{"id":6031,"date":"2025-04-02T20:40:11","date_gmt":"2025-04-02T18:40:11","guid":{"rendered":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=6031"},"modified":"2025-04-02T20:43:01","modified_gmt":"2025-04-02T18:43:01","slug":"chronique-par-dela-les-silences-film-de-francois-royer-avec-le-peintre-charles-belle-par-tristan-felix","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2025\/04\/02\/chronique-par-dela-les-silences-film-de-francois-royer-avec-le-peintre-charles-belle-par-tristan-felix\/","title":{"rendered":"[CHRONIQUE] Par-Del\u00e0 Les Silences, film de Fran\u00e7ois Royer avec le peintre Charles Belle, par Tristan Felix"},"content":{"rendered":"<p><strong><em>Par-Del\u00e0 Les Silences<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Un film de Fran\u00e7ois Royer avec le peintre Charles Belle, et quelques animaux<\/p>\n<p>Production Aster 2022<\/p>\n<p>Sortie en salle le 28 ao\u00fbt 2024<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.francoisroyet.com\/\">Fran\u00e7ois Royet<\/a>\u00a0: r\u00e9alisateur, sc\u00e9nariste, directeur de la photo, monteur, chef op\u00e9rateur<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">\u00ab <em>Le tournage de mon film a dur\u00e9 plus de seize ann\u00e9es. Seize ann\u00e9es au c\u0153ur de l\u2019atelier du peintre, en immersion totale dans les m\u00e9andres complexes de la cr\u00e9ation. J\u2019ai suivi Charles Belle, j\u2019ai parcouru sa solitude, ses doutes, sa puissance et le vide qui pr\u00e9c\u00e8de l\u2019\u0153uvre, auquel l\u2019artiste doit se mesurer au risque de s\u2019y perdre. J\u2019ai film\u00e9 les moments o\u00f9 le doute s\u2019invite mais o\u00f9 l\u2019engagement de l\u2019\u00eatre est absolu. <\/em>\u00bb Fran\u00e7ois Royet<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voici un film qui transporte litt\u00e9ralement et nous laisse sans voix quand se rallument les lumi\u00e8res. Il faut un peu de temps avant que les mots, absents de l\u2019\u0153uvre, nous reviennent, charg\u00e9s d\u2019une mati\u00e8re jusqu\u2019alors inconnue qui touche au corps et \u00e0 l\u2019esprit, aux sens comme au r\u00eave. Une si longue trajectoire dans le temps ne peut que se charger d\u2019alluvions rares et denses.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un documentaire ? Un portrait ? Une fiction ? Un po\u00e8me cin\u00e9matographique ? D\u00e9j\u00e0, nous nous posons des questions, nous <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-6035\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Clouzot_Picasso.jpg\" alt=\"\" width=\"225\" height=\"306\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Clouzot_Picasso.jpg 225w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Clouzot_Picasso-221x300.jpg 221w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Clouzot_Picasso-110x150.jpg 110w\" sizes=\"auto, (max-width: 225px) 100vw, 225px\" \/>sommes hors cat\u00e9gorie, vierges en quelque sorte. Nous connaissons n\u00e9anmoins des films singuliers sur des peintres, notamment <em>Le Myst\u00e8re Picasso<\/em> de Henri-Georges Clouzot (1956) dont Fran\u00e7ois Royet pourrait \u00eatre l\u2019h\u00e9ritier proche et lointain. Proche, parce qu\u2019il immerge, par transparence, dans le processus de cr\u00e9ation-destruction ou d\u2019apparition-disparition d\u2019une \u0153uvre\u00a0; lointain parce qu\u2019aucun \u00e9change verbal ne s\u2019immisce entre le cin\u00e9aste et l\u2019artiste pour laisser parler les silences \u00e0 travers les sonorit\u00e9s du geste, de la pierre de charbon, des pinceaux, du calame, des textures, du vent, des arbres, des animaux, aussi parce que son compagnonnage avec Charles Belle, s\u2019\u00e9tend sur plus de seize ann\u00e9es et que la cam\u00e9ra tourne en continu jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elle disparaisse de la conscience de l\u2019artiste livr\u00e9 tout entier \u00e0 ses pulsions cr\u00e9atrices.