{"id":616,"date":"2020-07-11T05:34:16","date_gmt":"2020-07-11T03:34:16","guid":{"rendered":"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=616"},"modified":"2021-05-07T05:35:09","modified_gmt":"2021-05-07T03:35:09","slug":"libr-relecture-sara-bourre-a-laurore-linsolence-par-germain-tramier","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2020\/07\/11\/libr-relecture-sara-bourre-a-laurore-linsolence-par-germain-tramier\/","title":{"rendered":"[Libr-relecture] Sara Bourre, \u00c0 l\u2019aurore, l\u2019insolence, par Germain Tramier"},"content":{"rendered":"<p class=\"Standard\">Sara Bourre, <b><i>\u00c0 l\u2019aurore, l\u2019insolence<\/i><\/b>, pr\u00e9face de Hubert Haddad, <a href=\"http:\/\/www.editionsducygne.com\/editions-du-cygne-aurore-insolence.html\">\u00e9ditions du Cygne<\/a>, 2016, 56 pages, 10 \u20ac, ISBN\u00a0: 978-2-84924-462-3.<\/p>\n<p class=\"Standard\" align=\"center\"><b>Le genre<\/b><\/p>\n<p class=\"Standard\">Livre de la m\u00e9tamorphose adolescente, <b><i>\u00c0 l\u2019aurore, l\u2019insolence<\/i><\/b> convoque de nombreuses figures tut\u00e9laires, dans le d\u00e9sordre : Lautr\u00e9amont, Duras, la Beat g\u00e9n\u00e9ration ou encore Lynch. La narratrice-po\u00e8te s\u2019invente une amante imaginaire Lou, avec qui franchir de nombreuses routes au bord d\u2019une mer interminable : \u00ab\u00a0Cela fait bient\u00f4t cent mille ans que l\u2019on roule, plein phares, sur l\u2019impossible retour \u00e0 l\u2019enfance\u00a0\u00bb. Son double po\u00e9tique, Lou, est une amante imaginaire que le monde cherche \u00e0 d\u00e9vorer ; la nuit, d\u00e9ambulant seule dans les rues d\u2019une ville inconnue, elle devient la proie d\u2019hommes de passage :<\/p>\n<p class=\"Standard\"><i>\u00ab\u00a0Certaines nuits, un homme passe derri\u00e8re moi, il s\u2019arr\u00eate pour regarder dans la vitre et c\u2019est moi qu\u2019il regarde \u2013 je le sais.<\/i><\/p>\n<p class=\"Standard\"><i>Et puis parfois un autre arrive, et un autre, et encore un autre.<\/i><\/p>\n<p class=\"Standard\"><i>Alors soudain \u00e7a fait beaucoup de regards pour un seul reflet dans une vitre.<\/i><i>\u00a0<\/i><\/p>\n<p class=\"Standard\"><i>Alors soudain je deviens un peu aveugle, et un peu gauche et un peu antipathique aussi<\/i>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"Standard\">D\u2019elle, c\u2019est bien son reflet qui attise le d\u00e9sir, une projection, un masque\u00a0; le genre contraint les deux personnages, emp\u00eache ce qu\u2019elles voudraient \u00eatre \u2013 la narratrice avoue pourtant son ind\u00e9termination premi\u00e8re : \u00ab\u00a0Enfant, je me d\u00e9guisais en cow-boy pour faire rougir le ciel\u00a0\u00bb. L\u2019adolescence a coup\u00e9 court \u00e0 cette autod\u00e9termination, les regards ext\u00e9rieurs ont forc\u00e9 l\u2019association au genre biologique, et sa sexualisation. Il ne reste plus pour elle que la fuite, et la reconstruction permanente.<\/p>\n<p class=\"Standard\" align=\"center\"><b>Les routes de l\u2019\u00e9criture<\/b><\/p>\n<p class=\"Standard\">Pendant que Lou erre dans les rues nocturnes, affronte sa destruction par une envie int\u00e9gr\u00e9e d\u2019annihilation, le je po\u00e9tique \u00e9crit <a href=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/BourrAurore.jpg\" rel=\"prettyphoto[616]\" rel=\"prettyphoto[16608]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-16610\" src=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/BourrAurore.jpg\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" srcset=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/BourrAurore.jpg 200w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/BourrAurore-100x150.jpg 100w\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"300\" \/><\/a>dans la chambre, veille jusqu\u2019\u00e0 l\u2019aube, jusqu\u2019au retour honteux, d\u00e9labr\u00e9 : \u00ab\u00a0Il est tr\u00e8s t\u00f4t. Le soleil n\u2019est pas encore l\u00e0. Tu apparais, du noir sous les yeux. (\u2026) Tu te changes, ne me regardes pas, crache dans le lavabo un liquide qui ne vient de nulle part.