{"id":6257,"date":"2025-07-05T09:28:02","date_gmt":"2025-07-05T07:28:02","guid":{"rendered":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=6257"},"modified":"2025-07-05T09:29:06","modified_gmt":"2025-07-05T07:29:06","slug":"chronique-isabel-natacha-weiss-interieur-rouge-a-la-fenetre-par-pascal-boulanger","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2025\/07\/05\/chronique-isabel-natacha-weiss-interieur-rouge-a-la-fenetre-par-pascal-boulanger\/","title":{"rendered":"[Chronique] Isabel Natacha Weiss, Int\u00e9rieur rouge \u00e0 la fen\u00eatre, par Pascal Boulanger"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Isabel Natacha Weiss, <strong><em>Int\u00e9rieur rouge \u00e0 la fen\u00eatre<\/em><\/strong>, \u00e9ditions Milot, coll. \u00ab Po\u00e9sie \u00bb, f\u00e9vrier 2025, 79 pages, 16 \u20ac, ISBN : 978-2-38617-016-4.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ces cinq s\u00e9quences de prose po\u00e9tique, Isabel Natacha Weiss a choisi l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9, \u00e0 l\u2019image de nos vies grouillantes et paradoxales, \u00e0 la fois pr\u00e9caires et souveraines. Mais c\u2019est bien le R\u00e9el, avec sa foule de d\u00e9tails baroques, qui fait unit\u00e9. Chaque ligne d\u2019\u00e9criture, qu\u2019elle soit nocturne ou diurne, proc\u00e8de par association et \u00e9cart, elle capture les apparences, s\u2019attache au concret, aux mouvements des \u00e9l\u00e9ments et de l\u2019Esprit\u00a0; elles ne reproduisent pas les choses, elles font trou dans leur opacit\u00e9. Pour \u00e9viter le bavardage d\u2019une parole parl\u00e9e qui ne parle jamais au-del\u00e0 d\u2019elle-m\u00eame, la fluidit\u00e9 et la sagacit\u00e9 des \u00e9nonc\u00e9s po\u00e9tiques saisissent l\u2019espace-temps dans lequel nous nous d\u00e9battons.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Isabel Natacha Weiss est philosophe mais elle n\u2019illustre pas des concepts dans cet <em>Int\u00e9rieur rouge \u00e0 la fen\u00eatre. <\/em>Elle est trop sensible et attach\u00e9e \u00e0 l\u2019existence et \u00e0 la palette des travers\u00e9es et des passages, trop attentive \u00e0 l\u2019appel du concret et \u00e0 l\u2019assaut du vivant et du toucher pour se compromettre avec un syst\u00e8me ou un monde cl\u00f4tur\u00e9. Ses textes, comme la peinture et pr\u00e9cis\u00e9ment celle de Matisse, parlent \u00e0 l\u2019oreille, dans une profondeur d\u00e9centr\u00e9e. Ces profondeurs qui ne n\u00e9gligent aucune p\u00e9riph\u00e9rie, ce sont les couleurs qui les refl\u00e8tent. Qu\u2019importe alors que l\u2019objet soit et qu\u2019on \u00e9crive \u00e0 partir de lui, par les couleurs, c\u2019est le mouvement de l\u2019infini dans le fini que l\u2019on saisit. On <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-6258\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/Interieur-rouge_Weiss.jpg\" alt=\"\" width=\"225\" height=\"343\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/Interieur-rouge_Weiss.jpg 225w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/Interieur-rouge_Weiss-197x300.jpg 197w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/Interieur-rouge_Weiss-98x150.jpg 98w\" sizes=\"auto, (max-width: 225px) 100vw, 225px\" \/>entend par cons\u00e9quent <em>du blanc, du pourpre, le liquide noir du matin, l\u2019\u00e9cume noir\u00e2tre de goudron, la voie bleue marine de l\u2019autoroute, le sac poubelle blanc avec les anses rouges, le taffetas violet des grands soirs, des petits bonshommes maigres v\u00eatus de tissu bleu p\u00e2le, un liser\u00e9 rouge\u00e2tre\u2026 <\/em>Autant de couleurs, autant de lumi\u00e8re qui \u00e9tablissent un rapport d\u2019analogie avec les r\u00e9f\u00e9rents concrets, qui les font vivre et m\u00eame ressusciter, comme a pu le souligner Matisse \u00e0 propos de la couleur rouge\u00a0: <em>ce rouge est une nuit chaude \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de laquelle, venant de la fen\u00eatre, une intense lumi\u00e8re fait na\u00eetre ou plut\u00f4t ressusciter les autres objets. <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La douleur n\u2019est pas salutaire, les couleurs le sont. Ce monde, malgr\u00e9 son \u00e9quilibre fragile, a encore les couleurs de l\u2019enfance des choses retrouv\u00e9es \u00e0 volont\u00e9, \u00e0 travers par exemple\u00a0: <em>un geste, un toucher, une confrontation, un contact, la terre \u2013 le pays de la vie et de la cit\u00e9, des \u00eatres qui l\u2019habitent. Rencontrer le simple et le modeste. <\/em>Cette rencontre consiste \u00e0 mettre de l\u2019ordre entre les couleurs et les mots, autrement dit, mettre de l\u2019ordre dans ses pens\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le singulier concret\u00a0: <em>Le monde que je d\u00e9sire est le monde que je vois,<\/em> les choses et les \u00eatres sont un vaste th\u00e9\u00e2tre, il faut r\u00e9pondre \u00e0 leur injonction et leur souhaiter une gravitation. Car il n\u2019y a pas de \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb dans cette po\u00e9sie, encore moins de fixation, il y a un \u00ab\u00a0tu\u00a0\u00bb ontologique\u00a0: <em>Toi dans la vie, tout ce qui te fait un et vie, <\/em>qui refuse la r\u00e9tention de l\u2019\u00eatre-en-soi et qui accepte que ce monde ne soit que ce monde \u2013 hic et nunc \u2013 dans son absolu pr\u00e9sent. C\u2019est le r\u00e9el, dans son souffle chaud et froid, qui est le motif\u00a0: litt\u00e9ralement\u00a0: il se met en mouvement, il est mobile. Avec, de surcroit, le fond sensuel des choses qu\u2019Isabel Natacha Weiss sait merveilleusement entendre et \u00e9crire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>(\u2026)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Le drap blanc \u00e9pais,<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Le drap qui rafraichit les jambes,<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>La fen\u00eatre entrouverte,<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Pour laisser venir la mer,<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Et m\u00eame dans la nuit,<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Et m\u00eame dans le r\u00eave,<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>La mer revient.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>(\u2026)<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Isabel Natacha Weiss, Int\u00e9rieur rouge \u00e0 la fen\u00eatre, \u00e9ditions Milot, coll. \u00ab Po\u00e9sie \u00bb, f\u00e9vrier 2025, 79 pages, 16 \u20ac, ISBN : 978-2-38617-016-4. &nbsp; Dans ces cinq s\u00e9quences de prose po\u00e9tique, Isabel Natacha Weiss a choisi l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9, \u00e0 l\u2019image de nos vies grouillantes et paradoxales, \u00e0 la fois pr\u00e9caires et souveraines. Mais c\u2019est bien le R\u00e9el, avec sa foule de d\u00e9tails baroques, qui fait unit\u00e9. Chaque ligne d\u2019\u00e9criture, qu\u2019elle soit nocturne ou diurne, proc\u00e8de par association et \u00e9cart, elle capture les apparences, s\u2019attache au concret, aux mouvements des \u00e9l\u00e9ments et de l\u2019Esprit\u00a0; elles ne reproduisent pas les choses, elles font trou dans leur opacit\u00e9. Pour \u00e9viter le bavardage d\u2019une parole parl\u00e9e qui ne parle jamais au-del\u00e0 d\u2019elle-m\u00eame, la fluidit\u00e9 et la sagacit\u00e9 des \u00e9nonc\u00e9s po\u00e9tiques saisissent l\u2019espace-temps dans lequel nous nous d\u00e9battons. Isabel Natacha Weiss est philosophe mais elle n\u2019illustre pas des concepts dans cet Int\u00e9rieur rouge \u00e0 la fen\u00eatre. Elle est trop sensible et attach\u00e9e \u00e0 l\u2019existence et \u00e0 la palette des travers\u00e9es et des passages, trop attentive \u00e0 l\u2019appel du concret et \u00e0 l\u2019assaut du vivant et du toucher pour se compromettre avec un syst\u00e8me ou un monde cl\u00f4tur\u00e9. Ses textes, comme la peinture et pr\u00e9cis\u00e9ment celle de Matisse, parlent \u00e0 l\u2019oreille, dans une profondeur d\u00e9centr\u00e9e. Ces profondeurs qui ne n\u00e9gligent aucune p\u00e9riph\u00e9rie, ce sont les couleurs qui les refl\u00e8tent. Qu\u2019importe alors que l\u2019objet soit et qu\u2019on \u00e9crive \u00e0 partir de lui, par les couleurs, c\u2019est le mouvement de l\u2019infini dans le fini que l\u2019on saisit. On entend par cons\u00e9quent du blanc, du pourpre, le liquide noir du matin, l\u2019\u00e9cume noir\u00e2tre de goudron, la voie bleue marine de l\u2019autoroute, le sac poubelle blanc avec les anses rouges, le taffetas violet des grands soirs, des petits bonshommes maigres v\u00eatus de tissu bleu p\u00e2le, un liser\u00e9 rouge\u00e2tre\u2026 Autant de couleurs, autant de lumi\u00e8re qui \u00e9tablissent un rapport d\u2019analogie avec les r\u00e9f\u00e9rents concrets, qui les font vivre et m\u00eame ressusciter, comme a pu le souligner Matisse \u00e0 propos de la couleur rouge\u00a0: ce rouge est une nuit chaude \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de laquelle, venant de la fen\u00eatre, une intense lumi\u00e8re fait na\u00eetre ou plut\u00f4t ressusciter les autres objets. La douleur n\u2019est pas salutaire, les couleurs le sont. Ce monde, malgr\u00e9 son \u00e9quilibre fragile, a encore les couleurs de l\u2019enfance des choses retrouv\u00e9es \u00e0 volont\u00e9, \u00e0 travers par exemple\u00a0: un geste, un toucher, une confrontation, un contact, la terre \u2013 le pays de la vie et de la cit\u00e9, des \u00eatres qui l\u2019habitent. Rencontrer le simple et le modeste. Cette rencontre consiste \u00e0 mettre de l\u2019ordre entre les couleurs et les mots, autrement dit, mettre de l\u2019ordre dans ses pens\u00e9es. Dans le singulier concret\u00a0: Le monde que je d\u00e9sire est le monde que je vois, les choses et les \u00eatres sont un vaste th\u00e9\u00e2tre, il faut r\u00e9pondre \u00e0 leur injonction et leur souhaiter une gravitation. 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