{"id":6126,"date":"2025-05-10T09:50:58","date_gmt":"2025-05-10T07:50:58","guid":{"rendered":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=6126"},"modified":"2025-05-11T19:20:53","modified_gmt":"2025-05-11T17:20:53","slug":"chronique-maurice-mourier-memoires-comme-doubli-par-annie-drimaracci","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2025\/05\/10\/chronique-maurice-mourier-memoires-comme-doubli-par-annie-drimaracci\/","title":{"rendered":"[Chronique] Maurice MOURIER, M\u00e9moires comme d\u2019oubli, par Annie Drimaracci"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0Maurice MOURIER, <strong><em>M\u00e9moires comme d\u2019oubli<\/em><\/strong>, PhB Editions, novembre 2024, 528 pages, 25 \u20ac, ISBN : 979-10-93732-87-9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a0<\/strong><em><br \/>\n<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec son pr\u00e9c\u00e9dent livre, <strong><em>La Femme bue par l\u2019aube<\/em><\/strong>, Maurice Mourier avait d\u00e9j\u00e0 brillamment montr\u00e9 son pouvoir de <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-6133\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/La-femme-bue-par-l-aube.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"347\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/La-femme-bue-par-l-aube.jpg 200w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/La-femme-bue-par-l-aube-190x300.jpg 190w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/La-femme-bue-par-l-aube-95x150.jpg 95w\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/>subversion des genres litt\u00e9raires. Dans ce nouveau roman (l\u2019expression pourrait presque ici rev\u00eatir un double sens), il maintient ce cap. En contant ou racontant cette histoire, il nous am\u00e8ne \u00e0 explorer chemin faisant sa nature, la part de r\u00e9el et d\u2019imaginaire qu\u2019elle contient, les sources m\u00eames, l\u2019ontologie de l\u2019\u00e9criture.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce seraient donc des <strong><em>M\u00e9moires<\/em><\/strong>. Mais alors d\u2019embl\u00e9e, ce titre interroge, associ\u00e9 \u00e0 son antith\u00e8se, <strong><em>oubli<\/em><\/strong>\u2026Qu\u2019\u00e0 cela ne tienne, car d\u00e8s l\u2019<em>Ouverture<\/em>, une cl\u00e9 possible est propos\u00e9e dans un fac\u00e9tieux dialogue entre un Professeur \u00e9m\u00e9rite aux titres ronflants et\u2026 l\u2019auteur (son double ?), Maurice Mourier en personne ! Pr\u00e9cisons que l\u2019ensemble du r\u00e9cit, compos\u00e9 de six parties, comme les mouvements d\u2019une pi\u00e8ce musicale, se trouve ench\u00e2ss\u00e9 entre cette <em>\u00ab<\/em> <em>Ouverture \u00bb<\/em> et une <em>\u00ab<\/em> <em>Coda \u00bb <\/em>qui viennent avec humour tout \u00e0 la fois \u00e9clairer et obscurcir les pistes propos\u00e9es<strong>.\u00a0 <\/strong>Ainsi la <em>Coda <\/em>mettra en sc\u00e8ne, dans un d\u00e9bat fort anim\u00e9, ledit professeur et ses \u00e9tudiants cherchant \u00e0 cerner la notion d\u2019autobiographie dans un feu d\u2019artifice de r\u00e9parties comme pour couronner le roman et le mettre en abyme, invitant avec espi\u00e8glerie le lecteur arriv\u00e9 au terme du r\u00e9cit \u00e0 le consid\u00e9rer sans na\u00efvet\u00e9 ni a priori comme un objet d\u2019\u00e9tude litt\u00e9raire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cela pourrait aussi \u00eatre un roman d\u2019apprentissage, une fiction autobiographique, un conte, un long chant d\u2019amour en prose po\u00e9tique, la recherche d\u2019un temps perdu imm\u00e9diatement retrouv\u00e9 dans le miracle des mots. Mais on pourrait \u00e9galement dire, \u00e0 l\u2019instar de Magritte dans sa <strong><em>\u00ab Trahison des images \u00bb <\/em><\/strong><em>(\u00ab Ceci n\u2019est pas une pipe \u00bb, \u00ab Ceci n\u2019est pas une pomme \u00bb), <\/em>ceci n\u2019est pas un roman, un conte, une autobiographie (genre \u00e9corn\u00e9 au passage, avec \u00ab <em>l\u2019autobougrinf\u00e2mie<\/em> \u00bb, objet du s\u00e9minaire de l\u2019in\u00e9narrable professeur).<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-6135\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Mourier-Magritte.jpeg\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"605\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Mourier-Magritte.jpeg 540w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Mourier-Magritte-268x300.jpeg 268w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Mourier-Magritte-134x150.jpeg 134w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Mourier-Magritte-366x410.jpeg 366w\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En tout \u00e9tat de cause, ce r\u00e9cit, qui retrace l\u2019itin\u00e9raire d\u2019un petit gar\u00e7on jusqu\u2019\u00e0 son entr\u00e9e dans le monde adulte, nous emporte, nous touche, nous fait acc\u00e9der \u00e0 une forme de v\u00e9rit\u00e9 et d\u2019universalit\u00e9 au-del\u00e0 de la question de la v\u00e9racit\u00e9 des faits racont\u00e9s, en sejouant des codes, en \u00e9quilibre sur des fronti\u00e8res, d\u2019infinis territoires entre r\u00eave et r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et si la vie est un songe, <strong><em>M\u00e9moires comme d\u2019oubli<\/em><\/strong> nous fait passer de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du miroir et basculer dans un univers insoup\u00e7onn\u00e9. On y entre tout d\u2019abord de mani\u00e8re un peu brutale, \u00e0 l\u2019instar d\u2019Alice suivant le lapin dans son terrier, en tr\u00e9buchant bri\u00e8vement sur le titre, puis avec cette br\u00e8ve \u00ab <em>Ouverture \u00bb<\/em>, prologue inattendu, et enfin, troisi\u00e8me rebond, en d\u00e9couvrant le d\u00e9but saisissant de la premi\u00e8re partie intitul\u00e9e <em>\u00ab Le petit gar\u00e7on aux cheveux rouges \u00bb<\/em> : <em>\u00ab IL EST UNE FOIS UN PETIT GAR\u00c7ON AUX CHEVEUX ROUGES qui atteint l\u2019\u00e2ge de douze ans. Auquel il est mort. Au-dessus de lui, l\u2019\u0153il immense du globe d\u2019o\u00f9 tombe une aveuglante lumi\u00e8re blanche.