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce dernier point est sans doute l\u2019un des paradoxes les plus vertigineux de cette \u0153uvre peinte film\u00e9e. Car la cam\u00e9ra spectatrice est \u00e0 ce point active, omnipr\u00e9sente bien que discr\u00e8te qu\u2019elle fait du spectateur que nous sommes une plaque o\u00f9 s\u2019impressionne comme en miroir, en n\u00e9gatif ou en radiographie l\u2019\u0153uvre en train de se mouvoir, de se d\u00e9gager de sa gangue fantasmatique.<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright wp-image-6034\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Bunuel_Chien-andalou.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"266\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Bunuel_Chien-andalou.jpg 205w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Bunuel_Chien-andalou-124x150.jpg 124w\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/> Certes c\u2019est la vertu du cin\u00e9ma mais ici nous ne sommes pas seulement captifs de l\u2019image, nous embarquons pour un voyage comme sous ayahuasca, offerts \u00e0 toutes les visions les plus surr\u00e9elles. Tr\u00e8s bri\u00e8vement nous songeons \u00e0 <em>Un chien andalou<\/em> de Luis Bu\u00f1uel et Dal\u00ed (1929) dont la sc\u00e8ne initiale montre un homme qui d\u2019un coup de rasoir aff\u00fbt\u00e9 aveugle l\u2019\u0153il-lune pour p\u00e9n\u00e9trer \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, comme \u00e0 l\u2019envers d\u2019un conte\u00a0: \u00ab\u00a0Il \u00e9tait une fois\u2026\u00a0\u00bb dit le film. Oui, alors ce film <em>Par-Del\u00e0 Les Silences<\/em> pourrait bien \u00eatre un conte, un conte hypnotique. La cam\u00e9ra en se fondant dans l\u2019univers du peintre s\u2019impr\u00e8gne \u00e0 ce point de ce qui est \u00e0 l\u2019\u0153uvre qu\u2019elle devient organique, animale autant que v\u00e9g\u00e9tale, avec des angles de vue, des diagonales, de tr\u00e8s gros plans, des rythmes, des perspectives inaccoutum\u00e9es. L\u2019acc\u00e9l\u00e9ration des \u00e9tats successifs et incessamment remani\u00e9s de la peinture des herbes folles sur la toile, par exemple, prend possession de l\u2019esprit v\u00e9g\u00e9tal, avec son cliquetis de paille s\u00e8che et l\u2019affolement erratique de la pr\u00e9sence du peintre, comme en stop-motion. L\u2019art du cin\u00e9aste ici est de nous transmettre ses d\u00e9charges \u00e9lectriques. Au sol, les immenses aplats de couleurs se recouvrent, se chevauchent, se flairent, se coursent, se livrent un combat sans merci \u00e0 l\u2019issu duquel \u00e9mergent des formes provisoires o\u00f9 l\u2019\u0153il sensible \u00e0 la par\u00e9idolie <em>voit<\/em> na\u00eetre des pr\u00e9sences surprenantes au sein du v\u00e9g\u00e9tal, de l\u2019animal, du gazeux. Et le peintre d\u2019arpenter sa toile comme un jardinier fou. Un tel surgissement dans la dur\u00e9e d\u00e9contenance le regard, happ\u00e9 par la mati\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0L\u2019artiste, tel un Cha\u00efm Soutine faisant hisser dans son vaste atelier un b\u0153uf \u00e9corch\u00e9 pour en m\u00e2cher au pinceau la rougeur et le jaune, a fait venir dans le sien un taureau qui souffle, rumine et s\u2019agite dans ses harnais. L\u2019image en tr\u00e8s gros plan de l\u2019\u0153il de la b\u00eate \u00e0 la surface duquel l\u2019objectif parvient \u00e0 capter la t\u00eate de Charles Belle lui-m\u00eame est sans doute l\u2019axe mouvant autour duquel cristallise toute la singularit\u00e9 merveilleuse de ce film. Qui regarde qui\u00a0dans l\u2019infini des miroirs\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6036\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Royet-Belle.jpg\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"694\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Royet-Belle.jpg 540w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Royet-Belle-233x300.jpg 233w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Royet-Belle-117x150.jpg 117w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Royet-Belle-366x470.jpg 366w\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Il \u00e9tait une fois<\/em>, donc, un peintre qui habitait avec un chat et un chien une tr\u00e8s haute demeure dans les montagnes du Doubs, qui faisait venir