\u00a0\u00bb Lou se confond avec l\u2019\u00e9criture, elle est une utopie\u00a0: \u00ab\u00a0Peut-\u00eatre n\u2019as-tu jamais exist\u00e9. Je ne sais plus\u00a0\u00bb. Le recueil d\u00e9crit ainsi le cheminement de Lou vers sa destruction, o\u00f9 son corps d\u00e9livr\u00e9 laissera place \u00e0 un amour potentiel : \u00ab\u00a0Bient\u00f4t ton sang sera libre. Nous nous aimons Lou, de cet amour des \u00e9critures\u00a0\u00bb. La fuite est autant spatiale qu\u2019interne, ou \u00e9crite, et les lignes trac\u00e9es par la po\u00e9tesse se m\u00ealent aux abondantes routes franchies. L\u2019activit\u00e9 po\u00e9tique devient un refuge contre les t\u00e9n\u00e8bres, les viols, un lieu d\u2019imaginaire pur, o\u00f9 il devient possible de recr\u00e9er l\u2019histoire, de traverser la nuit : \u00ab\u00a0Dans la nuit je trace des lignes. Pour ne pas me perdre. Pour \u00e0 coup s\u00fbr arriver saine et sauve sur la large \u00e9paule de l\u2019aube.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p class=\"Standard\" align=\"center\"><b>Une rencontre onirique<\/b><\/p>\n<p class=\"Standard\">Leur rencontre en bord de mer est \u00e9voqu\u00e9e dans la partie centrale intitul\u00e9e : \u00ab\u00a0Le R\u00eave de Lou\u00a0\u00bb. Ici, c\u2019est le personnage imaginaire qui r\u00eave leur rencontre, sur laquelle plane d\u00e8s lors l\u2019ind\u00e9cision. Le r\u00eave commence par une initiation faite par des<a href=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/SaraBourre.jpg\" rel=\"prettyphoto[616]\" rel=\"prettyphoto[16608]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-full wp-image-16616\" src=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/SaraBourre.jpg\" sizes=\"auto, (max-width: 225px) 100vw, 225px\" srcset=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/SaraBourre.jpg 225w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/SaraBourre-150x130.jpg 150w\" alt=\"\" width=\"225\" height=\"195\" \/><\/a>\u00a0reines, mod\u00e8les impos\u00e9s, qui attirent Lou au bord de l\u2019eau : \u00ab\u00a0Des reines \u00e0 moiti\u00e9 nues m\u2019invitent \u00e0 danser dans les profondeurs marines\u00a0\u00bb. Lors de ce bapt\u00eame, elles sont engross\u00e9es par l\u2019oc\u00e9an. \u00c0 la fois \u00e9chou\u00e9es, sans racine (ou enfance), il leur incombe d\u00e9sormais de donner naissance, de participer aux jeux des s\u00e9ductions, de la d\u00e9personnalisation. Au bord de la mer, elles imaginent alors leurs enfants sous la surface, comme une g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 venir, plus assur\u00e9e, qui pr\u00e9pare le renversement du monde : \u00ab\u00a0(\u2026) peut-\u00eatre que nos enfants seront les indestructibles, les bruyants, les acharn\u00e9s, les r\u00e9volutionnaires\u00a0\u00bb.\u00a0 Mais l\u2019amour qui les lie est lui-m\u00eame autodestructeur, comme si toutes les formes de tendresse, en dehors de la mer, se trouvaient ali\u00e9n\u00e9es par la violence qui contamine les choses, d\u00e9clenche au matin une guerre entre la lumi\u00e8re et la nuit : \u00ab\u00a0La clart\u00e9 entre en r\u00e9sistance, elle sort ses crocs, lance ses grenades sur l\u2019obscurit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p class=\"Standard\" align=\"center\"><b>Osiris et l\u2019\u00e9criture<\/b><\/p>\n<p class=\"Standard\"><a href=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/IsisOsiris.jpg\" rel=\"prettyphoto[616]\" rel=\"prettyphoto[16608]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-16613\" src=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/IsisOsiris.jpg\" sizes=\"auto, (max-width: 225px) 100vw, 225px\" srcset=\"http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/IsisOsiris.jpg 225w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/IsisOsiris-211x300.jpg 211w, http:\/\/www.t-pas-net.com\/libr-critique\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/IsisOsiris-105x150.jpg 105w\" alt=\"\" width=\"225\" height=\"320\" \/><\/a>Leur fuite est une sorte d\u2019\u00e9preuve \u00e0 recommencement, un hors-monde, transitoire. Quelques \u00e9chos