{"id":6268,"date":"2025-07-14T19:27:36","date_gmt":"2025-07-14T17:27:36","guid":{"rendered":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/?p=6268"},"modified":"2025-07-14T19:32:51","modified_gmt":"2025-07-14T17:32:51","slug":"chronique-darius-coucou-de-la-main-par-pierre-gondran-dit-remoux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/2025\/07\/14\/chronique-darius-coucou-de-la-main-par-pierre-gondran-dit-remoux\/","title":{"rendered":"[Chronique] DARIUS, COUCOU DE LA MAIN, PAR PIERRE GONDRAN DIT REMOUX"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Darius,<em> <strong>Coucou de la main<\/strong><\/em>, \u00c9ditions du C\u2019EST MOI QUI L\u2019AI FAIT (ahaha), avril 2025, 90\u00a0pages, prix libre (3 \u20ac minimum).<em>\u230aLe livre peut se trouver dans les librairies parisiennes Les Mots \u00e0 la Bouche et La R\u00e9guli\u00e8re, et sur Instagram aupr\u00e8s de l\u2019autrice\u00a0: @d.ouix.\u230b<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ce recueil \u00e0 l\u2019\u00e9criture d\u2019une grande inventivit\u00e9, darius donne \u00e0 penser deux th\u00e8mes majeurs qui ont \u00e9t\u00e9 abord\u00e9s de mille fa\u00e7ons au cours de l\u2019histoire litt\u00e9raire mais dont le questionnement, pour chaque nouvelle g\u00e9n\u00e9ration, s\u2019av\u00e8re toujours aussi aigu. Comment faire de la po\u00e9sie une histoire collective\u00a0? Comment transcrire la complexit\u00e9 de l\u2019aventure quotidienne des corps dans le langage verbal\u00a0?<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>dire oui c\u2019est<br \/>\nfaire vivre des morceaux de corps des autres en nous<br \/>\nbr\u00fbler en disjointures en parcellaire<br \/>\nje<br \/>\nparle<br \/>\nnous <\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"background-color: #ff0000; color: #ffffff;\"><strong>Dyssymphonie<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Coucou de la main<\/em><\/strong> f\u00e9d\u00e8re plusieurs plumes amies (Monia Aljalis, Jahz Armando, M\u00e9lina Besic, Cl\u00e9a Bonnard, H\u00e9lo\u00efse Br\u00e9zillon, Adeline Duong, Laur\u00e8ne Gautier, Margaux Lallemant, Lou Rappeneau, Camille Ruiz, Alexia Verg\u00e8s) pour une \u0153uvre au sein de laquelle darius n\u2019est pas coordinatrice totipotente, chor\u00e9graphe autoritaire, mais simple membre de cette troupe, dont les textes s\u2019entrem\u00ealent comme autant de solos d\u2019une \u0153uvre pens\u00e9e comme un spectacle de danse. Sur la couverture de ce livre auto-\u00e9dit\u00e9, seul le surnom de l\u2019autrice sur les r\u00e9seaux sociaux (\u00ab douix \u00bb) appara\u00eet tout en bas : cette modestie non feinte, ce principe de ne pas occuper \u00e0 soi seule (un seul corps\/un seul nom) un espace voulu commun est fondamental. On pourrait croire, \u00e0 <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-6277\" src=\"http:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/couverture-Darius.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"318\" srcset=\"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/couverture-Darius.jpg 220w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/couverture-Darius-208x300.jpg 208w, https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/couverture-Darius-104x150.jpg 104w\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/>premi\u00e8re vue, \u00e0 une sage application de l\u2019orthodoxie de \u00ab la mort de l\u2019auteur \u00bb \u2013 apr\u00e8s tout, Roland Barthes critiquait aussi l\u2019approche capitalistique de l\u2019auctorisation \u00e0 outrance de la litt\u00e9rature. Mais ce sont plut\u00f4t les critiques port\u00e9es contre cette th\u00e8se, tr\u00e8s t\u00f4t apr\u00e8s le fameux essai (1967), qui \u00e9clairent le mieux la d\u00e9marche \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans<em> Coucou de la main<\/em>. Si l\u2019on peut d\u00e9fendre encore