{"id":5571,"date":"2024-10-30T19:51:20","date_gmt":"2024-10-30T18:51:20","guid":{"rendered":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=5571"},"modified":"2024-10-30T20:01:47","modified_gmt":"2024-10-30T19:01:47","slug":"chronique-tristan-felix-la-poesie-vasculaire-de-pierre-gondran-dit-remoux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2024\/10\/30\/chronique-tristan-felix-la-poesie-vasculaire-de-pierre-gondran-dit-remoux\/","title":{"rendered":"[Chronique] Tristan Felix, La po\u00e9sie vasculaire de Pierre Gondran dit Remoux"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Pierre Gondran dit Remoux, <strong><em>R\u00e9a<\/em><\/strong>, L\u2019\u00e9clat po\u00e9sie poche \u00e9d., 2023, 62 pages, 5 \u20ac.<br \/>\n<strong><em>Quelques bois<\/em><\/strong>, PhB \u00e9d, 2024, 108 pages, 10 \u20ac.<br \/>\n<strong><em>Banc<\/em><\/strong>, Aux cailloux des chemins, 2024, 95 pages, 12 \u20ac.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Herboriste amateur dans ses bois du Limousin, ing\u00e9nieur agronome de formation, notre po\u00e8te est aussi correcteur d\u2019ouvrages m\u00e9dicaux. Sa langue s\u2019est aff\u00fbt\u00e9e au contact de ces deux domaines qui, scientifiquement et po\u00e9tiquement, proc\u00e8dent par une m\u00e9ticuleuse division des esp\u00e8ces pour une approche restructurante du r\u00e9el. N\u2019est-ce la t\u00e2che infinie de la langue, et plus particuli\u00e8rement de celle de la po\u00e9sie ? Celle-ci, faisant feu de tout bois, a fini par se trouver une voie adventive l\u00e0 o\u00f9 l\u2019on ne l\u2019e\u00fbt peut-\u00eatre pas attendue. De \u00ab morphies \u00bb en \u00ab m\u00e9tamorphies \u00bb selon ses propres termes, le po\u00e8te fait corps avec le gazeux, le <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-5573\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/gondran-pierre.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"220\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/gondran-pierre.jpg 220w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/gondran-pierre-150x150.jpg 150w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/gondran-pierre-144x144.jpg 144w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/gondran-pierre-75x75.jpg 75w\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/>v\u00e9g\u00e9tal, le min\u00e9ral, l\u2019animal, presque plus avec l\u2019humain. \u00c0 force de corrections m\u00e9ticuleuses et savantes, d\u2019ajustements des restes d\u2019un corps tomb\u00e9 d\u2019un sixi\u00e8me \u00e9tage sur la terre d\u2019un jardin, \u00e0 force de sutures m\u00e9lodiques, syntaxiques et calligrammatiques, l\u2019\u00eatre encore vivant reconquiert le sentiment de soi. Des chutes de sa d\u00e9pouille, il se taille un nouveau costume. Il s\u2019agira donc, cellule po\u00e9tique par cellule organique, de se vasculariser vers tout ce qui tend vers soi ses vaisseaux, ses capillaires, de restaurer l\u2019\u0153uvre de soi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chronologie\u00a0d\u2019un rare pr\u00e9cipit\u00e9 de d\u00e9couverte : le soir du 8 juin 2024, \u00e0 la librairie parisienne L\u2019Ours et la Vieille Grille, Pierre Gondran dit Remoux \u00e9nonce un court po\u00e8me \u00e9dit\u00e9 dans le num\u00e9ro 36 de la revue <em>Dissonances<\/em> dont le th\u00e8me est \u00ab\u00a0Fragile\u00a0\u00bb et mon oreille retient\u00a0: \u00ab\u00a0Tu as creus\u00e9 dans la for\u00eat une tombe pour tes joies simples\u00a0\u00bb. Le lendemain 9 juin je retrouve ce Pierre dans l\u2019auditorium de la Halle Saint-Pierre, animant parmi d\u2019autres auteurs une table ronde sur l\u2019\u00e9criture de la folie. Au sortir de la rencontre, le po\u00e8te que je ne connais pas, avec discr\u00e9tion me remet son opuscule <em>R\u00e9a<\/em> que je lis le