\u00a0\u00bb<\/em> Le globe lumineux c\u2019est le point de r\u00e9fraction, ou d\u2019effraction par-del\u00e0 lequel le petit gar\u00e7on peut acc\u00e9der \u00e0 une autre dimension, traverser le miroir. Nous, lecteurs, \u00e0 sa suite on se lance, le d\u00e9but est haletant. Disons simplement qu\u2019il faut mourir pour rena\u00eetre. Apr\u00e8s cette intensit\u00e9 douloureuse, c\u2019est d\u2019une tout autre mani\u00e8re que l\u2019on entre dans l\u2019histoire et que l\u2019on d\u00e9couvre un Royaume, celui de l\u2019enfant ; sur la pointe des pieds, cette fois, en retenant son souffle comme dans un lieu sacr\u00e9, et d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre du r\u00e9cit, on le suivra sans le l\u00e2cher un instant.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"background-color: #ff0000; color: #ffffff;\"><strong>\u00ab Une mani\u00e8re d\u2019enchantement \u00bb<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces mots emprunt\u00e9s au chapitre 4 de la premi\u00e8re partie, lorsque l\u2019enfant et celle qui est nomm\u00e9e \u00ab <em>la F\u00e9e \u00bb<\/em>, ou \u00ab <em>la Reine \u00bb<\/em>, sa m\u00e8re bien-aim\u00e9e, se trouvent ensemble, en osmose dans la nature, dans un espace-temps qui n\u2019appartient qu\u2019\u00e0 eux, pourraient aussi d\u00e9finir le sentiment du lecteur au seuil de cet univers qui s\u2019ouvre devant lui.<em> \u00ab\u00a0Dans la sph\u00e8re magique \u00bb<\/em>, ou encore dans <em>\u00ab une zone merveilleusement d\u00e9pourvue de temps \u00bb, \u00ab ce lieu de l\u2019enfance blottie \u00bb &#8211; \u00ab C\u2019est qu\u2019il y va de l\u2019\u00e9quilibre du monde\u00a0\u00bb <\/em>&#8211; nous avan\u00e7ons dans les pas de l\u2019enfant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 quoi peut bien tenir ce sortil\u00e8ge de lecture, finalement assez rare et pr\u00e9cieux pour que l\u2019on cherche \u00e0 comprendre ce qui se produit au fil des pages, \u00e0 saisir ce myst\u00e9rieux alignement des plan\u00e8tes dans la constellation litt\u00e9raire, au point que l\u2019on se dit d\u2019embl\u00e9e qu\u2019il se passe l\u00e0 quelque chose de puissant, de singulier, et qu\u2019on se trouve en pr\u00e9sence d\u2019un grand livre ? C\u2019est sans aucun doute une conjonction de plusieurs \u00e9l\u00e9ments, mais on sait que cette alchimie par nature restera myst\u00e9rieuse, on l\u2019accepte, on est pr\u00e9venu (ainsi, la Reine, c\u2019est-\u00e0-dire la F\u00e9e, est aussi une magicienne, pratique exorcismes et formules magiques, appara\u00eet et dispara\u00eet \u2013 \u00ab La Reine n\u2019est pas d\u2019ici, est-elle d\u2019ailleurs ? \u00bb).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant ces mots de Balzac pourraient nous aider \u00e0 apprivoiser le myst\u00e8re :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Beaucoup de choses v\u00e9ritables sont souverainement ennuyeuses, aussi est-ce la moiti\u00e9 du talent que de choisir dans le vrai ce qui peut devenir po\u00e9tique \u00bb, \u00e9crit-il dans sa nouvelle <em>\u00ab Le message \u00bb<\/em>. Balzac, ma\u00eetre du roman, place donc la po\u00e9sie au centre de tout projet romanesque. Maurice Mourier poss\u00e8de pr\u00e9cis\u00e9ment ce talent, dans la lign\u00e9e des grands romanciers et d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre de l\u2019histoire, partant du vrai, de la recomposition d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 certainement v\u00e9cue et parfois r\u00eav\u00e9e, de d\u00e9ployer toute la po\u00e9sie et l\u2019imaginaire du pays d\u2019enfance dans lequel grandit le petit gar\u00e7on aux cheveux rouges. Mais <em>\u00ab il faudrait creuser un peu plus avant \u00bb<\/em>, comme l\u2019indiquent en leitmotiv ces mots malicieusement lanc\u00e9s au fil du texte par le narrateur.\u00a0 Alors, allons-y.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><span style=\"background-color: #ff0000; color: #ffffff;\">\u00ab Choisir dans le vrai ce qui peut devenir po\u00e9tique \u00bb<\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Le cadre : <\/em><\/strong>C\u2019est le centre du monde pour le petit gar\u00e7on aux cheveux rouges. Au si\u00e8cle dernier, dans les ann\u00e9es 40. Une campagne fran\u00e7aise recul\u00e9e et relativement prot\u00e9g\u00e9e ; malgr\u00e9 les cons\u00e9quences diffuses de la guerre, puis de l\u2019apr\u00e8s-guerre, on vit dignement, on ne s\u2019apitoie sur rien. Un petit village, une maison, une cuisine o\u00f9 r\u00e8gne une <em>\u00ab M\u00e8re-Grand \u00bb<\/em> extraordinaire, et tout alentour, la nature souveraine, vaste terrain de jeux et de d\u00e9couvertes de l\u2019enfant, r\u00e9servoir infini de son imaginaire. <em>\u00ab La campagne\u00a0\u00bb, <\/em>d\u00e9sign\u00e9e par son terme g\u00e9n\u00e9rique, est peu situ\u00e9e g\u00e9ographiquement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quelques petites touches