{"id":5754,"date":"2024-12-11T19:52:19","date_gmt":"2024-12-11T18:52:19","guid":{"rendered":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=5754"},"modified":"2024-12-11T20:00:38","modified_gmt":"2024-12-11T19:00:38","slug":"texte-christophe-stolowicki-journal-extrait","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2024\/12\/11\/texte-christophe-stolowicki-journal-extrait\/","title":{"rendered":"[Texte] Christophe Stolowicki, Journal (extrait)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">En me faisant dispenser de sport \u00e0 l\u2019\u00e9cole, maman ne m\u2019a pas rendu grand service. \u2013 Quel rapport avec Sade\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Le quatri\u00e8me souper \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 aux pucelles.\u00a0On ne les recevait que jusqu\u2019\u00e0 quinze ans depuis sept. Leur condition \u00e9tait \u00e9gale, il ne s\u2019agissait que de leur figure [forme, allure g\u00e9n\u00e9rale, proportions du corps]\u00a0: on la voulait charmante, et de la s\u00fbret\u00e9 de leurs pr\u00e9mices\u00a0: il fallait qu\u2019elles fussent authentiques.\u00a0Incroyable raffinement du libertinage. Ce n\u2019est assur\u00e9ment pas qu\u2019ils voulussent cueillir toutes ces roses, et aussi l\u2019eussent-ils pu [\u2026]\u00a0\u00bb Oui, j\u2019ai ajout\u00e9 des points de suspension, tant je suis \u00e9mu. Sade \u00e0 son d\u00e9but atteint d\u2019embl\u00e9e l\u2019acm\u00e9 de Rimbaud \u2013 avec l\u2019avantage d\u2019avoir v\u00e9cu. Plus jamais il ne conna\u00eetra cet \u00e9tat de gr\u00e2ce, et de fureur sacr\u00e9e.\u00a0Sa vie d\u2019homme de lettres, d\u2019\u00e9crivain \u00e9rotique et \u00e9rotomane, malgr\u00e9 ses audaces, ses trouvailles, ses d\u00e9couvertes, et une premi\u00e8re apog\u00e9e du roman et du romanesque qui s\u2019incarne en lui, appara\u00eet \u00e0 son ancien \u00e9mule comme une longue, tragique agonie. Descente en agonie l\u2019histoire de <em>Justine, <\/em>dans ses trois versions, celle de Juliette sa s\u0153ur, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019<em>Infortunes de la vertu <\/em>ou de <em>Prosp\u00e9rit\u00e9s du vice, <\/em>et cela jusqu\u2019\u00e0 celle d\u2019<em>Isabeau de Bavi\u00e8re, <\/em>o\u00f9 la perversit\u00e9 balbutie \u2013 \u00e0 leur instar toute l\u2019Histoire, celle qui a surv\u00e9cu jusqu\u2019\u00e0 nous \u00e0 travers les mailles de la R\u00e9volution, la grande, l\u2019infinit\u00e9simale quant \u00e0 ce qu\u2019elle a fait de l\u2019homme, m\u00eame si elle a permis \u00e0 Napol\u00e9on de lib\u00e9rer les Juifs. Longue agonie <em>Le G\u00e9nie du christianisme, <\/em>m\u00eame s\u2019il a fait de Chateaubriand le grand \u00e9crivain des <em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe, <\/em>celles qu\u2019en quelques <em>Illuminations <\/em>Rimbaud efface, et pas de commissions. De Gaulle dit avoir \u00e9crit les derni\u00e8res pages de l\u2019Histoire de France, il a raison, et tragiquement tort, elles sont \u00e9crites depuis longtemps.<\/p>\n<p>[&#8230;]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand on a lu <em>Les cent-vingt journ\u00e9es de Sodome, <\/em>dont l\u2019auteur, malgr\u00e9 le plan affich\u00e9, n\u2019a pas poursuivi son ouvrage au-del\u00e0 de l\u2019introduction, f\u00e9roce, et des trente premi\u00e8res, les anodines,<br \/>\nTout est dit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour le viveur commun, l\u2019\u00e9t\u00e9 est la plus belle saison.<br \/>\nPour l\u2019\u00e9crivain, c\u2019est l\u2019automne.<br \/>\nMais pour le marquis de Sade, auteur des <em>Cent-vingt journ\u00e9es de Sodome, <\/em>c\u2019est l\u2019hiver, le luxueux hiver, les quatre mois d\u2019hiver, de novembre \u00e0 f\u00e9vrier inclus.<br \/>\nCe n\u2019est le printemps pour personne.<br \/>\nL\u2019\u00e2ge d\u2019or est un mythe.<br \/>\nLe paradis perdu est un mythe mit\u00e9, une calamit\u00e9.<br \/>\nQuand on a \u00e9crit que l\u2019homme \u00e9touffe, rien n\u2019interdit de dire que l\u2019homme respire enfin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0quelle chute de reins, quelle coupe de fesses, que de blancheur et d\u2019incarnat r\u00e9unis\u00a0\u00bb. Entre Ovide et Tony Duvert.