{"id":5807,"date":"2024-12-31T12:50:06","date_gmt":"2024-12-31T11:50:06","guid":{"rendered":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=5807"},"modified":"2024-12-31T12:50:06","modified_gmt":"2024-12-31T11:50:06","slug":"chronique-christophe-manon-ou-le-risque-lyrique-a-propos-de-signes-des-temps-par-fabrice-thumerel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2024\/12\/31\/chronique-christophe-manon-ou-le-risque-lyrique-a-propos-de-signes-des-temps-par-fabrice-thumerel\/","title":{"rendered":"[Chronique] Christophe Manon ou le risque lyrique (\u00e0 propos de Signes des temps), par Fabrice Thumerel"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Christophe MANON,\u00a0<strong><em>Signes des temps<\/em><\/strong>, H\u00e9ros-limite, Gen\u00e8ve, printemps 2024, 112 pages, 16 \u20ac, ISBN\u00a0: 978-2-88955-101-9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vingt-cinq stases, vingt-cinq extases\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au commencement, le Labo de cr\u00e9ation de Ciclic, centre du Val de Loire, o\u00f9 le po\u00e8te a pu consulter en 2020 des archives film\u00e9es\u00a0; cinq \u00ab\u00a0po\u00e8mes cin\u00e9matographiques\u00a0\u00bb ont vu le jour (<a href=\"https:\/\/livre.ciclic.fr\/labo-de-creation\/christophe-manon-poemes-pour-les-temps-presents-5-poemes-cinematographiques\"><strong>\u00ab\u00a0Po\u00e8mes du temps pr\u00e9sent\u00a0\u00bb<\/strong><\/a>, cinq films de cinq minutes environ\u00a0: cr\u00e9ation <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-5808\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/PorteSoleil_Manon.jpg\" alt=\"\" width=\"180\" height=\"288\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/PorteSoleil_Manon.jpg 200w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/PorteSoleil_Manon-188x300.jpg 188w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/PorteSoleil_Manon-94x150.jpg 94w\" sizes=\"auto, (max-width: 180px) 100vw, 180px\" \/>musicale et sonore, Fr\u00e9d\u00e9ric D. Oberland ; montage, Gr\u00e9goire Orio et Gr\u00e9goire Couvert ; texte et voix off, Christophe Manon), que l\u2019on se doit d\u2019<strong>ou\u00efvoir<\/strong> avant, pendant et\/ou apr\u00e8s lecture.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais leur port\u00e9e ne s\u2019arr\u00eate pas \u00e0 leur dimension documentale\u00a0: outre que les agencements r\u00e9p\u00e9titifs charrient mille micro-r\u00e9cits et bribes discursives \u2013 lieux communs et paroles envol\u00e9es \u2013, autant dire des \u00c9l\u00e9ments et Pr\u00e9l\u00e8vements Non Identifi\u00e9s (EPNI), dans le texte d\u00e9finitif on recroise les personnages de <em>Porte du soleil<\/em> (Verdier, 2023), cette familiale l\u00e9gende dor\u00e9e : \u00ab Elisa, Pasquale, Eug\u00e9nie, Ren\u00e9, Mimma, Pierre, Lucette, tous ont v\u00e9cu et sont morts \u00e0 pr\u00e9sent \u00bb (p. 106)&#8230; Ces morts s\u2019ajoutent \u00e0 d\u2019autres \u00ab fant\u00f4mes du pass\u00e9 \u00bb (102), les fr\u00e8res Bricard par exemple, dont le plus jeune a \u00e9t\u00e9 fusill\u00e9 par les Allemands le 13 ao\u00fbt 1944. C\u2019est dire \u00e0 quel point se m\u00ealent les voix\/voies qui constituent des <em>signes des temps<\/em>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"background-color: #ff0000; color: #ffffff;\"><strong><em>C\u2019est toujours de nouveau la m\u00eame chose<\/em><\/strong><strong>&#8230;<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">\u00ab\u00a0Accepter la perte, en po\u00e9sie certes, mais dans la vie\u00a0?