l\u2019id\u00e9e que lors de l\u2019entr\u00e9e dans l\u2019\u00e9criture se produit une d\u00e9connexion entre le maniement du code de la langue et la \u00ab\u00a0personne\u00a0\u00bb de l\u2019auteur (hiatus pr\u00e9cipitant son effacement), les notions contemporaines d\u2019agentivit\u00e9 et de r\u00e9sistance par l\u2019\u00e9criture ont redonn\u00e9 \u00e0 l\u2019auteur et \u00e0 ses intentions une place fondamentale, celle o\u00f9 s\u2019articulent l\u2019individualit\u00e9 et \u00ab\u00a0l\u2019exp\u00e9rience manifeste des peuples\u00a0\u00bb. Chez \u00c9douard Glissant, ce croisement des pens\u00e9es s\u2019\u00e9labora, notamment en revues, par le collectif, dans le respect de la diversit\u00e9 des regards et des pr\u00e9occupations partag\u00e9es, dans ce qu\u2019il nomma la \u00ab\u00a0dyssymphonie\u00a0\u00bb, que le collectif rassembl\u00e9 dans <em>Coucou de la main<\/em> incarne bien, je crois. Pr\u00e9tendre tuer l\u2019auteur c\u2019est s\u2019emp\u00eacher de remonter ce fil, cette troisi\u00e8me dimension (Edward Sa\u00efd) qui le traverse et le d\u00e9passe\u00a0: le contexte socioculturel, identitaire et politique o\u00f9 na\u00eet (et est re\u00e7ue) telle \u00e9criture. Face \u00e0 la litt\u00e9rature dominante \u2013 qui peut se payer le luxe de \u00ab\u00a0tuer\u00a0\u00bb son auteur, apr\u00e8s tout \u2013 et face au corps dominant, le d\u00e9sir d\u2019\u00e9critures et de voix autres, queers en l\u2019occurrence, et le besoin de lieux s\u00e9cures o\u00f9 elles puissent s\u2019\u00e9panouir dans leur vuln\u00e9rabilit\u00e9 (la sc\u00e8ne ouverte) sont de ces pr\u00e9occupations collectives contemporaines de la g\u00e9n\u00e9ration de darius, leur \u00ab\u00a0exp\u00e9rience manifeste\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote><p><em>pour une litt\u00e9rature de vuln\u00e9rables de<br \/>\n\u00e0Plusieurs<br \/>\npas \u00e0 fond la d\u00e9fonce<br \/>\nphrase \u00e0 prendre, un peu<br \/>\nbof quoi<br \/>\nmolle\u00a0? c\u2019est<br \/>\npas \u00e7a jsp<br \/>\nnon aboutie mais d\u2019une inqui\u00e9tude je crois<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"background-color: #ff0000; color: #ffffff;\"><strong>La main-mot, le mot-main<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Un coucou de la main<\/em><\/strong> est un signe de reconnaissance d\u2019une grande humanit\u00e9, tiret fugitif entre le pass\u00e9 commun et le futur \u00e0 construire de deux \u00eatres : je t\u2019ai reconnu\u2027e au loin, je t\u2019ai vu\u2027e comme pair\u2027e pr\u00e9cieux\u2027se. Mot devenu mouvement, mouvement devenu mot. Les s\u00e9mioticiens anglo-saxons d\u00e9nomment \u00ab embl\u00e8mes \u00bb ces gestes non ambigus (\u00e0 l\u2019\u00e9chelle d\u2019une communaut\u00e9 qui les pratique), qui sont autant de symboles non verbaux \u2013 tels que le hochement de t\u00eate employ\u00e9 dans la majorit\u00e9 des civilisations pour dire \u00ab oui \u00bb. L\u2019\u00e9criture de darius explore cette relation d\u2019\u00e9quivalence, ce cratylisme moderne. Comment transformer en mots les mouvements quotidiens de mon corps dans l\u2019espace ? Comment une phrase peut-elle, <em>dans sa structure et son \u00e9lan m\u00eames <\/em>et non pas seulement par son contenu descriptif ou analytique (il ne s\u2019agit pas de r\u00e9\u00e9crire <em>Tropismes\u00a0<\/em>!), exprimer le mouvement et, plus g\u00e9n\u00e9ralement, les \u00e9tats du corps\u00a0?<\/p>\n<blockquote><p><em>regardant regard\u00e9e le mec brasCheveux se tenant dans sa<br \/>\nhauteur<br \/>\nteeshirt remontant un peu son ventre<br \/>\nl\u00e9g\u00e8re angoisse taill\u00e9e sur soi<\/em><\/p>\n<p><em>(\u2026)<\/em><\/p>\n<p><em>lumi\u00e8re creuse des profondeurs comme l\u2019int\u00e9rieur des<br \/>\npierres et moi aussi je veux \u00eatre vivante de tout<\/em><\/p>\n<p><em>comment cacher<br \/>\ncorps lorsque<br \/>\non a<br \/>\nque main\u00a0?