impressionnistes (<em>\u00ab la Halte \u00bb <\/em>o\u00f9 arrive souvent la F\u00e9e par le train du soir, allusions au Vexin, \u00e0 M\u00e9ry-sur-Oise dont il est question quand <em>\u00ab la Reine et son page \u00bb<\/em> cherchent un nom pour le village qu\u2019ils cr\u00e9ent pour <em>\u00ab les fourmis, les bourdons, les sauterelles \u00bb <\/em>\u2013 comme en \u00e9cho \u00e0 la recherche d\u2019un lecteur curieux qui voudrait aussi mettre un nom sur cette campagne) et divers recoupements permettent de la situer approximativement. Pour que la Reine, depuis la capitale, puisse r\u00e9guli\u00e8rement, d\u00e8s que son m\u00e9tier de journaliste le lui permet, rendre visite \u00e0 l\u2019enfant qui vit avec M\u00e8re-Grand, il faut bien que ce lieu soit assez facilement accessible par le chemin de fer. Mais la situation g\u00e9ographique importe peu, puisque ce cadre, point d\u2019ancrage du petit gar\u00e7on aux cheveux rouges, est clairement la patrie du r\u00eave, des elfes, des animaux et des lutins. En contrepoint \u00e0 la clart\u00e9 de ce monde, de ce microcosme paradoxalement infini, de cet Id\u00e9al \u2013 <em>\u00ab cette bienheureuse plage d\u2019\u00e9ternit\u00e9 qui ne demande qu\u2019\u00e0 s\u2019\u00e9tendre en tous sens puisqu\u2019il n\u2019y a plus de temps \u00bb<\/em> \u2013 existe in\u00e9vitablement celui d\u2019un autre espace-temps honni, celui de la contrainte de l\u2019\u00e9cole d\u2019abord, (<em>\u00ab il passe le plus noir de son temps \u00e0 l\u2019\u00e9cole \u00bb<\/em>), puis \u00e0 mesure que l\u2019enfant grandit, du lyc\u00e9e et des classes pr\u00e9paratoires celui du Spleen de la ville sale et sombre o\u00f9 il est bien oblig\u00e9 de vivre pour poursuivre (brillamment malgr\u00e9 tout) ses \u00e9tudes.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #ffffff;\"><strong><span style=\"background-color: #ff0000;\">Les personnages<\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Les personnages principaux<\/em><\/strong> font l\u2019objet des six parties pr\u00e9c\u00e9demment \u00e9voqu\u00e9es, qui pourraient aussi \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme les six tomes de cette \u00ab Recherche \u00bb. D\u2019abord <em>\u00ab Le petit gar\u00e7on aux cheveux rouges \u00bb<\/em> (I), fil conducteur du livre ou ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler le h\u00e9ros, puis les figures essentielles de <em>\u00ab M\u00e8re-Grand \u00bb<\/em> (II), et La F\u00e9e <em>\u00ab Une Reine messag\u00e8re \u00bb <\/em>(III), aux personnalit\u00e9s diff\u00e9rentes et compl\u00e9mentaires. L\u2019une est stabilit\u00e9, ancrage dans la vie quotidienne ; ancienne infirmi\u00e8re qui a v\u00e9cu en Alg\u00e9rie, elle garde les pieds sur terre. L\u2019autre \u00e9vanescente et intermittente aupr\u00e8s de l\u2019enfant, retenue ailleurs par son travail et son mari <em>\u00ab Le monsieur v\u00eatu de noir \u00bb<\/em> (IV) qui n\u2019est autre que le p\u00e8re de l\u2019enfant. Le petit gar\u00e7on grandit, se constitue aupr\u00e8s de ces deux femmes et, sinon \u00ab contre \u00bb l\u2019homme qu\u2019il r\u00e9pugne \u00e0 nommer son p\u00e8re (quel \u0152dipe !), du moins dans une indiff\u00e9rence appuy\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9gard de celui qui finalement appara\u00eet aux yeux des trois principaux protagonistes comme une malheureuse \u00ab <em>pi\u00e8ce rapport\u00e9e \u00bb<\/em>, grain de sable dans l\u2019harmonie de leur <em>\u00ab trio initial \u00bb<\/em> (ce que l\u2019auteur appelle si joliment leur <em>\u00ab roulotte originelle \u00bb<\/em>) et du <em>\u00ab petit lopin d\u2019espace de l\u2019enfant \u00bb. <\/em>Les parties V et VI sont respectivement consacr\u00e9es au groupe indistinct <em>\u00ab Des Immortelles \u00bb<\/em>, et \u00e0 l\u2019unique <em>\u00ab Ajoupa \u00bb<\/em>, rencontr\u00e9es au fil du temps par celui qui devient peu \u00e0 peu (et \u00e0 son corps d\u00e9fendant <em>: \u00ab <\/em>\u2013<em> Il faut bien grandir. \u2013 Je ne veux pas grandir \u00bb<\/em>)<em> \u00ab le grand gar\u00e7on \u00bb, \u00ab l\u2019adolescent \u00bb<\/em> et enfin <em>\u00ab le gar\u00e7on \u00bb. <\/em>Ce dernier, au moment du d\u00e9nouement, prend d\u2019ailleurs dans la fiction la place de l\u2019auteur, s\u2019empare d\u2019une plume et d\u2019un <em>\u00ab carnet \u00e0 spirale tout neuf \u00bb,<\/em> tra\u00e7ant \u00e0 la fois les derni\u00e8res et les premi\u00e8res lignes vibrantes de son histoire, qu\u2019il faut laisser aux lecteurs le soin de d\u00e9couvrir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00a0<\/em>Chez les personnages f\u00e9minins, la po\u00e9sie est partout. <em>\u00ab La Reine messag\u00e8re du bonheur \u00bb<\/em> en est la quintessence, par sa beaut\u00e9, sa profondeur, son secret. C\u2019est elle qui initie l\u2019enfant aux livres, au r\u00eave, \u00e0 l\u2019amour, sur des lisi\u00e8res parfois troublantes que son pass\u00e9 permet subtilement d\u2019\u00e9clairer \u2013 mais qu\u2019est-ce qui est de l\u2019ordre du v\u00e9cu et de l\u2019imagin\u00e9 ? Nul ne saurait le dire. La F\u00e9e est \u00e0 bien des \u00e9gards rest\u00e9e une enfant. Elle a connu, tout comme M\u00e8re-Grand, une trag\u00e9die ; chacune \u00e0 sa fa\u00e7on en porte la m\u00e9moire (comme d\u2019oubli), mais toutes deux avancent t\u00eate haute.