\u00a0\u00bb (58)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une myriade de ici-et-maintenant. Le tourbillon de la vie, comme dit la chanson de <em>Jules et Jim<\/em> : \u00ab Mais le temps est pass\u00e9, le<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-5815\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Manon_SignesTemps.jpg\" alt=\"\" width=\"210\" height=\"330\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Manon_SignesTemps.jpg 210w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Manon_SignesTemps-191x300.jpg 191w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Manon_SignesTemps-95x150.jpg 95w\" sizes=\"auto, (max-width: 210px) 100vw, 210px\" \/> temps, apr\u00e8s lequel un autre temps commence \u00bb (29)&#8230; \u00ab Tournent les heures et tourbillonnent encore, ainsi passent les jours et le temps s\u2019\u00e9vapore \u00bb (49)&#8230; Rien de nouveau sous le soleil noir de la m\u00e9lancolie, dira-t-on\u00a0: \u00ab\u00a0Mais pourquoi, pourquoi donc faut-il que tout cela prenne fin\u00a0?\u00a0\u00bb (83). <em>Tempus fugit<\/em>&#8230; Passent les jours, les semaines, les mois, les ann\u00e9es&#8230; Mais \u00e0 quoi bon accumuler les d\u00e9comptes, tenter de saisir le temps, un temps souvent trop \u00e9tale et monotone\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 quoi bon\u00a0? 1971, 1972, 1973, pas l\u2019ombre, pas le moindre souvenir. Et puis quoi encore\u00a0? \u00bb (98). \u00ab\u00a0Les ann\u00e9es sont les ann\u00e9es sont les ann\u00e9es\u00a0\u00bb (65), \u00e0 la fois m\u00eames et autres\u00a0: le temps est une toupie qui in\u00e9luctablement nous \u00e9tourdit, nous entra\u00eene dans un mouvement de r\u00e9p\u00e9titions \/ variations.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 d\u00e9faut d\u2019appr\u00e9hender le temps perdu, au moins essayer d\u2019en extraire \u00ab\u00a0un tourbillon de sensations\u00a0\u00bb (86)\u00a0: la vie nous emporte, <em>\u00e9perdus et chancelants<\/em>, mais on la porte et l&#8217;emporte avec soi. Car force est de faire ce constat : \u00ab Quelle chose, quelle chose prodigieuse, \u00e9tonnante et magnifique c\u2019est de vivre \u00bb (27).<br \/>\n<em>Valse m\u00e9lancolique et langoureux vertige<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-5817\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/manon_Archive2.jpg\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"200\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/manon_Archive2.jpg 540w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/manon_Archive2-300x111.jpg 300w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/manon_Archive2-150x56.jpg 150w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/manon_Archive2-366x136.jpg 366w\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"background-color: #ff0000; color: #ffffff;\"><strong>Une ritournelle h\u00e9doniste<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">\u00ab\u00a0La beaut\u00e9, la beaut\u00e9 est un exorcisme,<br \/>\nle po\u00e8me un exercice de respiration en voie de disparition\u00a0\u00bb (18).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Signes des temps<\/em><\/strong> est une ritournelle r\u00e9gie par une po\u00e9tique du passage vaporeux et \u00e9vanescent &#8211; du fondu encha\u00een\u00e9, doit-on dire tant l\u2019\u00e9criture de Christophe Manon se r\u00e9v\u00e8le cin\u00e9po\u00e9tique -, quoique enclench\u00e9e par une amorce \u00e0 la Doppelt\u00a0: \u00ab\u00a0La lumi\u00e8re est un foyer de couleurs dont les rayons se concentrent entre les fentes et la poussi\u00e8re.