<\/em><\/p>\n<p><em>corps \u00e9tal\u00e9<br \/>\ncorps \u00e9tal\u00e9 et de toutes les mani\u00e8res de \u00e9talement<br \/>\ncommun de tant de choses si je suis dans cette vitesse<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les r\u00e8gles syntaxiques s\u2019\u00e9moussent, car la phrase-mouvement ne peut s\u2019empeser des mots-outils creux. Les membres-syntagmes peuvent alors jouer entre eux sans entraves, avec souplesse ou en saccades heurt\u00e9es. Aussi, des mots sont fusionn\u00e9s (\u00ab\u00a0le mec brasCheveux\u00a0\u00bb)\u00a0: une majuscule plac\u00e9e entre les deux termes facilite la lecture non ambigu\u00eb et joue le r\u00f4le d\u2019une articulation autour de laquelle se r\u00e9pondent les deux segments rapproch\u00e9s (comme le coude entre bras et avant-bras, la rotule entre cuisse et jambe, que l\u2019on \u00e9crirait \u00ab\u00a0brasAvant-bras\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0cuisseJambe\u00a0\u00bb). Infiniment plus riche de formes que celui \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans nos anatomies, ce syst\u00e8me musculo-squelettique lexical est fait de raccourcis, fusions, chim\u00e9risme, chocs\u2026 (\u00ab\u00a0mainBouche\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0pull\u00c9paule\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0coll\u00e9Bave\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0ti\u00e8deMain\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0sangCendre\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0d\u00e9cevoirSoi\u00a0\u00bb\u2026). La condensation et l\u2019ellipse \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9croulementCanap\u00a0\u00bb cr\u00e9ent ainsi l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration vraie du mouvement de chute \u00e9voqu\u00e9\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p><em>plus tard avec la naus\u00e9e, rien de mieux que retour chez soi<br \/>\ndans l\u2019\u00e9croulementCanap<\/em><\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019\u00e9criture de darius est peut-\u00eatre une des plus singuli\u00e8res \u2013 souvent des plus dr\u00f4les aussi \u2013, \u00e0 lire et \u00e9couter de nos jours. Darius performe r\u00e9guli\u00e8rement en sc\u00e8nes ouvertes, en anime elle-m\u00eame une (\u00ab la.cagette \u00bb) en compagnie de la danseuse Lou Lenormand.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Darius, Coucou de la main, \u00c9ditions du C\u2019EST MOI QUI L\u2019AI FAIT (ahaha), avril 2025, 90\u00a0pages, prix libre (3 \u20ac minimum).\u230aLe livre peut se trouver dans les librairies parisiennes Les Mots \u00e0 la Bouche et La R\u00e9guli\u00e8re, et sur Instagram aupr\u00e8s de l\u2019autrice\u00a0: @d.ouix.\u230b Dans ce recueil \u00e0 l\u2019\u00e9criture d\u2019une grande inventivit\u00e9, darius donne \u00e0 penser deux th\u00e8mes majeurs qui ont \u00e9t\u00e9 abord\u00e9s de mille fa\u00e7ons au cours de l\u2019histoire litt\u00e9raire mais dont le questionnement, pour chaque nouvelle g\u00e9n\u00e9ration, s\u2019av\u00e8re toujours aussi aigu. Comment faire de la po\u00e9sie une histoire collective\u00a0? Comment transcrire la complexit\u00e9 de l\u2019aventure quotidienne des corps dans le langage verbal\u00a0? dire oui c\u2019est faire vivre des morceaux de corps des autres en nous br\u00fbler en disjointures en parcellaire je parle nous \u00a0 Dyssymphonie Coucou de la main f\u00e9d\u00e8re plusieurs plumes amies (Monia Aljalis, Jahz Armando, M\u00e9lina Besic, Cl\u00e9a Bonnard, H\u00e9lo\u00efse Br\u00e9zillon, Adeline Duong, Laur\u00e8ne Gautier, Margaux Lallemant, Lou Rappeneau, Camille Ruiz, Alexia Verg\u00e8s) pour une \u0153uvre au sein de laquelle darius n\u2019est pas coordinatrice totipotente, chor\u00e9graphe autoritaire, mais simple membre de cette troupe, dont les textes