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">M\u00e8re-Grand enseigne au petit gar\u00e7on la vie d\u2019une autre mani\u00e8re, sur le versant du r\u00e9el. Elle raconte beaucoup, commente le pr\u00e9sent, fait revivre le pass\u00e9, remonte aux sources de leur histoire dans des tirades magnifiques, elle sauve, gu\u00e9rit, fourbit les armes pour affronter l\u2019existence.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces deux femmes ont d\u2019abord con\u00e7u l\u2019enfant (si le roman d\u00e9voile peu \u00e0 peu les origines de sa conception, d\u00e8s les premi\u00e8res pages on sait qui est qui : <em>\u00ab (\u2026) un g\u00e9ant d\u00e9bonnaire pr\u00e9vint M\u00e8re-Grand, en qui il a reconnu d\u2019un coup d\u2019\u0153il le chef de famille \u00bb <\/em>\u2013 d\u2019ailleurs, n\u2019appelle-t-elle pas l\u2019enfant \u00ab <em>mon fi \u00bb <\/em>?<em>), <\/em>puis veill\u00e9 sur lui <em>\u00ab au cours des ann\u00e9es longues \u00bb<\/em>, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il devienne un jeune homme.<\/p>\n<div id=\"attachment_6129\" style=\"width: 550px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-6129\" class=\"wp-image-6129\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Maurice-Mourier.jpg\" alt=\"\" width=\"540\" height=\"441\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Maurice-Mourier.jpg 550w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Maurice-Mourier-300x245.jpg 300w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Maurice-Mourier-150x122.jpg 150w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Maurice-Mourier-366x299.jpg 366w\" sizes=\"auto, (max-width: 540px) 100vw, 540px\" \/><p id=\"caption-attachment-6129\" class=\"wp-caption-text\">\u00a9 Photo de Tristan Felix<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les <em>\u00ab Immortelles \u00bb<\/em> peuplent son espace sensuel et fantasmagorique. Ce sont les cr\u00e9atures de ses d\u00e9sirs, r\u00e9els ou imaginaires. Elles passent en laissant leurs traces plus ou moins persistantes dans sa m\u00e9moire sensorielle, comme pour donner le temps au jeune gar\u00e7on d\u2019achever sa m\u00e9tamorphose, comme pour le pr\u00e9parer \u00e0 l\u2019av\u00e8nement <em>d\u2019\u00abAjoupa \u00bb<\/em> qui surgit \u00e0 la fois en majest\u00e9, <em>\u00ab incroyablement l\u00e0, \u00e9close tel le bonheur inattendu \u00bb <\/em>et <em>\u00ab sans bruit, sans irruption violente dans le r\u00e9el \u00bb<\/em> : l\u2019essentielle,\u00a0 l\u2019existentielle, celle qui va bouleverser sa vie (\u00ab <em>Rien ne se passe mais tout s\u2019est produit. Le jour vient de se rompre en son milieu, sans bruit \u00bb<\/em>\u00a0: notons au passage que <em>\u00a0<\/em>tout est dit ou plut\u00f4t sugg\u00e9r\u00e9 dans l\u2019\u00e9quilibre admirable de ces deux phrases, avec ces deux d\u00e9casyllabes suivis des deux monosyllabes <em>\u00ab sans bruit \u00bb<\/em>, qui viennent en \u00e9cho contrebalancer ce qui pr\u00e9c\u00e8de<em>)<\/em>, sans doute transcender l\u2019amour absolu appris des deux femmes originelles et donner ses lettres de noblesse \u00e0 la sexualit\u00e9 et la sensualit\u00e9 explor\u00e9es avec les <em>Immortelles<\/em>, puisqu\u2019il va par Ajoupa, \u00e0 travers elle, passer de l\u2019amour physique \u00e0 une m\u00e9taphysique de l\u2019amour, comme le d\u00e9voilent (tout en pr\u00e9servant le myst\u00e8re) les derni\u00e8res pages du livre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">M\u00e8re-Grand et La Reine donnent donc au petit gar\u00e7on des cl\u00e9s pour lire le monde, l\u2019\u00e9crire et le vivre (parall\u00e8lement aux cl\u00e9s laiss\u00e9es par l\u2019auteur \u00e0 notre usage). Chacune avec sa grammaire lui transmet son approche sensible et son \u00ab discours amoureux \u00bb. <em>\u00ab Leurs accents conjugu\u00e9s \u00bb <\/em>construisent les fondations, le socle d\u2019une existence plac\u00e9e sous le signe de la libert\u00e9, de la nature, de la beaut\u00e9, de la sensorialit\u00e9, de la pens\u00e9e et des mots. Ainsi, elles lui ouvrent le chemin d\u2019acc\u00e8s au po\u00e8me, \u00e0 toutes les <em>\u00ab voix<\/em> <em>ch\u00e8res qui se sont tues \u00bb <\/em>(la citation de Verlaine figure ici parmi beaucoup d\u2019autres, \u00e9galement fondatrices)<em>, <\/em>\u00e0 celles des po\u00e8tes qui l\u2019accompagneront \u00e0 jamais. Superbes pages en leur hommage dans la sixi\u00e8me partie, consacr\u00e9es au chant polyphonique de ces voix m\u00eal\u00e9es \u00e0 celles des deux premi\u00e8res femmes aim\u00e9es (<em>\u00ab Voix de M\u00e8re-Grand, la plus belle par l\u2019extraordinaire ampleur de ses registres \u00bb, \u00ab Voix de la Reine, plus faible et plus voil\u00e9e \u00bb<\/em>)<em>. <\/em>Ainsi le chemin d\u2019apprentissage de la vie est indissociable de celui des mots et de l\u2019\u00e9criture.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au-del\u00e0 de ces figures tut\u00e9laires, le royaume de l\u2019enfant est peupl\u00e9 de <strong><em>personnages secondaires<\/em><\/strong> <strong><em>ou m\u00eame de simples silhouettes<\/em><\/strong> dont la pr\u00e9sence, aussi forte que celle des autres protagonistes, ajoute \u00e0 la densit\u00e9 po\u00e9tique du texte. <strong><em>Les animaux<\/em><\/strong> donnent une couleur particuli\u00e8re au r\u00e9cit. R\u00e9els (les abeilles, le taureau, les chiens), imaginaires, repr\u00e9sent\u00e9s (la frise d\u2019animaux de la tapisserie qui ouvre la voie de la r\u00eaverie), objets de multiples m\u00e9taphores ou comparaisons (certains objets inanim\u00e9s personnifi\u00e9s, comme vus par l\u2019enfant : le car, qui<em> \u00ab ressemble \u00e0 une grosse poule jaune (\u2026) \u00bb<\/em>, ou la Vespa : <em>\u00ab L\u2019adolescent s\u2019approche doucement de l\u2019objet, comme d\u2019une b\u00eate qu\u2019il ne faut pas effrayer.