\u00a0\u00c0 l\u2019honneur du \u00ab\u00a0plus beau cul du monde\u00a0\u00bb, qui deviendra un poncif ravageur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les liaisons dangereuses sont l\u2019accord du participe pass\u00e9.<br \/>\nEntre la lune de miel \u00e9rotique de mes vingt-cinq ans o\u00f9 Sade fut illustr\u00e9, sans une seule image, et le vieux gar\u00e7on, <em>old boy<\/em>, je comprends mieux que sur Wilde p\u00e8se l\u2019ombre tut\u00e9laire de Sade.<br \/>\nEn hommage \u00e0 celles qui m\u2019ont tout donn\u00e9, maman, Chantal, Jo\u00eblle.<br \/>\nDe ma dentelli\u00e8re (celle de Pascal Lain\u00e9, am\u00e9lior\u00e9e en Sade) \u00e0 mon mannequin junior,<br \/>\n<em>twiggy<\/em> dont les ramilles sont mes ramifications.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En me faisant dispenser de sport \u00e0 l\u2019\u00e9cole, maman ne m\u2019a pas rendu grand service. \u2013 Quel rapport avec Sade\u00a0? \u00ab\u00a0Le quatri\u00e8me souper \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 aux pucelles.\u00a0On ne les recevait que jusqu\u2019\u00e0 quinze ans depuis sept. Leur condition \u00e9tait \u00e9gale, il ne s\u2019agissait que de leur figure [forme, allure g\u00e9n\u00e9rale, proportions du corps]\u00a0: on la voulait charmante, et de la s\u00fbret\u00e9 de leurs pr\u00e9mices\u00a0: il fallait qu\u2019elles fussent authentiques.\u00a0Incroyable raffinement du libertinage. Ce n\u2019est assur\u00e9ment pas qu\u2019ils voulussent cueillir toutes ces roses, et aussi l\u2019eussent-ils pu [\u2026]\u00a0\u00bb Oui, j\u2019ai ajout\u00e9 des points de suspension, tant je suis \u00e9mu. Sade \u00e0 son d\u00e9but atteint d\u2019embl\u00e9e l\u2019acm\u00e9 de Rimbaud \u2013 avec l\u2019avantage d\u2019avoir v\u00e9cu. Plus jamais il ne conna\u00eetra cet \u00e9tat de gr\u00e2ce, et de fureur sacr\u00e9e.\u00a0Sa vie d\u2019homme de lettres, d\u2019\u00e9crivain \u00e9rotique et \u00e9rotomane, malgr\u00e9 ses audaces, ses trouvailles, ses d\u00e9couvertes, et une premi\u00e8re apog\u00e9e du roman et du romanesque qui s\u2019incarne en lui, appara\u00eet \u00e0 son ancien \u00e9mule comme une longue, tragique agonie. Descente en agonie l\u2019histoire de Justine, dans ses trois versions, celle de Juliette sa s\u0153ur, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019Infortunes de la vertu ou de Prosp\u00e9rit\u00e9s du vice, et cela jusqu\u2019\u00e0 celle d\u2019Isabeau de Bavi\u00e8re, o\u00f9 la perversit\u00e9 balbutie \u2013 \u00e0 leur instar toute l\u2019Histoire, celle qui a surv\u00e9cu jusqu\u2019\u00e0 nous \u00e0 travers les mailles de la R\u00e9volution, la grande, l\u2019infinit\u00e9simale quant \u00e0 ce qu\u2019elle a fait de l\u2019homme, m\u00eame si elle a permis \u00e0 Napol\u00e9on de lib\u00e9rer les Juifs. Longue agonie Le G\u00e9nie du christianisme, m\u00eame s\u2019il a fait de Chateaubriand le grand \u00e9crivain des M\u00e9moires d\u2019outre-tombe, celles qu\u2019en quelques Illuminations Rimbaud efface, et pas de commissions. De Gaulle dit avoir \u00e9crit les derni\u00e8res pages de l\u2019Histoire de France, il a raison, et tragiquement tort, elles sont \u00e9crites depuis longtemps. [&#8230;] Quand on a lu Les cent-vingt journ\u00e9es de Sodome, dont l\u2019auteur, malgr\u00e9 le plan affich\u00e9, n\u2019a pas poursuivi son ouvrage au-del\u00e0 de l\u2019introduction, f\u00e9roce, et des trente premi\u00e8res, les anodines, Tout est dit. Pour le viveur commun, l\u2019\u00e9t\u00e9 est la plus belle saison. Pour l\u2019\u00e9crivain, c\u2019est l\u2019automne. Mais pour le marquis de Sade, auteur des Cent-vingt journ\u00e9es de Sodome, c\u2019est l\u2019hiver, le luxueux hiver, les quatre mois d\u2019hiver, de novembre \u00e0 f\u00e9vrier inclus. Ce n\u2019est le printemps pour personne. L\u2019\u00e2ge d\u2019or est un mythe. Le paradis perdu est un mythe mit\u00e9, une calamit\u00e9. 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