\u00a0\u00bb Mais ce qui int\u00e9resse le po\u00e8te n\u2019est pas un dispositif optique d\u00e9bouchant sur un th\u00e9\u00e2tre cosmopo\u00e9tique, un cosmorama mobile et magique, mais la pr\u00e9sence-absence des \u00eatres, des faits et des choses, leur aura, le perp\u00e9tuel glissando des paroles, sensations et \u00e9v\u00e9nements, la saisie de moments suspendus qui ne sont pas tant des <em>\u00e9piphanies<\/em> (Eco) ou des <em>images de cristal<\/em> (Deleuze) que des <em>pr\u00e9cipit\u00e9s de couleurs et de sons<\/em>, mais aussi <em>d\u2019\u00e9motions<\/em> (cf. p. 10 et 77), des halos de sensations lumineuses et fugitives, des miroitements de moments incandescents, scand\u00e9s parfois par de petites barres verticales, sinon par de cruciales et lancinantes interrogations\u00a0: \u00ab\u00a0Est-ce que cela a chang\u00e9\u00a0?\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Pourquoi, mais pourquoi faut-il donc qu\u2019il en soit ainsi\u00a0?\u00a0\u00bb&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s tout, <em>pourquoi s\u2019en faire\u00a0?<\/em> \u00ab\u00a0Il y a des mariages, il y a des naissances et des anniversaires et il y a des bapt\u00eames et des fian\u00e7ailles et il y a m\u00eame des gens qui dansent et boivent pour f\u00eater des retrouvailles et cependant il y a aussi des fun\u00e9railles. Et ainsi de suite\u00a0\u00bb (66). La distanciation m\u00e8ne \u00e0 la relativisation qui m\u00e8ne \u00e0 l\u2019acceptation\u00a0: \u00ab\u00a0il y a un temps pour tous et un temps pour chacun, il y a une saison pour toute chose, un temps pour tout, temps de d\u00e9truire et temps de b\u00e2tir, temps de rire, temps de pleurer, un temps pour danser et un temps pour se recueillir, le temps d\u2019aimer et le temps de ha\u00efr, temps des moissons et le temps des semailles, le temps des calamit\u00e9s et celui des r\u00e9jouissances, temps de na\u00eetre et temps de mourir\u00a0\u00bb (89)&#8230; Aux trag\u00e9dies du XXe si\u00e8cle Christophe Manon oppose un puissant hymne \u00e0 la vie\u00a0: \u00ab\u00a0Car nous n\u2019avons rien d\u2019autre en notre possession, rien d\u2019autre que notre seule pr\u00e9sence, et de cueillir les \u00e9piphanies lorsqu\u2019elles se manifestent, avec d\u00e9licatesse et d\u00e9termination car nous en connaissons le prix\u00a0\u00bb (38).<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-5818\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Manon_detailArchive.jpg\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"405\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Manon_detailArchive.jpg 540w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Manon_detailArchive-300x225.jpg 300w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Manon_detailArchive-150x113.jpg 150w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2024\/12\/Manon_detailArchive-366x275.jpg 366w\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"background-color: #ff0000; color: #ffffff;\"><strong>Un kal\u00e9idoscope po\u00e9tique du temps pr\u00e9sent<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">\u00ab\u00a0Les ann\u00e9es sont les ann\u00e9es sont les ann\u00e9es\u00a0\u00bb (p. 65).