{"id":5925,"date":"2025-02-15T20:08:51","date_gmt":"2025-02-15T19:08:51","guid":{"rendered":"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=5925"},"modified":"2025-02-15T20:11:25","modified_gmt":"2025-02-15T19:11:25","slug":"chronique-francois-crosnier-figures-dans-un-paysage-a-propos-de-anne-emmanuelle-volterra-objets-une-chronique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2025\/02\/15\/chronique-francois-crosnier-figures-dans-un-paysage-a-propos-de-anne-emmanuelle-volterra-objets-une-chronique\/","title":{"rendered":"[Chronique] Fran\u00e7ois Crosnier, Figures dans un paysage (\u00e0 propos de Anne Emmanuelle Volterra, Objets\u00a0: une chronique)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Anne Emmanuelle Volterra, <strong><em>Objets\u00a0: une chronique<\/em><\/strong>, \u00e9ditions LansKine, \u00e9t\u00e9 2024, 101 pages, 16 \u20ac, ISBN 978-2-35963-140-1.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Il se mit en t\u00eate de r\u00e9diger des notes \u00e0 propos de son fils et de sa belle-fille. Cette obsession le perdit.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Celui qui se perd ainsi par l&rsquo;\u00e9criture, c&rsquo;est Emil G., <em>propri\u00e9taire de l&rsquo;h\u00f4tel-pension de F. de 1924 \u00e0 son internement<\/em>, mari d&rsquo;Alida, <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-5929\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Volterra_LansKine.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"311\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Volterra_LansKine.jpg 220w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Volterra_LansKine-212x300.jpg 212w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Volterra_LansKine-106x150.jpg 106w\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/>p\u00e8re de trois filles et d&rsquo;un fils, Henri, atteint de la m\u00eame graphomanie que son p\u00e8re. Les carnets d&rsquo;Emil et les papiers \u00e9pars d&rsquo;Henri constituent la mati\u00e8re de ce bref mais admirable \u00ab\u00a0roman\u00a0\u00bb, puisque telle est l&rsquo;indication port\u00e9e en page de titre, et dont la richesse conceptuelle d\u00e9fie le chroniqueur. Henri a \u00e9pous\u00e9 Marianne, laquelle a eu quelques ann\u00e9es plus tard une liaison et un enfant ill\u00e9gitime avec \u00ab\u00a0le Conseiller\u00a0\u00bb, membre du conseil municipal de F. La fascination &#8211; <em>instincts d&rsquo;adoration et de crainte<\/em> &#8211; exerc\u00e9e par Marianne sur son beau-p\u00e8re en fait la figure centrale des carnets, commenc\u00e9s \u00e0 F. et poursuivis \u00e0 l&rsquo;asile psychiatrique de Cery, <em>chez les fous<\/em>, o\u00f9 Marianne et Henri ont fini par faire interner Emil ; celui-ci s&rsquo;est peu \u00e0 peu accoutum\u00e9 \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;y vivre et a collabor\u00e9 docilement \u00e0 son propre placement. L\u00e0, d\u00e9cevant les espoirs de sa famille et des m\u00e9decins de le voir abandonner l&rsquo;\u00e9criture, il s&rsquo;y livre de mani\u00e8re obsessionnelle, comme si la r\u00e9daction des carnets, dans lesquels il <em>disperse ses images d\u00e9go\u00fbtantes, <\/em>les figures <em>qui jettent l&rsquo;opprobre sur [sa] famille<\/em>, \u00e9tait indispensable \u00e0 sa vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 136 fragments narratifs, Anne Emmanuelle Volterra d\u00e9ploie la chronique de la dislocation de la famille G., marqu\u00e9e par l&rsquo;avilissement, la violence, la perte et le d\u00e9classement induits par l&rsquo;arriv\u00e9e de Marianne, orpheline \u00e0 la beaut\u00e9 animale, qui introduit la d\u00e9r\u00e9liction dans des existences simples et empreintes de noblesse : <em>Alida <\/em>\u2013<em> du germain <\/em>adal, <em>\u00ab\u00a0noble\u00a0\u00bb<\/em>. Le r\u00e9cit, apparemment l\u00e2che, s&rsquo;ordonne autour de plusieurs constellations, le couple Emil-Alida, celui form\u00e9 \u00e0 l&rsquo;asile par Emil et sa garde-malade, le trio ultra-violent Henri-Marianne-le Conseiller, ainsi que la famille d&rsquo;Edmond-Henri Crisinel (1897-1948), po\u00e8te Vaudois <em>homosexuel, g\u00e9nie, aussi sublime que mis\u00e9rable, suicid\u00e9 en 1948 par noyade apr\u00e8s plusieurs s\u00e9jours \u00e0 l&rsquo;asile,<\/em> dont la naissance suppos\u00e9e \u00e0 F. rattache au r\u00e9el<em> <strong>Objets : une chronique<\/strong><\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<div id=\"attachment_5931\" style=\"width: 550px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-5931\" class=\"size-full wp-image-5931\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/study-of-a-figure-in-a-landscape-1952.jpg\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"773\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/study-of-a-figure-in-a-landscape-1952.jpg 540w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/study-of-a-figure-in-a-landscape-1952-210x300.jpg 210w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/study-of-a-figure-in-a-landscape-1952-105x150.jpg 105w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/study-of-a-figure-in-a-landscape-1952-366x524.jpg 366w\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" \/><p id=\"caption-attachment-5931\" class=\"wp-caption-text\">Francis Bacon, Study of a Figure in a Landscape (1952)<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette narration prend une forme extr\u00eamement \u00e9labor\u00e9e, par laquelle le texte se rapproche mim\u00e9tiquement des carnets d&rsquo;un peintre et\/ou d&rsquo;un mystique. Le \u00ab\u00a0fou litt\u00e9raire\u00a0\u00bb qu&rsquo;est Emil G. \u2013personnage qui pourrait appartenir au monde de Pinget comme \u00e0 celui de Thomas Bernhard \u2013 cherche \u00e0 d\u00e9crire les \u00eatres <em>comme une juxtaposition et un embo\u00eetement d&rsquo;objets<\/em>. Ses r\u00e9f\u00e9rences constantes, plac\u00e9es \u00e0 la suite des cellules narratives, sont C\u00e9zanne, Bacon et la litt\u00e9rature secondaire sur ces artistes (biograph\u00e8mes, entretiens, etc.), auxquelles s&rsquo;ajoutent des citations d&rsquo;Eckhart et de Wittgenstein. L&rsquo;objet ouvre le livre, par sa pluralit\u00e9 de sens (Littr\u00e9). Il <em>porte en lui les \u00e9l\u00e9ments du drame<\/em> et expose \u00e0 la finitude. Le monde appara\u00eet \u00e0 Emil G., comme \u00e0 un peintre, difficile \u00e0 d\u00e9crire, car <em>les objets h\u00e9sitent (entre une couleur et une autre, la sym\u00e9trie et la distorsion, la grossi\u00e8ret\u00e9 et le<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-5928\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Volterra_lecture.jpg\" alt=\"\" width=\"225\" height=\"295\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Volterra_lecture.jpg 225w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Volterra_lecture-114x150.jpg 114w\" sizes=\"auto, (max-width: 225px) 100vw, 225px\" \/> raffinement)<\/em>. Assumant la proposition 6.522 du <em>Tractatus logico-philosophicus <\/em>\u00ab\u00a0Il y a assur\u00e9ment de l&rsquo;indicible. Il se montre, c&rsquo;est le Mystique\u00a0\u00bb, il s&rsquo;\u00e9vertue par ailleurs \u00e0 en rapporter une vision et \u00e0 affranchir Dieu de sa condition d&rsquo;objet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le r\u00e9cit des <em>res gestae <\/em>de la famille G. par Emil, Henri ou un narrateur ind\u00e9termin\u00e9 \u00e9chappe ainsi \u00e0 la platitude d&rsquo;un rapport clinique ou policier pour atteindre \u00e0 une esth\u00e9tique des figures, des rapports entre ces derni\u00e8res et de leurs d\u00e9formations, au service de la v\u00e9rit\u00e9. Emil G. ne se sent capable de rien d&rsquo;autre que de suivre des transformations spatiales :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Cery serait le lieu o\u00f9 je pourrais r\u00e9tr\u00e9cir jusqu&rsquo;\u00e0 n&rsquo;\u00eatre plus qu&rsquo;un point de vue.