s\u2019entrem\u00ealent comme autant de solos d\u2019une \u0153uvre pens\u00e9e comme un spectacle de danse. Sur la couverture de ce livre auto-\u00e9dit\u00e9, seul le surnom de l\u2019autrice sur les r\u00e9seaux sociaux (\u00ab douix \u00bb) appara\u00eet tout en bas : cette modestie non feinte, ce principe de ne pas occuper \u00e0 soi seule (un seul corps\/un seul nom) un espace voulu commun est fondamental. On pourrait croire, \u00e0 premi\u00e8re vue, \u00e0 une sage application de l\u2019orthodoxie de \u00ab la mort de l\u2019auteur \u00bb \u2013 apr\u00e8s tout, Roland Barthes critiquait aussi l\u2019approche capitalistique de l\u2019auctorisation \u00e0 outrance de la litt\u00e9rature. Mais ce sont plut\u00f4t les critiques port\u00e9es contre cette th\u00e8se, tr\u00e8s t\u00f4t apr\u00e8s le fameux essai (1967), qui \u00e9clairent le mieux la d\u00e9marche \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans Coucou de la main. Si l\u2019on peut d\u00e9fendre encore l\u2019id\u00e9e que lors de l\u2019entr\u00e9e dans l\u2019\u00e9criture se produit une d\u00e9connexion entre le maniement du code de la langue et la \u00ab\u00a0personne\u00a0\u00bb de l\u2019auteur (hiatus pr\u00e9cipitant son effacement), les notions contemporaines d\u2019agentivit\u00e9 et de r\u00e9sistance par l\u2019\u00e9criture ont redonn\u00e9 \u00e0 l\u2019auteur et \u00e0 ses intentions une place fondamentale, celle o\u00f9 s\u2019articulent l\u2019individualit\u00e9 et \u00ab\u00a0l\u2019exp\u00e9rience manifeste des peuples\u00a0\u00bb. Chez \u00c9douard Glissant, ce croisement des pens\u00e9es s\u2019\u00e9labora, notamment en revues, par le collectif, dans le respect de la diversit\u00e9 des regards et des pr\u00e9occupations partag\u00e9es, dans ce qu\u2019il nomma la \u00ab\u00a0dyssymphonie\u00a0\u00bb, que le collectif rassembl\u00e9 dans Coucou de la main incarne bien, je crois. Pr\u00e9tendre tuer l\u2019auteur c\u2019est s\u2019emp\u00eacher de remonter ce fil, cette troisi\u00e8me dimension (Edward Sa\u00efd) qui le traverse et le d\u00e9passe\u00a0: le contexte socioculturel, identitaire et politique o\u00f9 na\u00eet (et est re\u00e7ue) telle \u00e9criture. Face \u00e0 la litt\u00e9rature dominante \u2013 qui peut se payer le luxe de \u00ab\u00a0tuer\u00a0\u00bb son auteur, apr\u00e8s tout \u2013 et face au corps dominant, le d\u00e9sir d\u2019\u00e9critures et de voix autres, queers en l\u2019occurrence, et le besoin de lieux s\u00e9cures o\u00f9 elles puissent s\u2019\u00e9panouir dans leur vuln\u00e9rabilit\u00e9 (la sc\u00e8ne ouverte) sont de ces pr\u00e9occupations collectives contemporaines de la g\u00e9n\u00e9ration de darius, leur \u00ab\u00a0exp\u00e9rience manifeste\u00a0\u00bb. pour une litt\u00e9rature de vuln\u00e9rables de \u00e0Plusieurs pas \u00e0 fond la d\u00e9fonce phrase \u00e0 prendre, un peu bof quoi molle\u00a0? c\u2019est pas \u00e7a jsp non aboutie mais d\u2019une inqui\u00e9tude je crois \u00a0 La main-mot, le mot-main Un coucou de la main est un signe de reconnaissance d\u2019une grande humanit\u00e9, tiret fugitif entre le pass\u00e9 commun et le futur \u00e0 construire de deux \u00eatres : je t\u2019ai reconnu\u2027e au loin, je t\u2019ai vu\u2027e comme pair\u2027e pr\u00e9cieux\u2027se. Mot devenu mouvement, mouvement devenu mot. Les s\u00e9mioticiens anglo-saxons d\u00e9nomment \u00ab embl\u00e8mes \u00bb ces gestes non ambigus (\u00e0 l\u2019\u00e9chelle d\u2019une communaut\u00e9 qui les pratique), qui sont autant de symboles non verbaux \u2013 tels que le hochement de t\u00eate employ\u00e9 dans la majorit\u00e9 des civilisations pour dire \u00ab oui \u00bb. L\u2019\u00e9criture de darius explore cette relation d\u2019\u00e9quivalence, ce cratylisme moderne. Comment transformer en mots les mouvements quotidiens de mon corps dans l\u2019espace ? Comment une phrase peut-elle, dans sa