soir-m\u00eame. Enthousiaste, j\u2019appelle l\u2019\u00e9diteur de PhB, qui me dit qu\u2019il vient de publier <em>Quelques bois<\/em>, recueil re\u00e7u un soir par mail, imm\u00e9diatement lu \u2013 contrat sign\u00e9 dans la foul\u00e9e vesp\u00e9rale. Je re\u00e7ois le livre deux jours plus tard, un exploit de la Poste, et le lis dans la m\u00eame urgence. Comme si venait de se produire un ph\u00e9nom\u00e8ne litt\u00e9raire organique d\u00e9clench\u00e9 par l\u2019urgence que ces deux recueils successifs mettent en mots. Et puis, sans m\u00eame une pause, le m\u00eame mois de mai, para\u00eet <em>Banc<\/em>, Aux Cailloux des chemins. Et l\u2019\u0153uvre continuera de bourgeonner. Une urgence de survie donc, de la terre vers le ciel d\u2019o\u00f9 se produisit la chute \u00e9voqu\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Petite pr\u00e9cision sur le nom de l\u2019auteur\u00a0: \u00ab\u00a0dit Remoux, m\u2019\u00e9crit-il, est un archa\u00efsme. Un anc\u00eatre \u00ab\u00a0Gontran\u00a0\u00bb s&rsquo;\u00e9tait fait surnommer \u00ab\u00a0Remoux\u00a0\u00bb au temps o\u00f9 l&rsquo;on a commenc\u00e9 \u00e0 fixer les noms de famille. On aurait d\u00fb s&rsquo;appeler \u00ab\u00a0Remoux\u00a0\u00bb mais ce \u00ab\u00a0Gondran dit Remoux\u00a0\u00bb s&rsquo;est fig\u00e9 dans l&rsquo;\u00e9tat civil.\u00a0\u00bb Fig\u00e9. Mouvement tourbillonnaire pourtant d\u2019un moulin ou de remous propices aux m\u00ealements qui redonnent vie. Le po\u00e8te sera donc dit. Le nom r\u00e9sonne dans l\u2019oreille du lecteur remu\u00e9 par ce qu\u2019il a lu. Lui-m\u00eame s\u2019incorpore ce qu\u2019il lit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sans fausse pudeur, la premi\u00e8re page de <em>R\u00e9a<\/em> avertit que les cinquante po\u00e8mes <em>clou\u00e9s<\/em>, tentent la narration d\u2019une exp\u00e9rience en<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-5575\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/Rea.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"330\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/Rea.jpg 220w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/Rea-200x300.jpg 200w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/Rea-100x150.jpg 100w\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/> r\u00e9animation sous la forme de rectangles d\u00e9limitant le lit d\u2019h\u00f4pital. Il s\u2019agit bien d\u2019une exp\u00e9rience de la derni\u00e8re chance, comme il s\u2019en tente dans les h\u00f4pitaux. Il faudra d\u00e8s lors circonscrire au plus juste la forme du po\u00e8me. Il sera un rectangle sangl\u00e9 au milieu de la page par le choix de vers justifi\u00e9s, certains mots subissant de la sorte une rupture de ligament, une cassure d\u2019os, une greffe, soumis \u00e0 la microchirurgie du verbe, lequel, densifi\u00e9 par trois ann\u00e9es d\u2019immobilisation hospitali\u00e8re, gagne l\u2019essentiel, \u00e0 l\u2019os. Attention, ces faux calligrammes ne miment pas tant ce dont ils parlent qu\u2019ils ne l\u2019enserrent. Ils n\u2019ont rien d\u2019un esth\u00e9tisme sublimatoire ni d\u2019une symbolique r\u00e9paratrice mais, tous d\u00e9coup\u00e9s selon le m\u00eame patron, d\u00e9filent en ordre de bataille, pourrait-on dire, pour mettre en lumi\u00e8re le miracle que les \u00ab\u00a0soignants\u00a0\u00bb de l\u2019h\u00f4pital militaire, tous v\u00eatus de la m\u00eame blouse bleue, quelle que soit leur place dans la hi\u00e9rarchie, ont accompli. Du R\u00e9a I\u00a0:<\/p>\n<p>on ne se r\u00e9veil<br \/>\nle pas, simplem<br \/>\nent on r\u00e9alise<br \/>\nque le concret<br \/>\nn\u2019a jamais fui [\u2026]<\/p>\n<p>au R\u00e9a L\u00a0:<\/p>\n<p>l\u2019\u00e9tang argent\u00e9 reflue<br \/>\nlentement<\/p>\n<p>d\u00e9couvrant ses ajoncs qui<br \/>\ncernent mon lit<\/p>\n<p>une renarde