dans son atelier des feuilles de chou, de figuier, des amaryllis, des iris, un taureau pour en explorer leur propre substance et s\u2019impr\u00e9gner de leur sensualit\u00e9. Le taureau aurait bien voulu s\u2019\u00e9chapper mais il fallait d\u2019abord qu\u2019il apparaisse sur une toile et finisse par devenir chou ou iris. Mais plus tard c\u2019est le peintre qui s\u2019est \u00e9chapp\u00e9 dans la montagne pour tendre, offertes aux intemp\u00e9ries, ses gigantesques toiles o\u00f9 sont apparus au fusain des arbres nus, et puis comme si le vent, le soleil, la pluie ne suffisaient pas \u00e0 s\u2019emparer de la toile il s\u2019installe au c\u0153ur de la for\u00eat dont les arbres de leurs bras, de leurs mains ligneuses, de leurs griffes palpent, grattent, lac\u00e8rent sa toile peinte, renversant le processus de cr\u00e9ation et rendant ainsi \u00e0 ce que nous nommons si maladroitement la nature ses fantastiques labyrinthes. L\u2019ultime phase de restitution n\u2019est pas encore venue lorsque le peintre recouvre de noir de charbon la toile sur laquelle il a peint et repeint des arbres en hiver. Une nouvelle toile vierge est tendue et les esprits de la for\u00eat s\u2019y meuvent en transparence sous la clart\u00e9 lunaire. Charles Belle assis contemple cette toile qu\u2019il ne peint pas mais qu\u2019il a d\u00e9livr\u00e9e de ce qu\u2019il a peint et effac\u00e9. Il s\u2019agit d\u2019une passe chamanique, d\u2019une fusion radicale, c\u2019est-\u00e0-dire par les racines telluriques, entre le regardeur et le regard\u00e9, entre le sujet et son objet. L\u2019\u00eatre enfin retourne \u00e0 son origine et l\u2019art est ce medium capable de restituer ce qu\u2019\u00e0 notre corps d\u00e9fendant nous avons perdu avec la symbolique du langage et, aujourd\u2019hui plus que jamais, avec la logorrh\u00e9e m\u00e9diatique mortif\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 la fin du film Fran\u00e7ois Royet filme avec grande douceur le regard des spectateurs venus voir l\u2019exposition des \u0153uvres de Charles Belle, dans un mus\u00e9e cette fois, des \u0153uvres gigantesques, d\u2019autres aux formats plus modestes. Ainsi suspend-il le feuilletage des regards, leur vertigineuse mise en abyme. Nous serons pass\u00e9s par le processus sacrificiel et la ma\u00efeutique d\u2019une \u0153uvre. Interroger sa naissance, l\u2019effacer pour la peindre absolument. Les mots auront tent\u00e9 ici de dire sans le d\u00e9florer ce que ce film magistral capte dans le silence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un tel film-passion n\u2019entrant pas dans les cases traditionnelles du documentaire ou de la fiction, il faut faire fonctionner le bouche \u00e0 oreille pour le faire conna\u00eetre, jouer sur d\u2019autres param\u00e8tres de temps et d\u2019espace. \u00c0 savoir que le cin\u00e9aste est pr\u00e9sent \u00e0 chaque projection pour un riche \u00e9change avec les spectateurs \u00e0 l\u2019issue de la s\u00e9ance au Saint-Andr\u00e9 des Arts \u00e0 Paris, et sans doute prochainement ailleurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il \u00e9tait une nouvelle fois un bouleversement plus qu\u2019un renversement, une extase par-del\u00e0 le deuil du r\u00e9el, une vibration sensuelle de tout l\u2019\u00eatre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par-Del\u00e0 Les Silences Un film de Fran\u00e7ois Royer avec le peintre Charles Belle, et quelques animaux Production Aster 2022 Sortie en salle le 28 ao\u00fbt 2024 Fran\u00e7ois Royet\u00a0: r\u00e9alisateur, sc\u00e9nariste, directeur de la photo, monteur, chef op\u00e9rateur &nbsp; \u00ab Le tournage de mon film a dur\u00e9 plus de seize ann\u00e9es. Seize ann\u00e9es au c\u0153ur de l\u2019atelier du peintre, en immersion totale dans les m\u00e9andres complexes de la cr\u00e9ation. J\u2019ai suivi Charles Belle, j\u2019ai parcouru sa solitude, ses doutes, sa puissance et le vide qui pr\u00e9c\u00e8de l\u2019\u0153uvre, auquel l\u2019artiste doit se mesurer au risque de s\u2019y perdre. J\u2019ai film\u00e9 les moments o\u00f9 le doute s\u2019invite mais o\u00f9 