{"id":5760,"date":"2024-12-14T09:15:40","date_gmt":"2024-12-14T08:15:40","guid":{"rendered":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=5760"},"modified":"2024-12-14T09:16:48","modified_gmt":"2024-12-14T08:16:48","slug":"chronique-pierre-gauyat-et-meckert-devint-amila","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2024\/12\/14\/chronique-pierre-gauyat-et-meckert-devint-amila\/","title":{"rendered":"[Chronique] Pierre Gauyat, Et Meckert devint Amila"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Jean Amila, <em>Y\u2019a pas de bon dieu !<\/em>, \u00e9ditions Gallimard, 1950\u00a0; r\u00e9\u00e9d., collection S\u00e9rie noire \u00ab\u00a0Classique\u00a0\u00bb, pr\u00e9face de St\u00e9fanie Delestr\u00e9 et Herv\u00e9 Delouche, novembre 2024, 208 pages, 12 \u20ac, ISBN\u00a0: 978-2-07-308556-6.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jean Meckert est un \u00e9crivain prol\u00e9tarien qui connut un succ\u00e8s d\u2019estime avec son premier roman, <em>Les Coups<\/em>, publi\u00e9 chez Gallimard sous les auspices de Jean Paulhan et d\u2019Andr\u00e9 Gide, en 1942, en pleine Occupation. D\u2019autres romans suivirent, comme <em>L\u2019Homme au marteau<\/em>, <em>Nous avons les mains rouges<\/em> ou <em>La Lucarne<\/em>, mais ils eurent du mal \u00e0 trouver leur public.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Meckert ayant abandonn\u00e9 ses activit\u00e9s salari\u00e9es, il lui faut bien vivre. Marcel Duhamel, le patron de la toute nouvelle S\u00e9rie noire, lui propose alors de rejoindre la collection polici\u00e8re de la NRF. L\u2019ennui, c\u2019est qu\u2019en ces ann\u00e9es d\u2019apr\u00e8s-guerre, la mode est \u00e0 la litt\u00e9rature anglo-saxonne. Qu\u2019\u00e0 cela ne tienne, Jean Meckert devient John Amila, et le tour est jou\u00e9\u00a0! Il est ainsi le deuxi\u00e8me \u00e9crivain fran\u00e7ais \u00e0 int\u00e9grer la collection, apr\u00e8s Serge Arcou\u00ebt, alias Terry Stewart, avec <em>La Mort et l\u2019Ange<\/em>, en 1948.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le premier roman noir d\u2019Amila, <em>Y\u2019a pas de bon dieu\u00a0!<\/em>, paru en 1950, se conforme \u00e0 l\u2019esth\u00e9tique en vogue, le roman se d\u00e9roule aux Etats-Unis, dans une petite communaut\u00e9 villageoise menac\u00e9e de disparition par la construction d\u2019un barrage qui va engloutir sa <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-5763\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Amila_1950.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"330\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Amila_1950.jpg 220w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Amila_1950-200x300.jpg 200w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Amila_1950-100x150.jpg 100w\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/>vall\u00e9e. Il n\u2019est pas interdit d\u2019y voir la mobilisation des habitants de Tignes, en Savoie, qui lutt\u00e8rent \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1940 contre la construction du barrage du Chevril qui devait finir par noyer leur village.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais l\u2019essentiel n\u2019est pas l\u00e0. Sous les dehors d\u2019un roman \u00ab\u00a0am\u00e9ricain\u00a0\u00bb aux couleurs de la France, l\u2019auteur se fait l\u2019\u00e9cho des peurs des d\u00e9buts de la guerre froide qui s\u2019est d\u00e9clench\u00e9e entre les anciens alli\u00e9s de la Seconde Guerre mondiale, apr\u00e8s la d\u00e9faite de l\u2019Allemagne nazie. Ce qui int\u00e9resse les promoteurs de ce projet de barrage n\u2019est pas de produire de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 \u00ab\u00a0propre\u00a0\u00bb, mais d\u2019extraire du \u00ab\u00a0pechblende\u00a0\u00bb, un minerai d\u2019uranium n\u00e9cessaire \u00e0 la fabrication des bombes atomiques qui vont prolif\u00e9rer dans les d\u00e9cennies suivantes. Et voil\u00e0 que le roman bascule dans une autre dimension qui renvoie \u00e0 l\u2019imaginaire pacifiste de Jean Meckert. Cette revendication est renforc\u00e9e par la mention \u00ab\u00a0Adapt\u00e9 de l\u2019am\u00e9ricain par Jean Meckert\u00a0\u00bb, et