maquill\u00e9e<br \/>\nlouvoie, curieuse \u00e0 mes pieds[\u2026]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">les liens se sont desserr\u00e9s. Il arrive rarement de sentir \u00e0 ce point la n\u00e9cessit\u00e9 organique d\u2019une \u00e9criture g\u00e9om\u00e9triquement justifi\u00e9e, sans l\u2019once d\u2019un quelconque concept. <em>R\u00e9a<\/em>, abr\u00e9viation, est aussi, par homophonie, la d\u00e9esse Rh\u00e9a, fille de la Terre et du Ciel, li\u00e9e aux forces primordiales, capable de sauver de l\u2019engloutissement. Aussi bordera-t-elle chaque jour le demi-mort dans son lit. De fait le po\u00e8me <em>r\u00e9ifi\u00e9<\/em> ici redonne litt\u00e9ralement vie au corps meurtri en train de s\u2019\u00e9crire. L\u2019on songe \u00e0 Joe Bousquet, po\u00e8te sauvage allong\u00e9 qui \u00e9crit\u00a0: \u00ab<em>\u00a0<\/em><em>La <\/em><em>po\u00e9sie n\u2019est plus un reflet de l\u2019homme : elle a le poids de son \u00eatre et porte tous les traits de sa destin\u00e9e<\/em>\u00a0\u00bb. Po\u00e9sie performative s\u2019il en est, non pas magique mais organique. Et l\u2019on est \u00e0 des ann\u00e9es-lumi\u00e8re d\u2019une po\u00e9-r\u00e9alit\u00e9 narcissique \u00e0 la mode.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-5576\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/chambre-hopital-vue.jpg\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"320\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/chambre-hopital-vue.jpg 540w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/chambre-hopital-vue-300x178.jpg 300w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/chambre-hopital-vue-150x89.jpg 150w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/chambre-hopital-vue-366x217.jpg 366w\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Quelques Bois<\/em> propose un nouveau cadastre corporel, tout aussi pr\u00e9cis dans sa langue\u00a0: perception du corps \u00e0 corps avec les couches qui l\u2019ont brutalement accueilli, ponctu\u00e9e de gros points de suture, en bas des bonnes pages, suivis en haut du verso de fragments de pratiques foresti\u00e8res en italiques :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0son ombre disloqu\u00e9e par les orni\u00e8res \u00e0 sabots avance dans la glaise du chemin potier \u2022 le c\u0153ur acide de la for\u00eat palpite sous ses plantes des pieds \u2022 rouges \u2022 vieille femme nue \u2022 pas m\u00eame sorci\u00e8re<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>la ligne d\u2019arbre qui veut bien clore la for\u00eat s\u2019expose au vent, se d\u00e9forme, grince, craque, parfois renonce et livre alors ses fr\u00e8res d\u2019armes \u2013 l\u2019effet de lisi\u00e8re se lit sur les troncs combattants<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-5577\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/QuelquesBois.jpg\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"430\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/QuelquesBois.jpg 540w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/QuelquesBois-300x239.jpg 300w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/QuelquesBois-150x119.jpg 150w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/QuelquesBois-366x291.jpg 366w\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce chemin ondulatoire de page en page rythme le flux et le reflux du sang comme de la s\u00e8ve, retourne r\u00e9guli\u00e8rement le corps \u00e9crit, assurant ainsi les \u00e9changes vitaux avec toute mati\u00e8re organique. Fragments, greffes ou l\u00e9sions, les vers captent visuellement l\u2019infiniment petit pour en extraire le suc vital essentiel \u00e0 la restauration d\u2019une anatomie atomis\u00e9e, vid\u00e9e de sa substance\u00a0: lignine, humus, s\u00e8ve, neige, r\u00e9sine, sang, eau