viennent hanter leur imaginaire, ceux des guerres, des attentats : \u00ab\u00a0On s\u2019est connu il y a quelque temps, nous avions \u00e0 peine seize ans. Au bord de la mer. (\u2026) Et puis un jour son corps a explos\u00e9 aux quatre coins de la ville\u00a0\u00bb. Comme la radio de la voiture, dans <i>Sailor et Lula<\/i>, continue de les informer des atrocit\u00e9s contemporaines, leur route se fait dans une invariable angoisse. Des deux, Lou est la plus t\u00e9m\u00e9raire et son \u00e9clatement rappelle le d\u00e9membrement d\u2019Osiris. De m\u00eame qu\u2019Isis veut recomposer le corps de son mari, la narratrice cherche \u00e0 remodeler son amante, par un ph\u00e9nom\u00e8ne de perp\u00e9tuelle recr\u00e9ation, et Lou de devenir indissociable du livre \u00e0 construire : le premier livre. Elle vagabonde dans l\u2019obscurit\u00e9, proie de toutes les d\u00e9vorations, comme chaque texte donn\u00e9 en lecture\u00a0: elle pr\u00e9pare la dissection future de l\u2019\u0153uvre, chaque interpr\u00e9tation anonyme, que ne pourra bient\u00f4t plus brider la narratrice : \u00ab\u00a0Je t\u2019\u00e9cris, te ramasse, te recolle. C\u2019est infini. Tu es immense, partout, je pourrais dire irr\u00e9cup\u00e9rable\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p class=\"Standard\" align=\"center\"><b>La mort de Lou ?<\/b><\/p>\n<p class=\"Standard\">Un reptile finit par se loger dans le cerveau de Lou, cette intrusion derni\u00e8re, viol intellectuel, la fait basculer dans un \u00e9tat de violence qui la sabote de l\u2019int\u00e9rieur. Ce personnage, qui semblait en \u00e9ternelle phase de reconstruction, finit par se perdre et dispara\u00eetre, dans un dernier chant du cygne : \u00ab\u00a0Il me ferait ha\u00efr le soleil, tirer au fusil de chasse sur des femmes enceintes, foutre des bombes au hasard, sacrifier des taureaux, d\u00e9vorer des f\u0153tus, p\u00e9n\u00e9trer tous les corps jusqu\u2019\u00e0 l\u2019orgasme, violer toutes les peaux trop blanches\u00a0\u00bb. Lou s\u2019est laiss\u00e9 contamin\u00e9e par la violence, par la brutalit\u00e9 proche, nocturne. Le livre d\u00e9bouche sur une fin ouverte : \u00ab\u00a0Nous ne savons pas quoi faire des fins\u00a0\u00bb, phrase lapidaire qui amorce le processus de relecture multiplicateur, comme si aucun point final ne pouvait exister, comme si chaque \u0153uvre ne faisait, en quelque sorte, que passer d\u2019un \u00e9tat \u00e0 l\u2019autre, de la composition \u00e0 la lecture publique. Dans une ultime m\u00e9tamorphose.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sara Bourre, \u00c0 l\u2019aurore, l\u2019insolence, pr\u00e9face de Hubert Haddad, \u00e9ditions du Cygne, 2016, 56 pages, 10 \u20ac, ISBN\u00a0: 978-2-84924-462-3. Le genre Livre de la m\u00e9tamorphose adolescente, \u00c0 l\u2019aurore, l\u2019insolence convoque de nombreuses figures tut\u00e9laires, dans le d\u00e9sordre : Lautr\u00e9amont, Duras, la Beat g\u00e9n\u00e9ration ou encore Lynch. La narratrice-po\u00e8te s\u2019invente une amante imaginaire Lou, avec qui franchir de nombreuses routes au bord d\u2019une mer interminable : \u00ab\u00a0Cela fait bient\u00f4t cent mille ans que l\u2019on roule, plein phares, sur l\u2019impossible retour \u00e0 l\u2019enfance\u00a0\u00bb. 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Alors soudain \u00e7a fait beaucoup de regards pour un seul reflet dans une vitre.\u00a0 Alors soudain je deviens un peu aveugle, et un peu gauche et un peu antipathique aussi.\u00a0\u00bb D\u2019elle, c\u2019est bien son reflet qui attise le d\u00e9sir, une projection, un masque\u00a0; le genre contraint les deux personnages, emp\u00eache ce qu\u2019elles voudraient \u00eatre \u2013 la narratrice avoue pourtant son ind\u00e9termination premi\u00e8re : \u00ab\u00a0Enfant, je me d\u00e9guisais en cow-boy pour faire rougir le ciel\u00a0\u00bb. L\u2019adolescence a coup\u00e9 court \u00e0 cette autod\u00e9termination, les regards ext\u00e9rieurs ont forc\u00e9 l\u2019association au genre biologique, et sa sexualisation. Il ne reste plus pour elle que la fuite, et la reconstruction permanente. Les routes de l\u2019\u00e9criture Pendant que Lou erre dans les rues nocturnes, affronte sa destruction par une envie int\u00e9gr\u00e9e d\u2019annihilation, le je po\u00e9tique \u00e9crit dans la chambre, veille jusqu\u2019\u00e0 l\u2019aube, jusqu\u2019au retour honteux, d\u00e9labr\u00e9 : \u00ab\u00a0Il est tr\u00e8s t\u00f4t. Le soleil n\u2019est pas encore l\u00e0. Tu apparais, du noir sous les yeux. (\u2026) Tu te changes, ne me regardes pas, crache dans le lavabo un liquide qui ne vient de nulle part.