non \u00ab\u00a0traduit\u00a0\u00bb, qui orne la jaquette de l\u2019\u00e9dition originale du roman. L\u2019\u00e9crivain tente de r\u00e9sister et d\u2019exister sous le pseudonyme impos\u00e9 par la duret\u00e9 des temps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le contenu du roman lui-m\u00eame d\u00e9tonne dans la production de l\u2019\u00e9poque. L\u00e0 o\u00f9 l\u2019on trouve ordinairement des flics, des d\u00e9tectives priv\u00e9s, des truands, des femmes fatales, Amila choisit, lui, comme personnage principal, un pasteur m\u00e9thodiste, Paul Wiseman, tellement humain qu\u2019il \u00e9prouve des sentiments pour une jeune fille qui n\u2019a pas froid aux yeux, Amy, qui plus est enceinte. Choix pour le moins original\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Celui-ci f\u00e9d\u00e8re les \u00e9nergies pour lutter contre le consortium qui souhaite voir la petite communaut\u00e9 montagnarde plier bagages au plus t\u00f4t. La partie se tend, les armes sortent, il y aura des morts et des bless\u00e9s de chaque c\u00f4t\u00e9. Et \u00e0 la fin, ce sont les plus forts qui l\u2019emportent, laissant amers et bless\u00e9s les montagnards d\u00e9faits par la raison d\u2019Etat et les profits esp\u00e9r\u00e9s. Wiseman finit en p\u00e9nitencier, avec la complicit\u00e9 des autorit\u00e9s religieuses dont il d\u00e9pend. Fermez le ban\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s ce premier essai r\u00e9ussi, John, puis Jean, Amila continuera sa carri\u00e8re sous casaque noire et jaune avec 21 autres romans, jusqu\u2019en 1986, devenant un pilier de la collection, mais aussi le pr\u00e9curseur des auteurs du n\u00e9o-polar comme Jean-Patrick Manchette, ADG, Didier Daeninckx ou encore Fr\u00e9d\u00e9ric H. Fajardie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Y\u2019a pas de bon dieu\u00a0!<\/em> est r\u00e9\u00e9dit\u00e9 dans la nouvelle collection de la S\u00e9rie noire, intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Classique\u00a0\u00bb, qui propose des titres embl\u00e9matiques qui ont marqu\u00e9 son histoire depuis 1945, en reprenant la fameuse jaquette noire des premi\u00e8res publications, mais agr\u00e9ment\u00e9e d\u2019une photo qui modernise agr\u00e9ablement cette nouvelle \u00e9dition.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jean Amila, Y\u2019a pas de bon dieu !, \u00e9ditions Gallimard, 1950\u00a0; r\u00e9\u00e9d., collection S\u00e9rie noire \u00ab\u00a0Classique\u00a0\u00bb, pr\u00e9face de St\u00e9fanie Delestr\u00e9 et Herv\u00e9 Delouche, novembre 2024, 208 pages, 12 \u20ac, ISBN\u00a0: 978-2-07-308556-6. &nbsp; Jean Meckert est un \u00e9crivain prol\u00e9tarien qui connut un succ\u00e8s d\u2019estime avec son premier roman, Les Coups, publi\u00e9 chez Gallimard sous les auspices de Jean Paulhan et d\u2019Andr\u00e9 Gide, en 1942, en pleine Occupation. D\u2019autres romans suivirent, comme L\u2019Homme au marteau, Nous avons les mains rouges ou La Lucarne, mais ils eurent du mal \u00e0 trouver leur public. Meckert ayant abandonn\u00e9 ses activit\u00e9s salari\u00e9es, il lui faut bien vivre. Marcel Duhamel, le patron de la toute nouvelle S\u00e9rie noire, lui propose alors de rejoindre la collection polici\u00e8re de la NRF. L\u2019ennui, c\u2019est qu\u2019en ces ann\u00e9es d\u2019apr\u00e8s-guerre, la mode est \u00e0 la litt\u00e9rature anglo-saxonne. Qu\u2019\u00e0 cela ne tienne, Jean Meckert devient John Amila, et le tour est jou\u00e9\u00a0! Il est ainsi le deuxi\u00e8me \u00e9crivain fran\u00e7ais \u00e0 int\u00e9grer la collection, apr\u00e8s Serge Arcou\u00ebt, alias Terry Stewart, avec La Mort et l\u2019Ange, en 1948. Le premier roman noir d\u2019Amila, Y\u2019a pas de bon dieu\u00a0!, paru en 1950, se conforme \u00e0 l\u2019esth\u00e9tique en vogue, le roman se d\u00e9roule aux Etats-Unis, dans une petite communaut\u00e9 villageoise menac\u00e9e de disparition par la construction d\u2019un barrage qui va engloutir sa vall\u00e9e. Il n\u2019est pas interdit d\u2019y voir la mobilisation des habitants de Tignes, en Savoie, qui lutt\u00e8rent \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1940 contre la construction du barrage du