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans <strong><em>Signes des temps<\/em><\/strong>, un leitmotiv caract\u00e9rise le XXe si\u00e8cle\u00a0: \u00ab\u00a0Ce fut un si\u00e8cle de discorde, une longue suite de d\u00e9sastres qui d\u00e9cuplaient les sentiments\u00a0\u00bb. Que reste-t-il de ce si\u00e8cle dans cette po\u00e9prose qui risque brillamment et puissamment le lyrique\u00a0? Si l\u2019on en croit la pr\u00e9sentation \u00e9ditoriale, telle est l\u2019ambition et la port\u00e9e du texte\u00a0:<em> \u00ab\u00a0<\/em><em>Signes\u00a0des temps<\/em>\u00a0est une exp\u00e9rience d\u2019autobiographie collective. C\u2019est-\u00e0-dire que la plupart des \u00e9l\u00e9ments convoqu\u00e9s sont susceptibles d\u2019appartenir \u00e0 chacune ou chacun d\u2019entre nous, dans un mouvement qui, selon Georges Perec, partant de soi, va vers les autres, et inversement.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si autobiographie collective il y a, nulle totalisation narrative cependant, nulle volont\u00e9 de synth\u00e8se ou de reconstitution sociohistorique, dans l\u2019exacte mesure o\u00f9 le po\u00e8te ne vise pas la dur\u00e9e mais le fugitif. Nulle contextualisation pr\u00e9cise, comme dans le chef-d\u2019\u0153uvre d\u2019Annie Ernaux, justement intitul\u00e9 <em>Les Ann\u00e9es<\/em>, qui se singularise par un subtil jeu \u00e9nonciatif : triomphe \u00e9galement ici l\u2019impersonnalit\u00e9 des \u00e9vocations, mais sans v\u00e9ritable valse pronominale ; \u00ab et \u00bb, \u00ab \u00e0 pr\u00e9sent \u00bb, \u00ab maintenant \u00bb &#8211; qui r\u00e9actualise toute la puissance et l\u2019instantan\u00e9it\u00e9 du <em>hic et nunc<\/em> -, et surtout la tournure <strong>\u00c0 + infinitifs intemporels <\/strong>servent d\u2019embrayeurs \u00e0 la <em>sorcellerie \u00e9vocatoire<\/em> de Christophe Manon.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Christophe MANON,\u00a0Signes des temps, H\u00e9ros-limite, Gen\u00e8ve, printemps 2024, 112 pages, 16 \u20ac, ISBN\u00a0: 978-2-88955-101-9. &nbsp; Vingt-cinq stases, vingt-cinq extases\u00a0! Au commencement, le Labo de cr\u00e9ation de Ciclic, centre du Val de Loire, o\u00f9 le po\u00e8te a pu consulter en 2020 des archives film\u00e9es\u00a0; cinq \u00ab\u00a0po\u00e8mes cin\u00e9matographiques\u00a0\u00bb ont vu le jour (\u00ab\u00a0Po\u00e8mes du temps pr\u00e9sent\u00a0\u00bb, cinq films de cinq minutes environ\u00a0: cr\u00e9ation musicale et sonore, Fr\u00e9d\u00e9ric D. Oberland ; montage, Gr\u00e9goire Orio et Gr\u00e9goire Couvert ; texte et voix off, Christophe Manon), que l\u2019on se doit d\u2019ou\u00efvoir avant, pendant et\/ou apr\u00e8s lecture. Mais leur port\u00e9e ne s\u2019arr\u00eate pas \u00e0 leur dimension documentale\u00a0: outre que les agencements r\u00e9p\u00e9titifs charrient mille micro-r\u00e9cits et bribes discursives \u2013 lieux communs et paroles envol\u00e9es \u2013, autant dire des \u00c9l\u00e9ments et Pr\u00e9l\u00e8vements Non Identifi\u00e9s (EPNI), dans le texte d\u00e9finitif on recroise les personnages de Porte du soleil (Verdier, 2023), cette familiale l\u00e9gende dor\u00e9e : \u00ab Elisa, Pasquale, Eug\u00e9nie, Ren\u00e9, Mimma, Pierre, Lucette, tous ont v\u00e9cu et sont morts \u00e0 pr\u00e9sent \u00bb (p. 106)&#8230; Ces morts s\u2019ajoutent \u00e0 d\u2019autres \u00ab fant\u00f4mes du pass\u00e9 \u00bb (102), les fr\u00e8res Bricard par exemple, dont le plus jeune a \u00e9t\u00e9 fusill\u00e9 par les Allemands le 13 ao\u00fbt 1944. C\u2019est dire \u00e0 quel point se m\u00ealent les voix\/voies qui constituent des signes des temps. &nbsp; C\u2019est toujours de nouveau la m\u00eame chose&#8230; \u00ab\u00a0Accepter la perte, en po\u00e9sie certes, mais dans la vie\u00a0?