\u00bb ; \u00ab sa structure fine d\u2019insecte \u00bb<\/em>)\u2026 et surtout les p\u00e9riphrases aimantes employ\u00e9es par la Reine pour nommer son Page, son \u00ab <em>bel oiseau bleu aux couleurs du temps \u00bb<\/em>. Protecteurs ou effrayants, ils constituent <strong><em>un v\u00e9ritable bestiaire<\/em><\/strong> qui accompagne l\u2019enfant dans sa lente transformation. D\u2019ailleurs, le petit gar\u00e7on lui-m\u00eame, d\u00e8s les premi\u00e8res pages, est associ\u00e9 \u00e0 <em>\u00ab la chrysalide qu\u2019il d\u00e9terre parfois \u00bb <\/em>(\u2026)<em> \u00ab rel\u00e9gu\u00e9 dans un creux douillet du rien, l\u2019enfant pr\u00e9serv\u00e9 de la vie conna\u00eet peut-\u00eatre \u00e0 nouveau l\u2019aise du s\u00e9jour intra-ut\u00e9rin \u00bb, <\/em>tandis que tout pr\u00e8s du d\u00e9nouement, il ach\u00e8vera explicitement sa m\u00e9tamorphose <em>\u00ab dans cette atmosph\u00e8re de renfermement poussi\u00e9reux qui aujourd\u2019hui se r\u00e9v\u00e8le pour la premi\u00e8re fois \u00eatre aussi un cocon o\u00f9 la chrysalide brune attendait de jaillir en papillon. \u00bb <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans cette po\u00e9tique romanesque, <strong><em>les \u00e9v\u00e9nements fondateurs <\/em><\/strong>jalonnent le parcours du petit gar\u00e7on jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte. Tr\u00e8s t\u00f4t, il fait l\u2019exp\u00e9rience de la mort pr\u00e9c\u00e9demment \u00e9voqu\u00e9e. D\u2019autres \u00e9preuves douloureuses, d\u2019autres \u00e9pisodes initiatiques marquants sont parfois li\u00e9s \u00e0 <strong><em>des lieux ou<\/em><\/strong> <strong><em>objets hautement symboliques<\/em><\/strong>, comme celui de la perte des livres, de la perte de la cl\u00e9 confi\u00e9e par M\u00e8re-Grand, de la confrontation avec le taureau, l\u2019exploration du labyrinthe. Au-del\u00e0 des chocs existentiels et points d\u2019orgue que repr\u00e9sentent certains \u00e9v\u00e9nements, les apprentissages, en particulier ceux, tr\u00e8s pr\u00e9gnants, de l\u2019\u00e9veil de la sensualit\u00e9 et de la sexualit\u00e9 (solitaire ou pas) s\u2019inscrivent aussi dans le temps long, toujours dans un espace-temps comme en marge du r\u00e9el, dans un \u00e9tonnant \u00e9quilibre entre une fa\u00e7on tr\u00e8s libre, directe de d\u00e9crire la vie intime et une forme de retenue et m\u00eame de non-dit.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><span style=\"background-color: #ff0000; color: #ffffff;\">La cristallisation du monde<\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au fond, tout se joue sur le fil d\u2019un narrateur \u00e9quilibriste ou jonglant jusqu\u2019au vertige, mais sans accroc, sur son ouvrage de dentelle romanesque, avec ses multiples fuseaux sur tous les fils tram\u00e9s du vrai et de la po\u00e9sie. C\u2019est en grande partie \u00e0 cela que tient l\u2019aspect merveilleux ou miraculeux du r\u00e9cit, ajout\u00e9 au fait que les \u00eatres et le monde sont per\u00e7us \u00e0 travers le prisme onirique, les yeux et les \u00e9motions de l\u2019enfant puis du jeune gar\u00e7on. Il les lit, les interpr\u00e8te au-del\u00e0 de leurs apparences. Le petit gar\u00e7on aux cheveux rouges a \u00e9t\u00e9 \u00e0 bonne \u00e9cole pour se faire Voyant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Intensit\u00e9 et cristallisation des pr\u00e9sences<\/em><\/strong>, de toutes les pr\u00e9sences.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Celles des personnages<\/em><\/strong> qui existent imm\u00e9diatement, <em>in medias res,<\/em> dans l\u2019action, par l\u2019action quelle que soit leur importance, leur place dans le r\u00e9cit. D\u00e8s le premier mouvement on est happ\u00e9, chaque phrase fait mouche. Tout de suite, ils\/elles sont camp\u00e9s, \u00e0 la fois dans l\u2019\u00e9vidence de leur v\u00e9rit\u00e9 et au-del\u00e0 de leur repr\u00e9sentation. Ainsi, une simple esquisse de M\u00e8re-Grand la fait dens\u00e9ment exister dans une situation dramatique \u00e0 travers cette courte phrase \u00ab <em>Faites, docteur, j\u2019ai confiance \u00bb, <\/em>comme si ces quelques mots oraculaires contenaient en germe ou dans une extr\u00eame condensation de moyens et d\u2019\u00e9motions toutes ses prises de paroles \u00e0 venir. De m\u00eame, le portrait du chirurgien sera bross\u00e9 en sept mots <em>\u00ab un g\u00e9ant d\u00e9bonnaire, v\u00eatu en clown blanc \u00bb<\/em>, lors de sa br\u00e8ve et d\u00e9cisive apparition.