\u00a0\u00bb Lou se confond avec l\u2019\u00e9criture, elle est une utopie\u00a0: \u00ab\u00a0Peut-\u00eatre n\u2019as-tu jamais exist\u00e9. Je ne sais plus\u00a0\u00bb. Le recueil d\u00e9crit ainsi le cheminement de Lou vers sa destruction, o\u00f9 son corps d\u00e9livr\u00e9 laissera place \u00e0 un amour potentiel : \u00ab\u00a0Bient\u00f4t ton sang sera libre. Nous nous aimons Lou, de cet amour des \u00e9critures\u00a0\u00bb. 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Le r\u00eave commence par une initiation faite par des\u00a0reines, mod\u00e8les impos\u00e9s, qui attirent Lou au bord de l\u2019eau : \u00ab\u00a0Des reines \u00e0 moiti\u00e9 nues m\u2019invitent \u00e0 danser dans les profondeurs marines\u00a0\u00bb. Lors de ce bapt\u00eame, elles sont engross\u00e9es par l\u2019oc\u00e9an. \u00c0 la fois \u00e9chou\u00e9es, sans racine (ou enfance), il leur incombe d\u00e9sormais de donner naissance, de participer aux jeux des s\u00e9ductions, de la d\u00e9personnalisation. Au bord de la mer, elles imaginent alors leurs enfants sous la surface, comme une g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 venir, plus assur\u00e9e, qui pr\u00e9pare le renversement du monde : \u00ab\u00a0(\u2026) peut-\u00eatre que nos enfants seront les indestructibles, les bruyants, les acharn\u00e9s, les r\u00e9volutionnaires\u00a0\u00bb.\u00a0 Mais l\u2019amour qui les lie est lui-m\u00eame autodestructeur, comme si toutes les formes de tendresse, en dehors de la mer, se trouvaient ali\u00e9n\u00e9es par la violence qui contamine les choses, d\u00e9clenche au matin une guerre entre la lumi\u00e8re et la nuit : \u00ab\u00a0La clart\u00e9 entre en r\u00e9sistance, elle sort ses crocs, lance ses grenades sur l\u2019obscurit\u00e9\u00a0\u00bb. Osiris et l\u2019\u00e9criture Leur fuite est une sorte d\u2019\u00e9preuve \u00e0 recommencement, un hors-monde, transitoire. 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Elle vagabonde dans l\u2019obscurit\u00e9, proie de toutes les d\u00e9vorations, comme chaque texte donn\u00e9 en lecture\u00a0: elle pr\u00e9pare la dissection future de l\u2019\u0153uvre, chaque interpr\u00e9tation anonyme, que ne pourra bient\u00f4t plus brider la narratrice : \u00ab\u00a0Je t\u2019\u00e9cris, te ramasse, te recolle. C\u2019est infini. Tu es immense, partout, je pourrais dire irr\u00e9cup\u00e9rable\u00a0\u00bb. La mort de Lou ? Un reptile finit par se loger dans le cerveau de Lou, cette intrusion derni\u00e8re, viol intellectuel, la fait basculer dans un \u00e9tat de violence qui la sabote de l\u2019int\u00e9rieur. Ce personnage, qui semblait en \u00e9ternelle phase de reconstruction, finit par se perdre et dispara\u00eetre, dans un dernier chant du cygne : \u00ab\u00a0Il me ferait ha\u00efr le soleil, tirer au fusil de chasse sur des femmes enceintes, foutre des bombes au hasard, sacrifier des taureaux, d\u00e9vorer des f\u0153tus, p\u00e9n\u00e9trer tous les corps jusqu\u2019\u00e0 l\u2019orgasme, violer toutes les peaux trop blanches\u00a0\u00bb. Lou s\u2019est laiss\u00e9 contamin\u00e9e par la violence, par la brutalit\u00e9 proche, nocturne. Le livre d\u00e9bouche sur une fin ouverte : \u00ab\u00a0Nous ne savons pas quoi faire des fins\u00a0\u00bb, phrase lapidaire qui amorce le processus de relecture multiplicateur, comme si aucun point final ne pouvait exister, comme si chaque \u0153uvre ne faisait, en quelque sorte, que passer d\u2019un \u00e9tat \u00e0 l\u2019autre, de la composition \u00e0 la lecture publique. 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