\u00a0\u00bb (58) Une myriade de ici-et-maintenant. Le tourbillon de la vie, comme dit la chanson de Jules et Jim : \u00ab Mais le temps est pass\u00e9, le temps, apr\u00e8s lequel un autre temps commence \u00bb (29)&#8230; \u00ab Tournent les heures et tourbillonnent encore, ainsi passent les jours et le temps s\u2019\u00e9vapore \u00bb (49)&#8230; Rien de nouveau sous le soleil noir de la m\u00e9lancolie, dira-t-on\u00a0: \u00ab\u00a0Mais pourquoi, pourquoi donc faut-il que tout cela prenne fin\u00a0?\u00a0\u00bb (83). Tempus fugit&#8230; Passent les jours, les semaines, les mois, les ann\u00e9es&#8230; Mais \u00e0 quoi bon accumuler les d\u00e9comptes, tenter de saisir le temps, un temps souvent trop \u00e9tale et monotone\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 quoi bon\u00a0? 1971, 1972, 1973, pas l\u2019ombre, pas le moindre souvenir. Et puis quoi encore\u00a0? \u00bb (98). \u00ab\u00a0Les ann\u00e9es sont les ann\u00e9es sont les ann\u00e9es\u00a0\u00bb (65), \u00e0 la fois m\u00eames et autres\u00a0: le temps est une toupie qui in\u00e9luctablement nous \u00e9tourdit, nous entra\u00eene dans un mouvement de r\u00e9p\u00e9titions \/ variations. \u00c0 d\u00e9faut d\u2019appr\u00e9hender le temps perdu, au moins essayer d\u2019en extraire \u00ab\u00a0un tourbillon de sensations\u00a0\u00bb (86)\u00a0: la vie nous emporte, \u00e9perdus et chancelants, mais on la porte et l&#8217;emporte avec soi. Car force est de faire ce constat : \u00ab Quelle chose, quelle chose prodigieuse, \u00e9tonnante et magnifique c\u2019est de vivre \u00bb (27). Valse m\u00e9lancolique et langoureux vertige. &nbsp; Une ritournelle h\u00e9doniste \u00ab\u00a0La beaut\u00e9, la beaut\u00e9 est un exorcisme, le po\u00e8me un exercice de respiration en voie de disparition\u00a0\u00bb (18). Signes des temps est une ritournelle r\u00e9gie par une po\u00e9tique du passage vaporeux et \u00e9vanescent &#8211; du fondu encha\u00een\u00e9, doit-on dire tant l\u2019\u00e9criture de Christophe Manon se r\u00e9v\u00e8le cin\u00e9po\u00e9tique -, quoique enclench\u00e9e par une amorce \u00e0 la Doppelt\u00a0: \u00ab\u00a0La lumi\u00e8re est un foyer de couleurs dont les rayons se concentrent entre les fentes et la poussi\u00e8re.\u00a0\u00bb Mais ce qui int\u00e9resse le po\u00e8te n\u2019est pas un dispositif optique d\u00e9bouchant sur un th\u00e9\u00e2tre cosmopo\u00e9tique, un cosmorama mobile et magique, mais la pr\u00e9sence-absence des \u00eatres, des faits et des choses, leur aura, le perp\u00e9tuel glissando des paroles, sensations et \u00e9v\u00e9nements, la saisie de moments suspendus qui ne sont pas tant des \u00e9piphanies (Eco) ou des images de cristal (Deleuze) que des pr\u00e9cipit\u00e9s de couleurs et de sons, mais aussi d\u2019\u00e9motions (cf. p. 10 et 77), des halos de sensations lumineuses et fugitives, des miroitements de moments incandescents, scand\u00e9s parfois par de petites barres verticales, sinon par de cruciales et lancinantes interrogations\u00a0: \u00ab\u00a0Est-ce que cela a chang\u00e9\u00a0?\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Pourquoi, mais pourquoi faut-il donc qu\u2019il en soit ainsi\u00a0?