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Celles des lieux : <\/em><\/strong>les descriptions de la maison, de ses diff\u00e9rentes pi\u00e8ces, du jardin, de la nature, \u00e0 la fois extr\u00eamement justes et pr\u00e9cises et qui, peut-\u00eatre m\u00eame gr\u00e2ce \u00e0 ces d\u00e9tails, trouvent le point de passage, de bascule, d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 presque objective vers sa dimension onirique (<em>\u00abOn peut atteindre ce bout de for\u00eat pr\u00e9serv\u00e9 parce qu\u2019il ne sert \u00e0 rien, il est trop pentu et le tr\u00e8s petit sentier qui le traverse tortille son plancher raboteux \u00e0 flanc d\u2019ubac, du c\u00f4t\u00e9 froid de la vall\u00e9e (\u2026). Dans la clairi\u00e8re arrondie que baigne la p\u00e9nombre, comme une d\u00e9coction claire des brouillards de chaleurs mont\u00e9s \u00e0 droite de la vall\u00e9e, le vieux ch\u00eane l\u2019a attendu. C\u2019est un passant v\u00e9n\u00e9rable, qui s\u2019est arr\u00eat\u00e9 l\u00e0 depuis toujours. \u00bb<\/em>). <strong><em>Celles des objets, <\/em><\/strong>\u00e0 haute charge symbolique, comme on l\u2019a \u00e9voqu\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment. \u00c0 ce titre, cette cristallisation leur donne un statut de personnages \u00e0 part enti\u00e8re. Ainsi, l\u2019horloge et ses dysfonctionnements, ou la Vespa, compagne d\u2019aventures rendant l\u2019\u00e2me au moment o\u00f9 le jeune homme, apr\u00e8s l\u2019amour du transport (dans ses deux acceptions), d\u00e9couvre le transport de l\u2019amour, qui va l\u2019orienter dans une tout autre direction et sceller son parcours \u00e0 venir, sont embl\u00e9matiques de son \u00e9volution et occupent une place sp\u00e9ciale dans sa mythologie personnelle. On le voit, tous les \u00e9l\u00e9ments de cette po\u00e9tique contribuent \u00e0 m\u00e9tamorphoser le r\u00e9el, \u00e0 le faire scintiller dans toute sa dimension f\u00e9erique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voil\u00e0 sans doute pour \u00ab la moiti\u00e9 du talent \u00bb selon le propos de Balzac.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"background-color: #ff0000; color: #ffffff;\"><strong><em>Et l\u2019autre moiti\u00e9 du talent ?<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Disons qu\u2019elle proc\u00e8de \u00e9videmment de la premi\u00e8re. Elle tient \u00e0 une \u00e9criture ancr\u00e9e dans cette f\u00e9erie, qui s\u2019en nourrit autant qu\u2019elle la produit, dans une \u00e9tonnante circulation de flux et correspondances harmoniques, en parfaite ad\u00e9quation du fond avec la forme. Et ce qui rel\u00e8ve encore du miracle, c\u2019est que tous ces personnages et cet univers sciemment f\u00e9eriques, selon l\u2019angle <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-6130\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Mourier-memoire.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"330\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Mourier-memoire.jpg 220w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Mourier-memoire-200x300.jpg 200w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/Mourier-memoire-100x150.jpg 100w\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/>d\u2019attaque, s\u2019il variait d\u2019un ou deux imperceptibles degr\u00e9s, pourraient tout aussi bien ne pas fonctionner, ou m\u00eame tomber \u00e0 plat, mais il n\u2019en est rien. Si les protagonistes de <strong><em>M\u00e9moires comme d\u2019oubli <\/em><\/strong>n\u2019ont souvent pas d\u2019autres noms que des termes g\u00e9n\u00e9riques, ils sont loin de ressembler aux personnages st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s des contes aux contours et \u00e0 la psychologie sommaires. La sinc\u00e9rit\u00e9, l\u2019\u00e9motion, la pr\u00e9cision avec lesquels ils sont cr\u00e9\u00e9s (ou rendus \u00e0 la vie), leur donnent une force, une v\u00e9rit\u00e9 et une \u00e9ternit\u00e9 insubmersibles. Et ce r\u00e9cit qui pourrait appara\u00eetre comme une histoire singuli\u00e8re, possiblement autobiographique, prend une dimension universelle, port\u00e9 par une \u00e9criture dense, d\u2019un lyrisme qui l\u2019investit de sa pr\u00e9sence diffuse. La brillante d\u00e9finition de J. Dupin \u00e0 propos de l\u2019abstraction lyrique chez Mir\u00f3 pourrait d\u2019ailleurs parfaitement d\u00e9finir l\u2019esth\u00e9tique \u00e0 l\u2019\u0153uvre chez Mourier : \u00ab (\u2026) la cr\u00e9ation d\u2019un espace extr\u00eamement suggestif par la confusion de la texture et de la structure qui ouvrira une voie scandaleusement nouvelle \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ration qui suit \u00bb). La fiction emprunte et d\u00e9passe donc les genres, les codes. En particulier, le conte loin d\u2019\u00eatre une fin en soi constitue bien un moyen emprunt\u00e9, \u00e0 l\u2019instar de la mythique Vespa, pour aller beaucoup plus loin. Au fond, aucune action, aucune parole de personnage ne sont l\u00e0 par hasard. Chaque \u00e9v\u00e9nement en apparence mineur donne lieu \u00e0 une r\u00e9flexion psychologique, ontologique \u2013 oui, le narrateur va toujours \u00ab creuser plus avant \u00bb ! La gr\u00e2ce tient encore \u00e0 cette \u00e9criture de la profondeur qui \u00e0 partir de la surface des choses, de la repr\u00e9sentation au scalpel d\u2019une r\u00e9alit\u00e9, les d\u00e9passe et s\u2019engage dans une qu\u00eate radicale de leur sens, de leurs strates, dans une d\u00e9marche introspective qui appelle l\u2019introspection du lecteur. Elle s\u2019inscrit ainsi dans la lign\u00e9e des grands auteurs d\u00e9couvreurs, explorateurs, qui ont ouvert la voie du roman moderne, ou d\u2019un autre roman, depuis Madame de La Fayette jusqu\u2019\u00e0 Nathalie Sarraute et Claude Simon en passant par Proust, questionnant le r\u00e9el pour mieux interroger l\u2019\u00eatre et l\u2019\u00e9criture. Mais cette recherche n\u2019a rien de labyrinthique. L\u2019\u00e9criture est limpide \u2013 ce qui n\u2019exclut pas la complexit\u00e9 \u2013 elle coule de source, comme si tout le travail sur la phrase, le rythme, les mots, avec le plus grand naturel s\u2019effa\u00e7ait, gagn\u00e9 par l\u2019univers magique de l\u2019enfant, puis l\u2019\u00e9l\u00e9vation progressive du jeune gar\u00e7on