{"id":6100,"date":"2025-04-26T16:40:32","date_gmt":"2025-04-26T14:40:32","guid":{"rendered":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=6100"},"modified":"2025-04-26T16:41:33","modified_gmt":"2025-04-26T14:41:33","slug":"jacques-henric-les-profanateurs-journal-1971-2015-par-pascal-boulanger","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2025\/04\/26\/jacques-henric-les-profanateurs-journal-1971-2015-par-pascal-boulanger\/","title":{"rendered":"[CHRONIQUE] Jacques Henric, Les profanateurs : Journal 1971-2015, par Pascal Boulanger"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Jacques Henric, <strong><em>Les profanateurs\u00a0: Journal 1971-2015<\/em><\/strong>, Plon, printemps 2025, 537 pages, 30 \u20ac, ISBN\u00a0: 978-2-259-32180-8.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pas de litt\u00e9rature chic ici, mais un journal qui commence le 16 ao\u00fbt 1971 (\u00e0 cette date, Jacques Henric a publi\u00e9 un livre\u00a0: <em>Arch\u00e9e, <\/em>Seuil, coll. \u00ab\u00a0Tel Quel\u00a0\u00bb) et s\u2019ach\u00e8ve le 6 d\u00e9cembre 2015 (deux ans apr\u00e8s la publication d\u2019un livre d\u2019entretien\u00a0que j\u2019ai eu le plaisir de publier : <em>Faire la vie, <\/em>Editions de Corlevour). Entre ces deux dates, Henric a publi\u00e9 23 livres\u00a0: romans, r\u00e9cits et essais sur l\u2019art notamment.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-6103\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Henric_Profanateurs.jpg\" alt=\"\" width=\"225\" height=\"306\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Henric_Profanateurs.jpg 225w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Henric_Profanateurs-221x300.jpg 221w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/04\/Henric_Profanateurs-110x150.jpg 110w\" sizes=\"auto, (max-width: 225px) 100vw, 225px\" \/>Les Profanateurs <\/em>sont des notations clandestines, prises sur le vif, dans la pr\u00e9cipitation de sc\u00e8nes v\u00e9cues, de rencontres, d\u2019\u00e9changes, d\u2019observations et d\u2019intimit\u00e9 qui ne sont en rien des reconstructions complaisantes de la r\u00e9alit\u00e9. On y croise les tenants des avant-gardes, proclam\u00e9es ou auto-proclam\u00e9es, ceux de <em>Tel Quel<\/em> essentiellement\u00a0: Philippe Sollers, Marcelin Pleynet, Denis et Maurice Roche, Pierre Guyotat et aussi parfois Pierre Rottenberg et Jean-Louis Baudry\u2026 autant de singularit\u00e9s qui signeront des \u0153uvres en prise avec le r\u00e9el de leur \u00e9poque. Sont aussi pr\u00e9sents, des \u00e9crivains et des artistes \u00e9loign\u00e9s du collectif <em>Tel Quel <\/em>et de <em>L\u2019Infini <\/em>comme Robbe-Grillet, Kundera, C\u00e9sar, Genet, Aragon, Houellebecq, Angot\u2026 L\u2019aventure \u00e9ditoriale d\u2019<em>Art press, <\/em>l\u2019\u00e9criture et la publication de <em>La vie sexuelle de Catherine M.<\/em>, le r\u00e9cit\u00a0: <em>Comme si notre amour \u00e9tait une ordure, <\/em>la vie intime et sexuelle avec Catherine Millet occupent une place d\u00e9terminante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le journal, c\u2019est le contraire du r\u00e9cit id\u00e9alis\u00e9 et de l\u2019\u00e9criture falsifi\u00e9e. Attentif \u00e0 la grandeur des livres et de l\u2019art mais tout autant aux guerres symboliques, aux mesquineries, \u00e0 la lutte des places et aux rivalit\u00e9s en miroir, Henric dresse des portraits grin\u00e7ants, parfois f\u00e9roces et souvent dr\u00f4les qui, certes, ne grandissent pas certains \u00e9crivains mais les rendent humains et souvent touchants. \u00a0Quand on est attach\u00e9 \u00e0 la puissance du concret et au sensible imm\u00e9diat, on ne peut tricher ni sombrer dans l\u2019illusion d\u2019un monde sans mesquinerie ni hyst\u00e9rie. Libre d\u2019attaches id\u00e9ologiques, ouvert \u00e0 des exp\u00e9riences d\u2019\u00e9criture parfois \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 des siennes, Henric a toujours r\u00e9sist\u00e9 aux oukases, aux enfermements et aux divers terrorismes de son temps. Avec une constance\u00a0: aucun antis\u00e9mitisme chez lui et une attention particuli\u00e8re, d\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 70, pour les \u00e9crits de P\u00e9guy, de Bloy, de Claudel. Un esprit frondeur, un go\u00fbt pour la pol\u00e9mique (avec notamment la revue <em>Krisis <\/em>d\u2019Alain de