\u00a0\u00bb&#8230; Apr\u00e8s tout, pourquoi s\u2019en faire\u00a0? \u00ab\u00a0Il y a des mariages, il y a des naissances et des anniversaires et il y a des bapt\u00eames et des fian\u00e7ailles et il y a m\u00eame des gens qui dansent et boivent pour f\u00eater des retrouvailles et cependant il y a aussi des fun\u00e9railles. Et ainsi de suite\u00a0\u00bb (66). La distanciation m\u00e8ne \u00e0 la relativisation qui m\u00e8ne \u00e0 l\u2019acceptation\u00a0: \u00ab\u00a0il y a un temps pour tous et un temps pour chacun, il y a une saison pour toute chose, un temps pour tout, temps de d\u00e9truire et temps de b\u00e2tir, temps de rire, temps de pleurer, un temps pour danser et un temps pour se recueillir, le temps d\u2019aimer et le temps de ha\u00efr, temps des moissons et le temps des semailles, le temps des calamit\u00e9s et celui des r\u00e9jouissances, temps de na\u00eetre et temps de mourir\u00a0\u00bb (89)&#8230; Aux trag\u00e9dies du XXe si\u00e8cle Christophe Manon oppose un puissant hymne \u00e0 la vie\u00a0: \u00ab\u00a0Car nous n\u2019avons rien d\u2019autre en notre possession, rien d\u2019autre que notre seule pr\u00e9sence, et de cueillir les \u00e9piphanies lorsqu\u2019elles se manifestent, avec d\u00e9licatesse et d\u00e9termination car nous en connaissons le prix\u00a0\u00bb (38). &nbsp; Un kal\u00e9idoscope po\u00e9tique du temps pr\u00e9sent \u00ab\u00a0Les ann\u00e9es sont les ann\u00e9es sont les ann\u00e9es\u00a0\u00bb (p. 65). Dans Signes des temps, un leitmotiv caract\u00e9rise le XXe si\u00e8cle\u00a0: \u00ab\u00a0Ce fut un si\u00e8cle de discorde, une longue suite de d\u00e9sastres qui d\u00e9cuplaient les sentiments\u00a0\u00bb. Que reste-t-il de ce si\u00e8cle dans cette po\u00e9prose qui risque brillamment et puissamment le lyrique\u00a0? Si l\u2019on en croit la pr\u00e9sentation \u00e9ditoriale, telle est l\u2019ambition et la port\u00e9e du texte\u00a0: \u00ab\u00a0Signes\u00a0des temps\u00a0est une exp\u00e9rience d\u2019autobiographie collective. C\u2019est-\u00e0-dire que la plupart des \u00e9l\u00e9ments convoqu\u00e9s sont susceptibles d\u2019appartenir \u00e0 chacune ou chacun d\u2019entre nous, dans un mouvement qui, selon Georges Perec, partant de soi, va vers les autres, et inversement.\u00a0\u00bb Si autobiographie collective il y a, nulle totalisation narrative cependant, nulle volont\u00e9 de synth\u00e8se ou de reconstitution sociohistorique, dans l\u2019exacte mesure o\u00f9 le po\u00e8te ne vise pas la dur\u00e9e mais le fugitif. Nulle contextualisation pr\u00e9cise, comme dans le chef-d\u2019\u0153uvre d\u2019Annie Ernaux, justement intitul\u00e9 Les Ann\u00e9es, qui se singularise par un subtil jeu \u00e9nonciatif : triomphe \u00e9galement ici l\u2019impersonnalit\u00e9 des \u00e9vocations, mais sans&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":5809,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[35,7,2],"tags":[110,2643,303,2410,1420,1385,12,2639,2642,2640,2644,2637,2638,2636,120],"class_list":["post-5807","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-chronique","category-livres-recus","category-une","tag-annie-ernaux","tag-autobiographie-collective","tag-christophe-manon","tag-ciclic","tag-editions-heros-limite","tag-editions-verdier","tag-fabrice-thumerel","tag-frederic-d-oberland","tag-gregoire-couvert","tag-gregoire-orio","tag-manon-cinepoetique","tag-manon-lyrisme","tag-manon-ritournelle","tag-poesie-documentale","tag-suzanne-doppelt"],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5807","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5807"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5807\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5819,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5807\/revisions\/5819"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media\/5809"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5807"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5807"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5807"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}