absorbent le vrai corps fait po\u00e8me. Dans cet \u00e9tat qui oscille entre perception mystique, r\u00eave et ab\u00eeme du r\u00e9el qu\u2019il ne faut pas l\u00e2cher, une issue par le vide serait donc possible car la langue trouve comment s\u2019inventer en se nettoyant \u2013 sans jamais s\u2019aseptiser \u2013 pour laisser prolif\u00e9rer sa propre souche\u00a0: \u00ab <em>pressant de s\u00e8ve ses blessures et ses bourgeons endormis, la souche vivante fait jaillir la c\u00e9p\u00e9e<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Banc<\/em>, quant \u00e0 lui, plus souple en continuit\u00e9 syntaxique, plus familier dans son lexique, parfois col\u00e8re ou \u00e0 la limite de l\u2019infra-<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-5578\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/Banc.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/Banc.jpg 200w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/Banc-100x150.jpg 100w\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/>clownesque \u00e0 la Michaux dans le ton, est une suite de po\u00e8mes de cinq strophes par page, comme autant de lattes d\u2019assise qui invoquent \u2013 pour s\u2019asseoir dessus parfois\u00a0! rien moins que Leibnitz, Ernst, Dubuffet, Deleuze, Artaud, Verne, Bonnier. Le corps, qui pense et se r\u00e9f\u00e8re, bataille pourtant pour \u00e9merger de soi. L\u2019urgence est ici de sortir de toute conscience, d\u2019\u00e9luder la fonction pour se r\u00e9fugier dans l\u2019errance, la friche, la pliure, de troquer l\u2019aperceptif pour un perceptif\u00a0primitif, intime, inali\u00e9nable\u00a0:<\/p>\n<p>pour me tenir debout<br \/>\nmes yeux s\u2019ouvrent tant et tant sur ce champ<br \/>\nvisuel r\u00e9duit \u00e0 un coin de square<\/p>\n<p>qu\u2019ils ne regardent plus mais voient<br \/>\ncomme le courant passe dans un c\u00e2ble<br \/>\npas comme le courant agit une machine \u00e0 regard<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ne dirait-on un nouvel art de lire ? Il suffira de se planter chaque po\u00e8me dans la cervelle pour l&rsquo;y voir prendre puis, le relisant \u00e0 loisir, capter la floraison de sa tr\u00e8s singuli\u00e8re rh\u00e9torique tout en heurts, ellipses mais aussi fr\u00f4lements.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette \u0153uvre, \u00e0 la fois savante, organique et travers\u00e9e par l\u2019humour, se mesure aux cernes \u00e9troits et variables qui enserrent le c\u0153ur d\u2019un f\u00fbt arrach\u00e9 dans la temp\u00eate et resurgi de lui-m\u00eame. Elle nous interroge sur notre capacit\u00e9 \u00e0 ressentir le monde au centre de notre extinction.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pierre Gondran dit Remoux, R\u00e9a, L\u2019\u00e9clat po\u00e9sie poche \u00e9d., 2023, 62 pages, 5 \u20ac. Quelques bois, PhB \u00e9d, 2024, 108 pages, 10 \u20ac. Banc, Aux cailloux des chemins, 2024, 95 pages, 12 \u20ac. &nbsp; Herboriste amateur dans ses bois du Limousin, ing\u00e9nieur agronome de formation, notre po\u00e8te est aussi correcteur d\u2019ouvrages m\u00e9dicaux. Sa langue s\u2019est aff\u00fbt\u00e9e au contact de ces deux domaines qui, scientifiquement et po\u00e9tiquement, proc\u00e8dent par une m\u00e9ticuleuse division des esp\u00e8ces pour une approche restructurante du r\u00e9el. N\u2019est-ce la t\u00e2che infinie de la langue, et plus particuli\u00e8rement de celle de la po\u00e9sie ? Celle-ci, faisant feu de tout bois, a fini par se trouver une voie adventive l\u00e0 o\u00f9 l\u2019on ne l\u2019e\u00fbt peut-\u00eatre pas attendue. De \u00ab morphies \u00bb en \u00ab m\u00e9tamorphies \u00bb selon ses propres termes, le po\u00e8te fait corps avec le gazeux, le v\u00e9g\u00e9tal, le min\u00e9ral, l\u2019animal, presque plus avec l\u2019humain. \u00c0 force de corrections