Chevril qui devait finir par noyer leur village. Mais l\u2019essentiel n\u2019est pas l\u00e0. Sous les dehors d\u2019un roman \u00ab\u00a0am\u00e9ricain\u00a0\u00bb aux couleurs de la France, l\u2019auteur se fait l\u2019\u00e9cho des peurs des d\u00e9buts de la guerre froide qui s\u2019est d\u00e9clench\u00e9e entre les anciens alli\u00e9s de la Seconde Guerre mondiale, apr\u00e8s la d\u00e9faite de l\u2019Allemagne nazie. Ce qui int\u00e9resse les promoteurs de ce projet de barrage n\u2019est pas de produire de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 \u00ab\u00a0propre\u00a0\u00bb, mais d\u2019extraire du \u00ab\u00a0pechblende\u00a0\u00bb, un minerai d\u2019uranium n\u00e9cessaire \u00e0 la fabrication des bombes atomiques qui vont prolif\u00e9rer dans les d\u00e9cennies suivantes. Et voil\u00e0 que le roman bascule dans une autre dimension qui renvoie \u00e0 l\u2019imaginaire pacifiste de Jean Meckert. Cette revendication est renforc\u00e9e par la mention \u00ab\u00a0Adapt\u00e9 de l\u2019am\u00e9ricain par Jean Meckert\u00a0\u00bb, et non \u00ab\u00a0traduit\u00a0\u00bb, qui orne la jaquette de l\u2019\u00e9dition originale du roman. L\u2019\u00e9crivain tente de r\u00e9sister et d\u2019exister sous le pseudonyme impos\u00e9 par la duret\u00e9 des temps. Le contenu du roman lui-m\u00eame d\u00e9tonne dans la production de l\u2019\u00e9poque. L\u00e0 o\u00f9 l\u2019on trouve ordinairement des flics, des d\u00e9tectives priv\u00e9s, des truands, des femmes fatales, Amila choisit, lui, comme personnage principal, un pasteur m\u00e9thodiste, Paul Wiseman, tellement humain qu\u2019il \u00e9prouve des sentiments pour une jeune fille qui n\u2019a pas froid aux yeux, Amy, qui plus est enceinte. Choix pour le moins original\u2026 Celui-ci f\u00e9d\u00e8re les \u00e9nergies pour lutter contre le consortium qui souhaite voir la petite communaut\u00e9 montagnarde plier bagages au plus t\u00f4t. La partie se tend, les armes sortent, il y aura des morts et des bless\u00e9s de chaque c\u00f4t\u00e9. Et \u00e0 la fin, ce sont les plus forts qui l\u2019emportent, laissant amers et bless\u00e9s les montagnards d\u00e9faits par la raison d\u2019Etat et les profits esp\u00e9r\u00e9s. Wiseman finit en p\u00e9nitencier, avec la complicit\u00e9 des autorit\u00e9s religieuses dont il d\u00e9pend. Fermez le ban\u2026 Apr\u00e8s ce premier essai r\u00e9ussi, John, puis Jean, Amila continuera sa carri\u00e8re sous casaque noire et jaune avec 21 autres romans, jusqu\u2019en 1986, devenant un pilier de la collection, mais aussi le pr\u00e9curseur des auteurs du n\u00e9o-polar comme Jean-Patrick Manchette, ADG, Didier Daeninckx ou encore Fr\u00e9d\u00e9ric H. Fajardie. Y\u2019a pas de bon dieu\u00a0! est r\u00e9\u00e9dit\u00e9 dans la nouvelle collection de la S\u00e9rie noire, intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Classique\u00a0\u00bb, qui propose des titres embl\u00e9matiques qui ont marqu\u00e9 son histoire depuis 1945, en reprenant la fameuse jaquette noire des premi\u00e8res publications, mais agr\u00e9ment\u00e9e d\u2019une photo qui modernise agr\u00e9ablement cette nouvelle \u00e9dition.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":5762,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[35,2],"tags":[2624,264,2623,810,811,812,2625,814],"class_list":["post-5760","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-chronique","category-une","tag-amila-meckert","tag-editions-gallimard","tag-gallimard-serie-noire","tag-jean-amila","tag-jean-meckert","tag-john-amila","tag-marcel-duhamel","tag-pierre-gauyat"],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5760","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5760"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5760\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5765,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5760\/revisions\/5765"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media\/5762"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5760"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5760"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5760"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}