouvement immobile des formes, elles chassent les id\u00e9es et gardent le geste. Quelle intimit\u00e9 se joue, du coup, entre celui qui montre et celui qui regarde\u00a0? Celui qui a des yeux et <em>fixe des vertiges <\/em>(Rimbaud), na\u00eet \u00e0 lui-m\u00eame et au monde, il d\u00e9sire dominer le temps \u2013 afin de tout peindre \u2013 plut\u00f4t que d\u2019\u00eatre domin\u00e9 par le temps qui est, en dehors de la cr\u00e9ation, le temps du ressentiment. Le message cach\u00e9, c\u2019est le temps retrouv\u00e9, restitu\u00e9 en couleurs et en lumi\u00e8re. Le geste renouvel\u00e9 signe enthousiasme et joie, l\u2019exact contraire de la rumination m\u00e9lancolique.<\/p>\n<div id=\"attachment_5358\" style=\"width: 550px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-5358\" class=\"size-full wp-image-5358\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/Deesse2_Coude.jpg\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"600\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/Deesse2_Coude.jpg 540w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/Deesse2_Coude-270x300.jpg 270w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/Deesse2_Coude-135x150.jpg 135w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/Deesse2_Coude-366x407.jpg 366w\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" \/><p id=\"caption-attachment-5358\" class=\"wp-caption-text\">\u00a0\u00bbFace au monde\u00a0\u00bb, acrylique\/encre sur toile de lin brut libre, 160 x135 cm, juin 2024<\/p><\/div>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Les \u0153uvres de Vinca Coud\u00e9 ne sont pas des images, encore moins des images soumises \u00e0 l\u2019\u00e9cran, car une image d\u00e9voile tous ses secrets de fa\u00e7on obsc\u00e8ne, tandis que la peinture br\u00fble plus fort qu\u2019ici, surtout quand cet ici, celui de notre mis\u00e8re d\u2019\u00e9poque, n\u2019est que la reproduction technique des corps marchandises. La peinture n\u2019est pas non plus une repr\u00e9sentation, elle est bien r\u00e9elle \u2013 elle s\u2019adresse \u00e0 nous hic et nunc &#8211; elle respire, transpire, r\u00e9fl\u00e9chit, pleure et sourit. Elle se montre, se cache et m\u00e9dite silencieusement. Et apr\u00e8s avoir<em> travers\u00e9 des silences, des nuits et not\u00e9 l\u2019inexprimable <\/em>(Rimbaud), apr\u00e8s avoir fait mille d\u00e9tours et repentirs, elle se pose \u2013 ayant trouv\u00e9 quelque chose comme les clefs de l\u2019amour. Elle peut alors se vanter de poss\u00e9der tous les paysages possibles, car elle a franchi tous les murs des vies pr\u00e9caires, des vies bariol\u00e9es.<\/p>\n<div id=\"attachment_5360\" style=\"width: 550px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-5360\" class=\"size-full wp-image-5360\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/Deesse3_Coude.jpg\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"620\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/Deesse3_Coude.jpg 540w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/Deesse3_Coude-261x300.jpg 261w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/Deesse3_Coude-131x150.jpg 131w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/Deesse3_Coude-366x420.jpg 366w\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" \/><p id=\"caption-attachment-5360\" class=\"wp-caption-text\">\u00a0\u00bbSamoura\u00ef \u00a0\u00bb , acrylique \/ encre sur toile de lin brut libre, 160 x 135 cm, juin 2024<\/p><\/div>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">Mais alors nous, passants, voyants et po\u00e8tes\u00a0? Ces peintures ne nous aiment-elles pas\u00a0? Elles nous aiment, nous abritent et nous habitent car elles savent ce qu\u2019il en est de la solitude d\u2019aimer : <em>C\u2019est vrai, nous aimons la vie, mais ce n\u2019est pas parce que nous sommes habitu\u00e9s \u00e0 vivre\u00a0; c\u2019est parce que nous avons l\u2019habitude d\u2019aimer <\/em>(Nietzsche).<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400; text-align: justify;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019\u0153il c\u2019est le cercle et \u00e0 partir de cet \u0153il, par le pinceau et sa fl\u00e8che d\u00e9coch\u00e9e, s\u2019inventent des cibles, des fictions, des paysages dans des paysages o\u00f9 r\u00e9sonnent aussi bien les \u00e9meutes du c\u0153ur que les rumeurs du monde. Une co-naissance a lieu dans le lieu m\u00eame d\u2019un espace ouvert et en extension. Le geste de Vinca Coud\u00e9 travaille le creusement, il ploie, d\u00e9ploie, reploie le corps m\u00eame de ce creux, celui de la femme r\u00e9ceptacle qui re\u00e7oit et aussi offre un entrelacs de visions et de mouvements\u00a0; c\u00f4nes, collines du dos, des fesses