Benoist et le num\u00e9ro d\u2019<em>Art press<\/em> en mars 1997\u00a0: <em>L\u2019extr\u00eame droite attaque l\u2019art contemporain<\/em>) lui ont toujours \u00e9vit\u00e9 d\u2019\u00eatre pris dans le pi\u00e8ge des communaut\u00e9s, qu\u2019elles fussent politiques ou litt\u00e9raires. Ce journal t\u00e9moigne que l\u2019on peut <em>jeter son corps dans la lutte <\/em>(Pasolini) et nouer un rapport charnel \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 ressentie. On aurait tort de penser qu\u2019il fait \u0153uvre \u00e0 part, car Henric a toujours pr\u00e9cis\u00e9 que ses livres rev\u00eataient un caract\u00e8re autobiographique \u00e9vident. Ses romans sont fid\u00e8les \u00e0 la vie, ils osent dire \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb, narrateur et auteur ne font qu\u2019un. Dire ce qui est de sa propre vie (y compris sexuelle) rel\u00e8ve de la \u00ab\u00a0v\u00e9ridiction\u00a0\u00bb (Michel Foucault), acte par lequel le sujet se d\u00e9voile en disant sa v\u00e9rit\u00e9. Son journal, comme ses r\u00e9cits, captent et retiennent toutes les images observ\u00e9es, entendues, crois\u00e9es, aim\u00e9es et parfois rejet\u00e9es et si elles \u00e9voquent obscurit\u00e9 et lumi\u00e8re, grandeur et petitesse, opacit\u00e9 et transparence des \u00eatres, elles m\u00ealent, avant tout, le vivre et l\u2019\u00e9crire, l\u2019un ne valant qu\u2019\u00e0 la condition d\u2019\u00eatre \u00e9clair\u00e9 par l\u2019autre\u00a0: une fa\u00e7on efficace de nous dire ce qu\u2019il en est de notre com\u00e9die, de ses labyrinthes et surtout de la jouissance d\u2019en raconter les tensions et les paradoxes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce journal t\u00e9moigne qu\u2019il y a possibilit\u00e9 de modernit\u00e9, chaque fois que c\u2019est le corps qui \u00e9crit et non les id\u00e9ologies, mais qui peut encore s\u2019attacher \u00e0 cette mise en perspective quand tout autour le spectacle lutte pour l\u2019amn\u00e9sie\u00a0? R\u00e9signation esth\u00e9tique et id\u00e9ologique, censure par le silence et l\u2019oubli, embellissement sentimental et mensonger de la vie, humanisme plat, bref la posture du renoncement s\u2019est g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e. Jacques Henric n\u2019a jamais renonc\u00e9 et avec lui tous les profanateurs cit\u00e9s.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jacques Henric, Les profanateurs\u00a0: Journal 1971-2015, Plon, printemps 2025, 537 pages, 30 \u20ac, ISBN\u00a0: 978-2-259-32180-8. Pas de litt\u00e9rature chic ici, mais un journal qui commence le 16 ao\u00fbt 1971 (\u00e0 cette date, Jacques Henric a publi\u00e9 un livre\u00a0: Arch\u00e9e, Seuil, coll. \u00ab\u00a0Tel Quel\u00a0\u00bb) et s\u2019ach\u00e8ve le 6 d\u00e9cembre 2015 (deux ans apr\u00e8s la publication d\u2019un livre d\u2019entretien\u00a0que j\u2019ai eu le plaisir de publier : Faire la vie, Editions de Corlevour). Entre ces deux dates, Henric a publi\u00e9 23 livres\u00a0: romans, r\u00e9cits et essais sur l\u2019art notamment. Les Profanateurs sont des notations clandestines, prises sur le vif, dans la pr\u00e9cipitation de sc\u00e8nes v\u00e9cues, de rencontres, d\u2019\u00e9changes, d\u2019observations et d\u2019intimit\u00e9 qui ne sont en rien des reconstructions complaisantes de la r\u00e9alit\u00e9. On y croise les tenants des avant-gardes, proclam\u00e9es ou auto-proclam\u00e9es, ceux de Tel Quel essentiellement\u00a0: Philippe Sollers, Marcelin Pleynet, Denis et Maurice Roche, Pierre Guyotat et aussi parfois Pierre Rottenberg et Jean-Louis Baudry\u2026 autant de singularit\u00e9s qui signeront des \u0153uvres en prise avec le r\u00e9el de leur \u00e9poque. Sont aussi pr\u00e9sents, des \u00e9crivains et des artistes \u00e9loign\u00e9s du collectif Tel Quel et de L\u2019Infini comme Robbe-Grillet, Kundera, C\u00e9sar, Genet, Aragon, Houellebecq, Angot\u2026 L\u2019aventure \u00e9ditoriale d\u2019Art press, l\u2019\u00e9criture et la publication de La vie sexuelle de Catherine M., le r\u00e9cit\u00a0: Comme si notre amour \u00e9tait une ordure, la vie intime et sexuelle avec Catherine Millet occupent une place d\u00e9terminante. Le journal, c\u2019est le contraire du r\u00e9cit id\u00e9alis\u00e9 et de l\u2019\u00e9criture falsifi\u00e9e. Attentif \u00e0 la grandeur des livres et de l\u2019art mais tout autant aux guerres