vers l\u2019Id\u00e9al qu\u2019il rencontre \u00e0 deux pas du d\u00e9nouement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, d\u00e9pos\u00e9s tout pr\u00e8s du seuil de la <em>Coda,<\/em> ces quelques vers du grand po\u00e8me de Baudelaire \u00ab <em>\u00c9l\u00e9vation \u00bb, <\/em>avec l\u2019humilit\u00e9 du fragment, comme une simple ritournelle, laissent d\u00e9licatement une cl\u00e9 pr\u00e9cieuse : <em>\u00ab Et les voil\u00e0 envol\u00e9s, \u00ab au-dessus des \u00e9tangs, au-dessus des vall\u00e9es, \/ Des campagnes, des bois des montagnes, des mers \u00bb, au-dessus vraiment oui des \u00e9tants (\u2026) \u00bb<\/em>, en ce qu\u2019ils nous invitent bien s\u00fbr \u00e0 reconstituer l\u2019ensemble du po\u00e8me. On se trouve alors face \u00e0 une sorte d\u2019\u00e9tonnant sommaire qui vient \u00e9clairer et condenser, une nouvelle fois, toute la lecture du roman.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>M\u00e9moires comme d\u2019oubli <\/em><\/strong>atteint le centre des choses, des \u00eatres. C\u2019est un Voyage au centre de la M\u00e8re, de la Femme, de la Vie, de l\u2019Amour. C\u2019est un envol \u00ab Par-del\u00e0 les confins des sph\u00e8res \u00e9toil\u00e9es \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors, si l\u2019on ne devait retenir que deux raisons d\u2019enfourcher \u00e0 notre tour la Vespa et de suivre l\u2019itin\u00e9raire de l\u2019enfant ? En premier lieu ce serait pour ces deux personnages f\u00e9minins sublimes, M\u00e8re-Grand et La Reine, \u00e0 qui il est urgent de rendre hommage en les faisant entrer, elles le m\u00e9ritent tant, au Panth\u00e9on des grands personnages romanesques de l\u2019histoire litt\u00e9raire. Passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019elles sans les avoir approch\u00e9es, connues, aim\u00e9es, priverait tout amoureux de la litt\u00e9rature d\u2019une tr\u00e8s grande rencontre. Enfin, et c\u2019est une \u00e9vidence, pour la puissance \u00e9vocatrice de cette \u00e9criture lumineuse et sp\u00e9culaire qui place <strong><em>M\u00e9moires comme d\u2019oubli <\/em><\/strong>au firmament des grandes \u0153uvres litt\u00e9raires. Mais c\u2019est \u00e0 chaque lectrice et lecteur de traverser le miroir, de d\u00e9couvrir cet univers et d\u2019y tracer son propre chemin.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0Maurice MOURIER, M\u00e9moires comme d\u2019oubli, PhB Editions, novembre 2024, 528 pages, 25 \u20ac, ISBN : 979-10-93732-87-9. \u00a0 Avec son pr\u00e9c\u00e9dent livre, La Femme bue par l\u2019aube, Maurice Mourier avait d\u00e9j\u00e0 brillamment montr\u00e9 son pouvoir de subversion des genres litt\u00e9raires. Dans ce nouveau roman (l\u2019expression pourrait presque ici rev\u00eatir un double sens), il maintient ce cap. En contant ou racontant cette histoire, il nous am\u00e8ne \u00e0 explorer chemin faisant sa nature, la part de r\u00e9el et d\u2019imaginaire qu\u2019elle contient, les sources m\u00eames, l\u2019ontologie de l\u2019\u00e9criture. Ce seraient donc des M\u00e9moires. Mais alors d\u2019embl\u00e9e, ce titre interroge, associ\u00e9 \u00e0 son antith\u00e8se, oubli\u2026Qu\u2019\u00e0 cela ne tienne, car d\u00e8s l\u2019Ouverture, une cl\u00e9 possible est propos\u00e9e dans un fac\u00e9tieux dialogue entre un Professeur \u00e9m\u00e9rite aux titres ronflants et\u2026 l\u2019auteur (son double ?), Maurice Mourier en personne ! Pr\u00e9cisons que l\u2019ensemble du r\u00e9cit, compos\u00e9 de six parties, comme les mouvements d\u2019une pi\u00e8ce musicale, se trouve ench\u00e2ss\u00e9 entre cette \u00ab Ouverture \u00bb et une \u00ab Coda \u00bb qui viennent avec humour tout \u00e0 la fois \u00e9clairer et obscurcir les pistes propos\u00e9es.\u00a0 Ainsi la Coda mettra en sc\u00e8ne, dans un d\u00e9bat fort anim\u00e9, ledit professeur et ses \u00e9tudiants cherchant \u00e0 cerner la notion d\u2019autobiographie dans un feu d\u2019artifice de r\u00e9parties comme pour couronner le roman et le mettre en abyme, invitant avec espi\u00e8glerie le lecteur arriv\u00e9 au terme du r\u00e9cit \u00e0 le consid\u00e9rer sans na\u00efvet\u00e9 ni a priori comme un objet d\u2019\u00e9tude litt\u00e9raire. Cela pourrait aussi \u00eatre un roman d\u2019apprentissage, une fiction autobiographique, un conte, un long chant d\u2019amour en prose po\u00e9tique, la recherche d\u2019un temps perdu imm\u00e9diatement retrouv\u00e9 dans le miracle des mots. Mais on pourrait \u00e9galement dire, \u00e0 l\u2019instar de Magritte dans sa \u00ab Trahison des images \u00bb (\u00ab Ceci n\u2019est pas une pipe \u00bb, \u00ab Ceci n\u2019est pas une pomme \u00bb), ceci n\u2019est pas un roman, un conte, une autobiographie (genre \u00e9corn\u00e9 au passage, avec \u00ab l\u2019autobougrinf\u00e2mie \u00bb, objet du s\u00e9minaire de l\u2019in\u00e9narrable professeur). En tout \u00e9tat de cause, ce r\u00e9cit, qui retrace l\u2019itin\u00e9raire d\u2019un petit gar\u00e7on jusqu\u2019\u00e0 son entr\u00e9e dans le monde adulte, nous emporte, nous touche, nous fait acc\u00e9der \u00e0 une forme de v\u00e9rit\u00e9 et d\u2019universalit\u00e9 au-del\u00e0 de la question de la v\u00e9racit\u00e9 des faits racont\u00e9s, en sejouant des codes, en \u00e9quilibre sur des fronti\u00e8res, d\u2019infinis territoires entre r\u00eave et r\u00e9alit\u00e9. Et si la vie est un songe, M\u00e9moires comme d\u2019oubli nous fait passer de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du miroir et basculer dans un univers insoup\u00e7onn\u00e9. On y entre tout d\u2019abord de mani\u00e8re un peu brutale, \u00e0 l\u2019instar d\u2019Alice suivant le lapin dans son terrier, en tr\u00e9buchant bri\u00e8vement sur le titre, puis avec cette br\u00e8ve \u00ab Ouverture \u00bb, prologue inattendu, et enfin, troisi\u00e8me rebond, en d\u00e9couvrant le d\u00e9but saisissant de la premi\u00e8re partie intitul\u00e9e \u00ab Le petit gar\u00e7on aux cheveux rouges \u00bb : \u00ab IL EST UNE FOIS UN PETIT GAR\u00c7ON AUX CHEVEUX ROUGES qui atteint l\u2019\u00e2ge de douze ans. Auquel il est mort. Au-dessus de lui, l\u2019\u0153il immense du globe d\u2019o\u00f9 tombe une aveuglante lumi\u00e8re blanche.