m\u00e9ticuleuses et savantes, d\u2019ajustements des restes d\u2019un corps tomb\u00e9 d\u2019un sixi\u00e8me \u00e9tage sur la terre d\u2019un jardin, \u00e0 force de sutures m\u00e9lodiques, syntaxiques et calligrammatiques, l\u2019\u00eatre encore vivant reconquiert le sentiment de soi. Des chutes de sa d\u00e9pouille, il se taille un nouveau costume. Il s\u2019agira donc, cellule po\u00e9tique par cellule organique, de se vasculariser vers tout ce qui tend vers soi ses vaisseaux, ses capillaires, de restaurer l\u2019\u0153uvre de soi. Chronologie\u00a0d\u2019un rare pr\u00e9cipit\u00e9 de d\u00e9couverte : le soir du 8 juin 2024, \u00e0 la librairie parisienne L\u2019Ours et la Vieille Grille, Pierre Gondran dit Remoux \u00e9nonce un court po\u00e8me \u00e9dit\u00e9 dans le num\u00e9ro 36 de la revue Dissonances dont le th\u00e8me est \u00ab\u00a0Fragile\u00a0\u00bb et mon oreille retient\u00a0: \u00ab\u00a0Tu as creus\u00e9 dans la for\u00eat une tombe pour tes joies simples\u00a0\u00bb. Le lendemain 9 juin je retrouve ce Pierre dans l\u2019auditorium de la Halle Saint-Pierre, animant parmi d\u2019autres auteurs une table ronde sur l\u2019\u00e9criture de la folie. Au sortir de la rencontre, le po\u00e8te que je ne connais pas, avec discr\u00e9tion me remet son opuscule R\u00e9a que je lis le soir-m\u00eame. Enthousiaste, j\u2019appelle l\u2019\u00e9diteur de PhB, qui me dit qu\u2019il vient de publier Quelques bois, recueil re\u00e7u un soir par mail, imm\u00e9diatement lu \u2013 contrat sign\u00e9 dans la foul\u00e9e vesp\u00e9rale. Je re\u00e7ois le livre deux jours plus tard, un exploit de la Poste, et le lis dans la m\u00eame urgence. Comme si venait de se produire un ph\u00e9nom\u00e8ne litt\u00e9raire organique d\u00e9clench\u00e9 par l\u2019urgence que ces deux recueils successifs mettent en mots. Et puis, sans m\u00eame une pause, le m\u00eame mois de mai, para\u00eet Banc, Aux Cailloux des chemins. Et l\u2019\u0153uvre continuera de bourgeonner. Une urgence de survie donc, de la terre vers le ciel d\u2019o\u00f9 se produisit la chute \u00e9voqu\u00e9e. Petite pr\u00e9cision sur le nom de l\u2019auteur\u00a0: \u00ab\u00a0dit Remoux, m\u2019\u00e9crit-il, est un archa\u00efsme. Un anc\u00eatre \u00ab\u00a0Gontran\u00a0\u00bb s&rsquo;\u00e9tait fait surnommer \u00ab\u00a0Remoux\u00a0\u00bb au temps o\u00f9 l&rsquo;on a commenc\u00e9 \u00e0 fixer les noms de famille. On aurait d\u00fb s&rsquo;appeler \u00ab\u00a0Remoux\u00a0\u00bb mais ce \u00ab\u00a0Gondran dit Remoux\u00a0\u00bb s&rsquo;est fig\u00e9 dans l&rsquo;\u00e9tat civil.\u00a0\u00bb Fig\u00e9. Mouvement tourbillonnaire pourtant d\u2019un moulin ou de remous propices aux m\u00ealements qui redonnent vie. Le po\u00e8te sera donc dit. Le nom r\u00e9sonne dans l\u2019oreille du lecteur remu\u00e9 par ce qu\u2019il a lu. Lui-m\u00eame s\u2019incorpore ce qu\u2019il lit. Sans fausse pudeur, la premi\u00e8re page de R\u00e9a avertit que les cinquante po\u00e8mes clou\u00e9s, tentent la narration d\u2019une exp\u00e9rience en r\u00e9animation sous la forme de rectangles d\u00e9limitant le lit d\u2019h\u00f4pital. Il s\u2019agit bien d\u2019une exp\u00e9rience de la derni\u00e8re chance, comme il s\u2019en tente dans les h\u00f4pitaux. Il faudra d\u00e8s lors circonscrire au plus juste la forme du po\u00e8me. Il sera un rectangle sangl\u00e9 au milieu de la page par le choix de vers justifi\u00e9s, certains mots subissant de la sorte une rupture de ligament, une cassure d\u2019os, une greffe, soumis \u00e0 la microchirurgie du verbe, lequel, densifi\u00e9 par trois ann\u00e9es d\u2019immobilisation hospitali\u00e8re, gagne l\u2019essentiel, \u00e0 l\u2019os. Attention, ces faux calligrammes ne miment pas tant ce dont ils parlent qu\u2019ils ne l\u2019enserrent. Ils n\u2019ont rien d\u2019un esth\u00e9tisme