et des seins, all\u00e9es verticales et courb\u00e9es des jambes et des bras\u2026 Le charnel n\u2019est jamais resserr\u00e9 dans ces peintures, ni fix\u00e9, encore moins vocif\u00e9rant et f\u00e9roce, comme, par exemple, dans les Woman de de Kooning. Le charnel agit plut\u00f4t par vibration et rayonnement, sans surcharge, \u00e0 la fois d\u00e9li\u00e9 et tendu, lib\u00e9r\u00e9 et inquiet. Il est ins\u00e9parable d\u2019une po\u00e9tique et d\u2019une \u00e9rotique, avec, sur la toile de lin, des lignes et des traits de couleurs qui suintent (larmes, sang, mouillure du d\u00e9sir), brouillant et m\u00eame effa\u00e7ant la masse du corps quand il n\u2019est que pesanteur. Car ce qui se donne \u00e0 voir avant tout, c\u2019est la jouissance des formes, leur force et leur vuln\u00e9rabilit\u00e9, leur po\u00e9ticit\u00e9 sensuelle. Vinca Coud\u00e9, qui a pratiqu\u00e9 des arts martiaux, int\u00e9riorise, s\u00e9dimente et lance des formats et des vitesses, des souffles et des vides, rejouant en guerri\u00e8re des cycles entam\u00e9s, sans jamais s\u2019encombrer de jouissance narcissique ni de puritanisme abstrait. Son art qui s\u2019incarne loin de l\u2019indiff\u00e9renci\u00e9 rayonne \u00e0 la pointe du feu de la v\u00e9rit\u00e9 ressentie. Les corps ne sont pas en repr\u00e9sentation, ils se nouent et se d\u00e9nouent, s\u2019offrent de dos, de biais, de profil, se voilent par la chevelure, se d\u00e9voilent dans les rondeurs apaisantes et maternelles. Se d\u00e9voile aussi le dessous des choses, le dessous de jupes soulev\u00e9es en quelque sorte, l\u00e0 o\u00f9 se joue le d\u00e9sir, ponctu\u00e9 par des coul\u00e9es color\u00e9es de brun, de noir, de sang ou bien de bleu, de blanc et de larmes. Il y a dans les peintures de Vinca Coud\u00e9 une puissance d\u2019abandon et de gr\u00e2ce, une ouverture qui n\u2019est rendue possible que par une d\u00e9chirure. Il y a aussi une fragilit\u00e9 et m\u00eame une vuln\u00e9rabilit\u00e9 qui nous oblige \u00e0 une distance d\u2019\u00e2me. Les points de contact et de cristallisation sont, en effet, t\u00e9nus et d\u00e9licats. Ce n\u2019est pas de retrait qu\u2019il s\u2019agit mais d\u2019un tremblement qui met l\u2019espace de la toile \u00e0 bonne distance, c\u2019est-\u00e0-dire entre la lourde promiscuit\u00e9, les concessions spectaculaires \u00e0 la r\u00e9tine et l\u2019absence radicale de tout bouquet. Ces corps de formes et de couleurs sont donc pr\u00e9sents mais dans l\u2019\u00e9loignement. Ils sont touchants car on sent bien qu\u2019ils m\u00e8nent une vie secr\u00e8te\u00a0; ils ondulent et flottent comme suspendus et en apesanteur, comme eau-dormante dans l\u2019amour. De cette profondeur intime surgit alors non pas la prise mais la sur-prise devant l\u2019inattendu et pourtant le d\u00e9j\u00e0-l\u00e0. Le silence de cette peinture n\u2019est pas somnolence mais conscience m\u00e9dit\u00e9e et multipli\u00e9e. Et beaut\u00e9 seule. Mes d\u00e9esses ne d\u00e9voilent pas leur secret, surtout pas leur regard\u2026 nous dit Vinca Coud\u00e9. En effet, elles sugg\u00e8rent plut\u00f4t, voilent leur propre essence et dans le mouvement immobile des formes, elles chassent les id\u00e9es et gardent le geste. Quelle intimit\u00e9 se joue, du coup, entre celui qui montre et celui qui regarde\u00a0? 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Elles nous aiment, nous abritent et nous habitent car elles savent ce qu\u2019il en est de la solitude d\u2019aimer : C\u2019est vrai, nous aimons la vie, mais ce n\u2019est pas parce que nous sommes habitu\u00e9s \u00e0 vivre\u00a0; c\u2019est parce que nous avons l\u2019habitude d\u2019aimer (Nietzsche).<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":5350,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[35,2],"tags":[746,2463,2464,613,1733,2465,2466,2462],"class_list":["post-5349","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-chronique","category-une","tag-arthur-rimbaud","tag-de-kooning","tag-geste-du-peintre","tag-nietzsche","tag-pascal-boulanger","tag-peinture-et-feminite","tag-peinture-et-sensualite","tag-vinca-coude"],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5349","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5349"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5349\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5361,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5349\/revisions\/5361"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media\/5350"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5349"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5349"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5349"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}