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La fonction de l&rsquo;\u00e9criture est de <em>s&rsquo;insinuer dans l&rsquo;objet<\/em>, de lui faire perdre <em>son esth\u00e9tique propre pour entrer dans celle des carnets.<\/em> Qui l&rsquo;accomplit int\u00e9gralement s&rsquo;expose, comme Emil, \u00e0 \u00e9pouvanter ses mod\u00e8les et aux repr\u00e9sailles en retour :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Lorsqu&rsquo;elle d\u00e9couvrit les carnets, Marianne me reprocha d&rsquo;avoir fait d&rsquo;elle un personnage qui ne lui ressemblait pas. Sa rage de m&rsquo;envoyer \u00e0 C\u00e9ry se d\u00e9cupla.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La violence de la r\u00e9action est d&rsquo;autant plus grande que le scripteur appartient \u00e0 une classe qui n&rsquo;est pas cens\u00e9e \u00e9crire :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Marianne disait : on n&rsquo;\u00e9crit pas quand on est de votre classe, en jetant les carnets par terre <\/em>\u2013<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Par la r\u00e9daction obstin\u00e9e des carnets, je d\u00e9robais \u00e0 une classe qui n&rsquo;\u00e9tait pas la mienne son activit\u00e9 de prestige. Cela me mettait au rang des malfaiteurs, des tra\u00eetres \u00e0 ma propre classe. (&#8230;) Ils \u00e9taient un affront au village, aux paysans, \u00e0 la famille.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00a0<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On ne sort pas indemne de la lecture de ce texte \u00e9blouissant. Gr\u00e2ce \u00e0 Anne Emmanuelle Volterra, le lecteur aura fait, pendant un moment, l&rsquo;exp\u00e9rience rare d&rsquo;appr\u00e9hender le monde \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;un grand peintre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Anne Emmanuelle Volterra, Objets\u00a0: une chronique, \u00e9ditions LansKine, \u00e9t\u00e9 2024, 101 pages, 16 \u20ac, ISBN 978-2-35963-140-1. &nbsp; Il se mit en t\u00eate de r\u00e9diger des notes \u00e0 propos de son fils et de sa belle-fille. Cette obsession le perdit. Celui qui se perd ainsi par l&rsquo;\u00e9criture, c&rsquo;est Emil G., propri\u00e9taire de l&rsquo;h\u00f4tel-pension de F. de 1924 \u00e0 son internement, mari d&rsquo;Alida, p\u00e8re de trois filles et d&rsquo;un fils, Henri, atteint de la m\u00eame graphomanie que son p\u00e8re. Les carnets d&rsquo;Emil et les papiers \u00e9pars d&rsquo;Henri constituent la mati\u00e8re de ce bref mais admirable \u00ab\u00a0roman\u00a0\u00bb, puisque telle est l&rsquo;indication port\u00e9e en page de titre, et dont la richesse conceptuelle d\u00e9fie le chroniqueur. Henri a \u00e9pous\u00e9 Marianne, laquelle a eu quelques ann\u00e9es plus tard une liaison et un enfant ill\u00e9gitime avec \u00ab\u00a0le Conseiller\u00a0\u00bb, membre du conseil municipal de F. La fascination &#8211; instincts d&rsquo;adoration et de crainte &#8211; exerc\u00e9e par Marianne sur son beau-p\u00e8re en fait la figure centrale des carnets, commenc\u00e9s \u00e0 F. et poursuivis \u00e0 l&rsquo;asile psychiatrique de Cery, chez les fous, o\u00f9 Marianne et Henri ont fini par faire interner Emil ; celui-ci s&rsquo;est peu \u00e0 peu accoutum\u00e9 \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;y vivre et a collabor\u00e9 docilement \u00e0 son propre placement. 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