sublimatoire ni d\u2019une symbolique r\u00e9paratrice mais, tous d\u00e9coup\u00e9s selon le m\u00eame patron, d\u00e9filent en ordre de bataille, pourrait-on dire, pour mettre en lumi\u00e8re le miracle que les \u00ab\u00a0soignants\u00a0\u00bb de l\u2019h\u00f4pital militaire, tous v\u00eatus de la m\u00eame blouse bleue, quelle que soit leur place dans la hi\u00e9rarchie, ont accompli. Du R\u00e9a I\u00a0: on ne se r\u00e9veil le pas, simplem ent on r\u00e9alise que le concret n\u2019a jamais fui [\u2026] au R\u00e9a L\u00a0: l\u2019\u00e9tang argent\u00e9 reflue lentement d\u00e9couvrant ses ajoncs qui cernent mon lit une renarde maquill\u00e9e louvoie, curieuse \u00e0 mes pieds[\u2026] les liens se sont desserr\u00e9s. Il arrive rarement de sentir \u00e0 ce point la n\u00e9cessit\u00e9 organique d\u2019une \u00e9criture g\u00e9om\u00e9triquement justifi\u00e9e, sans l\u2019once d\u2019un quelconque concept. R\u00e9a, abr\u00e9viation, est aussi, par homophonie, la d\u00e9esse Rh\u00e9a, fille de la Terre et du Ciel, li\u00e9e aux forces primordiales, capable de sauver de l\u2019engloutissement. Aussi bordera-t-elle chaque jour le demi-mort dans son lit. De fait le po\u00e8me r\u00e9ifi\u00e9 ici redonne litt\u00e9ralement vie au corps meurtri en train de s\u2019\u00e9crire. L\u2019on songe \u00e0 Joe Bousquet, po\u00e8te sauvage allong\u00e9 qui \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0La po\u00e9sie n\u2019est plus un reflet de l\u2019homme : elle a le poids de son \u00eatre et porte tous les traits de sa destin\u00e9e\u00a0\u00bb. Po\u00e9sie performative s\u2019il en est, non pas magique mais organique. Et l\u2019on est \u00e0 des ann\u00e9es-lumi\u00e8re d\u2019une po\u00e9-r\u00e9alit\u00e9 narcissique \u00e0 la mode. Quelques Bois propose un nouveau cadastre corporel, tout aussi pr\u00e9cis dans sa langue\u00a0: perception du corps \u00e0 corps avec les couches qui l\u2019ont brutalement accueilli, ponctu\u00e9e de gros points de suture, en bas des bonnes pages, suivis en haut du verso de fragments de pratiques foresti\u00e8res en italiques : \u00ab\u00a0son ombre disloqu\u00e9e par les orni\u00e8res \u00e0 sabots avance dans la glaise du chemin potier \u2022 le c\u0153ur acide de la for\u00eat palpite sous ses plantes des pieds \u2022 rouges \u2022 vieille femme nue \u2022 pas m\u00eame sorci\u00e8re la ligne d\u2019arbre qui veut bien clore la for\u00eat s\u2019expose au vent, se d\u00e9forme, grince, craque, parfois renonce et livre alors ses fr\u00e8res d\u2019armes \u2013 l\u2019effet de lisi\u00e8re se lit sur les troncs combattants Ce chemin ondulatoire de page en page rythme&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":5580,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[35,7,2],"tags":[292,2550,2553,265,56,2551,2549,227,2548,2552,13],"class_list":["post-5571","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-chronique","category-livres-recus","category-une","tag-antonin-artaud","tag-aux-cailloux-des-chemins","tag-esthetique-du-fragment","tag-gilles-deleuze","tag-henri-michaux","tag-joe-bousquet","tag-leclat-poesie-poche","tag-phb-editions","tag-pierre-gondran-dit-remoux","tag-remoux-humour","tag-tristan-felix"],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5571","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5571"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5571\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5581,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5571\/revisions\/5581"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media\/5580"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5571"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5571"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5571"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}