structure et son \u00e9lan m\u00eames et non pas seulement par son contenu descriptif ou analytique (il ne s\u2019agit pas de r\u00e9\u00e9crire Tropismes\u00a0!), exprimer le mouvement et, plus g\u00e9n\u00e9ralement, les \u00e9tats du corps\u00a0? regardant regard\u00e9e le mec brasCheveux se tenant dans sa hauteur teeshirt remontant un peu son ventre l\u00e9g\u00e8re angoisse taill\u00e9e sur soi (\u2026) lumi\u00e8re creuse des profondeurs comme l\u2019int\u00e9rieur des pierres et moi aussi je veux \u00eatre vivante de tout comment cacher corps lorsque on a que main\u00a0? corps \u00e9tal\u00e9 corps \u00e9tal\u00e9 et de toutes les mani\u00e8res de \u00e9talement commun de tant de choses si je suis dans cette vitesse Les r\u00e8gles syntaxiques s\u2019\u00e9moussent, car la phrase-mouvement ne peut s\u2019empeser des mots-outils creux. Les membres-syntagmes peuvent alors jouer entre eux sans entraves, avec souplesse ou en saccades heurt\u00e9es. Aussi, des mots sont fusionn\u00e9s (\u00ab\u00a0le mec brasCheveux\u00a0\u00bb)\u00a0: une majuscule plac\u00e9e entre les deux termes facilite la lecture non ambigu\u00eb et joue le r\u00f4le d\u2019une articulation autour de laquelle se r\u00e9pondent les deux segments rapproch\u00e9s (comme le coude entre bras et avant-bras, la rotule entre cuisse et jambe, que l\u2019on \u00e9crirait \u00ab\u00a0brasAvant-bras\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0cuisseJambe\u00a0\u00bb). Infiniment plus riche de formes que celui \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans nos anatomies, ce syst\u00e8me musculo-squelettique lexical est fait de raccourcis, fusions, chim\u00e9risme, chocs\u2026 (\u00ab\u00a0mainBouche\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0pull\u00c9paule\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0coll\u00e9Bave\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0ti\u00e8deMain\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0sangCendre\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0d\u00e9cevoirSoi\u00a0\u00bb\u2026). La condensation et l\u2019ellipse \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9croulementCanap\u00a0\u00bb cr\u00e9ent ainsi l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration vraie du mouvement de chute \u00e9voqu\u00e9\u00a0: plus tard avec la naus\u00e9e, rien de mieux que retour chez soi dans l\u2019\u00e9croulementCanap L\u2019\u00e9criture de darius est peut-\u00eatre une des plus singuli\u00e8res \u2013 souvent des plus dr\u00f4les aussi \u2013, \u00e0 lire et \u00e9couter de nos jours. Darius performe r\u00e9guli\u00e8rement en sc\u00e8nes ouvertes, en anime elle-m\u00eame une (\u00ab la.cagette \u00bb) en compagnie de la danseuse Lou Lenormand.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":6270,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[35,7,2],"tags":[2751,2749,2750,2548,2748,137],"class_list":["post-6268","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-chronique","category-livres-recus","category-une","tag-cratylisme-moderne","tag-darius-collectif","tag-edouard-glissant","tag-pierre-gondran-dit-remoux","tag-poesie-dyssymphonie","tag-roland-barthes"],"post_mailing_queue_ids":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6268","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6268"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6268\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6278,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6268\/revisions\/6278"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6270"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6268"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6268"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/t-pas-net.com\/librCritN\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6268"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}