l\u2019engagement de l\u2019\u00eatre est absolu. \u00bb Fran\u00e7ois Royet &nbsp; Voici un film qui transporte litt\u00e9ralement et nous laisse sans voix quand se rallument les lumi\u00e8res. Il faut un peu de temps avant que les mots, absents de l\u2019\u0153uvre, nous reviennent, charg\u00e9s d\u2019une mati\u00e8re jusqu\u2019alors inconnue qui touche au corps et \u00e0 l\u2019esprit, aux sens comme au r\u00eave. Une si longue trajectoire dans le temps ne peut que se charger d\u2019alluvions rares et denses. Un documentaire ? Un portrait ? Une fiction ? Un po\u00e8me cin\u00e9matographique ? D\u00e9j\u00e0, nous nous posons des questions, nous sommes hors cat\u00e9gorie, vierges en quelque sorte. Nous connaissons n\u00e9anmoins des films singuliers sur des peintres, notamment Le Myst\u00e8re Picasso de Henri-Georges Clouzot (1956) dont Fran\u00e7ois Royet pourrait \u00eatre l\u2019h\u00e9ritier proche et lointain. Proche, parce qu\u2019il immerge, par transparence, dans le processus de cr\u00e9ation-destruction ou d\u2019apparition-disparition d\u2019une \u0153uvre\u00a0; lointain parce qu\u2019aucun \u00e9change verbal ne s\u2019immisce entre le cin\u00e9aste et l\u2019artiste pour laisser parler les silences \u00e0 travers les sonorit\u00e9s du geste, de la pierre de charbon, des pinceaux, du calame, des textures, du vent, des arbres, des animaux, aussi parce que son compagnonnage avec Charles Belle, s\u2019\u00e9tend sur plus de seize ann\u00e9es et que la cam\u00e9ra tourne en continu jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elle disparaisse de la conscience de l\u2019artiste livr\u00e9 tout entier \u00e0 ses pulsions cr\u00e9atrices. Ce dernier point est sans doute l\u2019un des paradoxes les plus vertigineux de cette \u0153uvre peinte film\u00e9e. Car la cam\u00e9ra spectatrice est \u00e0 ce point active, omnipr\u00e9sente bien que discr\u00e8te qu\u2019elle fait du spectateur que nous sommes une plaque o\u00f9 s\u2019impressionne comme en miroir, en n\u00e9gatif ou en radiographie l\u2019\u0153uvre en train de se mouvoir, de se d\u00e9gager de sa gangue fantasmatique. Certes c\u2019est la vertu du cin\u00e9ma mais ici nous ne sommes pas seulement captifs de l\u2019image, nous embarquons pour un voyage comme sous ayahuasca, offerts \u00e0 toutes les visions les plus surr\u00e9elles. Tr\u00e8s bri\u00e8vement nous songeons \u00e0 Un chien andalou de Luis Bu\u00f1uel et Dal\u00ed (1929) dont la sc\u00e8ne initiale montre un homme qui d\u2019un coup de rasoir aff\u00fbt\u00e9 aveugle l\u2019\u0153il-lune pour p\u00e9n\u00e9trer \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, comme \u00e0 l\u2019envers d\u2019un conte\u00a0: \u00ab\u00a0Il \u00e9tait une fois\u2026\u00a0\u00bb dit le film. 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Mais plus tard c\u2019est le peintre qui s\u2019est \u00e9chapp\u00e9 dans la montagne pour tendre, offertes aux intemp\u00e9ries, ses gigantesques toiles o\u00f9 sont apparus au fusain des arbres nus, et puis comme si le vent, le soleil, la pluie ne suffisaient pas \u00e0 s\u2019emparer de la toile il s\u2019installe au c\u0153ur de la for\u00eat dont les arbres de leurs bras, de leurs mains ligneuses, de leurs griffes palpent, grattent, lac\u00e8rent sa toile peinte, renversant le processus de cr\u00e9ation et rendant ainsi \u00e0 ce que nous nommons si maladroitement la nature ses fantastiques labyrinthes. L\u2019ultime phase de restitution n\u2019est pas encore venue lorsque le peintre recouvre de noir de charbon la toile sur laquelle il a peint et repeint des arbres en hiver. Une nouvelle toile vierge est tendue et les esprits de la for\u00eat s\u2019y meuvent en transparence sous la clart\u00e9 lunaire. Charles Belle assis contemple cette toile qu\u2019il ne peint pas mais qu\u2019il a d\u00e9livr\u00e9e de ce qu\u2019il a peint et effac\u00e9. Il s\u2019agit d\u2019une passe chamanique, d\u2019une fusion radicale, c\u2019est-\u00e0-dire par les racines telluriques, entre le regardeur et le regard\u00e9, entre le sujet et son objet. 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