\u00a0\u00bb Le globe lumineux c\u2019est le point de r\u00e9fraction, ou d\u2019effraction par-del\u00e0 lequel le petit gar\u00e7on peut acc\u00e9der \u00e0 une autre dimension, traverser le miroir. Nous, lecteurs, \u00e0 sa suite on se lance, le d\u00e9but est haletant. Disons simplement qu\u2019il faut mourir pour rena\u00eetre. Apr\u00e8s cette intensit\u00e9 douloureuse, c\u2019est d\u2019une tout autre mani\u00e8re que l\u2019on entre dans l\u2019histoire et que l\u2019on d\u00e9couvre un Royaume, celui de l\u2019enfant ; sur la pointe des pieds, cette fois, en retenant son souffle comme dans un lieu sacr\u00e9, et d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre du r\u00e9cit, on le suivra sans le l\u00e2cher un instant. &nbsp; \u00ab Une mani\u00e8re d\u2019enchantement \u00bb Ces mots emprunt\u00e9s au chapitre 4 de la premi\u00e8re partie, lorsque l\u2019enfant et celle qui est nomm\u00e9e \u00ab la F\u00e9e \u00bb, ou \u00ab la Reine \u00bb, sa m\u00e8re bien-aim\u00e9e, se trouvent ensemble, en osmose dans la nature, dans un espace-temps qui n\u2019appartient qu\u2019\u00e0 eux, pourraient aussi d\u00e9finir le sentiment du lecteur au seuil de cet univers qui s\u2019ouvre devant lui. \u00ab\u00a0Dans la sph\u00e8re magique \u00bb, ou encore dans \u00ab une zone merveilleusement d\u00e9pourvue de temps \u00bb, \u00ab ce lieu de l\u2019enfance blottie \u00bb &#8211; \u00ab C\u2019est qu\u2019il y va de l\u2019\u00e9quilibre du monde\u00a0\u00bb &#8211; nous avan\u00e7ons dans les pas de l\u2019enfant. \u00c0 quoi peut bien tenir ce sortil\u00e8ge de lecture, finalement assez rare et pr\u00e9cieux pour que l\u2019on cherche \u00e0 comprendre ce qui se produit au fil des pages, \u00e0 saisir ce myst\u00e9rieux alignement des plan\u00e8tes dans la constellation litt\u00e9raire, au point que l\u2019on se dit d\u2019embl\u00e9e qu\u2019il se passe l\u00e0 quelque chose de puissant, de singulier, et qu\u2019on se trouve en pr\u00e9sence d\u2019un grand livre ? C\u2019est sans aucun doute une conjonction de plusieurs \u00e9l\u00e9ments, mais on sait que cette alchimie par nature restera myst\u00e9rieuse, on l\u2019accepte, on est pr\u00e9venu (ainsi, la Reine, c\u2019est-\u00e0-dire la F\u00e9e, est aussi une magicienne, pratique exorcismes et formules magiques, appara\u00eet et dispara\u00eet \u2013 \u00ab La Reine n\u2019est pas d\u2019ici, est-elle d\u2019ailleurs ? \u00bb). Cependant ces mots de Balzac pourraient nous aider \u00e0 apprivoiser le myst\u00e8re : \u00ab Beaucoup de choses v\u00e9ritables sont souverainement ennuyeuses, aussi est-ce la moiti\u00e9 du talent que de choisir dans le vrai ce qui peut devenir po\u00e9tique \u00bb, \u00e9crit-il dans sa nouvelle \u00ab Le message \u00bb. Balzac, ma\u00eetre du roman, place donc la po\u00e9sie au centre de tout projet romanesque. Maurice Mourier poss\u00e8de pr\u00e9cis\u00e9ment ce talent, dans la lign\u00e9e des grands romanciers et d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre de l\u2019histoire, partant du vrai, de la recomposition d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 certainement v\u00e9cue et parfois r\u00eav\u00e9e, de d\u00e9ployer toute la po\u00e9sie et l\u2019imaginaire du pays d\u2019enfance dans lequel grandit le petit gar\u00e7on aux cheveux rouges. Mais \u00ab il faudrait creuser un peu plus avant \u00bb, comme l\u2019indiquent en leitmotiv ces mots malicieusement lanc\u00e9s au fil du texte par le narrateur.\u00a0 Alors, allons-y. &nbsp; \u00ab Choisir dans le vrai ce qui peut devenir po\u00e9tique \u00bb Le cadre : C\u2019est le centre du monde pour le petit gar\u00e7on aux cheveux rouges. Au si\u00e8cle dernier, dans les ann\u00e9es 40. Une campagne fran\u00e7aise recul\u00e9e et relativement prot\u00e9g\u00e9e ; malgr\u00e9&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":6128,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[35,7,2],"tags":[2123,791,223,2717,227,2718],"class_list":["post-6126","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-chronique","category-livres-recus","category-une","tag-annie-drimaracci","tag-honore-balzac","tag-maurice-mourier","tag-mourier-autobougrinfamie","tag-phb-editions","tag-rene-magritte"],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6126","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6126"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6126\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6137,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6126\/revisions\/6137"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6128"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6126"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6126"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6126"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}