symboliques, aux mesquineries, \u00e0 la lutte des places et aux rivalit\u00e9s en miroir, Henric dresse des portraits grin\u00e7ants, parfois f\u00e9roces et souvent dr\u00f4les qui, certes, ne grandissent pas certains \u00e9crivains mais les rendent humains et souvent touchants. \u00a0Quand on est attach\u00e9 \u00e0 la puissance du concret et au sensible imm\u00e9diat, on ne peut tricher ni sombrer dans l\u2019illusion d\u2019un monde sans mesquinerie ni hyst\u00e9rie. Libre d\u2019attaches id\u00e9ologiques, ouvert \u00e0 des exp\u00e9riences d\u2019\u00e9criture parfois \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 des siennes, Henric a toujours r\u00e9sist\u00e9 aux oukases, aux enfermements et aux divers terrorismes de son temps. Avec une constance\u00a0: aucun antis\u00e9mitisme chez lui et une attention particuli\u00e8re, d\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 70, pour les \u00e9crits de P\u00e9guy, de Bloy, de Claudel. Un esprit frondeur, un go\u00fbt pour la pol\u00e9mique (avec notamment la revue Krisis d\u2019Alain de Benoist et le num\u00e9ro d\u2019Art press en mars 1997\u00a0: L\u2019extr\u00eame droite attaque l\u2019art contemporain) lui ont toujours \u00e9vit\u00e9 d\u2019\u00eatre pris dans le pi\u00e8ge des communaut\u00e9s, qu\u2019elles fussent politiques ou litt\u00e9raires. Ce journal t\u00e9moigne que l\u2019on peut jeter son corps dans la lutte (Pasolini) et nouer un rapport charnel \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 ressentie. On aurait tort de penser qu\u2019il fait \u0153uvre \u00e0 part, car Henric a toujours pr\u00e9cis\u00e9 que ses livres rev\u00eataient un caract\u00e8re autobiographique \u00e9vident. Ses romans sont fid\u00e8les \u00e0 la vie, ils osent dire \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb, narrateur et auteur ne font qu\u2019un. Dire ce qui est de sa propre vie (y compris sexuelle) rel\u00e8ve de la \u00ab\u00a0v\u00e9ridiction\u00a0\u00bb (Michel Foucault), acte par lequel le sujet se d\u00e9voile en disant sa v\u00e9rit\u00e9. Son journal, comme ses r\u00e9cits, captent et retiennent toutes les images observ\u00e9es, entendues, crois\u00e9es, aim\u00e9es et parfois rejet\u00e9es et si elles \u00e9voquent obscurit\u00e9 et lumi\u00e8re, grandeur et petitesse, opacit\u00e9 et transparence des \u00eatres, elles m\u00ealent, avant tout, le vivre et l\u2019\u00e9crire, l\u2019un ne valant qu\u2019\u00e0 la condition d\u2019\u00eatre \u00e9clair\u00e9 par l\u2019autre\u00a0: une fa\u00e7on efficace de nous dire ce qu\u2019il en est de notre com\u00e9die, de ses labyrinthes et surtout de la jouissance d\u2019en raconter les tensions et les paradoxes. Ce journal t\u00e9moigne qu\u2019il y a possibilit\u00e9 de modernit\u00e9, chaque fois que c\u2019est le corps qui \u00e9crit et non les id\u00e9ologies, mais qui peut encore s\u2019attacher \u00e0 cette mise en perspective quand tout autour le spectacle lutte pour l\u2019amn\u00e9sie\u00a0? R\u00e9signation esth\u00e9tique et id\u00e9ologique, censure par le silence et l\u2019oubli, embellissement sentimental et mensonger de la vie, humanisme plat, bref la posture du renoncement s\u2019est g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e. Jacques Henric n\u2019a jamais renonc\u00e9 et avec lui tous les profanateurs cit\u00e9s.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":6101,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[35,7,2],"tags":[2712,2713,1412,1733,472,2714,719],"class_list":["post-6100","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-chronique","category-livres-recus","category-une","tag-art-press","tag-catherine-millet","tag-jacques-henric","tag-pascal-boulanger","tag-philippe-sollers","tag-plon-editions","tag-revue-tel-quel"],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6100","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6100"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6100\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6105,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6100\/revisions\/6105"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6101"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6100"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6100"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6100"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}